«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Vigile l’avait annoncé dès le 2 janvier 2014

Les « bienfaits » de l’Idée fédérale

L’étranglement fiscal du Québec

En sortir, un enjeu existentiel !

Tribune libre de Vigile
jeudi 2 janvier 2014
6 410 visites 20 messages

La conclusion à l’effet que le Québec va subir un étranglement fiscal (structurel) dans les décennies à venir nous provient, non pas d’un document partisan du mouvement souverainiste, mais bien d’un organisme du gouvernement canadien dont la mission est justement la présentation objective des projections budgétaires et ses incidences sur la fédération (1). Plus précisément du Bureau du directeur parlementaire du budget (DPB).

Dans son rapport publié le 23 janvier 2013, le DPB prévoit, en tenant compte de trois changements politiques annoncés par le gouvernement conservateur, que le Canada aura épongé sa dette nette en 2040 ! Pendant que le Québec... J’y reviens plus loin.

(Extrait du rapport) :

Le DPB et Finances Canada ont tous deux fourni une évaluation de l’incidence des récents changements de politique sur la viabilité financière fédérale :

Premièrement, en décembre 2011, le gouvernement du Canada a annoncé que les TCS (Transfères canadiens en santé) continueraient à augmenter de 6 % annuellement jusqu’en 2016-2017 et augmenterait ensuite selon la moyenne mobile de trois ans de la croissance du PIB nominal.

Deuxièmement, le budget de 2012 a réduit les dépenses de programme directes prévues (en plus de maintenir le gel des dépenses de fonctionnement)

Troisièmement, on a annoncé dans le budget de 2012 que l’âge d’admissibilité au programme de la Sécurité de la vieillesse passerait de 65 à 67 ans à partir de 2023, la hausse devant être intégralement mise en œuvre d’ici janvier 2029.

Le rapport de Finances Canada fournit une illustration de l’incidence de ces principaux changements de politique en comparant la projection du gouvernement fondée sur le statu quo à un scénario qui n’inclut pas ces mesures. À des fins de comparabilité, le DPB a produit le même graphique à partir de ses projections (figure 4-1)

Le graphique compare l’évolution de la dette en % du PIB jusqu’en 2050.
En tenant compte des trois changements de politiques. Le DPB prévoit que la dette du gouvernement fédéral déclinera continuellement, pour s’effacer complètement en 2040 !

(Compte tenue de l’impact de ces prévisions sur la viabilité même de la fédération, le rapport du DPB émet des recommandations) :

En raison des importantes interactions entre la politique fédérale et celle d’autres ordres de gouvernement, les RVF (Rapports sur la viabilité financière) de 2011 et 2012 ont élargi la portée de l’analyse de la viabilité pour englober les provinces et les territoires, les administrations locales et les régimes de pension de l’État.

(...)

Par conséquent, il invite les parlementaires – individuellement ou par l’intermédiaire de leurs comités – à demander que Finances Canada fournisse les analyses de la viabilité financière des gouvernements provinciaux territoriaux qu’il a préparées.

Source.

Quelles conséquences pour le Québec ?

Ce qui ressort clairement de ce rapport du DPB, c’est que le gouvernement Harper a fait des choix budgétaires qui, si rien ne change, vont menés à l’étranglement fiscal du Québec.

Puisque les médias propagandistes des bienfaits de l’Idée fédérale ont ignoré ce rapport ; et on devine pourquoi, il faut donc s’en remettre aux conclusions du National Post pour se faire une idée de sa véritable portée politique. Les finances des provinces (dont le Québec) seront dévastées ; alors qu’elles consacreront l’entièreté de leur budget à la santé ; cette position de faiblesse permettra au fédéral d’imposer ses choix qui coïncident avec les intérêts de l’Alberta :

« The provinces, that is to say, are doomed

(…)

Health care is already costing the provinces half of every dollar they raise themselves. In the future it will cost them just about all of it.

(…)

This puts the feds in a very strong bargaining position. Rather than simply hand over the loot, as the provinces will inevitably demand, they can use it as leverage : a transfer of x number of GST points, say, in exchange for dismantling provincial trade barriers. »

(Ici, on comprend qu’il est question des pipelines pour désenclaver le pétrole de l’Alberta)

Source.

Pour le moment, ces choix de Harper lui permettent de dégager une marge de manœuvre budgétaire sans précédent, laquelle lui servira en vue de l’élection de 2015. Compte tenue que les conservateurs ont déjà fait une croix sur le Québec, il est assuré de ne pas sortir gagnant de la redistribution des cadeaux électoraux.

En fait c’est plutôt l’Alberta, qui a déjà pris le contrôle du gouvernement central, qui va se servir en priorité. C’est déjà commencé avec le dossier de la santé, un ajustement de 300 millions pour l’Ontario et un milliard pour l’Alberta :

« Feds betrayed Ontario on health : Matthews

(…)

The Harper Tories promised all provinces a six per cent increase in health transfers, but they’re only giving Ontario 3.4 per cent in 2014-15, she said.
That means Ontario is out $300 million, while Alberta is getting about $1 billion more — a 38 per cent increase, Matthews said. »

Source.

Autre ajustement au détriment de l’Ontario, celui des programmes sociaux (- 640 millions). Réaction du ministre des finances de cette province : Un assaut contre la province, un coup de pied dans les dents :

« Ottawa’s shift leaves Ontario with $640-million less in federal transfers
(…)

I’m shocked at the sudden change of events, which I see as a complete assault on the province

(…)

I said ‘this is a kick in the teeth to Ontario. » Ontario Finance Minister Charles Sousa.

Source.

Si l’Ontario, dont les intérêts jadis coïncidaient avec ceux du gouvernement central, se fait brasser ainsi par le gouvernement conservateur, en fait par l’Alberta, imaginez ce qui vient pour le Québec.

Conclusion : Depuis que l’Alberta a pris le contrôle du gouvernement central pour le mettre au service de ses intérêts, la fédération est entrée dans un processus de dislocation (2) : l’Alberta vit dans une confédération de facto, alors que le Québec est soumis, de facto, à l’arbitraire d’un État unitaire. Cette distorsion risque de plus en plus d’être gravement préjudiciable aux intérêts supérieurs du Québec.

Nous sommes donc face à la perspective réelle d’une fatalité annoncée ; et, en même temps face à un défi existentiel, une chance historique de sortir des « bienfaits de l’Idée fédéral ». Tout dépendra de la capacité du Québec de bâtir son rapport de force pour défendre ses intérêts supérieurs dans le contexte, où de plus en plus clairement, l’enjeu devient existentiel :

L’étranglement fiscal du Québec.

(1) Le DPB est résolu à soutenir le Parlement dans son rôle de surveillance de l’administration des fonds publics par le gouvernement du Canada en veillant à la transparence du processus budgétaire et en aidant la promotion d’un dialogue public éclairé

(2) Un temps fort du processus de dislocation de la fédération est survenue lors de l’élection fédérale de 2008 ; suite à une menace à l’unité canadienne venant de l’Alberta et de la Saskatchewan :

http://www.vigile.net/L-implosion-du-Canada,53555

Commentaires

  • Jean Claude Pomerleau, 22 juillet 2015 17h04

    L’étranglement fiscal du Québec, une constante du fédéralisme.

    La mise à jour du Bureau du directeur parlementaire du budget de juillet 2015 :

    http://www.pbo-dpb.gc.ca/files/files/FSR_2015_FR.pdf

    JCPomerleau

  • André Gignac, 23 avril 2015 10h11

    Comme je viens de l’exprimer à M. Paquette dans un article similaire, la cause du déficit au Québec est causée par l’immigration massive soit 4 milliards$, annuellement, et par le coût des dédoublements de services au provincial et au fédéral. Avec nos impôts, nous subventionnons notre propre assimilation, notre disparition comme peuple. Et en bon peuple, nous acceptons des coupures dans la santé et l’éducation, ça n’a aucun sens !

    André Gignac 23/4/15

  • Mario Goyette, 1er septembre 2014 14h37

    Vandalisme à l’hôtel de ville de Montréal : Marc Ranger veut recentrer le débat
    http://ici.radio-canada.ca/regions/montreal/2014/09/01/001-marc-ranger-accusations-vandalisme-hotel-ville-montreal.shtml

    Le gouvernement du Québec utilise le grabuge survenu à l’hôtel de ville de Montréal pour détourner le débat sur la réforme des régimes de retraite, estime le porte-parole de la Coalition syndicale pour la libre négociation, Marc Ranger.

    Une voiture de police renversée, des vitrines cassées ou le saccage d’un bureau de député libéral ; voila le genre de chose que Jean Charest souhaitait lors du conflit étudiant et des carrés rouges pour manipuler la population en sa faveur se faisant le défenseur de la loi et l’ordre.
    Avec Philippe Couillard, c’est le même modus operandi.

    Dans leurs débats avec le gouvernement, les syndicats pourraient facilement le mettre sur la défensive en rappelant les pertes de 40 milliards à la Caisse de dépôt en 2008 sous le gouvernement libéral de Jean Charest. En effet, la Caisse a la charge d’administrer les fonds des caisses de retraite du secteur public.

    En 2008, la Caisse a déclaré des pertes de 40 milliards $, environ 16 milliards de plus qu’elle n’aurait perdus si sa performance s’était située dans la moyenne des institutions comparables. Tout cet argent perdu est celui des fonds de retraite des employés du secteur public.

    Source:S’ils jouent bien leurs cartes, les Libéraux regretteront rapidement leur victoire aux dernières élections
    http://www.vigile.net/Les-syndicats-auraient-avantage-a

  • Pierre Cloutier, 1er septembre 2014 01h15

    Cher Jean-Claude,

    Pourrais-tu sincèrement nous lâcher la grappe avec la défense des intérêts supérieurs du Québec, une formule passe-partout s’il en est une. Même Stephen Harper peut prétendre vouloir défendre les intérêts supérieurs du Québec.

    La meilleure façon de défendre les intérêts supérieurs du Québec c’est de mettre une proposition d’indépendance sur la table. Point final.

  • Mario Goyette, 14 février 2014 20h43

    Et surtout pouvoir encore chanter que c’est beau la vie
    http://www.youtube.com/watch?v=xHk3vISlXX8

  • F. Lemay, 13 février 2014 11h30

    Le Québec fait des choix de société qui coutent très chers. Nous vivons en dessus de nos moyens.
    Nous avons une marge de manoeuvre qui se cache dans notre sous-sol. Nous refusons de nous servir de nos ressources naturelles, plus verts on se dit , les écolos se pètent les bretelles et pendant ce temps on blame le voisin.
    Je vois Mme marois faire des promesses dont on n`a pas les moyens et ç`a me fait dire que nous sommes nos propres ennemis. L`argent viendra de où. Je me fiche de ce que font les provinces canadiennes si on veut un pays faut le travailler, faut se prendre en main, faut arrêter de vouloir se faire vivre de la naissance à la mort par le gouvernement, parce que le gouvernement c`est nous.

  • Jean Claude Pomerleau, 12 février 2014 21h44

    Le contrôle du gouvernement central par l’Alberta rapport des dividendes :

    Le gouvernement albertain se réjouit de voir que l’argent qu’il recevra du fédéral pour son système de santé augmentera de façon importante.

    Avec la nouvelle formule du Transfert canadien en matière de santé, le gouvernement fédéral transférera 38 % plus d’argent à l’Alberta, tandis que les autres provinces bénéficieront d’augmentations allant de 0 à 4 %. Grâce à ce changement annoncé dans le budget fédéral de mardi, l’Alberta recevra 3,75 milliards de dollars, alors que l’an dernier, elle en avait reçu 2,72 milliards.

    (...)

    http://ici.radio-canada.ca/regions/alberta/2014/02/12/006-augmentation-transfert-sante-reactions.shtml

    JCPomerleau

  • Mario Goyette, 12 février 2014 15h39

    Ottawa donne des munitions à Québec, dit Justin Trudeau

    Ce n’est pas dans la tradition libérale de donner des munitions à Québec.

    « Dans la guerre, on ne se demande pas si les munitions sont payées, on les tire. »

    Quant au respect (mépris) de la Loi référendaire du Québec, monsieur Pelletier ne s’est pas posé de questions. Il dit « Des ordres de marche, puis salut ! Quand on est en guerre, on va-tu perdre le pays à cause d’une virgule dans la loi ? »
    http://www.vigile.net/Jean-Pelletier-Comme-exemple-de

    Jean Pelletier - Ancien bras droit de Jean Chrétien

    Il a été directement associé au référendum québécois de 1995 et au scandale des commandites.

    http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2014/02/12/003-conflit-subvention-emploi-ottawa-donne-munitions-quebec.shtml

  • Marcel Haché, 6 janvier 2014 12h14

    @ Gilles Verrier.

    Sans doute que les systèmes d’enseignement et de soins de santé du West Island sont sous-financés ?

    Moi je mets au défi n’importe lequel indépendantiste de Vigile de venir nous affirmer que la Confédération n’a pas été faite contre Nous, sous prétexte que cela n’a jamais été inscrit dans la constitution.

    Les pleunichards ? Ce sont ceux toujours prompts à sortir leurs mouchoirs, les yeux toujours tournés à l’Est plutôt qu’à l’Ouest, pour des causes qui Nous sont étrangères sinon hostiles.

  • Gilles Verrier, 6 janvier 2014 10h12

    @ M. Haché et al.

    Je mets quiconque au défi de trouver un seul mot, une seule phrase, un seul passage dans le document présenté par M. Pomerleau qui fait une distinction particulière du Québec ou qui le prendrait à partie.

    Imminence de la souveraineté, dites-vous ? Les sondages d’opinion sont systématiquement en défaveur de la souveraineté. Bombardier ? Est-ce le Canada ou le Québec ? Et les hôpitaux et institutions d’enseignement anglophones du Québec, et la puissance minorité anglophone canadienne au Québec ? Quand on étrangle fiscalement le Québec, ne font-ils pas partie de ceux qu’on étrangle ?

    Je pense qu’il faut cesser la pleurniche à l’encontre du fédéral et tâcher de prendre nos affaires en mains là où nous le pouvons. L’éducation et la santé sont du domaine provincial, Québec est souverain dans ces juridictions. Ma question, qui renvoie à notre propre responsabilité, pourquoi Québec « étrangle-t-il » les institutions d’enseignement francophones et ses centres de santé francophones par son sur-financement des institutions anglophones ? Idem dans le cas des institutions culturelles.

    GV

  • Marcel Haché, 6 janvier 2014 09h04

    Du seul point de vue économique (et fiscal), y a-t-il des vigiliens pour croire que l’institution fédérale va rester impassible devant la sécession imminente d’une province ? Devant même la simple « hypothèse » de sécession ?

    Depuis longtemps, la simple « hypothèse » de sécession du Québec fournit au gouvernement canadien toute la cohésion qui lui est utile pour redistribuer sur son territoire ce qui fait la richesse des nations. Suffit d’aller à Toronto pour s’en convaincre, là où le West Island s’est mis à l’abri depuis l’élection du premier gouvernement péquiste. Les contrats de la marine ? Sont exemplaires d’une politique d’étranglement économique et, conséquemment, participent à une politique d’étranglement fiscal stratégique. C’est d’ailleurs à grand peine que les fédéralistes d’ici ont réussi à garder Bombardier et toute son industrie au Québec, réclamée par l’Alberta comme un trésor de guerre au lendemain du dernier référendum. L’aéroport de Mirabel a dû y passer.

    Croit-on le Canada assez nonchalant pour laisser les industries sensibles canadiennes devenir québécoises ? Aussi bien espérer que le « bras canadien de l’espace », devienne le bras québécois… Non mais…

    Pas besoin d’aller si loin que Bruxelles ou Bagdad pour trouver nos ennemis. Ils s’activent ici en toute transparence. Ils font la 401 depuis longtemps, comme d’autres ont déjà fait la route des rats. Les rats sont en effet de partout et de tous les temps.

  • Jean Claude Pomerleau, 5 janvier 2014 14h23

    Le ministre des Finances, Jim Flaherty, affirme que l’excédent budgétaire du gouvernement fédéral pourrait être plus élevé que prévu en 2015.

    M. Flaherty a fait cette déclaration dimanche lors d’une entrevue avec la chaîne télévisée CTV.

    Cette prévision correspond aux projections établies par le directeur parlementaire du budget (DPB) il y a un mois.

    Un rapport du DPB daté du 5 décembre estimait que le gouvernement pourrait dégager un excédent de 4,6 milliards $ d’ici 2015, soit près de 1 milliard $ de plus que l’estimation contenue dans la mise à jour économique du mois de novembre.

    (...)

    http://affaires.lapresse.ca/economie/canada/201401/05/01-4725739-lexcedent-budgetaire-pourrait-etre-plus-eleve-que-prevu-en-2015-dit-flaherty.php

    ...

    JCPomerleau

    P.s Les prévisions du DPB pour 2040, prennent en compte les paramètres selon la formule consacrée : toutes chose étant égales. Or je suis conscient que ce ne sera pas le cas.

    Le contexte peut jouer un rôle, et surtout les arbitrages prévisibles du gouvernement fédérale (on a qu’à penser au contrat des frégates : 35 milliards et pratiquement zéro retombées pour le Québec).

  • Gilles Verrier, 5 janvier 2014 13h04

    Permettez-moi de préciser certaines choses. Les projections établies jusqu’en 2050 font état de la réduction de 78 points de la dette fédérale par rapport au PIB si les choix fédéraux sont maintenus : retraite, santé, programmes. Si on en fait abstraction, le rapport de la dette au PIB augmenterait de 59 points sur la même période. Immense écart. Si on a pris l’habitude d’appeler « éternité » de courtes intervalles politiques, en est-il autrement lorsqu’il s’agit d’économie ? On se gardera donc une petite gène pour en reparler dans deux ou trois ans. Avec la volatilité de l’économie mondiale, les guerres incessantes et le terrorisme programmé en haut lieu, il faudra surtout naviguer à vue si on ne veut pas refaire continuellement ses devoirs.

    Le gouvernement du Canada doit son existence aux colonies britanniques qui lui étaient antérieures. Redevable au départ à ses créateurs, il n’a eu de cesse de s’imposer aux entournures pour éventuellement dominer complètement les provinces. Cette migration centrifuge des lieux d’exercice du pouvoir ne concerne le Québec qu’accidentellement, bien que de manière spécifique. Toutes les provinces sont affectées au même titre par le rouleau compresseur du fédéral en matière fiscale. Ce phénomène de centralisation, ni propre au Québec ni propre au Canada, peut être constaté à peu près partout. Aux États-Unis, les pouvoirs locaux disputent l’appropriation de leurs prérogatives par Washington. En Europe, une structure idéologique inhumaine prive de plus en plus la population de son autonomie. Dans ce contexte, ce que nous indiquent les récentes orientations budgétaires fédérales est d’abord un message politique. C’est l’accélération du processus de dépossession des communautés et du citoyen sur leur destinée.

    Avec la volonté fédérale de contrôler à lui seul l’assiette fiscale, c’est la volonté de mettre fin à l’exercice du pouvoir dans une certaine dynamique de forces concurrentes qui s’affirme. C’est la volonté fédérale de reléguer ses interlocuteurs provinciaux au rang d’impuissants vassaux. Cette mise en place graduelle d’un nouvel ordre mondial totalitaire est naturellement explosive et l’on voit bien que ça ne concerne pas que le Québec. Mais effectivement, le Québec en tant que nation se trouve ici nié plus que jamais.

  • Pierre Gouin, 5 janvier 2014 00h31

    Très bon texte. Vous ne prétendez pas que cette stratégie budgétaire fédérale vise à étrangler le Québec, mais vous dites simplement que le Québec pourrait profiter de ces perspectives sombres, résultant de choix fédéraux, pour sortir du Canada. Sauf pour ceux qui ne veulent pas le voir, le biais anti-Québec des politiques économiques fédérales est évident, surtout depuis le référendum de 1995. Vous parlez maintenant d’autre chose, soit la volonté du fédéral d’imposer le capitalisme mondial sauvage aux provinces, c’est-à dire à la population canadienne.

    C’est vrai que les prévisions économiques et fiscales à long terme sont peu fiables et que différents facteurs imprévus et incontrôlables peuvent produire une réalité bien meilleure ou bien pire que prévue. Cependant, les politiques économiques ont des effets prévisibles et elles sont décidées par des gouvernements théoriquement démocratiques. Elles peuvent et doivent donc être questionnées. Nos politiciens canadiens ne nous disent pas qu’ils font du mieux qu’ils peuvent compte tenu des contraintes de l’économie mondiale, ils essaient de nous faire croire que le système capitalisme mondial est très bien et que nous avons la chance comme citoyens canadiens d’avoir du pétrole pour nous assurer d’être du côté des gagnants.

    La stratégie budgétaire fédérale vise à réduire l’action de l’État, laisser les citoyens à eux mêmes et maximiser les opportunités de profits. La proposition d’éliminer la dette du Québec, en coupant dans les services, pour s’affranchir des prêteurs internationaux est naïve et fait le jeu du système. Il est normal qu’un État emprunte pour faire des investissement à long terme et servir sa population dans le futur. Il faut seulement que les citoyens épargnent suffisamment pout financer ces investissements, directement ou par des transferts internationaux, et nous l’avons bien fait jusqu’à récemment. Nous ne sommes pas à la merci des investisseurs, ils ont trop d’argent à investir et, par exemple, ils n’ont pas le choix de prêter leur argent à taux très faibles à nos gouvernements actuellement. C’est la gestion catastrophique des dépenses en infrastructures du gouvernement Charest, un gouvernement qui visait à mettre le Québec en faillite, qui a fait exploser notre dette nationale. La situation peut facilement être corrigée. De plus, les services publics sont difficiles à financer parce que les riches et beaucoup d’entreprises profitables ne paient plus d’impôt. Cela peut aussi être corrigé sans chasser les investisseurs internationaux.

    La réticence du gouvernement Marois à prélever un peu plus d’impôt chez les mieux nantis, simplement revenir aux taux d’imposition d’il y a dix ou quinze ans et s’attaquer aux abris fiscaux, ainsi que son préjugé favorable au pétrole de l’ouest, sont pour moi très déprimants. Que vaudront la langue, la culture et le respect de nos ancêtres qui ont bâti ce pays, si on doit se prosterner devant un dieu et maître Cash. En affaires, il faut se tenir debout et négocier ferme.

  • F., 4 janvier 2014 08h35

    Bravo pour votre mise-à-jour monsieur Pomerleau. Une introduction aurait cependant permis aux non spécialistes, comme moi, de mieux situer votre propos.

    Permettez-moi ainsi de simplement rappeler aux lecteurs que ce thème n’est pas nouveau.

    Discours inaugural de Bernard Landry, Québec, 22 mars 2001

    (...) L’étranglement fiscal

    Le Québec fait face à un défi majeur de gouvernance : les besoins en santé, en éducation et en services sociaux croissent à un rythme qui va en s’accélérant.

    Devant ces besoins croissants, le Québec dispose de moyens limités. Pourtant, les Québécoises et les Québécois paient déjà suffisamment d’impôts et de taxes.

    Le drame, c’est que la moitié de ceux-ci prennent le chemin d’Ottawa, sans aucune garantie qu’ils serviront à financer les priorités du Québec. En fait, l’expérience récente démontre clairement qu’Ottawa est davantage préoccupé d’accroître sa visibilité que de répondre aux priorités de nos concitoyens.
    Le gouvernement fédéral multiplie les intrusions dans les champs de compétence du Québec. Pendant ce temps, il se refuse à utiliser ses énormes surplus afin de corriger l’impact des nombreuses coupures qu’il a effectuées dans ses paiements de transfert.

    En bref, notre argent est à Ottawa alors que les besoins sont au Québec. Nous connaissons la véritable solution au problème : comme le disait Daniel Johnson, le père, il faudrait contrôler 100 % de nos impôts et de nos taxes et décider pleinement de leur meilleure utilisation, ce que permettrait la souveraineté.

    En attendant, notre gouvernement entend prendre les moyens pour favoriser une solution à court terme. Une première étape sera la mise sur pied d’une commission, composée d’experts et de représentants du milieu, qui sera chargée de faire rapport sur le déséquilibre fiscal qui prévaut entre le gouvernement fédéral et le Québec, et les façons de le corriger. L’ancien ministre du Revenu dans le gouvernement Bourassa, M. Yves Séguin, a accepté de présider cette commission, dont la composition sera annoncée sous peu.

  • Jean-Claude Michaud, 4 janvier 2014 00h39

    Il va devenir évident que le Québec doit se libérer des dettes en gelant la sienne et en remboursant la portion de dette saine et en radiant celle dû à la corruption.

    Un Québec riche passe par la réduction de sa dette, ce que refuse de comprendre les Keynésiens qui servent les intérêts des prêteurs.

    Les impôts nourrissent les prêteurs. C’est cela la réalité. Le Canada consacre environ autant d’argent pour payer les intérêts de sa dette que pour les pensions de vieillesse et le Québec plus en intérêts que pour plusieurs ministère comme l’aide sociale et l’emploi, la justice et la sécurité publique réunie.

    Il va falloir geler dans un premier temps la dette et pour cela dégraisser notre État et faire des réformes à nos programmes universels comme les garderies, congé parentaux, etc. et ramener le tout aux personnes dans le besoin.

  • Michel Dion (iiibooo sur Twitter), 3 janvier 2014 18h53

    « Nous sommes donc face à la perspective réelle d’une fatalité annoncée ; et, en même temps face à un défi existentiel, une chance historique de sortir des « bienfaits de l’Idée fédéral ». Tout dépendra de la capacité du Québec de bâtir son rapport de force pour défendre ses intérêts supérieurs dans le contexte, où de plus en plus clairement, l’enjeu devient existentiel »

    Très bien dit et analysé, Jean-Claude, mais, la majorité des payeurs de taxes québécois sont-ils conscients de cette mitose progressive et maligne en action ? Il faut trouver la solution pour réussir à avertir et convaincre monsieur et madame tout le monde de ces réalités fatalistes au Québec.

    Voilà notre défit de 2014..!

    NB : http://www.tbs-sct.gc.ca/est-pre/20132014/me-bpd/me-bpd-fra.pdf

  • Gilles Verrier, 3 janvier 2014 14h08

    Pour ne pas se perdre dans les scénarios, il faut déjà savoir prendre avec précaution ces projections qui vont d’une dette fortement accrue à une dette totalement effacée.
    Ces prévisions sont du n’importe quoi dans la mesure où elles sont échafaudées par des analystes économiques formés pour « projeter » sans prendre en compte, ce n’est pas leur mandat, les forces qui façonnent la politique et l’économie canadienne et mondiale.

    L’indépendance du Canada est déjà tant affectée par les traités et les accords commerciaux et militaires multilatéraux (et les accords discrets) au point qu’il n’est pas lui-même en mesure de décider librement de ses politiques à l’égard de l’endettement étatique, politiques qui revêtent désormais un caractère supra-national avéré. Le Canada (et ses provinces) est destiné à être enchaîné à la banque par l’endettement perpétuel qui servent la banque et qui frappent les contribuables par l’entremise de la loi et de la force de l’État. Le cas de la Grèce qui prend toutes les mesures au niveau de l’État pour servir la banque au détriment de sa population préfigure ce qui nous attend dans un système mondial où le peuple a perdu sa souveraineté.

    Par conséquent, voir dans ces prévisions une volonté délibérée d’étrangler le Québec m’apparaît ici être une conclusion tirée un peu trop vite. Si la situation du Québec dans le Canada lui fait certes subir des conséquences néfastes, il ne faut pas cesser pour autant de bien saisir une réalité qui ne manque pas de complexité.

  • Marcel Haché, 3 janvier 2014 12h30

    L’étranglement fiscal de la province va de pair avec la dé-industrialisation du Québec. L’un ne peut pas aller sans l’autre. L’Indépendance est inévitable, pour autant que Nous décidions de Nous redresser...bientôt.

  • 3 janvier 2014 09h26

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