«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Ne pas mettre la charrue avant les boeufs

Au-delà du problème de toit

L’avenir du Stade va-t-il être conçu par la RIO ou Espace pour la vie ?

Un problème du prochain PDG de la RIO, Michel Labrecque

Tribune libre de Vigile
dimanche 16 février 2014
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L’arrivée de Michel Labrecque, président sortant de la Société de transport de Montréal, à la tête de la Régie des installations olympiques devrait préfigurer une réorientation de la RIO.

La RIO s’est empressée jusqu’ici, sous la pression manifeste de son vrai patron, le bunker de la Grande-Allée, de crier à l’ « alerte » en évoquant le toit du stade, ce qui permettait du même souffle de décréter l’urgence de créer un nouveau toit, à un coût variant entre 300 et 400 millions de dollars.
La RIO a réclamé ce toit avant même d’avoir formulé ce qu’il convenait de faire du stade olympique, ce qui est un peu aberrant. On ne demande pas à un architecte de faire le toit de quoi que ce soit sans lui avoir dit à quoi servira l’espace couvert.

Les copains d’abord

C’était dans l’esprit du bunker sous M. Charest : on crie à l’urgence à propos du toit du stade, ce qui permet d’offrir un lucratif contrat de sauvetage à un entrepreneur ami, du genre SNC-Lavalin, qui a peut-être une solution toute prête. C’était dans l’esprit du bunker sous Jean Charest de plonger dans les contrats à la première occasion : l’ex-premier ministre Charest avait à peine annoncé son Plan Nord qu’il s’empressait d’accorder un projet de prolongement routier de Chibougameau à un centre minier de diamant.
M. Charest aura fait la preuve que le développement consiste essentiellement à procurer des contrats au circuit des camarades développeurs, ce qui représente exactement la notion de développement qu’entretenait Maurice Duplessis, il y a plus d’un demi-siècle.
Il est significatif que l’ex-patron de la RIO, David Heurtel, nommé par M. Charest, ait voulu fuir rapidement le poste de président de l’organisme. M. Heurtel a vite capté au vol une candidature libérale sûre dans Viau lors des élections partielles, renonçant ainsi au prestige et aux avantages offerts par la présidence de la RIO.

Le nouveau gouvernement Marois a déjà pris une décision très significative : avant de toucher au toit du stade olympique, l’organisme l’ Espace pour la vie (qui gère l’ensemble formé par le Jardin botanique, le Biodôme, l’Insectarium et le nouveau Planétarium) vient d’obtenir de Québec les fonds nécessaires pour accroître les capacités d’accueil de ces institutions. Un concours international d’architecture déterminera l’allure de cette expansion de l’Espace pour la vie, qui devrait être complétée en 2017.

L’Espace pour la vie

Autrement dit, Québec accroît le poids d’Espace pour la vie dans cet ensemble, ce qui incitera peut-être la RIO soit à se fondre carrément dans l’Espace pour la vie, soit à développer une conception de développement compatible avec celle que nourrit l’Espace pour la vie.

La question est de savoir à quoi le stade olympique et sa tour peuvent-ils désormais servir : doivent-ils s’ancrer dans une vocation de spectacles variés au fil des offres ou doivent-ils, par exemple, venir soutenir, compléter, accroître les fonctions déjà exercées par l’Espace pour la vie : autrement dit, fusionner ici l’Espace pour la vie et la RIO et faire de l’ensemble une sorte de grande Cité des sciences de la nature de Montréal, originale, unique au monde, axée principalement sur les clientèles asiatiques qui deviendront les clientèles touristiques les plus riches au monde et qui sont déjà sensibles aux présentations d’Espace pour la vie, comme on l’a vu l’été dernier, le Jardin botanique de Montréal enregistrant le premier million de visiteurs de son histoire en un an, grâce notamment aux Mosaïcultures.

Chose certaine, une vocation sportive rentable pour le stade paraît assez impensable : le stade pourra, les bonnes années, présenter une finale de l’Est des Alouettes et afficher une présentation de la coupe Grey par décennie. Le stade accueillera de temps à autre un match de soccer amical entre grands clubs. Il est exclu que le baseball renaisse dans le stade - le West Island s’en occupe. Pas question non plus de dénicher une franchise dans la National Football League ; la seule ville qui en rêve est Toronto et elle veillera éventuellement à s’approprier le marché unique du Canada.

Un marché aux puces de l’entertainment

Le stade servira à divers salons commerciaux, concerts occasionnels (même si l’acoustique est déjà décriée), à une ou deux canonisations de saints québécois par siècle, puis à diverses présentations de motos ou de camions tamponneurs, de compétition de skateboard, etc., bref le Parc olympique deviendrait une sorte de marché aux puces de l’entertainment sans aucune force d’attraction particulière auprès du grand tourisme international.

L’Espace pour la vie, lui, paraît avoir développé peu à peu, au fil des ans, un sens du marché international existant, sensible au monde de l’horticulture. Espace pour la vie est capable de former un nouveau marché touristique international pour Montréal, s’ajoutant aux divers marchés existants que représentent le jazz, Juste-pour-rire, Montréal-complètement cirque, etc.

Le Parc olympique actuel pourrait ne conserver de sportifs que les équipements aquatiques et on pourrait transformer tout le reste en un vaste muséum voué à des valeurs comme l’air, ou comme l’eau - deux ressources essentielles menacées s’il en est, l’eau constituant par ailleurs la richesse dominante du Québec. Une richesse qu’un personnage comme Guy Laliberté a voulu mettre en relief en créant la Fondation internationale One Drop, qui pourrait être mise à contribution ici, voire prendre l’initiative.

Un immense Muséum voué à des sciences de la nature supposerait des étages et des structures qui feraient en sorte qu’on puisse aménager un toit translucide léger sur ce stade. Un toit translucide recouvrant par exemple tout un dernier étage de présentations horticoles variables d’une année à l’autre et offrant des vues agréables tant aux visiteurs cheminant dans les allées à ce dernier étage qu’aux visiteurs observant cette présentation depuis ce qu’on appelle désormais à travers les circuits touristiques mondiaux la Tour de Montréal, qui se trouve être désormais la tour penchée la plus marquante du monde, devançant la Tour de Pise.

Quelles visions ?

La RIO gérée sous Jean Charest avait considéré vendre le nom du stade et le nom de la Tour de Montréal à quelque compagnie qui en aurait eu l’idée, Ford ou Macdonald par exemple, etc. La RIO gérée du bunker a d’ailleurs vendu l’espace entourant le stade à la Financière Sun Life, de sorte qu’on parle maintenant de l’Esplanade Financière Sun Life, une entreprise qui fut l’une des leaders des fuites de sièges sociaux après l’élection du Parti québécois de M. Lévesque en 1976.

On connaît mal les visio
ns que nourrissent les deux grandes formations politiques du Québec sur l’avenir du Parc olympique, mais dans les faits, on constate que le groupe Espace pour la vie prend de l’expansion dans le processus. Un autre écueil en perspective : la RIO relève du bureau du premier ministre, Mme Pauline Marois, l’Espace pour la vie rend ses comptes au maire de Montréal, M. Denis Coderre.

Il sera intéressant de voir comment s’harmoniseront les rapports entrer l’Espace pour la vie de M. Coderre et la RIO de Mme Marois, à propos de l’avenir du Parc olympique et de son stade, qui constitue sans doute la plus importante réalisation architecturale du Québec.

Convertir le stade en un grand muséum

M. Heurtel était arrivé à la RIO par un curieux cheminement. Il venait de présider le Musée Juste pour rire... qui avait finalement fait faillite sous son autorité.

On avait confié à M. Heurtel la tâche de ranimer le Parc olympique et M. Heurtel jonglait encore avec l’idée de refaire le toit du stade, sans savoir au juste ce qu’il comptait faire avec le stade. Cette idée prioritaire de refaire le toit au coût de trois cents ou quatre cents millions de dollars demeure vivace, sauf que si cet argent était plutôt consacré à convertir le stade en un grand muséum voué aux sciences de la nature, sous l’autorité de l’Espace pour la vie, cela signifierait que des nouvelles structures centrales permettraient d’installer un toit léger, translucide sans doute, offrant de belles possibilités d’aménagements horticoles pour les visiteurs du muséum en même temps que pour les visiteurs de la Tour de Montréal, comme elle est désormais connue dans les circuits touristiques internationaux.

Le Jardin botanique de Montréal, l’un des plus importants au monde, recèle des recettes d’aménagement et des compétences capables d’accomplir ici des merveilles. Toute une clientèle asiatique, qui sera bientôt la clientèle touristique la plus riche au monde, devrait apprécier sans réserve l’énergie créatrice de ce Jardin botanique. On a déjà souligné l’abondance d’Asiatiques dans la clientèle de l’été dernier aux Mosaïcultures de Montréal. La réputation de Montréal dans ce domaine n’est plus à faire.

Un problème qui se pose avec l’avènement de Michel Labrecque à la RIO, c’est que la RIO relève du gouvernement québécois de Mme Marois et que l’Espace pour la vie relève, elle, de la Ville de Montréal de M. Coderre.
Espace pour la vie se sent le vent en poupe et vient de lancer un grand concours architectural international pour améliorer les installations d’accueil au Jardin botanique, au Biodôme et à l’Insectarium. Pour la suite, reste à savoir si la vision qu’aura Québec de l’avenir du Parc olympique et celle que nourrira la mairie de Montréal pourront se rejoindre.

Commentaires

  • Yves Capuano, 2 avril 2014 20h24

    Je ne sais pas si vous vous en rendez compte mais, avec votre proposition, Montréal ne posséderait plus de grand stade pour un événement sportif d’envergure ! Je pense que tout le Montréal sportif va s’opposer de toutes ses forces à la disparition du stade olympique de Montréal. Le "brand name" olympique est une des plus prestigieuses au monde et son élimination serait triste. Je suis allé voir le biodome de Montréal, qui est l’ancien vélodrome olympique. De toutes évidences votre proposition va dans ce sens. C’est bien beau le biodôme mais après 20 minutes le tour est terminé. Vous voulez la même chose en plus gros pour le stade olympique ?? La meilleure proposition que j’ai entendue pour le stade olympique consiste à y installer un spectacle permanent du Cirque du soleil. Quelque chose qui nous permettrait de transformer le stade mais d’y conserver ses estrades en permettant la vocation sportive éventuelle du stade. Un méga-spectacle du Cirque du soleil serait le seul spectacle vraiment à la hauteur de la réputation du stade, en lien avec le sport, puisque le cirque est proche du sport. Ainsi les touristes auraient quelque chose de magnifique à voir dans le stade. Allier le prestige du Cirque du soleil à celui du stade olympique. Difficile de trouver une meilleure idée pour attirer les touristes il me semble, non ? Je transformerais la tour du stade en véritable hôtel 5 étoiles avec un resto haut de gamme et j’y logerais aussi une sorte de temple de la renommée du sport québécois avec des expositions sur nos plus grands sportifs. Trois milliardaires mécènes montréalais seraient d’ailleurs prêts à investir dans le stade si le gouvernement faisait son travail avec le toit. En passant j’ai adoré l’exposition des mosaïcultures au jardin botanique. Il serait plus important d’y inclure ces sculptures à toutes les années. Et si vous voulez agrandir le jardin botanique, vous avez de la place en masse dans le jardin lui-même...

  • Marcel Haché, 16 février 2014 16h38

    Il est déjà plus que suffisant qu’Ottawa zigonne avec notre argent pour un pont, sans que Québec s’y mette aussi à propos d’un montant somme toute modeste, aussi modeste que les travaux récemment consentis à la réfection du Casino de Montréal.

    Lorsque Nous avons bâti le site olympique au cours des années 70, Nous étions attendus. Nous avons manqué notre rendez-vous en 1980. Puis encore en 1995. Et le site olympique s’en est trouvé abandonné et moqué. Mais il demeure malgré tout un symbole de prestige, celui qui Nous est encore accessible… parce que Nous sommes connus et attendus.

    Au-delà des budgets et des vocations, ce qui est en cause, c’est le symbole de notre force et de notre volonté politique, la force du désir…

    Le gouvernement péquiste pourrait faire un sacré millage…

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