«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Une sorte de « Der des Der » à l’envers

Jean-François Lisée : L’homme de la dernière chance ?

Réflexion d’un simple citoyen retenu par aucun fil à la patte

Tribune libre de Vigile
samedi 17 septembre 2016
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« Je m’ennuie d’un pays
Qui sera…
 »

Gilles Vigneault [1971]

Bien que l’activité démocratique de l’élection d’un nouveau chef à la tête du Parti Québécois ne m’excitât pas outre mesure (on y chercherait en vain, n’est-ce pas, des Lévesque, des Parizeau ou des Bourgault, bien que je me réjouisse fort, il est vrai, de n’y point trouver des Philippe Couillard, des Jean-Marc Fournier et autres débiliteurs de pays), reste que la comédie d’erreurs (pour ne pas dire du n’importe quoi) à laquelle nous, citoyens, assistons depuis le départ (malheureux) de M. Bernard Landry, il y a plus de dix ans, ne pourrait se poursuivre, désormais, sans asséner, j’en suis quant à moi convaincu, un coup mortel au Parti fondé par René Lévesque il y maintenant tout près de cinquante ans.

Or il se trouve que je me vois pour ma part persuadé que nous assisterions bel et bien à la désintégration finale de cette formation politique advenant l’élection effective de M. Alexandre Cloutier, l’un des quatre protagonistes en lice, à titre de nouveau chef de l’Organisation. Ce n’est pas le lieu, ici, ni le moment, d’expliciter par le menu les raisons qui m’amènent à cette conviction intime. Mais voici tout de même quelques éléments susceptibles d’alimenter la thèse.

Avec M. André Boisclair, il y a quelques années, beaucoup de partisans ont cru, naïvement, qu’il suffisait d’un mélange de jeunesse, de « belle gueule » et de sourires Pepsodent (comme on disait naguère) pour conduire à... l’Indépendance. Ou même à la « banale » gouvernance "provinciale" dans le cadre confédératif. Je n’y ai pas cru un instant. Et la suite des événements, hélas, confirma mes appréhensions. Le « cas » Cloutier s’apparente, à bien des égards, mutatis mutandis, à ce cas de « figure » (si je puis dire). Mais ce sont là, il faut bien se le dire dans le blanc des yeux, des manières électorales plus Liberal Party que fondées sur le savoir, l’analyse, l’intelligence. Et les convictions profondes.

Je n’ignore pas ce qui apparaît être le dilemme fondamental, sinon le nœud gordien, du Parti Québécois :

a) Aller de l’avant direction Indépendance (bien que raison d’être première du Parti), c’est de suite perdre ce contingent de l’électorat encore frileux (impossible de le nier, même si personnellement je ne décolère pas face à tant de pusillanimité devant l’hypothèse de se gouverner soi-même, comme des adultes) à l’idée d’enfourcher vigoureusement le cheval de la Liberté nationale. Et ainsi perdre l’occasion de former le Gouvernement, condition sine qua non (quoique non suffisante) du Pays à naître ;

b) En revanche, opter pour ce que j’appelle la Provincialite (maladie mortelle, à terme : or elle mine l’organisme collectif depuis déjà très longtemps cette maladie tueuse d’honneur et d’espoir...) aura forcément pour conséquence, vérité des complices de La Palice, le retrait des troupes de combat (en nombre et, peut-être plus encore, en terme d’énergies extrêmement précieuses) pour lesquelles le pays-à-bâtir – et ils sont nombreux ces bataillons, quoique en « réserve de la République » en quelque sorte – demeure l’unique motif, ou sinon de loin le principal, susceptible de les amener à appuyer le Parti… dans le but, à titre instrumental et transitoire dans le cadre politique actuel, de former le prochain Gouvernement.

Le Parti Québécois se voit saisi en porte-à-faux. Entre deux murailles. De feu. Aussi, dans les circonstances, le simplisme n’est pas de mise. Car la solution n’est vraiment pas simple. Quoi qu’en disent les gérants d’estrades qui partout fourmillent. Quoi qu’il fasse, en effet, et ce en dépit des meilleures intentions, il apparaît toujours perdant ce Parti. Perdant entre ces deux univers distincts, voire écartelés, de l’électorat. Telle une tragédie dont, en toute logique, il est impossible de sortir vivant. Ou, enfin, honorablement…

En conséquence, miser sur un chef peu nanti d’idées (vraiment) originales, visionnaires et structurantes, et qui semble très manifestement se laisser emporter par la vague du moment, et qui au surplus apparaît investi d’une puissante disposition pour la « pensée magique » (plébiscitez-moi à la faveur de mes sourires, de mon trentenariat et de mes poignées de main, de ma flemme intellectuelle en un mot, sinon de ma franche inappétence, et puis on verra...), c’est foncer tête baissée, et pour le Parti, et pour la Cause, sur un mur de ciment. Bétonné d’acier. Cela fait treize ans que nous courons à toute allure vers ce mur, nom de nom ! Il faudrait peut-être changer de stratégie…

En clair : M. Cloutier n’a pas du tout l’étoffe d’un bâtisseur de Pays. Ni au plan des idées, ni au plan de la personnalité, ni au plan de la carrure – ce qui inclut la compétence – proprement politique. Carrure politique ? Une personnalité de type Parizeau ou Bourgault, dirais-je (voire, quoique a contrario sous l’aspect idéologique, on n’en disconviendra pas, de type... Pierre Elliott Trudeau. Bernard Landry n’est pas un roseau penché non plus...). Carrure politique, dis-je ? Une femme ou un homme d’acier. Fermement convaincu(e) tout à la fois de la noblesse, de la grandeur et de la nécessité de l’Indépendance du peuple québécois ; et qui saura dès lors ne pas se laisser intimider, bousculer ou déstabiliser par la formidable puissance de feu qui lui sera opposée dans la tempête. La tempête du combat de la Liberté. Laquelle Liberté, à l’instar de l’être aimé passionnément désiré, s’empoigne avec vigueur. Tel un rapt (combinant ainsi les deux sens "intimes" du vocable ravir). Car Liberté jamais ne se quémande. En Supreme Court pas plus qu’ailleurs.

Or, en dépit de la sympathie (il pourrait incarner un ministre qualifié, je pense) que nous pourrions éprouver pour le citoyen Cloutier (bien que son attitude hautaine et son arrogance à l’occasion du dernier débat ait laissé entrevoir un homme capable de petitesse [et ce, en l’occurrence, et contre toute intelligence… politique, à l’endroit de ses propres collègues et ami(e)s !], ce qui à mon sens se révèle incompatible avec l’acier trempé dont je parle ici : de tels comportements, disons-le franchement et sans ambages, ne sont pas l’apanage d’une authentique forte personnalité*), M. Alexandre ne figure certainement pas au panthéon de ce type d’individus. Je l’affirme sans hargne, sans méchanceté et sans aucune intention de blesser. Ni même arrogance… De près ou de loin.

Au reste, je tiens le même discours à l’égard d’un homme que j’estime beaucoup, certains jours, et qui a même plutôt, savez-vous, une haute opinion de lui-même. Et il ne m’en tient aucunement rigueur. J’ai nommé : monsieur moi-même… Eh non, je ne suis pas un Pierre Bourgault. J’ai fini par m’en faire une raison. Alexandre y parviendra. Aussi. J’en suis persuadé. Car enfin, on peut être « brillant » autrement. S’efforcer de l’être, en tout cas. C’est-à-dire, stricto sensu (dans mon livre à moi) : se révéler radicalement utile. Tout en demeurant un citoyen allumé… Bref. Faute d’être tous des architectes du Pays rêvé de Félix Leclerc et de Pauline Julien, nous pouvons tout de même faire de nous-mêmes de modestes maçons... absolument incontournables. Appelons-les Paysants. Ou Payseurs.

Je ne sais pas – pas vraiment – si madame Ouellet et monsieur Lisée ont cette envergure. Ce gabarit. Mais visiblement, certes pas M. Cloutier. À telle enseigne que dans l’hypothèse du « couronnement » de ce dernier, je repense illico, et non sans tremblements, à cet aphorisme de René de Chateaubriand, que j’aurai servi plus d’une fois à Jean Charest et Philippe Couillard depuis le début du millénaire (et même au-delà) : « L’ambition dont on n’a pas les talents est un crime ».

Oui. Un crime. Qu’est-ce à dire ? Notamment ceci (un cas de figure non exclusif mais hélas fréquent) : spéculer des enjeux fondamentaux, voire vitaux, tels que l’Avenir et la Liberté de tout un peuple, sur le tapis vert d’ambitions personnelles. Certes oui. C’est criminel. Pis encore : immonde. Autre cas de figure (posture moins foncièrement malhonnête, ou égocentrique, mais qui peut se révéler tout aussi dévastatrice) : l’incapacité à juger adéquatement de… ses talents.

Le Parti Québécois, en notre temps, ne peut plus se permettre d’échapper « la mise ». Ce serait cette fois-ci une fois de trop. Il n’a nul besoin, ce Parti, d’une belle gueule ou d’un individu qui se satisferait (sans sérieux problèmes de conscience, selon toute évidence) de « gérer une province ». Le Parti Québécois requiert, nécessite, par-dessus tout, un ou une chef/fe capable d’empoigner les deux bouts de la chaîne de la… tragédie électorale à laquelle, nous l’avons vu, il est confronté.

Or, pour ma part, en dépit des réserves que j’entretiens à son endroit, spécialement en ce qui regarde la Question linguistique (voir Le Lys dans le lisier) – mais j’en éprouve, et éprouvais, à l’égard de tous… y compris, naguère, les Lévesque, Parizeau et Bourgault. Bouchard, Marois et Péladeau aussi...) –, à la grille de départ (sur laquelle d’ailleurs j’aurais bien aimé voir surgir M. Jean-Martin Aussant...) il m’apparaît que la personne la moins susceptible de faillir est M. Jean-François Lisée.

Et ce, nonobstant les fortes dispositions, il est vrai, que je puis éprouver pour l’étonnante dame Martine. À qui je souhaite – je nous souhaite tous – la possibilité de déployer dans l’avenir, et sans entraves, auprès de Jean-François, Alexandre également, sans oublier le jeune Paul, ainsi que l’aimable et résistante Véronique, pour le Pays à naître surtout, toute l’énergie, toute l’intelligence et toute la conviction dont elle est capable.

Nous avons, citoyennes, citoyens, besoin de tous nos soldats. Et soldates.

Il est moins une, Tintin. Le temps n’est pas, n’est vraiment plus, à l’analyse électoraliste à courte vue. C’est l’avenir et de la Cause, et du Parti Québécois, tout en un, qui se jouent actuellement. Nous, Peuple du Québec, n’avons pas droit à une erreur de plus…

Ce serait franchement suicidaire.
Pour la Nation tout entière.

Une sorte de Der des Der à l’envers…

- 

JLG / Paysant
Stadaconé, 16 Sept. 2016

* AC s’empressait même, pas plus tard qu’aujourd’hui (le 16), d’insuffler une solide dose de ridicule à ces insolentes manières, qui déjà, hélas, n’en manquent pas (et contre-productives au surplus), en exigeant rien moins que des excuses de JFL, qui évoquait l’appui public du très controversé Imam montréalais, Adil Charkaoui, à la candidature... de son rival. Bigre ! Il faut bien admettre, et je le déplore vivement à titre de « sympathisant » à la Cause, que nous sommes ici plus près de l’histrion que du chef d’État (sortie brutale de la députée Agnès Maltais en prime). Un peu de tenue, et de sérieux, que diable ! Le Pays de Gilles Vigneault réclame des Géants de la Liberté. Point des enfants de la télé.

Commentaires

  • Michel J. Dion, 18 septembre 2016 15h09


    Analyse brillante, constat juste, bravo !

    Je partage à 100% votre vision : j’ai moi aussi comparé Cloutier à Boisclair, mais aussi à Justin, et ce modèle ne colle pas au PQ. Oui, nous avons besoin de tous nos soldats, mais j’ai bien peur que l’après 7 octobre, ne sera jamais plus comme avant...

    JF Lisée reste le seul candidat ayant compris la joute, ayant une vision claire de la situation critique, et surtout, pouvant être de calibre face aux libéraux. JFL a compris qu’il faut d’abord sortir ces spoliateurs, faire un grand ménage étatique de leurs pions infiltrés partout dans nos institutions et sociétés, puis remettre le Québec sur le chemin de l’indépendance, du pays à bâtir.

    Martine a de belles idées et de beaux projets, mais ses supporteurs trop crédules pensent qu’elle peut réaliser en 2-3 ans ce que les Lévesque et Parizeau n’ont pu faire en 15-20 ans. Lisée est sans contredit l’homme de la situation.

  • Gérard lamontagne, 18 septembre 2016 02h01

    Le prémisse sur laquelle se base madame Ouellet pour opter pour un référendum dans un premier mandat est fausse et ne peut donc conduire qu’à une défaite.
    En effet, il est faux de dire que René Lévesque a gagné l’élection de 1976 en insistant sur la souveraineté mais c’est plutôt en promettant un bon gouvernement transparent et honnête.

    La même stratégie devrait être utilisée pour la prochaine élection. L’approche de Jean François Lisée est l’approche gagnante pour chasser les libéraux du pouvoir. Au cours du prochain mandat, la population va demander que le gouvernement s’occupe d’abord de bien gérer les affaires de l’état tout comme le gouvernement Lévesque avait promis de faire et qui fut la raison pour laquelle il fut élu.

    Il faut bien se rappeler les années 60 au cours de laquelle Pierre Vallières a écrit « Nègres blancs d’Amérique ». Nous n’en sommes plus à cette époque et la souveraineté a moins d’attraction pour les québécois.
    Je remercie Martine Ouellet qui est une femme brillante et courageuse qui pourra servir les québécois brillamment surtout su le PQ prend le pouvoir, ce que nous souhaitons tous..

  • Michel Huot, 17 septembre 2016 17h31

    Salutations à un brillant texte issu d’une brillante tête.

    La lecture de la situation de AC est juste. Et justement elle me déçoit. Il ne peut être question que le Parti Québécois se paie encore une session « provincialiste » quitte à laisser filer les Libéraux pour encore quelques années. La relance de l’idée créatrice du PQ ne peut être laissé aux faiseurs d’images. Les citoyens sont bien au fait des magouilles du marketing politique et bien qu’un jour ils doivent faire un choix, ils ne le font, souvent qu’en se pinçant le nez.

    Donc laissons aller notre beau brummel (AC) à ses magnifiques plages du Lac. Et choisissons un leader qui mènera dans une direction et non aux élections.
    Malheureusement, notre ami Jean-François ne peut pas être ce leader. Trop d’idées, trop d’idées contradictoires, trop de contradictions. Ce n’est pas la définition d’un leader. Les citoyens et moi le premier, ont de la difficulté à accorder une crédibilité à des girouettes. Même si des doutes et des craintes peuvent être légitimes, on ne peut s’ériger en leader lorsque on les affiche (rappelez-vous qu’on disait ça de René L.). J. Parizeau nous a montré la force de la conviction et des idées claires.

    Alors bien que ce soit pour l’abattoir, je crois que la seule chance de survie (et non pas de pouvoir) soit avec un leader qui est convaincu et qui pourra montrer que l’idée d’indépendance n’est pas un épouvantail. Du haut de sa petite taille, il n’y a que Martine O. qui peut nous amener « par là ». Mais qui sait si JFL ne constituera pas un pis aller. Mais pas pour moi par contre....

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