«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

L’héritage politique de Mario Beaulieu à ce jour

Tribune libre de Vigile
mardi 8 septembre 2015
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Cet article veut analyser l’apport de Mario Beaulieu à la politique québécoise et au peuple québécois par le biais de son engagement à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal puis au Bloc québécois.

La S.S.J.B.M.

L’héritage politique de Mario Beaulieu comme président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal de 2008 à 2014 est immense. Il a organisé plein d’événements (manifestations, pétitions, rassemblements, etc.) pour la défense de la langue française, le projet d’indépendance du Québec, le nationalisme québécois. Il a aussi créé des ponts avec d’autres peuples en lutte comme les Kabyles et les Catalans. Il a recréé Mouvement Québec français et ajouté au passage Mouvement Montréal français, Mouvement Laval français, etc. Il a créé avec d’autres organismes Cap sur l’indépendance. Il a surtout, à travers tout ça, développé un fort militantisme à la S.S.J.B.M., donné à plusieurs souverainistes une perche pour travailler, militer pour leur idéal nationaliste.

L’importance de ces accomplissements est déjà énorme en soi pour le peuple québécois, mais elle est en réalité surmultipliée par le fait qu’absolument rien d’autre ne se passait alors dans le mouvement souverainiste. Le Parti québécois (et le Bloc québécois) était comme à 100 % contrôlé par Ottawa depuis le départ de Jacques Parizeau en 1995, et les véritables souverainistes, dont Mario Beaulieu, l’avaient peu à peu déserté au cours des deux dernières décennies, s’en étaient fait « subtilement » sortir. La S.S.J.B.M. sous Beaulieu a ainsi véritablement agi comme un exutoire non seulement pour Beaulieu lui-même mais aussi pour nombre de militants souverainistes qui voyaient bien que tout était carrément bloqué au Québec pour la cause de l’indépendance, du nationalisme québécois.

La Société Saint-Jean-Baptiste a ainsi vraiment joué là le rôle de bouée de sauvetage pour le peuple québécois qui coulait toujours davantage vers le fond. Elle a vraiment réalisé alors sa raison d’être historique, séculaire, de gardienne, de protectrice, de défenderesse, d’âme de la nation québécoise.

Le Bloc québécois

Beaulieu s’est ensuite présenté, le 30 avril 2014, comme aspirant à la chefferie du Bloc québécois parce que seulement un candidat, à savoir André Bellavance, était dans la course et qu’il n’apparaissait guère comme un « indépendantiste décidé » : il voulait carrément faire du Bloc un parti où la souveraineté du Québec ne serait pas à l’avant-plan. Beaucoup de souverainistes ont été enthousiasmés par ce geste de Beaulieu, avaient grande confiance qu’il ferait bouger des choses en faveur de l’indépendance, surtout après, comme il l’a dit lui-même après avoir remporté la chefferie, « vingt ans d’attente et de défaitisme ».

Une fois élu en parlant abondamment de l’indépendance du Québec, Beaulieu a frappé un mur de béton, car c’était bien là l’état du Bloc québécois solidement constitué par Lucien Bouchard et Gilles Duceppe : un mur de béton du statu quo, du fédéralisme, d’un Québec qui ne devra jamais devenir indépendant. Duceppe a commencé à démolir Beaulieu dès sa victoire, puis les députés du Bloc Jean- François Fortin et André Bellavance ont tour à tour enchaîné les coups sûrement téléguidés par leur ex-chef Duceppe lui-même. Ces deux députés ne voulaient rien savoir de Beaulieu parce qu’il parlait trop d’indépendance... Fortin a d’ailleurs depuis, plus précisément le 21 octobre 2014, créé un nouveau parti fédéral, Forces et Démocratie, dans lequel est carrément absent le projet d’indépendance du Québec. On comprend ainsi aisément que ces élus du Bloc québécois, André Bellavance et Jean-François Fortin, ont toujours été, tout comme Duceppe, à peu près aussi souverainistes que Lucien Bouchard... C’était la même chose pour presque tout l’establishment du Bloc québécois : presque tout le Bureau national, instance qui sert de conseil d’administration du parti, appuyait Bellavance et bloquait à l’interne les plans de Beaulieu après sa victoire...

Beaulieu a été incapable d’ébranler ce mur de béton fédéraliste qui dominait (et domine encore) le Bloc, et s’est fait progressivement mais quand même rapidement avaler tout rond par Duceppe. C’en était pathétique par exemple d’apprendre, en août 2014, que Beaulieu voulait créer, pour le conseiller, un « comité des sages » avec... Duceppe et Bernard Landry !... Il se jetait lui-même dans la gueule du loup ou des loups, acceptait déjà désormais l’autorité de ces deux pseudo-souverainistes qui ne veulent rien d’autre que de maintenir le statu quo politique au Québec jusqu’à l’irréversibilité de notre assimilation. Beaulieu a ensuite pitoyablement fini par transmettre, en juin dernier, la chefferie à Duceppe dans un acte qui peut apparaître anti-démocratique, et Duceppe, qui était un de ses « sages », a évidemment fait semblant de n’avoir aucunement magouillé là-dedans... Une saine démocratie et les statuts et règlements de tout parti politique honnête exigent que, si un chef ne veut plus être chef, la direction du parti nomme un chef intérimaire jusqu’à ce qu’une course à la chefferie en bonne et due forme ait lieu.

On est donc maintenant revenu à la case départ avec le Bloc québécois, aux années d’attente et de défaitisme. Duceppe n’a fait qu’une bouchée de Beaulieu, ce qui illustre toute sa force ainsi que... tout le danger qu’il représente ! Il est en fait aussi dangereux que... Lucien Bouchard ! Cette rentrée de Beaulieu en politique active semble donc fort n’avoir été qu’un coup d’épée dans l’eau.

Cependant, cet échec apparent de Beaulieu est en réalité quelque chose d’extrêmement positif pour le mouvement souverainiste, car il nous a permis de voir toute la force d’Ottawa à l’œuvre dans nos institutions comme le Bloc québécois. Mario Beaulieu a vraiment contre toute attente déjoué Ottawa en se faisant élire, le 14 juin 2014, chef du Bloc tout en parlant haut et fort d’indépendance ! C’a été un véritable coup de force ! Du coté du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau s’était fait élire député tout juste avant en avril 2014, et plusieurs le voyaient déjà alors comme le prochain chef du parti. Ottawa ne pouvait se permettre d’avoir Beaulieu et Péladeau à la tête du mouvement souverainiste, et n’avait d’autre choix que d’écraser, sortir tout de suite Beaulieu du Bloc et ramener au plus vite Duceppe comme chef, ce qui fut réussi assez rondement, merci. Ottawa a maintenant repris le Bloc, et son homme Duceppe est en position pour investir éventuellement le P.Q. contre Péladeau comme Bouchard l’a fait contre Parizeau dans les années 90.

Conclusion

La réflexion sur le rôle du Bloc québécois reste encore entièrement à faire, mais on dira en tout cas que le geste courageux de Beaulieu d’aller en conquérir la chefferie doit inspirer tout véritable indépendantiste désireux d’aider sa patrie. Cette « attaque » de Beaulieu contre ce qui apparaît nettement aujourd’hui comme un bastion officieux, un château fort légèrement voilé d’Ottawa, à savoir le Bloc québécois, exigeait de sa part un grande abnégation, un don de soi destiné à faire avancer le projet d’indépendance de sa patrie.

André Lafrenaie

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