«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le PLQ n’offre rien d’autre qu’un grand bond en arrière !

La réalité dont Le Devoir se refuse de prendre acte

L’avenir du français au Québec et l’avenir politique du Québec sont liés l’un à l’autre

Trop dérangeante

Chronique de Claude Bariteau
vendredi 8 septembre
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Depuis les publications du recensement de 2016 sur le français au Québec, plusieurs textes ont fait écho aux forces et faiblesses de la loi 101. Un cahier spécial du Devoir en contient sur la genèse de cette loi, les changements engendrés, les charges dont elle fut l’objet et les correctifs qui pourraient voir le jour.

La majorité minimise la portée d’un avis de Jürgen Habermas lors du débat sur l’affichage : en matière de langue, l’autorité est celle d’un pays, non celle d’états subalternes. Marc Termote le souligne et Alexandre Shields rappelle que, pour Camille Laurin, cette loi était une étape vers l’indépendance alors que René Lévesque estimait plutôt que la solution était l’indépendance.

C’est encore le point de vue de plusieurs indépendantistes. Par contre, depuis 1995, l’indépendance, exception faite du passage de PKP au PQ, est devenue une telle nébuleuse que le nombre de ses supporters s’effrite et que la CAQ gagne des points, présageant qu’aux élections de 2018 le PQ risque l’anathème et l’indépendance une sortie de scène.

Pour se convaincre de l’impact d’un changement du statut de la langue au Québec, il suffit d’imaginer une victoire en 1995 suivie d’ententes octroyant des pouvoirs exclusifs au Québec, dont l’économie, le développement, la langue, l’immigration et les programmes sociaux-culturels. Avec eux, le Québec aurait eu un statut de quasi-pays et de partenaire du Canada dans les relations internationales, la monnaie, l’armée, les communications, etc.

En 2016, la situation du français aurait alors été toute autre.

Mais ce n’est pas le cas. Depuis cette défaite de 1995, les vues canadiennes se sont répandues au Québec à l’exclusion de celles des Québécois et des Québécoises de toutes origines qui auraient cherché à consolider leur nouvelle nation. Ils furent invités à se concevoir en Canadiens du Québec plutôt qu’en peuple d’un État indépendant à créer.

Ce désenvoûtement orchestré par le Canada se fit dans un contexte où le capitalisme, la langue anglaise et les mouvements de population furent valorisés. Il a alors fragilisé les acquis socio-culturels du Québec, divisé les indépendantistes, et assuré l’emprise de partis pro-Canada sur les habitants du Québec qui cherchent où donner de la tête.

Avec ces partis, deux voies émergent. L’une, celle du PLQ, s’appuie sur la vague canadienne post-1995 et y surfe avec des correctifs de façade. Son objectif : construire le Québec comme il l’aurait édifié en 1960 n’eut été la présence de René Lévesque et de son entourage. Sous sa gouverne, dans deux décennies le Québec ressemblera à celui du gouvernement Taschereau.

Pour le Canada, cette voie est du bonbon. À l’occasion, il fera des ajustements pour que les résidents du Québec demeurent sous son emprise et soutiendra des résistances ethnoculturelles qui assurent son ancrage. Avec elle, Toronto deviendra le pivot incontestable des axes est-ouest et nord-sud, le dernier contrant l’avantage que le Québec pourrait tirer de son indépendance. S’agissant de la langue, la tendance notée s’accentuera. Un récent sondage le laisse voir : 60 % des habitants du Québec estiment pressant de faciliter l’accès à l’école anglaise au primaire et secondaire.

L’autre, plus distante du Canada, entend réactiver au Québec le modèle canadien-français de 1840 à 1960 qui s’est déployé avec l’enfermement de la colonie du Québec dans le Canada-Uni. Avec elle, il y aura des politiques de sauvetage, une jubilation du monde des affaires et la transformation du dossier de la langue en hochet nationaliste pour les habitants des régions du Québec.

C’est la voie que privilégie la CAQ. Sous Bouchard, Landry et Marois, le PQ fut tenté de l’emprunter, et pourrait l’être encore sous Lisée. Quoi qu’il en soit, son déploiement par la CAQ sera plus acceptable au Canada, car le PQ constitue pour lui un irritant comme le fut le PLQ de 1960, d’autant que le PQ aura dans sa besace la carte du rêve pouvant neutraliser celui du Canada activé en 1867 et bonifié après 1931, la Deuxième Guerre mondiale, et le PLC depuis 1960.

Hors de ces voies, il y a la création du pays du Québec. Une démarche qui n’a rien à voir avec un rapprochement entre partis indépendantistes pour prendre le pouvoir. Elle requière plutôt l’affirmation d’une démarche citoyenne valorisant une démocratie par le peuple et pour le peuple comme assise des fondements politique, économique, social et culturel du pays.

Comme cette démarche implique la perception de tous les impôts et l’adoption de toutes les lois, en l’absence d’ententes entre partis indépendantistes, le flou demeure. Conçue pour relier les Québécois et Québécoises de toutes origines, cette démarche neutraliserait la vague canadienne. Par contre, sans les ententes qu’elle nécessite, les deux autres voies auront le vent dans les voiles pour déployer les remakes d’un passé colonial dans lequel les promoteurs du pays tournent en rond, décrochent, et deviennent autant de canadiens errants.

À défaut d’un cap et d’une démarche mobilisatrice, leur patrie redeviendra une terre d’exil pour groupes ethnoculturels en mal d’identité. Ce sera la confirmation par la négative que l’avenir du Québec et de la langue française sont liés au pouvoir politique, et aussi que la loi 101, d’abord perçue comme un pas vers l’indépendance, n’en était qu’un vers une provincialisation à l’ancienne que seul peut contrer un réaménagement politique, économique et social du projet de pays.

De ça, le cahier du Devoir ne dit mot, sauf un texte de Michel David.

Claude Bariteau, anthropologue

Commentaires

  • André Gignac, 10 septembre 12h58

    Monsieur Bariteau

    Le titre de votre article ne peut être plus clair ! Un redressement linguistique s’impose d’une façon urgente pour contrer cette assimilation et ce génocide programmés par les fédéralistes d’Ottawa et mis en application par nos partis provinciaux à Québec. Sans un pays, le Québec est condamné à disparaître ; c’est inévitable ! Il faut que le français devienne la seule langue commune et officielle au Québec.

    Dans le régime fédéral actuel, seul le rafistolage est permis et il ne faut pas aller trop loin sinon la cour suprême vous attend à l’autre bout du tunnel. Vous n’avez qu’à penser à la loi 101 qui a été charcutée de toute pièce. Au Québec, on gouverne pour plaire au West Island ; que de courbettes pour se faire élire par cette minorité et les immigrants qui, en passant, ne voteront jamais pour les partis un plus québécois mais fédéralistes quand même. Seul un nouveau parti vraiment indépendantiste peut nous mener au pays. Excellent article !

    INDÉPENDANCE OU ASSIMILATION !

    André Gignac 10/9/17

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