«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

L’oléoduc Énergie Est : que des cacahouètes pour le Québec

L’ONÉ vu du Québec : faible crédibilité et assujetti aux pétrolières.

À la manière d’Yvon Deschamps, c’est NON au projet d’oléoduc Énergie Est

Tribune libre de Vigile
lundi 10 octobre 2016
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L’OPPOSITION COURAGEUSE D’YVON DESCHAMPS

À la fin septembre 2016, à l’occasion du lancement du Groupe " Faut qu’on se parle ", Yvon Deschamps lance un message très important que voici : «  Ce pipeline, pour moi, il n’en est pas question. J’irais jusqu’à le bloquer physiquement, avec mon corps. On ne peut pas tolérer cette menace à notre eau potable », dit Yvon Deschamps. (Le Devoir, 29 septembre 2016) Des risques très graves de déversement existent ; notre eau potable est la principale richesse du pays du Québec. On comprend que les Albertains ne s’en soucient pas eux qui polluent depuis longtemps le bassin de l’importante rivière Athabaska avec leurs sables bitumineux.

Rappelons que les Canadiens-anglais respectent et admirent les Québécois qui se tiennent debout. C’est le côté zeste de citron et raifort de la joie de vivre des Québécois. ( Le code Québec, Ed de L’Homme, 2016) Dans son courage, Yvon Deschamps n’est pas seul. Il existe à ses côtés le réalisateur Dominic Champagne, l’écrivain et professeur Éric Pineault ( Le piège Énergie Est, Ed Écosociété, 2016) et des dizaines de milliers de Québécoises et de Québécois qui sont sur un pied d’alerte en opposition du projet Énergie Est.

L’ONÉ, UNE CRÉATURE FÉDÉRALE AU SERVICE DES PÉTROLIÈRES

Les outils privilégiés de l’ONÉ sont nombreux mais pas infaillibles : limiter les intervenants à la qualité de « directement touché  », pas d’acceptabilité sociale à considérer puisque l’énergie est une ressource prioritaire pour le Canada, restreindre le cercle des décideurs en éliminant les contre, mijoter les décisions derrière des portes closes avec Jean Charest, nier les manipulations des commissaires sous la chape du secret d’État, monter une grosse structure administrative à Calgary qui applique la règle des dés pipés, exclure l’autorité des Provinces qui n’ont qu’à applaudir le patin de fantaisie du Fédéral.

Les mots pipelines et gazoducs au Canada correspondent à des réalités différentes selon qu’on habite au Québec ou qu’on habite dans une province productrice et exportatrice. Le Québec est producteur et exportateur d’hydroélectricité et les Québécois sont familiers avec les notions de barrages et de lignes à haute tension. Le Québec est aussi gâté de pouvoir compter sur une énergie hydroélectrique renouvelable et peu génératrice de GES, hormis les travaux de construction et d’entretien. Les Québécois doivent ouvrir l’oeil très grand lorsque des prédateurs veulent se glisser de nuit sur notre patrimoine nommé "territoire".

Il en est tout autant au niveau de la consommation de l’énergie et des impacts environnementaux au Québec. Paradoxalement, l’énergie renouvelable qu’est l’hydroélectricité nous éloigne des caractéristiques des énergies fossiles non-renouvelables qui sont produites principalement en Alberta depuis la découverte du puits Leduc en 1947. Terre-Neuve s’ajoute aux provinces exploitant des hydrocarbures depuis 1997 avec la plateforme Hibernia.

TERRE-NEUVE CONCLUT DES ENTENTES AVEC OTTAWA EN ÉNERGIES : LE PÉTROLE EN 1985 ET L’HYDROÉLECTRICITÉ EN 2011

Ce fut le cas pour le développement du pétrole en mer au large de Terre-Neuve et du Labrador en 1985. C’est aussi le cas pour la construction de la centrale hydroélectrique de Muskrat Falls en 2014. Le Gouvernement fédéral de Stephen Harper a signé une entente avec Terre-Neuve de garantie des emprunts par le Gouvernement fédéral, diminuant le fardeau de la dette de près d’un milliard de $ pour un projet alors estimé à 6 G$ en coût total.

Lire l’histoire d’Hibernia est très intéressante parce que riche en parallèle avec la construction par NALCOR de la centrale Muskrat Falls sur le fleuve Churchill, autrefois nommé fleuve Hamilton et autrefois avant 1927, territoire du Québec. L’autre parallèle flagrant est celui de la mentalité qui prévaut à l’ONÉ envers le projet d’oléoduc Énergie Est.

Par exemple, pourquoi s’est-il écoulé 18 ans entre la découverte du gisement sous-marin d’Hibernia en 1979 et 1997, année du début de production de la plateforme Hibernia ?

Voici quelques éléments de réponse. Primo, le Fédéral voulait se réserver totalement la règlementation de l’exploitation de cette ressource naturelle jugée trop complexe pour être confiée à une législation provinciale. Devant ce monopole fédéral, Terre-Neuve se voyait privé de retombées locales en investissements et en création d’emplois alors que le taux de chômage était élevé. Au début du projet Énergie Est, les pétrolières fortes de la structure de l’ONÉ répétaient que leur projet Énergie Est ne relevait que des lois fédérales selon des références constitutionnelles. Le gros mot "constitutionnel" était utilisé sans gêne.

Concernant le développement pétrolier en mer de Terre-Neuve, de longues discussions ont eu lieu et le leadership du ministre conservateur terre-neuvien John Crosbie a été requis pour arriver à une entente fédérale-provinciale en 1985 ( CNLOPB : Canada-Newfoundland Offshore Petroleum Board). Comment se comportera le Gouvernement Couillard en face du Fédéral de son ONÉ quant aux audiences des Québécois concernant le passage proposé de l’oléoduc en territoire du Québec ? Philippe Couillard démontrera-t-il son faible leadership "provincial" étant synonyme de "pays conquis" ou agira-t-il en vrai défenseur des intérêts du Québec ?

Secondo : c’est la rentabilité de l’investissement qui est remis en question dans le cas du gisement Hibernia. En 1992, Gulf Oil retire son partenariat à la hauteur de 25%. Les autres partenaires peinent à trouver un remplaçant et cette situation génère un délai. Dans le cas de l’oléoduc Énergie Est, quelle est la rentabilité pour le Québec ? La création d’emplois durant son exploitation sur plus de 40 ans est quelques dizaines, ce qui est sans équivalent aux coûts et pertes en cas de déversement. Ce sont des cacahouètes pour le Québec !

Tertio : des problèmes techniques de construction de la plateforme Hibernia surgissent à leur tour. Le modèle de plateforme retenu est le GBS pour Gravity Based System, technique maîtrisée par les Norvégiens et très compliquée. Terre-Neuve, voulant maximiser le contrôle sur les retombées en emplois locaux durant la construction de ladite plateforme, a choisi de confier l’ingénierie localement à des personnes inexpérimentées. Finalement, les Terre-Neuviens se sont résolus à faire appel aux experts Norvégiens, le tout encourant d’autres délais.

UN RÉSEAU D’OLÉODUCS TRANSPORTE DES PRODUITS NOCIFS SANS COMPTER SUR DES INTERFÉRENCES AVEC LE RÉSEAU ÉLECTRIQUE DU QUÉBEC

L’aspect technique particulier au passage d’un nouvel oléoduc au Québec recèle aussi des problème. En plus de l’usure par abrasion du tuyau ( le pétrole très lourd des sables bitumineux contient des particules abrasives qui nécessitent une gestion de rotation du tuyau pour égaliser l’abrasion ; en plus, le produit transporté contient jusqu’à 30% de diluants formés à majorité par du gaz naturel liquide), existe la difficulté de traiter les déversements de produits secrets non divulgués dans le 30% de diluants.

À ces secrets industriels s’ajoute l’interférence entre un tuyau d’acier conducteur et les champs électro-magnétiques sous-terrains induits par le réseau électrique d’Hydro-Québec.

Sur ce dernier point, il serait intéressant qu’un lecteur instruit nous explique ce problème réel qui peut occasionner des coûts d’exploitation additionnels du réseau d’Hydro-Québec.

Les parallèles suggérés ci-haut sont historiquement importants pour le débat qui existe entre l’ONÉ de Calgary et le projet d’oléoduc Énergie Est au Québec. En 2016 dans le cas du projet d’oléoduc Énergie Est et dans le cas de la construction de la centrale Muskrat Falls, les autorités anglo-canadiennes fédérales et provinciales veulent ignorer et mettre de côté le Gouvernement du Québec et les inquiétudes des Québécois.

AU CANADA : L’OLIGARCHIE PÉTROLIÈRE ÉPAULÉE PAR L’OLIGARCHIE POLITIQUE

Comme dans le cas de l’exploitation du pétrole en mer à Terre-Neuve, le Fédéral d’Ottawa et de Calgary tente d’imposer la primauté des lois et règlements fabriqués sur mesure pour se réserver des juridictions qui affectent drôlement l’aménagement de notre territoire qu’est le Québec. Selon l’approche paternaliste du Fédéral, il faudrait que les Québécoises et Québécois assistent béatement au nouveau projet en mangeant leurs cacahouètes.

Voici la définition du projet Énergie Est tel que présenté par Éric Pineault dans son livre " Le piège Énergie Est " : «  On parle maintenant d’un oléoduc d’une capacité quotidienne de 1,1 million de barils, soit près de 300 000 barils de plus que le projet Keystone XL aux États-Unis, pour un investissement de 12 milliards de dollars. Un nouveau pipeline de plus de 1 400 kilomètres doit être construit pour relier le Sud ontarien à la raffinerie de Saint-Jean (ndlr : raffinerie Irving d’une capacité de 300 000 barils/jour), au Nouveau-Brunswick, la vaste majorité de l’infrastructure à construire se trouvant en sol québécois,... » ( page 34 )

Long d’environ 650 km au Québec, l’oléoduc traversera des centaines de cours d’eau incluant la rivière des Outaouais, affluent du fleuve Saint-Laurent, qui lui aussi sera traversé.

L’ONÉ doit constater son décalage quant il veut limiter la discussion en exigeant que les intervenants soient «  directement concerné » par le passage de l’oléoduc. Lors d’un déversement comme on l’a constaté à Lac Mégantic en juillet 2013, les personnes "directement concernées" sont légion. Une définition restrictive de l’Office d’un intervenant « directement concerné » ne fait que limiter le débat et fausser les audiences. L’Office national de l’énergie de Calgary a une immense côte à remonter pour obtenir une cote de crédibilité. Est-ce mission impossible ?

CONCLUSION

Nous suggérons aux lecteurs de faire entendre leur voix en déposant un mémoire destiné aux futures audiences sur le projet Énergie Est. Pour cela, il faut consulter le site internet de l’ONÉ et demander les informations nécessaires pour pouvoir déposer un mémoire avec la mention d’intervenant.
Pour une information plus complète, il existe une foire aux questions (FAQ) (source : http://www.one-neb.gc.ca/pplctnflng/mjrpp/nrgyst/nrgystfq-fra.html ) C’est là qu’on trouve ce qui suit à la question no 10 : 10. À qui faut-il adresser les questions qui portent précisément sur le projet Énergie Est ?

Si vous avez des questions sur le projet Énergie Est, communiquez directement avec TransCanada à EnergieEst@TransCanada.comou téléphonez sans frais au 1-855-895-8750.
Les questions sur le processus d’audience de l’Office national de l’énergie doivent être adressées à l’équipe des conseillers en processus de l’Office à EnergieEst.Aide@neb-one.gc.ca ou au numéro sans frais 1-800-899-1265.

Vous constaterez une bonne volonté administrative qui est malheureusement spoliée par un manque de crédibilité amplifiée par une lourdeur de paperasse. Pour le Québec, le jeu en vaut la chandelle pour manifester aux administrateurs basés à Calgary que le projet Énergie Est ne passe pas comme du beurre dans la poêle. Nous remercions Yvon Deschamps pour réactualiser la meilleure position de tout le Québec envers le projet d’oléoduc Énergie Est : c’est NON. La principale raison comme le dit Yvon Deschamps est je cite : «  On ne peut pas tolérer cette menace à notre eau potable » Cela est non négociable.

Commentaires

  • Francis Déry, 16 octobre 2016 15h45

    À ces secrets industriels s’ajoute l’interférence entre un tuyau d’acier conducteur et les champs électro-magnétiques sous-terrains induits par le réseau électrique d’Hydro-Québec.

    Sur ce dernier point, il serait intéressant qu’un lecteur instruit nous explique ce problème réel qui peut occasionner des coûts d’exploitation additionnels du réseau d’Hydro-Québec.

    Est-ce des coûts additionnels pour Hydro-Québec ou des risques accrus pour le pipeline ?

    Je crois que la physique est relié au phénomène de protection cathodique contre la rouille.

    Une idée à éviter pour votre voiture.

    Antirouille électronique : Tous les experts consultés par Protégez-Vous s’entendent pour dire que ce type d’antirouille est à éviter. Souvent utilisé pour les bateaux, il ne donne en effet pas de bons résultats sur les voitures puisque, pour être efficace, ce dispositif a besoin d’un champ électrique complet, avec un élément conducteur constant, comme l’eau.
    www.protegez-vous.ca/antirouille

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