«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Ingérence ? Où ça ?

La Presse
lundi 4 février 2008

Ingérence politique, manoeuvres, magouilles, duplicité, hypocrisie : les partis d’opposition n’ont pas mâché leurs mots en dénonçant les interventions d’un conseiller du premier ministre Harper dans deux dossiers, interventions mises au jour la semaine dernière par Radio-Canada et le Globe and Mail.

Pourtant, sous réserve d’informations supplémentaires, tout indique que le conseiller en question, Dimitri Soudas, n’a rien fait de répréhensible. « S’ingérer », nous dit le dictionnaire Robert, c’est « s’introduire indûment, sans en être requis ou en avoir le droit ». Depuis quand un membre du personnel du premier ministre se verrait-il interdit de s’informer sur un dossier ou de chercher à en influencer la gestion ? Les représentants de Stéphane Dion et de Gilles Duceppe ne rencontrent-ils jamais de gens de groupes d’intérêts divers pour entendre leurs doléances ?

Dans le premier cas, M. Soudas a convoqué des personnes oeuvrant auprès du ministre des Travaux publics pour s’enquérir des possibilités de régler à l’amiable une dispute entre le gouvernement et la firme immobilière Rosdev. Rosdev est propriété de M. Michael Rosenberg, un homme d’affaires dont les conservateurs aimeraient avoir la faveur. Les représentants du ministre Michael Fortier lui ont fait savoir qu’il n’était pas question pour Travaux publics de changer d’approche. M. Soudas a poussé aussi loin qu’il le pouvait : il a parlé au ministre, a demandé aux fonctionnaires de lui expliquer les tenants et aboutissants du dossier. Et il a conclu qu’il n’y avait rien à faire.

Tout ce qu’on sait du second cas d’« ingérence », c’est que M. Soudas a rencontré « informellement » un fabricant de matériel militaire, à l’invitation d’un ami, aussi collecteur de fonds pour le Parti conservateur. Rien n’indique que l’entreprise en question ait ensuite été privilégiée dans l’octroi de contrats.

Quand des élus ou leurs représentants cherchent à faire avancer un dossier, ils ne commettent pas d’ingérence, ils font leur travail. Ce qui importe, c’est que leurs interventions n’entraînent pas de traitements de faveur ou de violations des règles. Dans les deux cas qui nous occupent, jusqu’à preuve du contraire, il ne s’est produit aucune irrégularité.

Il est vrai que, comme on l’a vu dans l’affaire des commandites, le personnel du bureau du premier ministre doit être particulièrement prudent dans ses interventions. Venue de si haut, une simple requête peut être perçue comme « un ordre » par un subalterne, a rappelé le juge Gomery. M. Soudas, qui est encore jeune, devra prendre garde à ce que notre collègue Vincent Marissal a appelé à juste titre un « power trip ». Il appartient au premier ministre de le prévenir contre ce mal auquel ont succombé bien d’autres avant lui.

Pour le reste, en criant à la « magouille » là où il n’y en a pas, les partis d’opposition servent sans doute leur cause partisane. Mais ils desservent les intérêts de la classe politique dans son ensemble. La réputation des politiciens est suffisamment endommagée, nul besoin d’inventer des scandales de toute pièce.

apratte@lapresse.ca

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