«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Lettre aux Français

Le Québec et la dure réalité

Réveillez-vous avant qu’il ne soit trop tard !

Chronique de Jean-Pierre Bonhomme
mardi 27 décembre 2016
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Je suis né Canadien français, comme on disait à l’époque, et je suis devenu Québécois, c’est-à-dire une sorte d’Américano perdu dans l’immensité nord-américaine. J’ai donc perdu mon identité « française » et je n’aime pas ça du tout.

C’est que, voyez-vous, la communauté des parlant français de la Vallée du Saint-Laurent, ce peuple de huit millions d’habitants, avec fanion, un brin d’autonomie et tout, doit faire allégeance au souverain qui l’a conquis, la Reine d’Angleterre pour ne pas la nommer, et faire semblant de s’en contenter.

C’est-à-dire que les descendants des Français, plus ou moins laissés pour compte par la France dans la « Laurentie », comme on dit parfois, ne forment plus une communauté nationale proprement dite ; ils sont devenus une ethnie comme une autre, avalée qu’elle est par l’énergique idéologie canadienne-anglaise, celle du multiculturalisme.

Il n’y a donc plus, maintenant, deux nations fondatrices du Canada actuel ; « W’ere all Canadians » comme on aime dire à Toronto ! Cela signifie que sur tous les plans - international et local - le Québec n’existe plus, même s’il a des « délégations » bien logées à Paris et à New York.

L’organisme qui s’appelait Les Latins d’Amérique et qui agissait à Montréal et à Québec, il y a des décennies, n’existe plus, ne peut plus exister, certes, car le pouvoir de la capitale (bien anglaise) d’Ottawa, a tout l’argent et ne reconnait pas la « latinité », la « francité » de ses concitoyens provinciaux du Québec.

Ce pouvoir ne consent qu’à permettre à des « individus » québécois de s’exprimer dans la langue française qu’ils possèdent encore – et que plusieurs d’entre eux maîtrisent parfaitement.

Que la métropole du Québec, Montréal, par ailleurs, soit devenue anglaise en vingt ans ( par l’action directe des politiques Canadian) ne dérange plus personne ou presque. Le maire de la Ville, venu d’Ottawa, fait flotter, sur les immeubles administratifs de la métropole du Québec, le drapeau… de l’Angleterre, (la croix rouge sur fond blanc, cette croix qui a dominé tant de mers) !

Je vous dis ces choses, chers français, parce que vous n’êtes pas étrangers à ce qui se passe ici en Nouvelle-France. Et je crains que ce qui se passe ici, - et en France – en ce moment présent, n’a rien de bon pour l’humanité. Le projet d’affranchissement des Québécois, formulé par leur élite intellectuelle des années 1960, celle qui s’est donné comme chef René Lévesque, projet qui a été implicitement endossé par le général De Gaulle en 1967, n’avait qu’un objectif : permettre aux « latins d’Amérique » d’ici d’exister collectivement afin qu’ils puissent exercer une certaine influence - « française » disons-le,- sur les trois Amériques du nord… Ceci quand la collectivité laurentienne avait encore son poids moral…

Il y a des français qui ne le savent pas : la mission culturelle de la France dans le monde existe toujours ; en tout cas j’en suis convaincu. Et le Québec aurait pu contribuer à la nourrir, à empêcher qu’elle ne se dilue dans le magma saxon. C’est justement pour cela que les scolarisés d’ici ont voulu – indépendance formelle ou pas - s’affranchir ; ce n’était pas pour pouvoir s’acheter des frigos en aluminium !

C’était, en quelque sorte, pour que les citoyens du Canada français fassent alliance avec les autres latins d’ici, ceux du Mexique entre autres ; car une Amérique du nord à trois : anglaise, mexicaine et franco-québécoise promettait d’être meilleure qu’une seule Amérique uniforme, c’était sous-entendu. Du reste la diversité culturelle a certes meilleur effet que l’homogénéité. Les choses, aujourd’hui, n’évoluent pas en ce sens « civilisateur » comme plusieurs d’entre nous le souhaitaient et je me demande ce que la France, les français encore un peu philosophes en pensent.

Moi, je me remémore les fêtes entourant le centième anniversaire de l’inauguration de la statue de la Liberté, à New York. C’était en 1986 ; mon journal, La Presse (250,000 de tirage), m’avait envoyé là, pour rendre compte des événements. La presse internationale se trouvait là, sur la Governors Island, derrière les présidents Mitterrand et Reagan - en cette Amérique du Nord,- soit juste en face du monument de Bertoldi, pour écouter.

Jamais M. Mitterrand, dans son discours, n’a évoqué la présence en Amérique de la grande communauté « française » d’ un peu plus haut sur la rivière ( l’Hudson River), soit de la nation encore un peu « française » d’à côté. Tout ce qui intéressait la France, à ce moment- là, peut-on croire, c’était de faire plaisir aux anglo-saxons sans doute pour… commercer avec eux ? La liberté ne serait donc que pour les anglos, pas pour les « latins d’Amérique » ?

La France, de même, a vidé ses caisses pour aider à réaliser l’indépendance des États-Unis ; elle était convaincue qu’après leur victoire sur le Royaume Uni « les Américains » seraient reconnaissants et commerceraient en priorité avec leur allié. Il n’en fut rien ; les relations commerciales avec l’Angleterre ont repris de plus belle sans attendre ; en récompense de son effort, la France eut une belle disette et une belle révolution. Les relations entre les États-Unis et l’Angleterre, on aurait dû le savoir, c’est une affaire de famille ! Napoléon, lui, a envoyé une armée à Haiti pas longtemps après… encore une affaire ratée !

Il n’y a pas de pays, de nation au monde - n’ayons pas peur de le dire dans ce contexte - qui a le plus été laissé à lui-même, abandonné, victime d’indifférence que le Québec. On doit commencer à le percevoir ! Oui on peut comprendre la France d’avoir voulu « oublier » sa colonie du Saint-Laurent ; on tend à ne se rappeler que de ses victoires. Surtout que la perte de l’Amérique du Nord par la France n’a pas d’équivalent dans l’histoire des revers nationaux. On a dit que, pour « célébrer » le traité de Paris de 1763 et son « succès », Louis XV a fait éclater un feu d’artifice : peut-il y avoir un déni plus spectaculaire que cela ?

Les fragments historiques que nous sommes devenus ici, dans les parages nordiques des deux Empires permettent-ils d’espérer un peu quand même ? Et la France continuera-t-elle à rayonner un peu dans le monde ? On peut en douter. Bien des Québécois, avec le temps et pour diverses raisons, dont les prébendes, le risque de passer à côté des privilèges de l’Empire britannique et une certaine propagande anti-française sont peut-être devenus des « anglo-saxons qui parlent français » ; ils consentent tous en tout cas à prêter serment d’allégeance à la Souveraine de Londres s’ils sont élus députés à « l’Assemblée nationale » du Québec ! Ça fait un peu drôle dans le décor !

Oui, mais il y en a, de ces Laurentiens, qui ont profité du système humaniste français, apporté par l’Histoire et par les Jésuites, et qui veulent encore le conserver. Parce que cette « mission » française, est estimable et qu’elle a notamment pour effet d’arrondir les coins des idées anglo-saxonnes ! Malheureusement il ne reste pas grand-chose de la tradition d’éducation Jésuite sur les rives du Saint-Laurent. Celle-ci a été remplacée par une certaine éducation à la carte comme aux USA et par un système d’Université anglaises dans le centre de Montréal.

Pour que la civilisation française vive encore un bon moment, il y a des moyens à prendre. Ce n’est pas difficile à comprendre. Il faut faire des choix.

D’abord la France montre depuis longtemps qu’elle est à genoux, psychologiquement, devant « les Américains ». Le Québec, pour survivre lui-même selon son destin, se doit d’avoir, en la France, un bon témoin auquel se référer. Cela s’avère au regard de la qualité de la langue elle-même.

Si le français est une belle langue, comme on le sait, il n’est pas nécessaire de ne lui trouver que des mots anglais pour décrire des réalités nouvelles. Le mot qui m’a fait sursauter le plus lorsque je suis allé faire un reportage sur la région Rhône-Alpes, c’est ma gentille guide qui l’a prononcé ; me ramenant à mon hôtel à Lyon, le soir, et vu la circulation intense qu’il y avait, elle m’a dit qu’elle mettrait ses « warnings ». L’habitude des Québécois de dire les « clignotants » est certes plus belle et moins décourageante… Il faut quand même se respecter un peu ! Et puis cette musique anglo, utilisée à tout propos, sur les ondes, comme par défaut, n’est-elle pas un peu énervante ?

Au total, enfin, n’est-il pas nécessaire que, pour être un bon témoin, bien utilisable, par les « cousins » du Québec, que la France cesse de passer son temps à imiter les États-Unis, surtout dans le domaine militaire. Une indépendance relative de la France par rapport à l’Empire américain dans le secteur du bombardement des villes du Proche-Orient, notamment, ne ferait pas de tort pour rehausser la mère-patrie dans l’estime des gens d’ici… et pour maintenir ce qui reste de la « Mission civilisatrice ».

Commentaires

  • André Gignac , 9 janvier 09h42

    Correction

    ...Marine Le Pen est prête à exiger le retrait de l’Otan... Merci.

    André Gignac 9/1/17

  • André Gignac , 8 janvier 12h49

    Monsieur Bonhomme

    La France commence à bouger un peu par rapport aux États-Unis avec la déclaration, dernièrement, de Marine Le Pen qui est prête à donner un "bleu" à l’Otan si elle gagne les élections présidentielles françaises, le printemps prochain. En parlant de Marine Le Pen, la classe (?) politique québécoise toute entière s’est disqualifiée par un manque total de civisme et de diplomatie envers elle en ne voulant pas la rencontrer lorsqu’elle est venue en visite au Québec, l’année dernière. On a tout fait pour la diaboliser ; c’était une grosse gaffe diplomatique ! Vous l’avez ou vous ne l’avez pas comme on dit en québécois. Nous avons aussi nos torts ici au Québec.

    INDÉPENDANCE OU ASSIMILATION !

    André Gignac 8/1/17

  • Marcel Haché, 28 décembre 2016 11h32

    « Je vous dis ces choses, chers français, parce que vous n’êtes pas étrangers à ce qui se passe ici en Nouvelle-France » J.P.Bonhomme

    En France comme en Nouvelle-France, au Québec, la nation est confrontée à un ennemi de l’intérieur : tout un électorat hostile qui n’est pas davantage hostile, là-bas, à la république, qu’il n’est hostile ici à ce que Nous sommes.

    Ce n’est pas la république ni ses valeurs qui sont contestées là-bas, non plus qu’ici le régime politique à la britannique.
    Ce qui est contesté ici, et là-bas aussi, c’est Nous tous qui parlons français par cœur et jamais à contrecoeur.

    Et parce que Nous parlons français par cœur au Québec, Nous sommes français nous itou.

    Les « français itou » que Nous sommes, nous devons subir ici une immigration sans commune mesure avec celle subie par la vieille France. Toute la France doit prendre la bonne mesure de ce qui se passe d’honteux en Nouvelle-France. Toute la Nouvelle-France doit réaliser qu’il ne peut donc pas y avoir ici d’immigration plus naturelle que celle provenant de cette vieille France qui parle français par cœur…

    La France et le Québec, même combat.

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