«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Essais québécois

L’âme des pays

samedi 29 mai 2010

Les sociaux-démocrates du monde entier sont fascinés par les pays scandinaves en général et par la Suède en particulier. Ce dernier pays incarne, depuis des décennies, le succès d’une troisième voie, entre le socialisme et le capitalisme. Nation prospère, égalitaire, relativement petite (neuf millions d’habitants) et nordique, la Suède sert notamment d’inspiration aux souverainistes québécois. Nous pourrions, nous aussi, disent-ils, réaliser quelque chose comme cela.

Malgré cette bonne réputation, la Suède reste méconnue. La gauche réformiste s’en réclame, tout comme, dans les années récentes, la droite néolibérale. Chaque camp choisit, dans le modèle suédois, ce qui fait son affaire pour le faire servir à sa cause. Pour démêler tout ça, nous aurions besoin d’essais rigoureux qui exposeraient la situation le plus objectivement possible. L’appel est lancé.

Odyssée en Suède, le plus récent essai de l’urbaniste-sociologue Jean Cimon, ne remplit pas ce mandat, mais fournit néanmoins un éclairage captivant sur cette nation enviée. Récit d’un voyage en ce pays fait en 1949 par l’étudiant qu’était alors Cimon, cet essai au ton bellement poétique tente de saisir l’âme suédoise et de la mettre en rapport avec l’âme québécoise. « Ce qui semble rapprocher ces deux peuples, écrit Cimon, c’est une inquiétude existentielle. En Suède, une forte identité nationale et une émotion refoulée. Au Québec, une identité ambiguë et une émotion extériorisée. Entre les deux, mon coeur balance. »

Cimon évoque le calme des Suédois, leur lenteur, leur amour profond de la nature et leur mélancolie hivernale, liée à une « sorte de mal du Nord » qu’il retrouve aussi dans Mon pays, « cette mélopée quasi religieuse » chantée par Vigneault. Ce qui habite l’âme suédoise, suggère-t-il, « c’est un sentiment religieux teinté d’angoisse existentielle et d’indépendance farouche ».

Cet esprit d’indépendance, toutefois, s’accompagne d’un sens de la discipline sociale, de « la responsabilité individuelle et nationale », auquel n’est pas étrangère la tradition luthérienne du pays. En 1950, les églises suédoises sont déjà presque vides, mais une inquiétude religieuse nostalgique perdure qui continue de nourrir la conscience morale des Suédois. Peut-on en dire autant des Québécois d’aujourd’hui ? Sont-ils conscients, eux, que religion et moralité sont deux choses différentes et que la non-pratique de la première ne doit pas exclure l’inquiétude existentielle qu’elle porte et qui nourrit la seconde ?

Portrait impressionniste de l’âme suédoise d’il y a 60 ans et de ses brumes, l’essai de Jean Cimon ne nous permet pas de trancher dans les débats actuels, mais il nous invite à prendre part à une odyssée qui éclaire autrement.

La chute du Tigre nordique

Petit pays scandinave de 330 000 habitants, indépendant du Danemark depuis 1944, l’Islande, à l’aube du XXIe siècle, apparaît comme « un pays à la fois égalitaire, progressiste, pacifiste, cultivé et écologiste », écrit Daniel Chartier, professeur à l’UQAM et spécialiste des représentations du Nord, dans La Spectaculaire Déroute de l’Islande. En septembre 2008, cette image idyllique vole en éclats.

Les financiers islandais, qualifiés de Néo-Vikings, voient la bulle spéculative qui a fait leur fortune et a transformé l’Islande en « Tigre nordique » leur éclater au visage, tout en éclaboussant les banques, les dirigeants et les citoyens du pays qui vivaient sauvagement à crédit depuis quelques années. Soyons clairs : ce n’est pas le modèle social-démocrate du pays qui a causé cette banqueroute, mais le modèle néolibéral (investissements étrangers massifs dans les banques islandaises, suivis d’emprunts tout aussi massifs par les Néo-Vikings dans le but d’acquérir des entreprises étrangères) adopté par la petite clique dirigeante du pays.

Aussi, ce peuple de pêcheurs et d’artistes qui fascinaient par leur exotisme nordique est devenu, du jour au lendemain, « à la fois le symbole de la violence inédite de la crise mondiale et la figure de sa première victime », écrit Chartier dans cet intéressant ouvrage qui recompose le récit de cette débâcle à partir d’articles de presse parus à ce sujet dans neuf grands journaux, dont Le Devoir.

Des leçons à tirer ? Le Royaume-Uni, qui craint l’indépendance de l’Écosse, en a profité pour souligner que les petits États s’en sortent plus mal que les grands en cas de crise. Retenons plutôt les dangers du néolibéralisme et les mots d’une artiste islandaise qui invite ses compatriotes à rejeter le clinquant et à revenir « vers quelque chose de plus profond ».

Le Japon en touriste

En 2006, comme ça, simplement parce qu’elle aime les voyages et l’aventure, la Charlevoisienne Valérie Harvey, étudiante en sociologie, a décidé d’aller passer une année au Japon en compagnie de son amoureux. Dans Passion Japon, elle partage son expérience avec les lecteurs.

Simple carnet de voyage rédigé dans un style assez rudimentaire, ce petit ouvrage contient des informations intéressantes sur le climat, la cuisine, la culture et les modes de vie japonais, mais il demeure trop uniment descriptif pour offrir un véritable plaisir de lecture. La voyageuse, qui a principalement vécu à Kyoto, exprime avec sincérité son amour du Japon, mais son propos très touristique manque de profondeur et n’évite pas les clichés du genre « quand on suit sa voie, tout se vit mieux ».

Elle retient l’attention, cela dit, quand elle évoque ces Japonais, amants de la nature, qui tournent néanmoins en motomarines autour de l’arche sacrée de Miyajima, les faux mariages chrétiens qu’ils mettent en scène pour singer les films hollywoodiens et la fascination pour l’anglais de ce peuple qui le parle si peu ou si mal.

Quand elle déplore le fait que l’harmonie des jardins zen « est quelque peu brisée par les hordes de touristes qui visitent bruyamment l’endroit », on ne peut toutefois que remarquer qu’un regard critique sur sa propre pratique touristique manque à la candide voyageuse.

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louisco@sympatico.ca


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Livres - revues - 2010

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