«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

À force de jouer avec le feu...

L’OTAN s’en va-t-en guerre

mercredi 9 avril 2014

La tension ne baisse pas aux confins de l’Ukraine et de la Russie. D’un côté, les États-Unis et l’Union européenne, au nom du bien, il va de soi, et par là même autorisés à se mêler de tout, y compris de ce qui ne les regarde pas, multiplient les propos et les actes de soutien au gouvernement de fait — étrange coalition de démocrates, d’oligarques et d’excités — qui s’est installé à Kiev et qui, à ce jour, n’a pas encore été confirmé par le suffrage universel. De l’autre, l’est de ce pays, dont l’indépendance est récente, la cohérence douteuse et l’unité fragile, voit se multiplier les manifestations insurrectionnelles de l’élément pro-russe, clairement soutenu et vraisemblablement aidé par le puissant voisin.

Du coup, le président intérimaire de l’Ukraine, Oleksandr Tourtchinov, menace de traiter les séparatistes « comme des terroristes et des criminels », au risque de fournir à Vladimir Poutine le prétexte dont celui-ci rêve sans doute. Certes, le maître du Kremlin assure qu’il ne compte pas intervenir militairement, du moins tant que les mutins qui tentent régulièrement de prendre le pouvoir à Donetsk, Kharkov ou Lougansk ne sont pas réprimés par la force, et s’il masse des troupes à proximité de la frontière entre les deux pays, force est de constater que celles-ci sont stationnées en territoire russe, ce qui ne saurait en l’état être considéré comme une violation du droit international. Il ne fait cependant guère de doute que la trêve observée de part et d’autre depuis le retour sans effusion de sang de la Crimée à la mère patrie est à la merci de la moindre étincelle.

Or, les boutefeux ne manquent pas. Témoin la tribune publiée hier matin dans Le Figaro sous le titre « L’OTAN est prête à répondre à la Russie ». Son auteur, après avoir évoqué la naissance, il y a soixante-cinq ans, de l’organisation politico-militaire, bouclier de l’Occident, à l’époque où « l’ombre de l’Union soviétique s’étendait sur l’Europe », souligne que « l’Alliance, au fil des décennies, s’est élargie à vingt-huit nations, protégeant presque un milliard d’individus et contribuant à la stabilité mondiale », comme on a pu en effet le constater au Kosovo, en Afghanistan ou en Libye. « Nous sommes aujourd’hui, ajoute-t-il, plus efficaces et pertinents que jamais […] et mieux équipés pour faire face aux menaces… Nous avons plus que doublé le nombre d’avions de chasse surveillant l’espace aérien des états baltes. Nous patrouillons le ciel de Pologne et de Roumanie avec des avions radar AWACS ; les alliés ont aussi renforcé leur présence en mer Noire. Nous sommes prêts à prendre d’autres mesures. Nous sommes unis dans notre détermination à neutraliser un large éventail de menaces et à défendre tout membre de l’Alliance, à tout moment… »

On notera, bien sûr, que l’Ukraine n’est justement pas membre de l’OTAN et surtout que, si tendues que soient les relations de Kiev et de Moscou, aucun observateur objectif, aucun analyste sérieux n’a retenu depuis le début de la crise l’hypothèse d’une agression russe contre aucun des pays membres de l’Alliance jadis satellisés ou occupés par l’Union soviétique. Le général commandant en chef des forces occidentales alliées a beau s’appeler Breedlove, nous ne sommes plus à l’époque du Docteur Folamour (Strangelove) et l’ombre du Doomsday ne plane pas sur le monde. Toutes les opinions sont libres, et celle-ci ci-avant exprimée ne pèse que ce que pèse son auteur.

Le problème est que l’auteur de ces lignes provocatrices et irresponsables n’est autre que l’actuel secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, et que le poste stratégique occupé par ce monsieur devrait l’inciter à plus de modération. Or, bien au contraire, le même Rasmussen déclarait l’autre jour ne plus savoir « si la Russie est un partenaire ou un adversaire ». En cette année anniversaire d’un conflit aussi absurde que sanglant, on ne dramatisera pas à l’excès la prise de position d’une haute personnalité dont le mandat, du reste, expire prochainement. Souhaitons d’autant plus que son successeur n’envenime pas davantage un dossier déjà explosif. Mieux vaut ne pas laisser les boîtes d’allumettes à la portée des pyromanes.


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