«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Suave : les erreurs du gouvernement Harper forcent même André Pratte à critiquer le fédéralisme tel qu’Ottawa le pratique en ce moment

L’érosion

samedi 9 novembre 2013

À peine le projet de loi sur la laïcité déposé à l’Assemblée nationale, le gouvernement fédéral a fait savoir qu’il envisageait d’en contester la constitutionnalité. Une telle démarche serait futile, néfaste et hypocrite.

Futile parce que, on le sait déjà, plusieurs personnes et organisations s’adresseront aux tribunaux si jamais la charte devient loi ; nul besoin d’une initiative fédérale.

Néfaste parce qu’un tel geste transformerait l’affaire en conflit Ottawa-Québec, au grand plaisir des indépendantistes.

Hypocrite, enfin, parce qu’au lieu de dénoncer l’atteinte - indéniable et déplorable - à la liberté religieuse des Québécois, le gouvernement Harper devrait se consacrer à freiner la dégradation d’un autre droit fondamental au Canada, un droit dont il est le seul gardien, celui d’être servi et de travailler dans la langue officielle de son choix au sein du gouvernement du pays.

Dans son rapport annuel publié jeudi, le Commissaire aux langues officielles déplore la dégradation du bilinguisme dans l’État fédéral. Faut-il rappeler que le bilinguisme institutionnel est garanti par la Charte canadienne des droits et libertés et par la Loi sur les langues officielles, reconnue comme « quasi constitutionnelle » ?

Selon Graham Fraser, on assiste à « l’érosion subtile », à « la lente fragilisation, souvent imperceptible, de l’utilisation des deux langues officielles en milieu de travail et de l’offre de services en français et en anglais ». On s’en doute, c’est surtout le français qui écope.

Le Commissaire constate que malgré ses interventions passées, il est toujours difficile, voire impossible pour les francophones d’obtenir un service dans leur langue dans plusieurs aéroports du pays. Même l’administration de l’aéroport d’Ottawa est en mesure de donner un service en français à peine une fois sur deux. Autre difficulté : les compressions opérées au sein des ministères fédéraux ont parfois eu pour effet de diminuer la possibilité pour les fonctionnaires, surtout les francophones, de travailler dans leur langue.

M. Fraser rappelle que la santé du bilinguisme officiel dépend du leadership des hauts fonctionnaires et du Cabinet. Or, estime le Commissaire, « le gouvernement fédéral ne semble pas accorder suffisamment d’importance à la dualité linguistique comme valeur canadienne. » Comme pour confirmer cette affirmation, la ministre responsable des Langues officielles, Shelly Glover, a ignoré les données inquiétantes du rapport, préférant « féliciter tous les députés et sénateurs qui suivent actuellement un cours de langues officielles ».

On a eu une autre preuve de l’indifférence du gouvernement conservateur à la Chambre des communes. Depuis quelques semaines, le premier ministre, Stephen Harper, a pris pour habitude de répondre en anglais aux questions qui lui sont posées en français. Le message envoyé à la bureaucratie est on ne peut plus clair : pour ce gouvernement, le français est une langue de deuxième ordre.


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Langue française — la « dynamique du déclin »

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