«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

La folie hégémonique de Washington

Tous les empires ont une fin

L’Ukraine sera-t-elle le Waterloo des États-Unis ?

Panique d’un système au bord de l’effondrement

Chronique de Mario Pelletier
samedi 13 septembre 2014
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La guerre civile - en grande partie occultée - qui a cours en Ukraine depuis le printemps dernier est devenu le conflit le plus lourd de conséquences pour l’Europe, voire le plus inquiétant pour toute la planète. Préparée et attisée par les États-Unis et l’OTAN, cette guerre hypocrite (qu’on ne veut pas nommer) révèle, plus que toute autre, la folie hégémonique de Washington, l’assujettissement de l’Europe et le totalitarisme idéologique des grands médias alignés sans réserve sur la propagande US. Mais, en fin de compte, on peut se demander si ce champ de bataille, à la fois militaire et idéologique, ne sera pas le Waterloo de l’empire américain.

Cet été, en suivant avec effarement les développements de la crise en Ukraine et l’escalade des sanctions et menaces contre la Russie, je me suis dit que les dieux étaient tombés sur la tête. Les médias étaient remplis d’appels à la guerre sans retenues, comme un écho fantôme démentiel du déclenchement de la Première Guerre mondiale, il y a cent ans. Une poussée de fièvre belliqueuse sans précédent, à Washington, à Bruxelles et dans les capitales européennes. Les pires invectives et de graves accusations (sans fondements) lancées contre la Russie, au risque de déclencher un conflit nucléaire apocalyptique.

On a cru un moment que le cessez-le-feu intervenu au moment du sommet de l’OTAN au pays de Galles, le 5 septembre, allait contribuer à la détente. Il n’en est rien. En réalité l’axe Washington-Bruxelles tient mordicus à en découdre avec Moscou. L’OTAN a décidé d’installer des bases militaires aux frontières de la Russie. De nouvelles sanctions sont décrétées. Des manoeuvres conjointes des Occidentaux et de l’Ukraine auront lieu, la semaine prochaine, en mer Noire, au large de la Crimée. Et, aux dernières nouvelles, les Américains trameraient une « révolution orange » en Russie même. Bref, l’escalade se poursuit.

Une sorte d’ebola de l’esprit

Le conflit en Ukraine est donc devenu le catalyseur d’une folie hégémonique, une sorte d’ebola de l’esprit, qui a contaminé l’opinion publique en Occident. Par le vecteur des grands médias, troupes de choc alignées sur le front des communications contre la Russie.

Cette guerre occultée mais néanmoins féroce, qui aurait fait jusqu’ici 30 000 victimes (évaluation récente, trop peu connue) - dont bien des civils, femmes et enfants -, est la poursuite d’une stratégie agressive des USA et de l’OTAN, une politique extrémiste qui aura détruit, en quelques années, au moins quatre pays - la Libye, la Syrie, l’Irak, l’Ukraine - et destabilisé bien d’autres, tout en mettant l’Europe à genoux, économiquement et politiquement. On se demande où s’arrêtera la casse.

Au milieu de l’hystérie guerrière, le seul dirigeant impliqué qui a gardé la tête froide jusqu’ici s’appelle Vladimir Poutine. Et c’est lui justement qui a été la cible des pires attaques. C’est sur lui que s’est abattu une tornade de haine et de russophobie sans précédent, une véritable hystérie.

La vraie nature de la presse

Et c’est là que la crise ukrainienne a été particulièrement révélatrice. Plus que toute autre conflit - en Irak, à Gaza ou ailleurs - elle a mis à nu la vraie nature d’une presse dévouée aux intérêts d’un système politico-financier dont la tête se trouve à Washington et à Wall Street.

Comment peut-on, désormais, faire confiance aux agences de presse et aux grands médias qui ont propagé mensonges sur mensonges depuis les violentes manifestations de la place Maidan à Kiev, l’hiver dernier, et le renversement d’un gouvernement qui a eu le tort de tourner le dos à l’Europe pour conclure une entente commerciale avec Moscou ?

Il ne fait pas de doute - c’est documenté depuis longtemps (sauf dans les médias mainstream) - que le coup d’État à Kiev, le 22 février, a été fomenté par Washington. Les ONG américaines, les agents de la CIA, les conseillers militaires de l’OTAN y ont travaillé sans relâche, en se servant de néo-nazis armés pour faire le sale boulot d’une prétendue « révolution » populaire.

Les propos de la sous-secrétaire d’État Victoria Nuland sont éclairants à cet égard.
La veille du putsch, au cours d’une conversation téléphonique (interceptée) avec l’ambassadeur US en Ukraine, Mme Nuland, qui dirigeait les opérations de déstabilisation à Kiev, désignait d’avance - avant la destitution du président Ianoukovitch - celui qui serait le prochain dirigeant de l’Ukraine. C’est lors de cet entretien qu’elle avait lâché le fameux « fuck Europe »... dont elle dût s’excuser par la suite. On se croirait dans un épisode de la série House of cards.

La filière du gaz

Plusieurs observateurs bien informés, comme le journaliste d’enquête Robert Parry, se sont demandé ce qui pouvait justifier le coup d’État en Ukraine. Quel enjeu pouvait valoir le risque d’un affrontement militaire avec la Russie. Le gaz saute aux yeux. La Russie en est le plus grand fournisseur à l’Europe, par des conduits qui traversent notamment l’Ukraine. Il est manifeste que Washington joue son va-tout pour couper ce lien économique. Et pour prendre la place. D’ailleurs, sautant sur l’occasion, le premier ministre du Canada s’est empressé, le printemps dernier, de proposer son sale pétrole bitumineux à l’Europe.

Ce qui renforce l’hypothèse du gaz, c’est le rôle joué par le vice-président US Joe Biden lors du putsch de Kiev et l’entrée de son fils, Hunter Biden, au conseil d’administration de la plus grande entreprise de gaz d’Ukraine, quelques mois plus tard. C’est Joe Biden, en effet, qui a pressé le président Ianoukovitch de retirer les forces de police de la place Maidan, le 21 février. Ce qui a permis aux milices néo-nazies d’envahir le palais présidentiel, le lendemain. On sait que, pour leurs « bons services », les extrémistes de droite ont obtenu plusieurs ministères au gouvernement. Un fait que la presse occidentale a toujours minimisé, sinon ignoré sciemment.

Mais, entre nazis et gaz, il y a toujours de fortes associations. Comme l’a rapporté Robert Parry, Burisma Holding - la grande gazière ukrainienne dont le fils Biden est devenu administrateur - appartient à la Privat Bank. Or, cette banque est contrôlée par l’oligarque ukrainien Kolomosky, lequel finance les forces paramilitaires néo-nazis qui tuent férocement des russophones dans l’est du pays. Le sous-sol de l’Ukraine est réputé comme l’un des plus riches d’Europe en gaz de schiste. Les forages ont donc commencé, dès le moins de juin, dans l’Est de l’Ukraine, près de villes qui subissaient des bombardements intensifs de l’armée ukrainienne, chargée de réprimer les insurgés russophones. Notamment la ville de Nikolaïevka, qui a été rasée, et Slavianks, détruite en grande partie. La guerre permet de passer outre aux objections de la population, et la nouvelle oligarchie installée à Kiev est tout ce qu’il faut pour donner libre cours à une exploitation bloquée ailleurs en Europe pour des raisons écologiques.

Le nouvel Hitler

S’il a été applaudi en Occident, le renversement du gouvernement légitime à Kiev - par des troupes de choc néo-nazis, répétons-le - n’a pas eu l’heur de plaire à tout le monde en Ukraine. Et d’autant moins que le nouveau régime a décrété, dès le départ, que le russe ne serait plus langue officielle en Ukraine. Une large proportion d’Ukrainiens est russophone, surtout dans le sud-est : les provinces du Donbass et la Crimée. Révoltées, ces régions ont organisé des référendums d’auto-détermination : un droit reconnu dans toutes les démocraties, mais que le régime de Kiev et ses souteneurs en Occident ont décrié. La population de Crimée a opté, à une majorité écrasante, pour le rattachement à la Fédération de Russie. Ce que Moscou a accepté. Les cris d’indignation ont fusé à Washington et dans toutes les capitales affiliées. On s’est mis à décrier les ambitions annexionnistes de Poutine, ses visées expansionnistes, sa prétendue volonté de récréer l’Union soviétique, etc. C’était devenu le nouvel Hitler, qu’il fallait arrêter coûte que coûte.

Pour apaiser les esprits et montrer sa bonne volonté à un Occident qui, de toute façon, ne voulait rien entendre - hégémonie et gaz obligent -, Poutine a refusé de reconnaître les résultats des référendums au Donbass, dans les oblasts de Donetsk et de Lougansk. Pour le plus grand malheur des populations russes de ces provinces, car elles ont subi une attaque militaire d’envergure - appelée à la manière washingtonnienne « opération anti-terroriste » - qui a entraîné la mort de plusieurs milliers de civils et l’exode de plus d’un million de personnes. Une catastrophe humaine, encore pire qu’à Gaza. Mais, étrangement, à la différence de Gaza, les médias occidentaux sont restés muets sur cette tragédie. En particulier, sur le massacre d’Odessa, le 2 mai : 38 personnes brûlées vives dans la Maison des syndicats par des bandes d’écorcheurs néo-nazis.

Et quand Poutine, par souci humanitaire, a envoyé, le mois dernier, 300 camions chargés de vivres aux sinistrés de Donetsk et de Louganks - qui manquaient d’eau, d’électricité, de médicaments et d’articles de première nécessité depuis des semaines - on l’a accusé d’invasion !

Jusqu’où la mauvaise foi ne va-t-elle pas !

À cet égard, le conflit en Ukraine a été un grand révélateur. Jamais on n’avait vu autant de recours systématique aux mensonges, aux photos satellites falsifiées et aux opérations sous fausse bannière pour faire avancer une cause aussi éhontée et aussi néfaste pour l’Europe.

Depuis le début de la crise, les bobards se sont succédé et amplifié. Une série d’accusations qui n’ont jamais été prouvées. La plus grosse, la plus grave, étant la destruction en plein vol d’un avion de la Malaysia Airlines, le 17 juillet. D’ailleurs, le Boeing avec ses malheureux passagers était à peine désintégré que Kiev accusait dare-dare Poutine. Avant même que l’avion ne s’écrase, semble-t-il. Quelques minutes avant, selon un contrôleur aérien de l’aéroport de Kiev, qui a tweeté ce jour-là : « À peine le B777 de la Malaysia Airlines avait-il disparu, que les autorités militaires de Kiev nous avertissaient de sa destruction. Comment le savaient-ils ? »

Mais on l’a vite fait disparaître, le contrôleur, ainsi que les boîtes noires et tout ce qui pourrait montrer que le Boeing malaisien a été descendu, en réalité, par un avion de chasse de l’armée ukrainienne. C’est ce qu’indiquent clairement les trous de balles sur le cockpit de l’appareil. Si les boîtes noires (expédiées à Londres) révélaient autre chose, ne croyez-vous pas que les dieux qui règnent à Washington nous l’auraient fait savoir depuis longtemps ?

À qui profite le crime ?

De fait, un rapport vient d’été publié par les « experts néerlandais » commis à l’élucidation du mystère. Il confirme que le Boeing de la Malaysia Airlines a bien été mitraillé en plein air : ce qui exclut la thèse du missile, mais le rapport ne le dit pas. Sans doute sur ordre, pour ne pas incriminer Kiev et faire s’écrouler tout le château de cartes des fabulations occidentales.

Alors, les médias peuvent persister dans leur version du missile lancé par les résistants du Donbass. Sans jamais se poser la question élémentaire : à qui profite le crime. Il faut avoir les yeux - et l’entendement - bien bouchés pour ne pas constater, jour après jour, à qui il a profité et continue de profiter !

Les médias alignés sur l’axe Kiev-Washington-Bruxelles se fichent bien des preuves et de la vérité des faits. Comme à l’époque des prétendues « armes de destruction massive » de Saddam Hussein. Ils orientent l’opinion vers la guerre.

Quand on voit des titres à la une des grands médias présentant Poutine comme le diable en personne, « l’ennemi numéro un » de l’Occident - comme le proclamait Newsweek, cet été, en affichant une photo du président russe affublé de lunettes noires reflétant des explosions nucléaires - ou Poutine coiffé du titre « A Web of lies » (un tissu de mensonges - de qui, au fait ?) sur la page couverture du magazine The Economist, on constate toute la force de la propagande. Et cette leçon bien apprise du propagandiste nazi Goebbels : à force d’être répété un mensonge devient vérité. Ou encore, par la même alchimie diabolique, le mal peut finir par apparaître comme le bien.

Une opinion publique intoxiquée

Une telle intoxication de l’opinion publique est dénoncée sur le Web par plusieurs observateurs lucides et informés ; et notamment aux États-Unis par Robert Parry, Paul Craig Roberts et Tyler Durden (site Zero Hedge).

Voilà, sans nul doute, le fruit pourri de la grande concentration des médias réalisés dans les principaux pays de l’Occident dans les dernières décennies. En 1983, aux États-Unis, 90 % des médias appartenaient à 50 entreprises. Aujourd’hui, six entreprises seulement contrôlent plus de 90 % des médias. En France, cinq empires financiers détiennent la plus grande partie des médias. La concentration est du même ordre en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Italie, sans parler du Canada et du Québec, où la situation est pire encore. Et ces entreprises qui contrôlent la presse font partie, la plupart du temps, de conglomérats industriels et financiers... intéressés au premier chef au maintien d’un système qui asservit les États et les peuples au pouvoir démesuré des banques.

L’uniformisation de la communication sert, en effet, un système qui cautionne la fraude fiscale et le blanchiment à grande échelle par le biais d’une chaîne bien établie de paradis fiscaux et de chambres de compensation - comme Clearstream, au Luxembourg - qui blanchissent jour et nuit l’argent du crime et les pillages de guerre aux quatre coins du monde ; y compris, fort probablement, les millions engrangés chaque jour par le calife autoproclamé de l’EI, qui vend à rabais le pétrole pillé en Irak et en Syrie par ses corsaires islamiques sous drapeau noir. Le marché noir de l’or noir, blanchi dans les « boîtes noires » de la mondialisation financière, comme on a appelé les chambres de compensation.

Une grossière manipulation

Washington étant la tête de ce système - cette grande pieuvre impérialiste qui étend ses tentacules sur toute la planète -, il n’est pas étonnant que tous les médias de masse - presse, télévision, radio - soient alignés dévotement sur ce qui sort de la bouche du président américain et de ses acolytes. Ils attendent tous le « la » donné par la Maison blanche pour chanter en choeur et répandre sur la planète ce qu’il faut croire et ce qu’il faut penser.

Ils sont devenus, en réalité, les agents de communication du State Department. La crise ukrainienne l’a montré on ne peut plus. Le « quatrième pouvoir » est nu... et de plus en plus indécent. Désormais, dans les agences de presse du Système et dans la plupart des salles de rédaction, les journalistes pourraient être remplacés par des robots sans qu’on voit la différence. Ne sont-ils pas déjà, en esprit et en pensée, robotisés ?

Mais pourquoi n’y a-t-il pas plus de voix qui s’élèvent - au sein des masses, dans les intelligentsias, parmi les élites pensantes - pour contrer cette grossière manipulation ?
On peut présumer que les populations désinformées et manipulées - y compris les élites liées au système - ne pensent guère au-delà de ce que leur dictent les médias. Et ceux qui pensent autrement se taisent. De peur d’être vilipendés, excommuniés, ostracisés. C’est ce que la sociologue allemande Elisabeth Noelle-Neumann a appelé la « spirale du silence », en montrant, dès 1974, que les médias ne font pas qu’orienter l’opinion publique, ils la créent.

La paix c’est la guerre ?

En tout cas, c’est la preuve qu’un système est devenu totalitaire quand il intimide à ce point la dissidence.

Comme le dit Philippe Grasset (deDefensa.org), ce système est totalitaire parce qu’il « écarte systématiquement et excommunie toute autre façon de voir le monde ». Et il pervertit le langage au point où les mots « démocratie » et « liberté », par exemple, sont appliqués maintenant à des réalités contraires à leur définition.

Le travail c’est la liberté, comme les nazis le placardaient à l’entrée des camps de concentration. Aujourd’hui, Washington nous dit que la paix c’est la guerre. Et, en avant, les drones et les mercenaires ! L’ennemi est en Afghanistan, en Irak, en Lybie, en Syrie, en Ukraine... et, de nouveau, en Syrie. Une chose dont on peut être sûr, il ne sera jamais en Israël !

Des voix s’élèvent

Heureusement, pour nous tous, qu’au-dessus de la « masse-média » des voix s’élèvent, aux États-Unis mêmes, pour ramener à la raison. À la veille du sommet de l’OTAN au pays de Galles, un groupe bien informé d’anciens officiers du renseignement américain - justement appelé Veteran Intelligence Professionals for Sanity (VIPS) - a adressé une lettre à la chancelière allemande Angela Merkel pour lui dire de rentrer la hache de guerre parce qu’il n’y a pas la moindre preuve d’invasion de l’Ukraine par la Russie et qu’on n’assiste plutôt à la reprise du vieux scénario monté par Bush pour l’invasion de l’Irak en 2003.

Pour peu qu’on jette un regard en arrière sur les dernières décennies, on comprend vite que la crise ukrainienne n’est que le dernier avatar d’une série de manoeuvres et de renversements de gouvernement amorcés dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Les innombrables complots de la CIA, les opérations Gladio en Europe, l’expansion de l’OTAN. Une stratégie anticommuniste, devenue antiterroriste depuis le 11 septembre 2001 et qui a pris un tour de plus en plus vicieux et agressif, sous la présidence d’Obama.

On se souvient que c’est Poutine, l’an dernier, qui a stoppé net les préparatifs de Washington et de Paris pour bombarder Damas. Maintenant que les faucons américains pensent avoir mis le président russe hors-jeu avec l’Ukraine, ils reviennent - par la bande (d’un califat fantoche) - à leur projet initial de renverser Assad en Syrie. Et, après, ils pourront s’attaquer à l’Iran, à la Russie et à la Chine, pourquoi pas ?

Une sinistre roulette russe

On sent là, de plus en plus, la fixation, la crispation d’une oligarchie bancaire, financière et militaire qui veut garder à tout prix son emprise... et l’agrandir encore, quitte à risquer l’extinction de l’humanité. Une sinistre roulette russe. C’est le cas de le dire.

Dans le non-dit du pouvoir étatsunien, il y a cette conviction profonde : nous sommes le plus grand empire de l’histoire du monde, et nous allons le rester. Parce que nous sommes une nation « exceptionnelle », comme l’a dit Obama cette année. Bref, un empire de droit divin. Seul cet empire, bien consolidé sur toute la planète, peut guider le monde vers la démocratie du dollar et la liberté des plus riches. Et la « nation exceptionnelle » est liée, de façon inconditionnelle, sinon fusionnelle, avec le « peuple élu » d’Israël. C’est simple et cela explique tout. La sainte alliance de David et de Goliath. On l’a vue constamment, depuis des décennies. On l’a observée avec colère encore cet été avec les bombardements de Gaza qui poursuivent inexorablement la politique d’épuration ethnique du gouvernement hébreu - cet État pourtant fondé par et pour les rescapés des fours à gaz nazis. Le racisme appelle le racisme, comme la violence appelle la violence. Un juif autrefois a dit cela. Un non-conformiste, un dissident, qu’on s’est empressé de crucifier à Jérusalem.

La loi de l’Histoire

Quoi qu’il fasse, l’empire US finira par s’écrouler. Tôt ou tard. C’est la loi d’airain de l’Histoire. Pour un observateur profond de la crise comme Philippe Grasset, les manoeuvres américaines en Ukraine et la campagne russophobe à l’encontre de Poutine traduisent, au fond, la panique d’un système au bord de l’effondrement.

L’Ukraine, en effet, apparaît comme la réaction frénétique d’un empire, qui se débat à mort pour retarder sa chute inévitable. La démesure atteint son point limite. Comme dans les tragédies grecques, l’hybris connaîtra bientôt sa némésis. Les signes sont écrits sur le mur à Wall Street. Le dollar gonflé à l’hélium de la Fed depuis des années menace de se dégonfler comme une baudruche, et les bulles des actions et des obligations de crever en même temps. Et, comme par hasard, deux fléaux endémiques sont apparus dans l’air vicié de ce temps : les corsaires islamiques de l’EI et l’Ebola, et les deux se propagent comme la peste.

Et puis, il y a l’Écosse... L’indépendance de l’Écosse, qui pourrait créer, dès la semaine prochaine, une première fissure à l’intérieur du système. Et en entraîner d’autres en Catalogne, en pays flamand et.... au Québec, où la question de l’autodétermination - jamais réglée, quoi qu’on en pense - pourrait rebondir plus fort que jamais, au coeur même de l’Empire.

Les temps sont mûrs. La semaine à venir promet d’être mouvementée. Et que dire de l’automne ?

QUELQUES RÉFÉRENCES

- Article de Robert Parry sur le Washington Post : http://consortiumnews.com/2014/09/02/whos-telling-the-big-lie-on-ukraine/

- Philippe Grasset, La perspective rupturielle de la Presse-Système.
http://www.dedefensa.org/article-la_perspective_rupturielle_de_la_presse-syst_me_03_09_2014.html

- John Pilger, Le retour de la guerre de George Orwell et Big Brother en Palestine ; l’Ukraine et la Vérité - http://www.mondialisation.ca/le-retour-de-la-guerre-de-george-orwell-et-big-brother-en-palestine-lukraine-et-la-verite/5392073

- Paul Craig Roberts, Ukraine : Washington accumule mensonge sur mensonge - http://www.mondialisation.ca/ukraine-washington-accumule-mensonge-sur-mensonge/5398876
Article original en anglais : http://www.paulcraigroberts.org/2014/08/28/washington-piles-lie-upon-lie-paul-craig-roberts/
- Refus des journalistes US de se rendre vers les camps de soldats ukrainiens passés en Russie. Les circonstances de cette affaire sont rapportées par Itar-Tass, le 6 août 2014, comme le rapporte P. Grasset : cf. http://www.dedefensa.org/article-une_guerre_de_la_communication_d_an_antissement__07_08_2014.html)

- spirale du silence
- voir wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Spirale_du_silence
- aussi :
(cf. La Presse : http://www.lapresse.ca/arts/medias/201409/02/01-4796426-les-reseaux-sociaux-favorisent-ils-vraiment-le-debat.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B9_arts_244_accueil_POS3)

- Baisse générale du QI. Voir Zero Hedge : Scientific Proof That People Are Getting ’Stupider’, 25 août 2014
http://www.zerohedge.com/news/2014-08-25/dumb-dumber-scientific-proof-people-are-getting-stupider

- Un néo-libéralisme débridé aboutissant à un fascisme insidieux, plus hypocrite et plus efficace que toutes les autres formes de totalitarisme connues jusqu’ici. (cf Claudio Gallo, in Global totalitarianism : Change not forbidden, change is impossible )

Commentaires

  • Gilles Verrier, 22 septembre 2014 19h58

    Monsieur Perez :

    Une manifestation réunissait 20 000 personnes à Montréal en fin de semaine contre la loi 3 pour protester contre les coupures dans les régimes de retraite des fonctionnaires. En même temps, de 5 000 à 25 000 personnes manifestaient à Moscou, la plus grande ville d’Europe (11,5 millions d’habitants) pour la paix en Ukraine. Mais qui donc serait contre la paix en Ukraine ? Certainement pas Vladimir Poutine qui a été à l’origine d’un plan de paix en sept points qui conduisit aux accords de Minsk le 5 septembre dernier, accords qui jetaient les bases d’un cessez le feu qui semble toujours tenir malgré sa fragilité.

    Vous semblez avoir des doutes sur la démocratie en Russie. Faut-il rappeler que la constitution russe a été adoptée par référendum ? Honneur primordial auquel ne peuvent prétendre ni Canadiens ni Québécois. Qui plus est, les dernières élections tenues le 15 septembre dernier afin de pourvoir des postes électifs à de très nombreuses instances (dont les municipalités de Moscou et de St-Pértersbourg et en Crimée) ne souffrent d’aucune contestation connue à ce jour. Monsieur Perez, par quoi, selon vous, la constitution russe est-elle très inférieure à notre très perfectible démocratie ?

    Les oligarques ? N’est-ce pas Poutine qui emprisonné le magnat du pétrole Khodorkovsky et qui a présidé au démembrement de Lukos ? Ici, sans parler d’emprisonnement, notre fumeuse commission Charbonneau a remué beaucoup le vivier des petits et moyens poissons (quand il ne s’agissait pas simplement de faire des ronds dans l’eau !) mais a épargné ce qui était « Out of touch ». Si vous lisez Vigile, vous savez de quoi je veux parler..

    Quant aux oligarques russes, le plus fortuné (Mikhaïl Prokhorov) aurait en 2014 une fortune déclaré de 14,5 milliards de dollars. En comparaison, Exxon Mobil et Wall Mart, sont dans les environs du tiers de trillion. Qui est « Out of touch » croyez-vous ?

    Le parti pris russophobe est de bon ton, mais si la charge anti-russe ne peut être substantivée sérieusement, l’assaut ne sera jamais qu’un coup d’épée dans l’eau. En d’autres termes : В чужом глазу сучок видим, а в своем и бревна не замечаем, ce qui revient à dire : « Regarde la poutre dans ton œil avant de regarder la paille dans celle de ton voisin », selon Matthieu (7 ;3-5).

  • Jean-Louis Pérez-Martel, 21 septembre 2014 19h28

    Dans mon premier commentaire, intitulé Autre vision géopolitique plausible , j’affirmais : Avant que l’Ukraine devienne le Waterloo des États-Unis, la Russie sera la prochaine Démocratie en liberté, comme les ex-républiques de l’éteinte URSS qui ont volontairement adhéré à l’Union Européenne.

    Aujourd’hui vient de se donner le premier pas ver cette démocratie en liberté et contre le pouvoir des oligarques, leurs mensonges et leurs politiques néo-impérialistes.

    Des Moscovites protestent contre l’implication russe en Ukraine

    http://www.lapresse.ca/international/dossiers/ukraine/201409/21/01-4802243-des-moscovites-protestent-contre-limplication-russe-en-ukraine.php

    ***

    JLPM

  • Rinocero, 18 septembre 2014 16h37

    Réponse à Charles Simon : En Lituanie et en Estonie, on parle les langues du pays, elles ne sont nullement interdites à la radio ni à la télévision et les minorités russes vivant dans ces pays doivent parler couramment l’estonien ou le lituanien pour pouvoir prendre la nationalité estonienne ou lituanienne. En Biélorussie, la langue biélorusse est promue mais en pratique c’est pratiquement la même langue que le russe et la plupart des gens parlent le russe, comme en Suisse où les suisses de langue allemande, parle à la fois l’allemand officiel mais aussi le dialecte local alémanique.
    Quant à l’idée que la Russie veut envahir les Pays Baltes, c’est strictement de la propagande ontarienne. Les Russes n’ont aucunement l’intention d’envahir les Pays baltes, mais les américains cherchent à les en persuader ce qui permet à l’industrie d’armement américaine d’exporter encore plus d’armes ce qui compense le fait que le gouvernement américain a légèrement diminué le budget de la défense. En somme pour le complexe militaro industriel américain cela compense le manque à gagner sur le marché intérieur. La crise ukrainienne largement provoquée par les Etats-Unis avec la complicité de l’Union européenne vise aussi à justifier le maintien d’une tutelle américaine sur l’Europe et à faire oublier les réticences de certains pays européens par rapport au traité de libre échange transatlantique en cours de préparation, et qui risque d’aligner les normes sanitaires en matière d’alimentation et en matière environnementale sur les normes des USA moins exigences. Or la propagande atlantiste en présentant le conflit ukrainien, non pas comme une guerre civile ce que c’est en réalité mais comme une agression de la Russie crée un sentiment de peur auprès des pays européens qui du coup oserons moins défendre leurs intérêts vis à vis des américains.

  • Rinocero, 18 septembre 2014 16h19

    Article intéressant sur le fond, critiquant l’impérialisme américain à juste titre et rappelant que ce militarisme américain ne fait pas l’unanimité au sein de la société américaine. Mais je ne partage pas l’opinion de l’auteur sur le dernier conflit israélo-palestinien et faisant abstraction de la campagne de missiles lancé par le Hamas "à l’aveugle" sur le territoire israélien. Que par chance ces missiles aient fait peu de victimes , il n’en reste pas moins qu’ils avaient pour but de faire un maximum de victimes. Par ailleurs on peut légitimement souhaiter pour les Palestiniens d’avoir une vrai patrie sans nier le même droit aux israéliens. Or le Hamas est un "très mauvais avocat" de la cause palestinienne et sa dérive islamiste peu sympathique. On peut bien sûr ne pas partager mon avis mais je ne pense pas qu’il y ait un bon ou un mauvais islamisme en fonction de son positionnement pro ou anti américain.

  • Jean-Louis Pérez-Martel, 18 septembre 2014 12h52

    Vladimir Poutine face à son syndrome totalitaire

    À quoi peut-on s’attendre de cet ex-responsable des services secrets de l’exécrable KGB ?

    Poutine aurait menacé d’envahir la Pologne, la Roumanie et les pays baltes

    http://www.lapresse.ca/international/dossiers/ukraine/201409/18/01-4801272-poutine-aurait-menace-denvahir-la-pologne-la-roumanie-et-les-pays-baltes.php

    *
    Voir aussi Vladimir Poutine

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Vladimir_Poutine

    ***

    JLPM

  • Michel Bélisle alias Didier, 16 septembre 2014 11h19

    M. Pelletier,

    Vous avez raison en parlant du rôle des médias mainstream dans l’orientation de l’opinion publique.

    C’est vrai que ces médias s’emploient à vilifier un ennemi potentiel.

    Par contre, si vous remarquez, ces mêmes médias sont muets par rapport aux risques relatifs au dit conflit.

    Quand vous dites :

    "On sent là, de plus en plus, la fixation, la crispation d’une oligarchie bancaire, financière et militaire qui veut garder à tout prix son emprise... et l’agrandir encore, quitte à risquer l’extinction de l’humanité. Une sinistre roulette russe. C’est le cas de le dire."

    Les élites du Système s’emploient à créer de la diversion en détournant l’attention des risques d’un conflit aux portes de la Russie, pays armé comme on le sait, d’armes nucléaires, vers d’autres conflits qui, ceux-là, on n’hésite pourtant pas à qualifier de risqués pour l’avenir de l’humanité comme celui en Irak contre l’État islamique qui, pourtant, ne possède pas d’armes nucléaires comme la Russie en possède :

    http://whitehousewhispers.com/lindsay-graham-says-isis-could-wipe-out-humankind/

    Pourquoi les élites comme ce sénateur américain mentionnent-elles le risque pour l’avenir de l’humanité dans le conflit en Irak et ne parlent pas de ce risque en ce qui concerne un conflit aux portes de la Russie ?

    On ne peut que conclure que cela est voulu, "by design", comme on dit en anglais.

    Comme vous le dites, il devient très difficile d’être bien informé par les médias aux ordres du Système.

    Et cela est dû justement à la protection à n’importe quel prix du Système que l’on perçoit chez les élites et chez une majeure partie de la population.

    Tout est bon : désinformation, semi-vérités, mensonges, créations de crises parallèles etc...

    N’étant pas ratoureux à ce point, je suis toujours impressionné de voir combien nos élites le sont.

    Et en ce 21e siècle, ce comportement de l’élite, qui a toujours existé jusqu’à un certain point (il suffit de lire "L’Utopie" de l’humaniste anglais du 16e siècle Thomas More pour s’en rendre compte) est plus prononcé que jamais.

    More disait déjà à propos de l’élite de son temps :

    "Quand je reconsidère ou que j’observe les États aujourd’hui florissants, je n’y vois, Dieu me pardonne, qu’une sorte de conspiration des riches pour soigner leurs intérêts personnels sous couvert de gérer l’État. Il n’est pas de moyen, pas de machination qu’ils n’inventent pour conserver d’abord et mettre en sûreté ce qu’ils ont acquis par leurs vilains procédés, et ensuite pour user et abuser de la peine des pauvres en la payant le moins possible. Dès que les riches ont une fois décidé de faire adopter ces pratiques par l’État - qui comprend les pauvres aussi bien qu’eux-mêmes - elles prennent du coup force de loi.
    Ces hommes détestables, avec leur insatiable avidité, se sont partagé ce qui devait suffire à tous ;"

    Nous sommes sûrement à un point tournant de l’histoire de l’humanité. Je ne suis même pas sûr que l’on puisse encore éviter le scénario catastrophique qui se dessine.

  • Gilles Verrier, 16 septembre 2014 00h51

    Monsieur Pelletier,

    Certains de vos commentateurs (Charles Simon) semblent vivre dans une belle continuité mentale l’Union soviétique et la Russie contemporaine. Pourquoi se compliquer la vie ?
    Même s’il est vrai que du coté de la Russie les sondages révèlent coup sur coup la nostalgie d’une fraction non négligeable de la population pour l’Union soviétique, la Russie est désormais ailleurs et tournée vers l’avenir, les dernières élections régionales et municipales du 15 septembre ajoutent à la preuve.

    Je passerai rapidement sur la prétendue oppression des pays baltes, membres de l’OTAN, ces pays de liberté où il reste préférable pour les russophones de longer les murs puisque leur langue (bien que parlée très abondamment et dit-on à plus de 50 % en Lettonnie), ne jouit d’aucune reconnaissance légale. Votre commentateur n’est visiblement pas sorti de la guerre froide et aura négligé de noter que le monde a considérablement changé et les changements qui s’y opèrent ces jours-ci se font à la vitesse grand V. Mais se cantonner dans ces pays baltes, fermés sur eux-mêmes et offerts au plus offrant, un peu comme leur voisin d’Ukraine de l’ouest « banderaste » et proto-nazi, ne nous avance pas beaucoup et est un peu étouffant. Passons.

    Même avec l’impossible élection de Marine Le Pen ou de François Asselineau, (ajoutez le pauvre Mélenchon si vous le voulez !) il faudrait à la France, un pays que nous connaissons bien, au moins de cinq à dix ans pour renouer avec la croissance et l’équilibre économique. Ces Don Quicotte, cette Europe dont la croissance est nulle, se permettent toutefois de frapper la Russie de sanctions. Permettez-moi de rire un bon coup. La Russie, selon ses propres mots et elle restera polie, n’a, il est vrai, que des amis en Europe ; mais elle a aussi aussi plein d’amis ailleurs dans le monde, dans le monde de la croissance et elle possède un énorme potentiel chez elle. Elle vient d’ailleurs de signer le « plus gros contrat de l’histoire de l’humanité » avec la Chine, un contrat d’une valeur de 400 millards de dollars, qui ne se transigera pas en dollars US, en tout cas pas seulement. Une révolution !

    De retour sur l’Europe, vassal des États-Unis, elle est en passe de devenir l’arrière cour du monde, mais avec cette ridicule et maniérée prétention d’être une puissance qui en impose encore, ma chère. Le quêteux monté à cheval, comme disait mon père. Mais sanctions oblige, la Russie se passera donc de plus en plus de son ami européen, dont les politiques sont d’une stupidité abyssale. Le fait est que les technologies de pointe ne sont plus en Europe et aux États-Unis mais elles sont désormais partagées à travers le monde. Votre commentateur (Charles Simon) devrait en prendre acte.

    La Russie, qui aura la discipline et le retenue (voire la charité) de ne jamais s’en vanter, est actuellement la plus grande puissance militaire du monde actuel, devant les États-Unis et la Chine, pour des raisons faciles à comprendre pour qui s’intéresse à la question. Les technologies d’extraction du pétrole et du gaz ne sont plus des secrets. Les apports financiers et la coopération internationale ne permettent que de fixer des calendriers de réalisation plus rapprochés.

    Ne vous attachez pas au monde d’hier. Ce monde est disparu depuis au moins dix ans. Pour le Québec, il nous faudra jouer finement nos cartes, mais la voie de la croissance et du développement n’est plus du coté de l’hégémonisme anglo-saxon, cet hégémonisme qui ne nous a jamais bien servi d’ailleurs, est désormais derrière nous. Il faut en prendre acte, bien que par proximité les É-U et le Canada seront toujours pour nous des partenaires avec lesquels il nous faudra compter et transiger. Naturellement. La Russie est aussi pour nous un voisin du Nord, dont la proximité se manifeste aujourd’hui par les possibilités techniques, notamment dans le domaine des transports.

    Nous savions au Québec qu’une autre langue à apprendre pour être ouvert sur le monde est l’espagnol, ce qu’a toujours promu Bernard Landry. Mais il y a aussi le Russe qui nous ouvrira une autre fenêtre sur le monde. Le Québec français est bien placé pour se mettre à l’espagnol, au russe et au chinois. Les petits peuples, à moins de vouloir perpétuer leur subordination, n’ont aucun intérêt à perpétuer leur dépendance envers une puissance particulière. Les indépendantistes qui ne comprennnent pas cela seront les premiers à perpétuer notre dépendance.

    Voici, monsieur Pelletier, ce que j’écrivais déjà, en lien avec votre article, dès le 13 août dernier :

    « À moins de revirements aux proportions atomiques, la dernière tentative d’isoler la Russie se solde par un échec cuisant. La Russie profite des humeurs belliqueses de ses « partenaires » pour accroître son auto-suffisance alimentaire et industrielle et multiplier les accords économiques avec des dizaines de pays qui ne soumettent pas leur commerce extérieur aux fantaisies idéologiques de Washington. Il y en a de plus en plus. Et ces pays comptent pour beaucoup plus que la moitié du PIB mondial. »

    « Les États-Unis (sa classe dirigeante « exceptionniste » avouée) peuvent encore faire bien du mal mais la tendance forte qui se dessine est qu’elle sera bientôt plus en mesure de faire valser le monde pour son propre compte. Le poids du dollar dans les échanges internationaux est en décroissance. Le coup de maître des USA qui fut d’imposer le dollar au lendemain de la Guerre 39-45 pour transiger le pétrole, créant ainsi une demande mondiale artificielle intarissable pour le billet vert, est une injustice faite aux autres pays et peuples qui tire à sa fin. L’arnaque qu’on a tenté de répéter pour le cas du gaz ne réussira pas. Il serait trop long de développer ici mais pour de multiples raisons externes et internes, il est devenu impossible pour les États-Unis de reprendre la main, leur déclin est inéluctable et risque de se faire asez rapidement. Reste à voir si la chute de l’empire américano-sioniste suivra un autre chemin qu’a suivi celui de l’Union soviétique ?

    Bref, si le chaos est venu d’Amérique, (...) la fin du chaos, je suis optimiste, viendra d’un autre horizon. En ce qui nous concerne, une nation comme le Québec, qui a vu son processus d’émancipation stoppé par la montée de l’empire anglo-saxon dans les années 1760 bénéficiera certainement du déclin de la domination anglo-saxonne du monde. L’impérialisme anglo-saxon est toujours le principal obstacle historique à l’affirmation nationale du Québec et des Français canadiens d’Amérique. Le déclin rapide des anglo-sionistes comme force hégémonique, après en gros 250 ans de domination impériale, pourrait signifier pour le Québec la possibilité de se manifester au monde politiquement et facilement dans toutes les sphères de la vie internationale sans subir la pression négative et souvent violente dont il a été la victime depuis tout ce temps. »

  • Wow !, 15 septembre 2014 14h42

    Quel texte ! Bravo et merci pour cet éclairage.

  • Michel Bélisle alias Didier, 15 septembre 2014 01h22

    M. Pelletier,

    Il n’y a qu’une affirmation de votre texte avec laquelle j’hésite à être totalement en accord. C’est quand vous écrivez :

    "En tout cas, c’est la preuve qu’un système est devenu totalitaire quand il intimide à ce point la dissidence."

    Je me risquerais à dire qu’il existe comme un certain endossement assez généralisé du Système au niveau de la population. Autrement dit, la dissidence est plutôt inexistante qu’intimidée.

    Je crois que notre époque est témoin d’une certaine idôlatrie du Système. On peut la percevoir d’une manière caricaturale dans les films du regretté cinéaste Pierre Falardeau.

    Les élites ne pourraient maintenir le Système sans un appui massif des populations.

    Bref, le peuple tient autant au Système que les élites. Du moins, c’est mon opinion. C’est pour cela que le Système perdure.

    Il semble que lorsque l’égarement commence à gagner les humains à une certaine période de l’histoire, le mal devient vite généralisé et s’étend rapidement à l’ensemble. On a bien entendu parler de l’époque de Noé où il semble que Noé et sa famille aient été les seuls à éviter la corruption de l’époque.

    Pour ceux qui, comme vous, sont éveillés à ce qui se passe, ce que l’on perçoit de l’époque actuelle est bien déprimant. C’est qu’il semblerait que notre époque ressemble à celle de Noé.

    Dans ce contexte, on pourrait supposer qu’un changement de civilisation vers quelque chose de plus humain ne pourrait venir de l’être humain. Il faudrait qu’il vienne d’ailleurs, d’une force supérieure.

  • charles simon, 15 septembre 2014 01h08

    Il y une obsession en Russie depuis les tsars, l’accès aux mers chaudes, la Crimée ce n’est pas autre chose.

    Votre sympathie pour le maître actuel du Kremlin vous permet de passer sous silence que sa politique russophone vide a ramener dans le giron du Kremlin, par la force s’il le faut des pays comme l’Estonie, la Moldavie, la Lituanie, Biélorussie, etc.

    Ces peuples qui parlent leurs langues Monsieur Pellettier sont fatigués d’être obligé de travailler en russe, que les stations de télévision ou de radio soient en russes, que les plus grands journaux soient toujours en russe, qu’une minorité russophone refuse que les enfants apprennent une autre langue que le russe, etc.

    Ceci vous rappelle t-il quelque chose ?

    Pour la Russie qui n’exporte que des matières premières et du matériel militaire, les sanctions financières de Washington et de l’UE pourraient quoique en dise le Kremlin, être catastrophiques.

    L’économie du pays est à l’arrêt, la démographie est en berne, l’espérance de vie des hommes a reculé de 10 années en 20 ans (alcoolisme chronique), le nationalisme russe sert aussi de soupape à un régime ou les pillages organisés par l’oligarchie en place, héritière des anciens satrapes communistes, ne connaissent aucune limite, ou les opposants au régime continuent même maintenant de subir les pressions d’une police et d’une justice aux ordres...

    La Russie malgré des réserves de devises importantes ( plus de 700 milliards de $) a un besoin crucial de revenus importants pour payer notamment les retraites d’une population agée, les jeunes quittent le pays, et le développement des nouveaux pétroles (Sibérie orientale) nécessitent des technologies que la Russie ne possède pas, d’ou son obligation de concéder des pans entiers de son secteur pétrolier a BP ou a Exxon.

    Ne mésestimons pas les malfaisances des groupes et ONG américaines en Ukraine mais les habitants de ce pays se souviennent encore des famines organisées par Oncle Jo (Staline) en 1933-1935 (3 millions de morts), des persécutions des démocrates ukrainiens jusque dans les années 1980 ( ceci a cessé avec Gorbatchev).

    Bref votre héros et ce qu’il représente est largement détesté par la presque totalité des ex-républiques soviétiques ou des autres....parlez en aux Polonais par exemple.

    Ecroulement vous allez vite en besogne, la Russie a aussi ses contradictions et ses faiblesses, elles ne sont pas moins menacantes que celles qui planent sur Washington.

  • Mario Pelletier, 14 septembre 2014 12h13

    Comme complément à mon article, je vous signale une lettre qui vient d’être adressée au président Poutine. Voir : http://dearputin.com/fr/

    Elle a déjà été signée par 25 000 personnes à travers le monde. Vous pouvez vous y joindre, à l’adresse donnée ci-dessus.

  • Jean-Louis Pérez-Martel, 14 septembre 2014 11h11

    Autre vision géopolitique plausible

    Avant que l’Ukraine devienne le Waterloo des États-Unis , la Russie sera la prochaine Démocratie en liberté, comme les ex-républiques de l’éteinte URSS qui ont volontairement adhéré à l’Union Européenne. La démocratie en liberté, avec ses contraintes et mensonges institutionnalisés, est préférable à celle où les mensonges et la liberté sans démocratie (le totalitarisme) devient un monopole de pouvoir de la nomenklatura au bénéfice exclusif de celle-ci. C’est-à-dire, les oligarques du Kremlin d’aujourd’hui (la vraie ploutocratie ) sont les mêmes communistes d’hier avec un collier distinct.

    JLPM

  • Gilles Verrier, 13 septembre 2014 20h51

    Bravo Monsieur Pelletier pour cet article d’une grande clarté. Merci d’offrir aux lecteurs de Vigile un texte de réinformation de qualité.

    On voit tout de suite que vous ne vous limitez pas à la Presse, au Devoir ou à Radio-Canada ; ni même au NY Times ou au Washington Post. Vous serez peut-être incompris par plusieurs ou condamnés par des « connaissseurs » qui s’imposent une disette de l’information en ne s’abreuvant qu’aux sources réductrices citées plus haut.

    L’Occidental moyen, les Québécois incluent et je le déplore, sont aujourd’hui les victimes d’une propagande outrancière. Nos informations, y compris celles que débitent les commentateurs réputés sérieux de Radio-Canada (dont l’inégalable Jean-François Brousseau), sont visiblement triés sur le volet pour leur soumission à la ligne du système américaniste.

    Les Québécois partagent un peu malgré eux de cet « exceptionalisme » américain dont vous parlez quand ils coient « savoir » avec un peu trop d’assurance ce qui se passe dans le monde, sans se rendre compte qu’ils sont se font bourrer comme des dindes. Incroyable pour certains, le citoyen russe qui veut s’informer n’est pas victime à ce point d’un tel unilatéralisme de l’information. Je lisais l’autre jour, je crois que c’était sur le site Vineyard of the Saker mais je n’ai pas gardé la référence, que le pays qui traduit le plus d’analyses et de nouvelles américaines est la Russie. Les citoyens russes auraient donc droit aux discours d’Obama, aux déclarations officielles de l’administration des É-U et à des analyses diverses. Mais nous, nous n’avons pas ce droit.

    Ici, dans nos médias aux ordres, on rapportera bien sûr en deux mots ce que disent Poutine ou Lavrov, mais ce ne sera que pour passer à une interprétention tendancieuse, mesquine sinon carrément déformée de leurs discours et de leurs énoncés. Ce sera pour distiller la méfiance sinon la haine à l’égard de Poutine et de la Russie. Pour se renseigner de façon équilibrée, toute personne qui désire suivre l’actualité avec un minimum de sérieux doit désormais et obligatoirement rechercher des informations publiques ailleurs. Ce qu’on nous cache ici se trouve généralement dans l’Internet, ce qui permet à ceux qui sont intéressés par la vérité d’outrepasser la bouillie pour enfants que l’on nous sert ici.


    Concernant les référendums dans les régions de Lughansk et Donetz, il faut préciser que Poutine n’était pas en faveur et il avait souhaité qu’ils ne se tiennent pas. Il y a donc une distinction à faire entre les objectifs présents des dirigeants de la Novorossia qui veulent leur indépendance de l’Ukraine, et ceux favorisés par la Fédération de Russie qui préfère une Ukraine unie dans le cadre d’une reconnaissance étendue de l’autonomie des régions russophones. Mais avec le durcissement des positions de l’axe Washington-Bruxelles, la position modérée de la Russie devient à chaque jour moins plausible. Il faut rappeler pour qui ne le saurait pas que le Donbass, région déjà industrialisée à l’époque, avait été donné à l’Ukraine par Lénine au début des années 1920 pour augmenter la proportion des prolétaires dans l’Ukraine, pays de paysans. Et la Crimée, quant à elle, avait été cédée à l’Ukraine par Kroutchev en 1956 pour des raisons qui ne sont pas claires, mais Kroutchvev, alors président de l’Union soviétique, était lui-même ukrainien.

  • Patrice-Hans Perrier, 13 septembre 2014 20h16

    Merci du fond du coeur !

    Chrétien, d’obédience Soufi, je suis un peu en porte-à-faux face à la DOXA ambiante, de gauche comme de droite, anti-sioniste, comme sioniste.

    Épuisé par la pollution ambiante des esprits, j’ose espérer que ce nouveau millénaire nous aidera à changer de paradigme.

    Dans mon livre à moi, Poutine n’est pas mieux que nos dirigeant, c’est un autre « illuminé » du pouvoir, mais, au moins, il talonne l’Empire anglo-saxon-suprématiste-blanc !

    Vivement un monde multi-polaire, pour que la « volonté de puissance » soit équilibrée, freinée ...

    et, il ne faut pas comparer l’Écosse et la Catalogne.

    L’Écosse existait comme nation libre, il y a trois siècle.

    La Catalogne n’est qu’un petit royaume qui s’est joint au royaume d’Aragon il y a fort longtemps ...

    La Maçonnerie étant d’une puissance telle, au Québec, que les nationalistes d’ici ne comprennent pas (ou font semblant de ...) que la Catalogne, à l’instar de Venise, n’est qu’une République de Banane au service des obédiences noires.

    Vivement que la Royauté espagnole rétablisse El ORDO.

    Nous avons besoin d’ordre, et cela n’a rien à voir avec l’Empire.

  • Michel Bélisle alias Didier, 13 septembre 2014 18h34

    M. Pelletier,

    Merci pour cet article exceptionnel. Votre analyse est d’une justesse incroyable et vos sources extrêmement bien choisies.

    En même temps, votre article nous fait réaliser la gravité de la situation présentement dans le monde.

    Vous parlez de monsieur Philippe Grasset. Il a écrit ceci récemment :

    "Le “catastrophisme” et l’“eschatologisme” sont désormais le terrain normal de le réflexion rationnelle et du commentaire mesuré."

    http://www.dedefensa.org/article-expression_de_l_l_air_du_temps_n_notre_fin_derni_re_08_09_2014.html

    Comme quoi ce qui se passe au niveau mondial risque de malheureusement donner raison aux Nostradamus, Malachie et autres qui ont prédit la fin des temps pour notre époque.

    Comme vous le dites, la situation actuelle est comparable à une sinistre roulette russe.

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