«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le véritable père de la Confédération canadienne n’est tout simplement pas montrable !

Haut fait d’un héros méconnu

Joseph-F. Perrault administre à George Brown une raclée bien méritée

« Ce fanatique que l’on fit venir d’Écosse pour jeter le brandon de la discorde »

Chronique de Me Christian Néron
dimanche 13 août
1 229 visites 2 messages

NDLR : Joseph-François Perrault était également connu sous le nom de Joseph-Xavier Perrault, et c’est sous ce dernier nom que vous le retrouverez dans le Dictionnaire biographique du Canada. Vigile vous recommande vivement la lecture de ses notes biographiques. Sa vie est aussi intéressante que riche d’enseignements.

Si peu regretté au point d’être sombré dans l’oubli collectif et d’avoir été totalement écarté de la propagande fédérale, George Brown, député d’Oxford Sud pour le Haut-Canada, devrait pourtant être célébré comme le premier et le principal artisan du projet de confédération, c’est-à-dire comme celui qui a habilement planifié, puis lancé le coup d’envoi à une série d’événements qui vont conduire à l’adoption d’une nouvelle constitution pour le Canada. Cependant, si on le tient si bien caché, ce n’est pas sans raison. Il n’est tout simplement pas montrable.

Lors des Débats parlementaires sur la Confédération, Joseph-F. Perrault, député de 27 ans qui avait fait un exposé remarquable de nos luttes pour la conquête de nos libertés civiques et politiques, n’avait rien exagéré en parlant de lui comme d’un « fanatique que l’on fit venir d’Écosse pour jeter ici le brandon de la discorde ».

Malheureusement pour le Bas-Canada, et pour les échecs politiques que nous collectionnons depuis 150 ans, Brown méritait sa mauvaise réputation. Jusqu’à ce jour, et malgré de nobles efforts de son biographe, personne n’a encore réussi à redorer son blason et lui rendre la place éminente qui devrait être la sienne au triste panthéon des « Pères de la Confédération ».

Né en Écosse en 1818, Brown émigre au Canada en 1843. Quelques mois à peine après son arrivée, il fonde avec son père un hebdomadaire, « The Globe », [NDLR : l’ancêtre du Globe and Mail] qui paraît pour la première fois le 5 mars 1844, soit quatre ans après l’Acte d’union entre le Haut et le Bas Canada.

Se sentant d’humeur à rendre son pays d’accueil conforme à ses idées et préjugés, il prononce, vingt jours plus tard, un premier discours pour appuyer les réformistes du Haut-Canada contre le gouvernement du gouverneur Metcalfe.

Libéral, monarchiste, impérialiste, calviniste convaincu, ennemi de l’Église catholique et du french-canadianism, Brown sera un dur critique de l’Union de 1840, et dénoncera avec une rare énergie, dès le début des années 1850, l’égalité législative entre les deux provinces : si l’inégalité de représentation en faveur des Britanniques avait été un acte de justice favorable à la prospérité économique des deux provinces, l’inégalité en faveur des Canadiens était à ses yeux un scandale, et une injustice qu’il fallait combattre par tous moyens !

Candidat libéral en 1851, George Brown est élu pour la première fois à l’issue d’une campagne électorale au cours de laquelle il avait appuyé la politique des réformistes en faveur de la séparation entre l’Église et l’État. Cette politique visait en fait à interdire l’ouverture d’écoles catholiques dans le Haut-Canada, car elles constituaient une menace aux valeurs protestantes de la civilisation britannique [NDLR : nonobstant l’anglicanisme issu du catholicisme de la monarchie britannique].

Là où Brown va exceller à jeter le « brandon de la discorde » et à enflammer les Britanniques contre les Canadiens, c’est dans sa croisade de dénonciation de la « domination française » et de promotion d’un régime de représentation selon la population.

En ce sens, il prône le remplacement de l’Acte d’Union par un régime à la fois monarchique et fédéral. Selon lui, le rappel pur et simple de l’Union n’est absolument pas envisageable puisqu’il aurait pour effet de mettre le commerce du Haut-Canada à la merci « de Jean-Baptiste et de Frère Jonathan ». Il est hors de question de « laisser le Saint-Laurent sous le contrôle d’une race paresseuse et oisive », écrivait-il dans son journal.

Continuellement, sur près d’une quinzaine d’années, il avait pris à partie les Canadiens français, les menaçant que le sang finirait par couler si la constitution n’était pas modifiée à l’avantage du Haut-Canada.

Au début des années 1860, la difficulté des gouvernements à se maintenir au pouvoir va lui permettre de faire des gains décisifs avec son idée d’une constitution monarchique et fédérale avec représentation proportionnelle au niveau du gouvernement central.

Défait le 14 juin 1864, le gouvernement Taché-Macdonald se trouve contraint de chercher de nouveaux partenaires pour se maintenir au pouvoir. Acculés au pied du mur, les ministres, dont George-Étienne Cartier au premier plan, n’ont d’autre choix que de céder à une offre d’alliance des plus surprenantes avec leur ennemi acharné des quinze dernières années : un pacte entre les deux nations, souvent identifié sous le nom de « Grande Coalition », est officiellement scellé le 22 juin 1864.

Lors des Débats parlementaires, en février 1865, Brown prendra la peine de préciser que ce pacte liait « les descendants des vainqueurs et les descendants des vaincus ».

Détenant pour ainsi dire la clef du pouvoir, Brown était en excellente position pour pousser ses nouveaux alliés à s’engager dans une réforme constitutionnelle d’où sortira la Confédération de 1867, constitution qui brisera à jamais la « domination injuste des descendants des vaincus sur les descendants des vainqueurs ».

Dans son journal et sa correspondance avec des amis, Brown ne cachait nullement sa conviction que cette nouvelle constitution « would at once draw the teeth and cut the claws of Lower Canada ».

Au sortir de la Conférence de Québec, le 27 octobre 1864, il était à ce point emballé par sa réussite qu’il n’avait pu s’empêcher d’écrire à son épouse et confidente : « You will say our constitution is dreadfully tory – and it is ! – but we have the power in our hands to change it as we like. Hurrah ! – Is it not wonderful ? French Canadianism entirely extinguished ! »

Pour Perrault, notre jeune député, les « Résolutions de la Conférence de Québec » étaient un prix chèrement payé puisque les Canadiens perdaient à jamais les avantages du gouvernement responsable au niveau fédéral, et qu’ils laissaient, après tant de luttes épiques, leur destin national à la merci d’une « majorité agressive » qui n’avait jamais cessé de manifester une franche hostilité à leur endroit.

Pour Brown, la victoire était totale : la nouvelle constitution faisait entièrement justice aux revendications des descendants des vainqueurs. Il était le premier de tous les « Pères de la Confédération ». Les Canadiens lui doivent ce « plus meilleur pays du monde » qu’ils célèbrent aujourd’hui… sans même rappeler son nom.

Christian Néron
Membre du Barreau du Québec
Constitutionnaliste,
Historien du droit et des institutions.

Lien pour les mordus d’histoire :
Vous trouverez ici

PDF - 460.4 ko

le discours complet de notre jeune député, Joseph F. Perrault, édité par Christian Néron. C’est la toute première fois depuis 1865 que ce texte – qui comprend une fresque de nos luttes politiques – est présenté au public dans une forme accessible. Il s’agit d’un texte de 99 pages. Ceux qui ne s’intéresseraient qu’à la partie consacrée à George Brown pourront aller aux pages 12 à 19.

Commentaires

  • Jean-Louis Perez-Martel, 22 août 20h45

    Un peu d’Histoire pour bien comprendre la stratégie de l’imposition de la Constitution colonialiste de 1867 afin d’assujettir le Québec au centralisme du Pouvoir d’Ottawa :

    Après l’incendie de 1849, le Parlement du Canada-Uni s’est réuni en alternance à Toronto et à Québec, avant de s’installer définitivement à Ottawa en 1866.

    Pour plus de détails sur cette stratégie colonialiste, veuillez consulter Les archéologues « touchent » au parlement de Montréal, incendié en 1849
    http://www.lapresse.ca/actualites/montreal/201708/22/01-5126626-les-archeologues-touchent-au-parlement-de-montreal-incendie-en-1849.php

    ***

    JLPM

  • François Ricard, 18 août 06h31

    Combien de nos jeunes Québécois sont au courant de la véritable histoire dce notre fédération ?

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