«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

L’anglaisement massif de la Bibliothèque de Québec

Un phénomène nouveau et tout à fait inacceptable au sein du RBVQ

Tribune libre de Vigile
mardi 30 septembre 2014
864 visites 7 messages

Bonjour Vigiliens,

Un phénomène nouveau se fait jour depuis quelques mois à la Bibliothèque de Québec (RBVQ), à savoir : des documents accessibles uniquement en anglais. Des Films DVD, des documentaires, des téléséries, etc., très massivement et exclusivement en anglais (avec sous-titres français... parfois… à l’occasion : Quelle bonté pour le bon petit peuple, n’est-ce pas ?), des CDs en anglais en très grande majorité (je dirais à plus de 90% des arrivages en continu). Sans compter un nombre croissant de livres dans cette langue... Bref, le budget (important) du (formidable et très apprécié, car il est – était ? – de qualité) réseau des bibliothèques de la ville de Québec est désormais consacré en très grande part à des oeuvres « culturelles » anglo-américaines… non accessibles en français. C’est une insulte, une injure même, à notre langue et à notre culture nationales.

On peut même y apprendre l’espagnol, l’italien et tutti quanti… à l’aide de documents bilingues : la langue visée et… l’anglais ! On croit rêver. Une balle dans la tête avec ça ???

Nous payons des taxes et des impôts, à titre de citoyen(ne)s, pour nous faire ensuite littéralement et puissamment « anglaiser » - comme on dirait : se faire enfoncer dans la glaise. Ça participe carrément du Scandale une politique « culturelle » de cette sorte. D’autant plus que ces manières (auto-colonisatrices ?) contreviennent totalement à la législation de la Charte de la langue française du Québec (laquelle coquille vide, il est vrai, ne veut plus rien dire, puisque l’Office de protection de la langue française « pratique l’incurie » [permettez l’oxymore] et l’aveuglement volontaire depuis longtemps.

En outre, c’est là un message extrêmement pernicieux, sinon suicidaire, à l’égard de l’industrie (toujours… culturelle) américaine. Car en achetant massivement ces produits unilingues anglais — comme si ça allait de soi, et ce au sein d’un peuple dont la langue officielle, la seule langue officielle, est le français –- nous affirmons haut et fort (Hourra ! l’asservissement volontaire), comme société, que ça importe nullement que lesdits produits soient français ou anglais. « That is the same… ! » Bref : « Tirez les premiers, messieurs les Anglais !!! » Nous, on dort au gaz. Aucune représaille à craindre...

Terrible message international qui appelle avec empressement, voire avec « fierté » !, à notre propre anéantissement. Le phénomène est d’autant plus dégoûtant que bien souvent les mêmes documents vidéo sont accessibles en français depuis longtemps. Je pense en particulier aux téléséries déjà diffusées sur nos réseaux nationaux (Télé-Québec, SRC, TVA...). Mais Oups ! tout à coup il faudrait les acheter en anglais uniquement...

Alors voici -. À titre privé, un consommateur fait ce qu’il veut. Et si un citoyen désire la version unilingue anglaise d’un film, bien (?...) lui fasse : il peut se la procurer chez le commerçant. Mais lorsqu’une institution publique, telle une bibliothèque, en particulier de l’importance du RBVQ, pratique une politique de cette nature, c’est au tissu social et national qu’elle s’en prend. Et ce n’est pas seulement ignoble : c’est carrément criminel. En d’autres mots, ça s’appelle :

Volonté d’abolition d’une langue et d’une culture. La nôtre !

À partir du moment où l’ensemble des institutions québécoises, publiques ou parapubliques, refuseront systématiquement (à nouveau, et comme il se doit, au sein d’un peuple qui se respecte) de se faire les dindons de la farce en accordant des budgets, lourds, à des produits culturels qui nient le statut français du Québec, eh bien nos amis étatsuniens (canadiens, britanniques aussi…) s’empresseront illico de revenir aux politiques qui prévalaient jusqu’à ce jour (depuis l’avènement de la Charte de la langue française à la fin des années soixante-dix), à savoir : offrir l’accès aux œuvres dans la langue… du client (et pas seulement qui plus est… par sous-titrages : comme si nous étions un petit village perdu utilisant le swahili [cela dit en tout respect], et non pas « la » grande langue internationale que constitue le français.

Car le vrai problème, ce ne sont pas les États-Unis, ni même la langue anglaise de manière générale. Le vrai problème, c’est que des institutions québécoises importantes avalisent cet unilinguisme anglais. Le vrai problème, en clair, c’est que le cheval de Troie est en Nous. Et pas ailleurs.

L’ennemi, c’est Nous-Mêmes !

Question en terminant  : Qui donc a mis de l’avant une politique assimilatrice de cette nature au sein de l’administration de la Capitale de la Francophonie de toutes les Amériques : l’équipe qui actuellement nous fait office de gouvernement à l’Assemblée nationale ??? Il faut bien admettre - jusqu’à preuve du contraire (si tant est qu’on la trouvât quelque part) - que cette hypothèse, hélas, tient fort bien, trop bien, la route.

PS : À la direction du RBVQ, on retrouve la personne suivante : Marie-Claire Lévesque, présidente de l’Institut canadien

Commentaires

  • Frédéric Sébastien, 12 octobre 2014 17h26

    Merci à M. Gouin, qui ne m’est pas inconnu, pour son appoint important - ou « Acte II » - à cet étonnant dossier.

    Lequel appoint se voit accessible, toujours chez Vigile, à la page suivante : www.vigile.net/Anglaisement-massif-de-la

    F.S.

  • Marianne, 9 octobre 2014 19h25

    Bonsoir,

    J’ai reçu le même courriel de M. Éric Therrien, directeur de la Bibliothèque de la ville de Québec.

    Et j’en suis outrée !

    Je connais fort bien les lieux.

    Et je puis confirmer absolument les dires de M. Frédéric Sébastien.

    Il y a même des éléments que celui-ci, je le pense (ou bien il les a oubliés ?), n’a pas mentionnés.

    J’y reviendrai très prochainement.

    Pour l’heure, je me contenterai de constater combien M. Éric Therrien donne dans le déni le plus net. Qui plus est, il procède en agressant sans détour M. Sébastien.

    Car il le traite littéralement, et franchement, de menteur et de fabulateur.

    Et c’est parfaitement indigne d’un fonctionnaire professionnel. C’est même ignoble comme attitude.

    Ces dires de M. Sébastien sont aisément vérifiables.

    Je dois quitter. J’y reviendrai. En effet.

    MC,
    depuis Québec, ce 9 octobre 2014 (36e anniversaire de la mort de l’unique Jacques Brel)

  • Michel Charlebois, 6 octobre 2014 19h10

    Voici la réponse que j’ai reçu de la bibliothèque.

    Bonjour M. Charlebois,

    Je peux vous affirmer que les allégations sur la question de la prédominance de l’anglais dans la collection de la Bibliothèque de Québec dans l’article « L’anglaisement massif de la Bibliothèque de Québec », sont complètement fausses et non fondées.

    Tout d’abord, le nombre d’acquisitions de livres en anglais est demeuré stable au cours des dernières années. Bon an mal an, nous acquérons environ 3000 documents en langue anglaise pour la Bibliothèque de Québec, ce qui représente environ 3 % de l’ensemble des documents acquis. Considérant notre contexte nord-américain et les besoins exprimés par notre clientèle, nous considérons cette proportion mesurée. Il est donc faux de prétendre que le nombre de documents en anglais dans la collection de la Bibliothèque de Québec augmente.

    En ce qui concerne les films, DVD documentaires et téléséries, la Bibliothèque de Québec procède à l’acquisition de la majorité des documents de langue française disponibles sur le marché. Nous procédons à l’acquisition de documents anglophones ou allophones uniquement lorsque ces documents ne sont pas disponibles en langue française. Nous sommes les premiers à dénoncer le fait que trop souvent les films mis en marché sur notre continent n’offrent pas de version française. Néanmoins, il n’y a que deux choix qui s’offrent à nous : cesser d’acheter ces titres ou offrir une sélection de documents plus vaste à la clientèle. Nous croyons qu’il y a un intérêt certain pour des documentaires non disponibles en français importants qui touchent l’écologie, les voyages ou les enjeux mondiaux qui bouleversent la planète. Pour la fiction, comment pourrait-on ne pas avoir les films de Frederico Fellini, David Cronenberg ou Akira Kurosawa que l’on ne retrouve pas dans la langue de Molière ? Que dire des téléséries telles que Downton Abbey mis en marché il y a deux ans en version anglaise uniquement. Cette série fut tout de même prêtée à des milliers d’usagers de nos services.

    Notre rôle est de proposer une offre culturelle variée, pertinente et non censurée tout en demeurant à l’écoute des citoyens qui fréquentent notre réseau. Tous nos efforts sont déployés afin de desservir du mieux possible les abonnés qui utilisent nos services.

    Cordialement,

    Eric Therrien, M.S.I. BIBL.PROF
    Directeur des bibliothèques d’arrondissement et des collections

    L’Institut Canadien de Québec | Bibliothèque de Québec
    350, rue Saint-Joseph Est
    Québec (Québec) G1K 3B2
    Téléphone : 418 641-6788, poste 240
    Télécopieur : 418 641-6787
    etherrien@institutcanadien.qc.ca

  • Agnès Maltais, 2 octobre 2014 09h29

    J’irai vérifier de visu dès demain.
    Merci de l’information.

  • Frédéric Sébastien, 1er octobre 2014 20h56

    .

    Bonsoir,

    Une réponse rapide de l’auteur à l’attention de M. Dion.

    Pour quiconque se présente sur les lieux de l’une ou l’autre des antennes du Réseau, et en particulier au sein du sein de celui-ci, à savoir la Bibliothèque Gabrielle-Roy (quartier Saint-Roch de la Capitale, dans le même édifice que le bureau de la députée péquiste... Agnès Maltais), on peut prendre acte dudit « phénomène » en consultant les nouveautés (rez-de-chaussée et troisième palier (ou troisième « étage », y lit-on dans un fort mauvais français...] en particulier).

    Depuis quelques mois, c’est proprement horrifique, pour parler manière Sol.

    Bref, il devient de plus en plus rare, je dis bien rare, à la lumière des nouveaux arrivages, de pouvoir visionner ou écouter un document (film de fiction, documentaire, à plus forte raison pour les disques numériques musicaux) dans la langue officielle du Québec. Ou sinon (quelquefois) par le truchement de sous-titres. Il y a même des films... français (ce n’est pas constant, mais suffisamment remarquable pour le mentionner) que l’on ne peut visionner sans devoir « encaisser » des sous-titres... anglais (impossibles à retirer de l’image) ! Surréaliste.

    Le phénomène est, disons, moins « monstrueux » en ce qui concerne les livres « traditionnels », mais la tendance est à la fois ferme et « croissante ».

    Quant à proposer d’apprendre une langue étrangère par le biais de l’anglais, là, vraiment, on sombre carrément dans le ridicule.

    Et dire qu’il existe des quantités innombrables de beaux documents en français (musicaux, documentaires, fiction, etc.), qui ne se retrouvent pas sur les tablettes.

    Comme si le budget français était limité, et le budget anglais... illimité.

    ---------

    Un mot à l’attention de l’autre personne (anonyme) : le fait de maîtriser ou non l’anglais, ou quelque autre langue par ailleurs, n’a rien à voir avec cette problématique. En plein centre de Montréal (à vrai dire, sur l’île tout entière, Laval également, l’Outaouais, etc. : l’étalement anglais se poursuit à vitesse grand V partout sur le territoire québécois), où on a de plus en plus l’impression d’être en pays étranger, pareille situation serait [est !] tout autant inacceptable.

    La maîtrise de plusieurs langues sera toujours une richesse pour un individu. En revanche, le puriinguisme à l’échelle collective, c’est rien moins que du suicide pour une société comme la nôtre (minoritaire au sein d’un immense ensemble allo-monolingue).

    Dommage qu’il faille répéter ad nauseam cette vérité élémentaire - et ce, depuis au moins 50 ans ! - dont presque personne ne semble saisir l’évidence.

    Et l’extrême urgence, moins encore, dans le contexte qui est le nôtre comme Nation.

    Merci.

    FS

    Note : voici le courriel de la ministre - responsable, tous sens confondus - de ce type de dossier au sein de l’État québécois, au sein de l’Office de la Langue française en particulier, j’ai nommé Mme Hélène David : ministre@mcc.gouv.qc.ca

  • Michel J. Dion, 1er octobre 2014 18h24

    Bonjour,
    votre texte est intéressant. Je l’ai partagé à des endroits spécifiques et sensibles à de telles situations. J’aimerais savoir où sont vos sources, car si des gens veulent agir, dénoncer et aller plus loin, nous devons d’abord vérifier ces faits. Avez-vous des liens ou documents pertinents ? Merci votre collaboration.

  • ML, 1er octobre 2014 15h05

    C’est à croire qu’il y a quelque chose dans l’eau à Québec. Les radios-égouts ont elles tant de pouvoir et d’influence ?

    Pourtant je serais curieux de connaitre le pourcentage d’habitants de Québec qui peuvent réellement soutenir une conversation en anglais ou encore comprendre un film américain ou anglais sans sous-titres. Pas plus de 15% selon moi. Ils veulent tellement être autre chose que des "pôvres" Québécois qu’ils en sont ridicules dans leur larbinisme assumé.

    Voir : Le syndrome du larbin

    http://www.tagtele.com/videos/voir/154809/

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