«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

On a hâte de voir

Jusqu’où ira Lisée ?

Il veut reconquérir le pouvoir en 2018. Pour y arriver, le nouveau chef du Parti québécois entend utiliser son principal atout pour séduire les électeurs déçus du PQ : sa capacité de surprendre. Tout comme ses héros de science-fiction, Jean-François Lisée veut aller là où personne n’est jamais allé… quitte à faire des mécontents.

mardi 25 octobre 2016

Jean-François Lisée dans son bureau du chef de l’opposition à Montréal, qu’il découvrait en compagnie d’Alec Castonguay en ce 11 octobre 2016. (Photo : Raphaël Ouellet)

Il suffit d’évoquer des films ou des bandes dessinées de science-fiction pour émoustiller l’intellectuel Jean-François Lisée. Le nouveau chef du Parti québécois en raffole. « L’imagination est complètement libérée. La science-fiction a une logique interne, mais tu peux aller là où personne n’est jamais allé », dit-il.

À 58 ans, le vainqueur de la course à la direction du PQ et ancien conseiller des premiers ministres Parizeau et Bouchard s’attelle actuellement à la tâche de lire toute l’œuvre de l’auteur américain Philip K. Dick, mort en 1982, dont l’imaginaire a enfanté les succès Blade Runner, Total Recall et Minority Report. « C’est lui qui a transgressé le plus de règles en science-fiction. »

S’il était un personnage de science-fiction, qui serait Jean-François Lisée ? Il fait une courte pause, puis lance : « Star-Lord, le héros des Gardiens de la Galaxie », une bande dessinée créée en 1969 et adaptée au cinéma en 2014. « C’est un personnage audacieux, courageux et rigolo. Il écoute toujours des cassettes de films des années 1970 ! » dit-il en riant.

La comparaison va toutefois plus loin. Star-Lord est un aventurier traqué de toutes parts qui cherche à sauver la galaxie de l’extinction. Pour arriver à ses fins, il forge de fragiles alliances avec des étrangers aux styles disparates… Difficile de ne pas y voir le plan de Jean-François Lisée, qui hérite d’un PQ en difficulté, sans victoire majoritaire depuis bientôt 20 ans, et dont la moyenne d’âge des membres est de 61 ans. Pour éviter la destruction du vaisseau amiral du mouvement souverainiste, y ramener à bord les jeunes et battre la puissante machine libérale en 2018, Lisée souhaite tisser une alliance (fragile ?) avec des électeurs aussi différents que les progressistes de Québec solidaire et les nationalistes de la Coalition Avenir Québec !

Jean-François Lisée évoque la possibilité de laisser le champ libre à Québec solidaire dans certaines circonscriptions, au risque de mécontenter les militants péquistes qui ne pourraient alors pas voter pour un candidat issu de leurs rangs. « Certains seront heureux, d’autres ne le seront pas ! Je suis prêt à vivre avec la grogne », dit-il.

C’est la grande force de Jean-François Lisée : surprendre. Son audace sauvera-t-elle le PQ ou accélérera-t-elle son déclin ? Il a accordé à L’actualité l’une des premières entrevues après sa victoire au deuxième tour de scrutin, le 7 octobre.

À quel moment de la course avez-vous pensé pour la première fois que vous aviez une chance de l’emporter ?

Même si Alexandre [Cloutier] était largement favori, il y avait énormément d’indécis. C’était une course à quatre ou cinq candidats, ce qui rendait tous les scénarios possibles. Ma victoire est devenue probable à la fin août, quand j’ai fait le tour de la Gaspésie et qu’il y avait plus de gens dans mes salles que dans celles de tous les autres candidats, et même plus que celles de Péladeau lors de sa campagne, il y a deux ans ! On a commencé à recevoir plus de dons que l’équipe d’Alexandre, alors qu’il avait une plus grosse organisation que nous. Il se passait quelque chose.

Quelle est la principale raison de votre victoire ?

Il fallait que quelqu’un ait le cran de dire que pour battre les libéraux, il faut promettre de ne pas faire de référendum dans le premier mandat. C’est la bonne chose pour le Québec, parce qu’on ne peut pas souffrir un autre quatre ans de ce gouvernement, mais aussi pour l’indépendance, parce qu’on peut la faire ensuite si on travaille bien. Petit à petit, les membres du PQ en sont venus à cette même conclusion.

LAT15_ENTRETIEN_LISEE_exergueEst-ce que l’option souverainiste est officiellement en veilleuse ?

Au contraire, elle est en lumière ! En 2017, ce sera le 150e anniversaire de la Confédération. Le Canada va faire la promotion du Canada. Pensez-vous qu’on va se gêner pour dire les 150 fois où on s’est fait avoir par le Canada ? Il va y avoir plus d’indépendantistes après 2017. On va utiliser cette période comme une extraordinaire occasion pédagogique.

Près de 53 % des membres ont voté pour un autre candidat que vous au premier tour. Comment comptez-vous refaire l’unité du parti ?

On sait, avec les chiffres du parti, que s’il y avait eu un troisième tour, j’aurais obtenu 60 %, parce que la majorité des votes de deuxième tour de Martine Ouellet s’en venaient vers moi. Mon vote a de la profondeur, j’étais dans les deux premiers choix de la vaste majorité des membres. Pour unifier le parti, je veux que les candidats vaincus, leurs équipes et leurs partisans se retrouvent dans le programme commun que je vais élaborer. Je vais piger dans ce qu’ils ont proposé. Les gestes que je vais faire, mais aussi le ton que je vais adopter, vont refléter ma volonté de rassembler.

Vous avez promis de lancer des débats sur le port de signes religieux par les enseignants et les éducatrices en garderie. Vous souhaitez discuter de l’interdiction du burkini, de la burqa et du tchador dans l’espace public. Comment, et quand, comptez-vous lancer ces débats ?

Le PQ doit d’abord faire la démonstration qu’il s’intéresse vraiment au succès des Québécois d’adoption. L’un des grands non-dits de l’histoire de l’immigration au Québec, c’est à quel point les libéraux ne sont pas intéressés par le succès des Néo-Québécois. Ils les laissent tomber. Ils ont réduit les budgets de francisation, ils ont augmenté les seuils d’immigration pour des raisons politiques et ils ont brisé des vies. Il faut en faire davantage que les libéraux pour faciliter leur intégration. Le PQ doit aussi être beaucoup plus présent qu’avant dans les communautés culturelles afin d’avoir un dialogue et de faire du recrutement. Ce doit être apparent dans les candidatures en 2018. Une fois qu’on aura fait la démonstration tangible qu’on n’est pas contre les immigrants, on aura le temps de débattre des règles du vivre-ensemble.

Donc, rien à court terme comme débat sur l’identité ?

On n’est pas au pouvoir encore.

Ces débats sont réservés aux moments où le PQ est au pouvoir ?

Sur ces questions, j’ai fait des propositions auxquelles je crois. Mais je suis maintenant chef du parti, alors, j’ai une responsabilité plus grande. À partir de mes propositions, et celles qu’Alexandre a faites, on doit trouver un point d’équilibre d’ici Noël. Avant le congrès du parti, en 2017, où les membres devront adopter la position qui sera défendue en campagne électorale, on doit trouver une zone de confort qui soit plus rassembleuse que mes seules positions. Je tiens à ce que j’ai énoncé, mais je ne suis pas dogmatique.

Ne craignez-vous pas de réveiller la fracture apparue entre les Québécois lors du débat émotif sur la charte des valeurs du gouvernement Marois ?

Mes propositions et celles d’Alexandre sont beaucoup plus modérées que celles de la charte. On est plus proche de la position consensuelle évoquée par Parizeau, Bouchard et Landry à l’époque. C’est plus graduel, plus proche de la capacité de la société de l’accepter. Bien sûr, certains vont toujours penser que c’est inacceptable, et ils seront furieux au moindre geste d’affirmation de la laïcité.

Est-ce que vos positions identitaires sont l’une des raisons de votre victoire ?

Oui, mais ce n’est pas la principale. Pour certains, c’était quand j’ai promis de geler le salaire des médecins. Pour d’autres, c’était quand j’ai dit que toutes les nouvelles places en garderie seraient uniquement en CPE. Il y a une multitude de facteurs. L’audace de dire les choses comme elles sont, c’est la principale raison.

Vous désirez que le Québec reçoive moins d’immigrants chaque année. Pendant les consultations du gouvernement sur les nouveaux seuils d’immigration, cet été, ce n’était pas la position officielle du PQ, qui souhaitait le maintien au niveau actuel de 50 000 immigrants par année. Pourquoi changer la position du parti ?

Ce 50 000, c’est un chiffre artificiel inventé par les libéraux et appuyé par les gens d’affaires qui souhaitent du cheap labor. Dépolitisons l’immigration et demandons au vérificateur général de nous faire une recommandation. Il ne décidera pas, il n’en a pas le pouvoir, mais je ne veux pas que ce soit François Legault, Philippe Couillard, moi ou le Conseil du patronat qui décide du chiffre.

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Jean-François Lisée sur les forces et les faiblesses de ses adversaires

Philippe Couillard, François Legault et Françoise David (Photos: R. Remiorz / PC; J. Boissinot /PC; P. Roussel / Agence Qc Presse

Philippe Couillard, François Legault et Françoise David. (Photos : R. Remiorz/PC ; J. Boissinot/PC ; P. Roussel/Agence Qc Presse)

PHILIPPE COUILLARD

Sa force : « L’inertie. Le Parti libéral, c’est un rocher, il n’a rien à prouver. Il est là, c’est tout, et il reçoit 30 % d’appuis. C’est un roc difficile à déloger. »

Sa faiblesse : « C’est la conséquence de sa force, il n’est pas agile. Il est incapable de sortir de ses ornières. Tout ce qui concerne l’identité, c’est son angle mort. »

FRANÇOIS LEGAULT

Sa force : « Son agilité. Il est habile pour sauter sur un événement. Par exemple, les coûts faramineux des stationnements des hôpitaux. C’est devenu une affaire nationale grâce à la CAQ. Je les regardais aller en me disant : wow ! ils ont raison. J’étais admiratif. »

Sa faiblesse : « Là encore, sa faiblesse a un lien avec sa force. Il est impulsif. Parfois, il dit des choses qui n’ont pas de sens, par exemple, que les immigrants doivent apprendre le français, sinon, on les renvoie chez eux ! Ben voyons donc  ! Pensez-y deux minutes ! »

FRANÇOISE DAVID

« Je vais tout lui dire en privé ! [Rire] Je veux me garder toute la marge de manœuvre avec Françoise. »

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Vous avez été conseiller de deux premiers ministres, Jac­ques Parizeau et Lucien Bouchard. Qu’avez-vous retenu d’eux que vous utiliserez comme chef ?

Des milliers de choses ! Parfois, j’ai des réflexes et je sais exactement d’où ça vient, à quel moment j’ai vécu ça avec Parizeau ou Bouchard. Il y a aussi du Jean Royer et du Hubert Thibault en moi, les chefs de cabinet des deux hommes. Ils m’ont appris à ne pas monter au front pour toutes les batailles, à me calmer, et à distinguer l’essentiel de ce qui ne l’est pas, sinon, on devient vite débordé et distrait. Il y a des choses qui énervent bien du monde, mais qui n’auront pas de conséquences à moyen ou à long terme, alors que certains enjeux doivent être planifiés jusque dans les moindres détails.

J’ai aussi appris qu’il n’y a pas que la parole pour communiquer. Les gestes parlent et il faut s’arranger pour que les actions véhiculent un message.

Vous êtes reconnu comme une machine à popcorn d’idées. Ceux qui vous ont côtoyé disent que vous avez 10 idées par jour, et que le défi est de trouver la bonne. Comment ferez-vous le tri maintenant que vous êtes le patron ? Y a-t-il quelqu’un pour vous dire non ?

Les conseillers sont importants. Il faut s’entourer de gens capables de contredire le chef, de le forcer à réfléchir une journée de plus. France Amyot, ma chef de cabinet, est capable de me dire non. Il est important de dire la vérité aux puissants, et je m’attends, maintenant que j’ai un fragment de pouvoir, à ce que mon entourage en fasse autant.

Quel est votre chantier le plus urgent ?

Reconnecter le PQ avec une partie de la population qui ne s’est pas reconnue en nous au cours des dernières années. C’est un nouveau départ et je dois convaincre ces gens de jeter un nouveau regard sur nous. Je veux que Québec, la Beauce, les anglophones et la diversité culturelle voient que je suis sérieux et que je souhaite un vrai dialogue avec eux.

Quel serait le bilan idéal de vos 100 premiers jours comme chef de l’opposition ?

À Noël, quand les gens vont se retrouver en famille, je veux qu’ils se disent : ouin, ça brasse au PQ, et c’est intéressant ce qui se passe.

Qu’est-ce que vous reprochez le plus au gouvernement libéral actuel ?

Oh, mon Dieu ! On ne sait plus ce qui est le plus grave. Est-ce que c’est leur vision néfaste pour l’économie du Québec avec leur politique d’austérité, qui est l’une des pires en Occident, ce qui a ralenti la croissance économique ? Est-ce que c’est d’avoir coupé sur le dos des plus vulnérables, comme la protectrice du citoyen vient de le dire ? Ou est-ce que c’est l’absence de sens éthique ? Ou alors, sont-ils seulement incompétents ? Je dis à mes amis libéraux : si vous voulez sauver votre parti, débarrassez-vous de ces gens-là, et pour ça, ça prend une période dans l’opposition.

Est-ce que l’équilibre budgétaire est important pour vous ?

On va avoir cette discussion à un autre moment. Je ne suis pas prêt à en parler.

VIDÉO | Défi 60 secondes : Jean-François Lisée






Vous avez promis de ne pas organiser de référendum dans un premier mandat. Aucun événement, aucun rebondissement ne pourra vous faire revenir sur cette promesse ?

Aucun. Il n’y aura pas de référendum sur aucun sujet ni de fonds publics consacrés à la souveraineté. Le respect de la parole donnée est indispensable pour retrouver le lien de confiance entre le gouvernement et les citoyens. On va passer quatre ans à redonner de la fierté à la nation, à enseigner notre histoire, à s’occuper de nos régions, à aider l’innovation et l’éducation, à lutter contre les paradis fiscaux et à avoir un moment de vérité avec le lobby le plus puissant du Québec, les médecins. Tout ça va remettre la nation en forme, et mon pari, c’est qu’elle sera plus dis­posée à faire l’indépendance ensuite.

En vue des prochaines élections, est-il plus important de séduire les électeurs de la Coalition Avenir Québec ou ceux de Québec solidaire ?

Les deux ! Québec solidaire, ce sont des souverainistes progressistes avec lesquels nous avons des divergences réelles, sinon, ils seraient dans notre parti. QS est une vraie force avec trois députés et ils sont en bonne position dans certaines circonscriptions. Soit on se fait une guerre fratricide entre souverainistes et les libéraux passent, ou alors on tente de trouver des propositions communes et on regardera ensuite la carte électorale. Le bien commun nous dicte de surmonter nos divergences.

Pour la CAQ, c’est différent, ce sont ses électeurs nationalistes qui m’intéressent, pas le parti. François Legault est maintenant un fédéraliste de droite assumé, et je vais l’aider à passer ce message !

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