«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Un cinquante ans qui fait mal

Je veux retourner à l’Expo !

C’est avec beaucoup d’émotion que j’ai lu l’article de Louis-Philippe Messier sur les 50 ans de l’Expo 67 dans Le Journal d’hier.

Je n’avais que 6 ans, mais je m’en souviens comme si c’était hier.

Les bottes à gogo ! Le film en 360º ! Les téléphones équipés d’un écran ! Le Gyrotron ! Les Noirs qui tapaient sur des bidons en métal devant le pavillon de Trinidad et Tobago !

L’ANNÉE ZÉRO

Ce qui me frappe, lorsque je pense à cet été où le Québec s’ouvrait (enfin) au monde, c’est l’optimisme qui régnait.

On était convaincus que l’avenir serait rose.

Comme l’écrivait Stéphane Venne, c’était le début d’un temps nouveau, les couleurs se mêlaient sur notre peau, on avait des yeux de cinérama et l’infini ne nous effrayait pas.

Tous les pavillons transmettaient le même message : le futur sera extraordinaire.

La technologie nous permettra de guérir toutes les maladies et l’amour fraternel viendra à bout de toutes les frontières et de tous les murs.

« La Terre est à l’année zéro », annon­çait Renée Claude.

« Nos portes sont ouvertes pour ceux qui arriveront, la Terre est verte et la brise sent bon », chantait Michèle Richard.

Pour la première fois, des p’tites Québécoises s’envoyaient en l’air avec des Haïtiens et des Marocains, et les p’tits Québécois avec des Chinoises et des Suédoises.

Et deux ans plus tard, Danielle Ouimet dévoilera ses charmes dans les ciné­mas de la province.

On allait s’éclater, les amis !

La vie ressemblera à un grand party, à une grande partouze.

« La moitié des gens n’ont pas 30 ans, les femmes font l’amour librement... »

DUR LENDEMAIN DE VEILLE

Cinquante ans plus tard, on parle de manger mou, de CHSLD et de culture du viol.

Et l’immigration nous fait peur.

Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

Où est-ce que ça a foiré ? Quand

notre beau voyage a-t-il commencé à déra­per ?

« Les hommes ne travaillent presque plus », écrivait Venne dans sa chanson. Ah oui ? Il me semble qu’on ne fait que ça, maintenant, travailler !

Plus moyen de décrocher à cause des maudits téléphones à écran !

Et qu’est-il arrivé à l’utopie universaliste promise par les artistes ?

Non seulement érige-t-on des murs au lieu de les abattre, mais les communautés se referment frileusement sur elles-mêmes.

On était censés se mélanger, on est maintenant chacun dans son coin !

Donnez-moi une machine à voyager dans le temps que je retourne en 1967 !

FAITES VOS JEUX !

Il ne reste plus rien d’Expo 67.

Le pavillon de la France est devenu un Casino où des p’tits vieux habillés en mou dépensent leurs maigres économies afin que l’État ait assez d’argent pour leur offrir du manger mou et un bain par semaine.

Comment voulez-vous que les jeunes voient l’avenir en rose avec un présent aussi gris ?

Moi, quand j’avais six ans, le Québec pétait le feu. On me promettait la socié­té des loisirs, la liberté 55 !

Aujourd’hui, j’ai 55 ans et je vois nos libertés fondre comme neige au soleil.

Pas étonnant que nos enfants veuillent sacrer leur camp...

Pourquoi se contenter de visiter le pavillon de l’Australie quand tu peux vivre en Australie ?


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Culture québécoise
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