«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le mot est faible

MINISTÈRE DES TRANSPORTS

L’aveuglement

jeudi 8 mai 2014

La reprise des travaux de la commission Charbonneau après la pause électorale a permis d’aborder le cas du ministère des Transports. Des témoignages de ses fonctionnaires ressort un fait. Dès le début des années 2000, on savait que la collusion faisait partie de la réalité de ce ministère. Ses dirigeants ont été informés de faits précis, mais rien ne s’est passé.

À l’audition des derniers témoignages à la commission, on ne peut que penser au roman L’aveuglement de José Saramago. Cet ouvrage met en scène l’humanité, victime d’une épidémie foudroyante de cécité, qui perd ses valeurs. Bien sûr, toutes choses ici ne sont pas comparables, mais il est indubitable qu’il y a eu aveuglement volontaire de la part de bien des gens au sein de ce ministère au plus haut niveau.

Comme dans ce roman, il y eut au moins une personne à ce ministère qui ne fut pas atteinte de cécité. Il s’agit de l’ingénieur François Beaudry qui est mis au courant en 2002 de l’existence d’un système de collusion dans les villes de Montréal et de Laval ainsi qu’au ministère des Transports. Il en parle à son supérieur et à son sous-ministre. Ensemble, ils tentent de colliger des preuves. Des informations qu’ils ont sur la situation à Laval sont transmises à la Sûreté du Québec, dont le directeur général est alors Florent Gagné, un civil, qui deviendra sous-ministre des Transports par la suite. Ils informeront le ministre Serge Ménard, puis Yvon Marcoux qui lui succédera à l’arrivée du gouvernement Charest.

Lorsqu’il devient sous-ministre aux Transports, Florent Gagné ne se souciera pas outre mesure de la situation, à tel point que la présidente de la commission, la juge France Charbonneau, gardera de son témoignage l’impression « que vous ne vouliez pas savoir ». Il rétorquera qu’il n’entendait que « des rumeurs et des soupçons » sans avoir de preuves irréfutables de l’existence de cartels. En 2004, des informations l’avaient bien amené à faire une enquête sur l’existence d’un cartel de déneigement pour finalement fermer le dossier, jugeant les preuves insuffisantes. Il sera plus tard blâmé par le vérificateur général pour ne pas avoir informé la police et le Bureau de la concurrence.

D’autres faits auraient pu alerter les dirigeants du ministère, tels des dépassements de coûts, des soumissions plus élevées, des faveurs octroyées à des fonctionnaires par des entreprises, mais on fermait les yeux. On aimait mieux ne pas savoir. La raison est bien connue. Les enquêteurs de la commission ont établi qu’entre 1997 et 2012 les firmes de génie-conseil ont donné aux partis politiques tout près de 15 millions, cela, en contravention à la Loi électorale. Personne n’avait intérêt à dénoncer un système dans lequel il était partie. Il aura fallu que l’ingénieur François Beaudry fasse des révélations à l’émission Enquête pour que le gouvernement Charest réagisse en créant l’escouade Marteau.

Victimes d’aveuglement d’un autre type, il y a les participants à cette assemblée extraordinaire mardi soir de l’Ordre des ingénieurs qui ont voté la destitution de leur exécutif et du directeur général. Un vif mécontentement existe chez plusieurs, qui se voient comme les victimes collatérales des scandales dans l’industrie de la construction dont les vrais responsables sont les firmes d’ingénierie. Ils n’acceptent pas de devoir en faire les frais par le resserrement des pratiques professionnelles et une cotisation spéciale de 90 $ levée afin de donner à l’Ordre les moyens de redonner confiance au public.

Le vote exprimé mardi soir en est un de vive frustration qui ne changera pas cette réalité qu’il y a une crise sans précédent dans la profession d’ingénieur, comme l’a souligné à juste titre l’ancien président de l’Ordre, Daniel Lebel. Le ménage doit être fait pour le bien de tous.


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