«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

150 ans que ça dure, et rien n’a changé !

Une Confédération bien plus calviniste qu’il n’y paraît !

« L’élément colonial anglais » impose sa vision, ses valeurs, et ses... préjugés !

Des Écossais convaincus que Dieu leur avait octroyé le meilleur pays du monde

Editorial de Vigile
mercredi 22 mars
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Lors des Débats parlementaires sur la Confédération, les orateurs ont souvent fait référence aux Britanniques du Canada en utilisant l’expression « l’élément colonial anglais ». Par exemple, on rappelait que déjà à l’époque de Bédard et de Papineau, l’élément colonial anglais menait un dur combat d’opposition à l’élément français à l’Assemblée législative du Bas-Canada.

Mais au plan de l’histoire politique, il vaut la peine de signaler que les « anglais » en question n’étaient à peu près jamais des Anglais, mais des Écossais ! D’ailleurs, toute l’histoire politique du Canada, depuis la Conquête, a été bien davantage marquée par les Écossais que par les Anglais.

À part une minorité de marchands et fonctionnaires venus d’Angleterre après la Conquête, et d’autres des colonies américaines, la population qui a émigré au Canada aux XVIIIème et XIXème siècles – à l’exception de la marée humaine arrivée d’Irlande suite à la maladie de la pomme de terre – nous est venue d’Écosse, et non d’Angleterre. Engagée à fond dans sa révolution industrielle, l’Angleterre avait à l’époque absolument besoin de sa main-d’œuvre et prenait tous les moyens pour la garder.

Naturellement, les emplois les plus prestigieux et les plus lucratifs ont souvent été octroyés à des Anglais d’Angleterre mais, dans l’ensemble, les Anglais n’ont formé qu’une infime minorité des étrangers venus s’établir au Canada. La minorité, dite anglaise, qui s’opposait aux Canadiens à l’Assemblée législative à l’époque de Bédard et de Papineau était surtout formée d’Écossais, que l’on appelait indistinctement Anglais ou Britanniques.

Le fait que nos immigrants soient venus d’Écosse a eu des conséquences majeures dans les orientations qui ont alors été données au pays, compte tenu que cette population, ethniquement homogène, avait apporté avec elle sa vision du monde, son système de valeurs, sa conception du droit. Pour se faire une idée de cette importance, on n’a qu’à regarder l’origine des Pères de la Confédération qui ont représenté le Canada-Uni à la Conférence de Québec :

a) John A. Macdonald, né à Glasgow en Écosse ;
b) George Brown, né à Alloa en Écosse ;
c) Alexander T. Galt, né à Londres de parents Écossais, mais passa la première partie de sa vie en Écosse ;
d) William McDougall, né à York, Haut-Canada, de parents Écossais ;
e) Oliver Mowat, né à Kingston, Haut-Canada, de parents Écossais ;
f) James Cockburn, né à Berwick-Upon-Tweed à la frontière de l’Écosse ;
g) D’Arcy Mc Gee, né en Irlande.

Bref, il n’y a que D’Arcy Mc Gee qui n’était pas d’origine écossaise. Pas un seul n’était d’origine anglaise. Le Canada est erronément qualifié de pays anglo-saxon, alors que ses racines ethniques sont anglo-celtes. Il ne faut surtout pas oublier que le Canada de 1867 est la plus grande réalisation des Écossais en dehors de l’Écosse, et qu’ils en sont fiers.

Cette part déterminante jouée par des Écossais dans notre histoire explique cette tendance constante, surtout depuis 1867, à durcir la notion de positivisme juridique, à dévaloriser le droit en le diluant dans la morale, à privilégier un droit répressif aux dépens du droit social, à faire de la sanction ou de la punition une caractéristique essentielle de la règle de droit, à exiger une soumission absolue à la loi comme s’il s’agissait d’un ordre d’une autorité divine.

L’histoire politique du Canada moderne, c’est donc l’histoire d’une élite d’origine écossaise qui a constamment réussi à imposer sa conception du droit, ses valeurs fondamentales, ses préjugés dominants.

Pendant toutes les années où les Canadiens français ont revendiqué leur droit à un gouvernement responsable, ce sont les Écossais qui ont donné leur appui à la prédominance de la prérogative royale aux dépens de la volonté populaire. À l’époque de la Confédération, ce sont eux qui se sont farouchement opposés à l’idée de faire trancher la question par un appel à la volonté populaire, soit par référendum, soit par élection référendaire.

Chez les protestants d’obédience calviniste – comme c’est le cas chez les Écossais – il n’y a pas de doute que la volonté de Dieu ne peut pas être mise en échec par la volonté du peuple. En 1982, c’est encore la même mentalité qui nous a valu une nouvelle constitution sans le moindre soucis de prendre l’avis des premiers concernés. Nos pleutres ont eu là une bonne raison de s’écraser : Dieu n’avait tout simplement pas autorisé de référendum en 1982 !

Bref, au Canada, plus les enjeux constitutionnels sont majeurs, et plus la population a l’obligation de se soumettre à l’autorité de ses élites. C’est probablement pour ça que nous nous glorifions tant d’être un modèle de démocratie dans le monde !

Christian Néron
Membre du Barreau du Québec,
Constitutionnaliste,
Historien du droit et des institutions.

Commentaires

  • Pierre Tapp, 10 avril 10h15

    Je trouve dommage de prendre hors contexte la notion de calviniste. Le calvinisme n’a que bien peu à voir dans le présent débat. Le calvinisme est une doctrine religieuse dont certains des tenants et aboutissants se retrouvent également chez nos bon indépendantistes catholiques de l’époque. Certains de nos héros français comme Samuel de Champlain était d’une famille de huguenots, protestant français, qui était également un calviniste. Bien sûr que le calviniste reconnais la suprématie de Dieu, connaissez-vous une religion qui ne l’enseigne pas, du moins en théorie ?!

  • Francis Déry, 7 avril 16h11

    Après la Grande Guerre de 14-18, le Ku Klux Klan créa deux branches. L’une en Écosse et l’autre en Allemagne après le Traité de Versailles. En 1927, les fascistes irlandais et italiens se battaient contre le KKK à New York pour défendre le candidat catholique Al Smith à la présidence. Dans les rangs du KKK, Fred Trump, le père de Donald. En Écosse, les fascistes écossais et irlandais se battaient contre le KKK. Et oui, le KKK fut opposé à Mosley. Le KKK fut hors-la-loi en Allemagne dès qu’Adolf Hitler prit les rênes du pouvoir, pour éviter un autre kulturekampf.

    C’est pourquoi que j’écris souvent que les NS étaient antisuprémacistes en aidant des causes nationales dans les colonies de l’Empire britannique.

  • Francis Déry, 7 avril 15h56

    Oups !
    J’oubliais dans ma précédente remarque que les Écossais sont comme les Belges. Il y a les Belges et les Belges. Tous les écossais ne sont pas Calvinistes ou Celtes. Les Lowlanders sont des Anglo-saxons. J’avais traité de la corrélation entre l’ethnicité et le vote pour l’indépendance en Écosse après leur référendum.

    Le Doric Club fut constitué de Lowlanders, donc d’Anglo-Saxons calvinistes.

    Il serait plus approprié de traiter du Calvinisme et du British Israel, plutôt que du celtisme pour décrire la suprématie écossaise.

  • Francis Déry, 7 avril 15h42

    En 1759, les Anglais n’ont jamais battu les Français à Québec. A Scot surrendered to a Scot. C’est-à-dire Ramezay alors que Vaudreuil et son armée était stationné en dehors de la ville. Le régiment qui a défait Montcalm, c’est le 46e régiment des Highlanders du clan Fraser. Des écossais catholiques. Battus par Vaudreuil lors de la bataille de Sainte-Foy en 1760.
    Les survivants stationnés à Québec marieront des jeunes veuves et s’implanteront dans notre patrimoine génômique. Et oui, des indépendantistes avec des noms écossais ou pas qui sont issus de nos conquérants.

    Simon Fraser est méprisé dans l’ouest parce Catholique et associé aux Voyageurs canadiens-français.

  • Jean Claude Pomerleau, 26 mars 07h36

  • J-F Belliard, 25 mars 09h34

    @Georges Tremblay, 24 mars 20h30

    "Le pouvoir n’est plus l’État. Une nation forte est mobile et n’a pas d’adresse fixe."

    Cette nation a toujours existé : c’est la "Femme".

  • Georges Tremblay, 24 mars 20h30

    L’Anglais a le don de savoir prendre le meilleur chez les peuples conquis. L’Écossais est surtout un génial économiste. Le libéralisme économique moderne est écossais. Le génie "patenteux" est Québécois et les USA en ont bien profité. La science fondamentale est Allemande. Le juif est un raconteur convainquant et donc domine les medias.

    Pas étonnant que l’Anglais a conçu le multiculturalisme. C’est un spécialiste de la colonisation.

    Le pouvoir n’est plus l’État. Une nation forte est mobile et n’a pas d’adresse fixe.

  • J-F Belliard, 24 mars 18h52

    @s ml, 22 mars 16h02
    Au contraire, c’est 30,000 innocents qui ont échappés à un esclavage de 80 ans au profit de la Royal Bank of Scotland ;

    Marc Labelle, 22 mars 17h19
    Excellente observation psychanalytique ;

    @ l’auteur, excellente mise au point.

  • pierre-yves dubreuil, 23 mars 17h41

    Belle recherche !

    Par rapport à la composante divine du Canada.... on peut deviner que d’invoquer Dieu dans la constitution n’est qu’un prétexte mystique pour justifier et légitimer son action autoritaire et violente (au besoin) et moralement supérieure , de réaliser ’’l’ordre naturel’’ jusqu’au confins de l’Univers.

    Les exécutants sont donc des ’’envoyés’’ de Dieu, investis d’une mission qui transcendent ce à quoi de simples humains puissent même penser ou ambitionner.

  • Jean T. Beier, 23 mars 09h40

    Excellent !

    Pour compléter :

    La ’’doctrine MacKinder’’, qui consiste à exploiter et télécommander les gens partout dans le monde, au moyen de politiciens achetés :

    Halford John Mackinder :

    ’’Sir Halford John Mackinder (15 février 1861 - 6 mars 1947) est un géographe britannique, généralement considéré comme le père fondateur de la Géopolitique.’’

    https://en.wikipedia.org/wiki/Halford_Mackinder

    Comme a dit M. Dulles , chef de l’OSS, après la 2e guerre, le but est de permettre aux banques américaines et anglaises de controller l’ensemble des ressources mondiales.

    La méthode de l’Écossais Mackinder est celle appliquée par messieurs Brzezinski et Kissinger pour permettre à leur amis banquiers de Londres et de Wall Street (avec l’OTAN) de s’approprier les ressources de la planète au moyen des gens qu’ils achètent.

    Londres, ce paradis du blanchiment d’argent, (avec en tête la HSBC).

    _ Londres qui DOIT fournir des explications pour le PAN AM 103 (Lockerbie) car cela fait plus de 30 ans que cet écrasement s’est produit.

    Qu’est-il arrive au site des avocats écossais (Firmmagazine) ? Il n’est plus accessibles depuis que Trump a été élu. Sur ce site Trump a affirmé que l’Ouest avait été en Libye que pour le pétrole ? Un safari qui a fait plus d’un million de réfugiés et des miliiers de morts.

    London : Parasites’ Paradise (Or the Best Criminal Sanctuary Money Can Buy)

    Dr James Petras | October 16, 2012

    https://www.newsbud.com/2012/10/16/london-parasites-paradise-or-the-best-criminal-sanctuary-money-can-buy/

  • Robert J. Lachance, 23 mars 07h18

    Fort instructif !

    Fils d’un loyaliste, diriez-vous que le patriote Robert Nelson, 1793-1873, était d’origine américaine, anglaise, irlandaise ou écossaise ?

    « C’est probablement pour ça que nous nous glorifions tant d’être un modèle de démocratie dans le monde ! »

    Nous nous Canadiens ou nous nous Québécois ?

    Dans Démocratie : Histoire politique d’un mot aux États-Unis et en France, 2013, Lux, Francis Dupuis-Déry expose que la notion de démocratie a connu dans l’espace et le temps 4 étapes : 1 - dénigrement, règne des pauvres ; 2 - affirmation, opposition au gouvernement, à l’État, aux riches ; 3 - détournement, association au peuple ; 4 - généralisation, association à tout ce qui est bien pour nous.

  • Marc Labelle, 22 mars 17h19

    Ces Écossais sont des « colonisés-colonisateurs ». Leur royaume d’origine, l’Écosse, fut annexé à celui de l’Angleterre en 1707. Ces descendants de dominés ont donc créé un régime politique qui leur procura une domination compensatoire au détriment des Canadiens (français).

  • s ml, 22 mars 16h02

    Le Québec est coupable de son propre sort en avortant 30000 enfants à naître. C’est un génocide. Et c’est le PQ qui en est responsable. Avec les cliniques Lazure. Ça ferait longtemps qu’on aurait eu un Meech +. Mais le Canada anglais sait qu’on est une province vieillissante....

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