«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

La fin du Canada !

L’héritage empoisonné du passé

Du Conseil privé à Clyde Wells à Danny Williams

Tribune libre de Vigile
jeudi 10 juin 2010
1 096 visites 6 messages

Oui oui, vous avez bien lu, la fin du Canada ! Ce n’est pas moi qui
le dit, c’est Radio-Canada. Et si c’est Radio-Canada…

« La fin du Canada », c’est en effet le titre d’un reportage que RDI
diffusera dans les jours prochains pour commémorer les 20 ans de l’Accord
du Lac Meech. Je comprends que le calendrier est ce qu’il est, mais dans le
contexte actuel, le rappel de ces événements viendra jeter de l’huile sur
un feu qui commence déjà à prendre beaucoup d’ampleur.

On se souviendra que l’Accord du Lac Meech constituait l’aboutissement
d’une démarche entreprise par Brian Mulroney qui s’était engagé, une fois
élu premier ministre, à ramener le Québec dans le « giron constitutionnel
canadien, dans l’honneur et l’enthousiasme » suite au fiasco du
rapatriement de la Constitution canadienne en 1982, Constitution que le
Québec refusait alors, et refuse toujours, de reconnaître.

Il avait été convenu entre les premiers ministres que l’Accord du Lac Meech
serait ratifié par les assemblées législatives des provinces et, comme il
se trouvait à changer la formule d’amendement de la Constitution
canadienne, il avait besoin du consentement unanime de tous les parlements,
provinciaux et fédéraux, dans un délai de trois ans.

L’Accord fut d’abord ratifié par neuf provinces et le parlement fédéral.
Puis, un député autochtone de la législature manitobaine, Elijah Harper,
dans le but de dénoncer l’absence de la moindre référence aux autochtones
dans l’Accord, en bloqua l’adoption à la législature manitobaine. Voyant
que le Manitoba ne pourrait ratifier l’Accord dans les délais, l’Assemblée
législative de Terre-Neuve en profita pour renier sa signature, à
l’instigation du premier ministre Clyde Wells, farouchement opposé à cet
accord, tout comme Pierre-Elliott Trudeau.

Depuis lors, le Canada vit dans un certain flou constitutionnel. Que vaut
une Constitution illégitime sur le plan politique mais légale sur le plan
juridique ? Et à plus forte raison lorsque c’est la Cour suprême du Canada
elle-même qui s’est prononcée sur l’illégitimité de la démarche fédérale.
Pour sa part, le Canada fait comme si de rien était, dans l’espoir que le
passage du temps finira par venir à bout de l’indignation des Québécois et
se trouvera à légitimer l’illégitime. Volenti non fit injuria, dit cette
maxime de droit romain, traduite dans le langage populaire par « Qui ne dit
mot consent ».

C’est dans ce contexte, déjà délétère au possible, que le premier ministre
de Terre-Neuve, Danny Williams, s’est présenté devant un auditoire de gens
d’affaires à Ottawa hier, pour se lancer dans une diatribe contre le Québec
à qui il reproche, par Hydro-Québec, interposée, de refuser à l’électricité
produite aux Chutes Churchill, à la frontière du Québec et du Labrador mais
du côté du Labrador, l’accès à ses lignes de transport pour que Terre-Neuve
puisse vendre son électricité dans les autres provinces du Canada et aux
États-Unis.

Et du même souffle, Danny Williams en profite pour se vider le cœur
contre l’égoïsme du Québec pour son refus de rouvrir le contrat des Chutes
Churchill en vertu duquel le Québec a obtenu le droit d’acheter pendant
quarante ans, à un tarif très avantageux et largement inférieur aux tarifs
actuellement pratiqués, une part importante de l’électricité produite aux
Chutes Churchill. Un recours est d’ailleurs présentement inscrit devant la
Cour supérieure du Québec demandant la réouverture de l’entente de 1969.

Le politicien pugnace et démagogue qu’est Danny Williams sait parfaitement
qu’il peut rallier avec ce genre de discours une part importante de
l’opinion publique canadienne contre le Québec et forcer la main au
gouvernement fédéral pour qu’il intervienne dans le dossier et utilise son
pouvoir déclaratoire pour contraindre Hydro-Québec à ouvrir ses lignes à
l’électricité de Terre-Neuve.

N’oublions pas non plus que le Québec avait déjà en travers de la gorge
l’attribution du Labrador à Terre-Neuve en 1927 et qu’il n’a jamais reconnu
le tracé des frontières tel qu’alors établi par le Conseil privé
britannique.

Les injustices du passé laissent derrière elles un héritage de rancœur
qui n’en finit plus d’empoisonner le présent. Un jour, le couvercle qu’on
tient sur la marmite finit par sauter. Et tout le monde se demande
innocemment pourquoi. L’histoire fourmille d’exemples du genre. Sans doute
est-ce pour cela qu’on a tenté de régler le problème en cessant d’enseigner
l’histoire. « Faut tu être tarla ! ».

En attendant, bienvenue à « La fin du Canada ».

Richard Le Hir

Commentaires

  • André Meloche, 10 juin 2010 21h49

    Monsieur Le Hir,

    Dans votre article, vous mentionnez que « le Canada fait comme si de rien était, dans l’espoir que le passage du temps finira par venir à bout de l’indignation des Québécois et se trouvera à légitimer l’illégitime. Volenti non fit injuria, dit cette maxime de droit romain, traduite dans le langage populaire par “Qui ne dit mot consent.” »

    Je regrette de vous contredire mais la maxime de droit romain est partiellement erronée. Qui ne dit rien ne consent pas nécessairement. Car le silence est une parole. Si le Québécois que je suis ne vote pas à une élection, on en déduira qu’il est d’accord avec le choix de la majorité. Et on conclura qu’il a consenti au choix de cette majorité. Mais quand le Québécois que je suis, année après année, ne vote pas, on peut en conclure trois choses. Primo, on pourrait arguer qu’il ignore ce qu’est son droit de vote (à supposer que ce droit, dont tout le monde se vante, soit un droit réel alors qu’il m’apparaît plutôt être un coup d’épée dans l’eau) et qu’il faudrait bien le lui rappeler. Ou encore faire voter quelqu’un d’autre à sa place (Comme on est dans une psychose moderne de l’identité, il serait facile de faire voter des cadavres, ou des pigeons avec, à la patte, un code d’accès !). Secundo, on pourrait aussi penser que la politique ne l’intéresse pas, qu’il préfère soigner ses chevaux (le politikè, littéralement, en grec, organisation de la cité, doit nécessairement intéresser le propriétaire de chevaux. Car les chevaux représentent le moyen de se déplacer sur le champ de bataille). Terzzo, on pourrait également s’interroger (mais la réflexion, c’est difficile ! Il est plus facile d’ignorer celui-là même qui semble se désintéresser. Mais, si ceux qui parlaient, alors, n’étaient absolument pas intéressants ? Peut-être qu’alors, ceux qui se taisent, le feraient pour ne pas ajouter à la bêtise de ceux qui parlent) sur son silence. Cette dernière option est nettement plus rare. On pourrait alors évoquer ce paradoxe de syllogisme que j’aime bien et qui montre comment la logique actuelle (médiatique, politique, sociale) est totalement irrationnelle : « Les appartements bon marché sont rares. Tout ce qui est rare est cher. Donc, les appartements bon marché sont chers. »

    J’ai bien aimé le commentaire d’un de vos lecteurs (Monsieur Marcel Haché) qui a écrit : « Une réponse cheap comme peut en faire n’importe lequel avocat du contentieux. Voilà ce qui arrive quand on se défile à l’égard du Nous : la Cause devient une cause de p’tit avocat. »

    Oui, nous sommes dans une société de droit (Sans le Nous précédemment évoqué). Le droit de poursuivre l’autre plutôt que celui de parler ou d’écouter son silence. Dans une société où le vide terrifie, il faut parler. Il faut faire du bruit, ce que symbolise l’ensemble du discours médiatique, politique et social. Tout, plutôt que ce silence qui nous renvoie à notre propre drame intérieur.

    Quant à la fin du Kanada ! On peut se rappeler la Bataille du Kosovo et les réminiscences qui ont émergé six siècles plus tard, résultant en une sanglante intervention de l’OTAN, en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf. Même si l’idée de souveraineté disparaît, et que le français s’éteint, au Québec, il existera toujours des tenants de la liberté et des êtres singuliers qui parleront le français. Le Kanada craint le caractère « sanguin » du Québec, son tempérament latin ! Non, le latin n’est pas mort, ni le français ! Mais, n’attendons pas d’apprendre le français à l’université, comme langue littéraire et inconnue du peuple !

    Certes, comme l’évoque Monsieur Gignac dans un commentaire à votre article (« Le temps presse puisque nous voyons de plus en plus de signes annonciateurs de dégradation de la langue française, de louisianisation et d’assimilation des Québécois avec cette immigration débridée qui commence à briser notre cohésion sociale »), le risque que la langue française disparaisse (à ce compte, je peux vous raconter une brève anecdote. Je travaille pour Hydro-Québec. Aujourd’hui, j’ai entendu une conversation d’un jeune stagiaire francophone qui téléphonait à sa copine. Il s’est adressé à elle en anglais, alors qu’il est francophone, et elle également ! J’étais secoué, je l’avoue), comme l’évoquait Jacques Godbout, en deux générations, est bien réel. Rien n’est immuable, surtout pas la langue ! Car elle doit être malléable, vivante (sinon, les hommes et les femmes qui la parlent seraient eux-mêmes morts. Et attention ! Pour ceux qui pensent que le latin est une langue morte et que, comme des hommes et des femmes le parlent encore, ces derniers ne seraient pas morts !, je dis, le latin n’est pas une langue morte. Et je renvoie les irréductibles au paradoxe de syllogisme des appartements bon marché qui coûtent cher !) et témoigner de notre volonté de vivre.

    Pour terminer, parlons de territorialité. Le Labrador appartiendrait donc à Terre-Neuve. Mais personne au Québec n’a ratifié la constitution. Et pourtant, aux Nations Unies, on parle toujours, lorsqu’on désigne un pays, de sa constitution ! Quant aux Chutes Churchill, l’« égoïsme » du Québec n’est que le reflet de l’égoïsme mondial. Que Québec défende ses signatures ne me semble pas plus odieux que les accords constitutionnels non signés. Monsieur Danny Williams se ridiculise (mais le ridicule, au petit écran et sur Internet, est le reflet fidèle de notre propre imbécillité) lorsqu’il qualifie le Québec d’égoïste ! Et qui vise-t-il alors ? Le gouvernement ? Ses citoyens ? L’appareil constitutionnel canadien ? Il me semble que nous avons autre chose à faire que d’écouter ces bouffons pour ensuite se précipiter dans le mondain où « tout le monde en parle ». Quand tout le monde en parle, la qualité du message est nulle, concept d’entropie en thermodynamique et en poésie !

    André Meloche

    Sainte-Sophie

    Québec

  • Jean Paul Tellier, 10 juin 2010 18h40

    Petit rappel

    La province de Terre-Neuve ne reçoit plus de péréquation,le BS fédéral de certains gouvernements provinciaux ,dont le Québec.

    Terre-Neuve est une province riche grâce au pétrole offshore,exploitation permise par le propriétaire des eaux,le Canada.

    Le Québec n’a pas ce type de permission du fédéral.Il travail pas fort pour l’avoir.De plus,il vote trop pour le Bloc séparatiste.

  • Jean Paul Tellier, 10 juin 2010 18h24

    La chicane électrique Terre-Neuve vs Québec.

    [ « En mai dernier, la Régie de l’énergie du Québec a débouté Terre-Neuve-et-Labrador, qui contestait le refus d’Hydro-Québec de transporter dans son réseau l’électricité du projet du bas Churchill.

    La frustration du PM Danny Williams au sujet du Québec provient d’une entente [ librement ] conclue par les deux provinces en 1969.

    Ce contrat permet à Hydro-Québec d’utiliser l’électricité produite par les installations du haut Churchill pour aussi peu que [ UN QUART DE UN CENT ] le kilowatt/heure.

    Ce dont les Terre-Neuviens étaient loin de se douter il y a 40 ans, c’est qu’Hydro-Québec allait revendre cette électricité AU MOINS 7 CENTS LE KILOWATT/HEURE. Ce contrat est valide jusqu’en 2041.

    Selon M. Williams, en raison de ce contrat, Hydro-Québec engrange des profits de plus de 1,5 milliard par année contre environ 60 millions pour sa province. »]

    Source ; Stéphane Leclerc,Radio-Canada,9 juin 2010

  • André Gignac, 10 juin 2010 16h56

    Monsieur Le Hir

    L’accord (hic !) du Lac Meech est le rappel de la plus belle occasion ratée par le Québec pour faire l’indépendance. Si Bourassa avait tenu un référendum après cet échec, le Québec serait indépendant aujourd’hui et nous ne pataugerions pas dans la boue (j’aurais préféré utiliser un autre mot mais enfin !) comme actuellement sans, en plus, ne pas savoir où nous nous en allons. Comment se fait-il que nos dirigeants politiques québécois, à part monsieur Parizeau évidemment, ont toujours mis les pieds sur les freins ou se sont toujours écrasés face au gouvernement fédéral ? Après la magouille de Trudeau avec son rapatriement unilatéral de la constitution canadienne sans l’accord du Québec, pourquoi les dirigeants québécois n’ont-ils pas contesté ce geste illégal auprès des instances internationales ? Pourquoi n’ont-ils pas exigé un référendum du gouvernement fédéral pour les acculer au mûr ? Ce référendum n’aurait jamais passé au Québec, c’est sûr. Pourquoi après le référendum volé de 1995 par les fédéralistes avec les commandites et le vote ethnique, pourquoi les dirigeants du PQ n’ont-ils pas porté cette affaire auprès des Nations Unies ou à toute autre instance internationale ? Ces deux bavures, en plus, ont été réalisées par deux Québécois qui ont vendu notre pays en devenir pour un plat de lentilles.

    Maintenant, c’est Marois qui va encore nous casser les oreilles avec l’étapisme à la Claude Morin pour nous vendre sa souveraineté (l’autonomie à la Duplessis !) toujours dans le cadre fédéraliste canadien, ça me dépasse ! Je me demande, sérieusement si le PQ ne serait pas infiltré par des taupes fédéralistes qui contrôleraient l’agenda de ce parti. Si le PQ ne devient pas un parti vraiment indépendantiste, il va disparaître de lui-même puisque de plus en plus de Québécois ne veulent plus d’un demi-état qui fonctionne dans le cadre fédéral actuel. Le temps presse puisque nous voyons de plus en plus de signes annonciateurs de dégradation de la langue française, de louisianisation et d’assimilation des Québécois avec cette immigration débridée qui commence à briser notre cohésion sociale. Je ne suis pas défaitiste mais très réaliste de ce qui nous attend si nous ne nous prenons pas en main urgemment sinon il en est fini du Québec comme nation sur cette terre d’Amérique. Il m’a fait plaisir.

    André Gignac le 10 juin 2010

  • Marcel Haché, 10 juin 2010 15h53

    « Ce qui me choque, en tant que chef provincial, c’est l’avidité, l’arrogance (...) affichées par Québec », a lancé Danny Williams à environ 500 personnes présentes à un dîner du Canadian Club.
    Le chef du Bloc québécois a traité M. Williams de mauvais perdant.
    « Il a perdu, point, et le Québec fait ce qu’il a le droit de faire », a affirmé Gilles Duceppe. (La presse canadienne, 09 juin 2010)

    Toute une envolée patriotique n’est-ce pas ?

    Une réponse cheap comme peut en faire n’importe lequel avocat du contentieux. Voilà ce qui arrive quand on se défile à l’égard du Nous : la Cause devient une cause de p’tit avocat.

    Mais l’exemple vient de bien plus haut : le bureau de notre premier liberal Charest a refusé de commenter.

    Lorsqu’on ne réussit pas à Nous défendre à genoux, on en est rendu à le faire couché !

    Mort le Canada ? Wow ! C’est plutôt un très vieux Québec qui se survit de peine et de misère, qui se survit maintenant d’arrogance et d’avidité, cela très certainement.

  • Jacques Noel, 10 juin 2010 15h28

    C’est le discours de Sherbrooke de Mulroney. On a montré 100 fois celui de Trudeau à Verdun en 1980 : "Nous mettons nos sièges en jeu". Mais on n’a jamais remontré le discours où Mulroney, voyant qu’il allait perdre le référendum de Charlottetown, déchire l’entente disant que c’est la fin du Canada.

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