«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Indépendance ou décote !

mardi 13 novembre 2012

Les agences DBRS et Standard & Poor’s ont rendu « service » au Québec vendredi dernier en brandissant la menace d’abaisser la cote de crédit de la Caisse de dépôt et placement si jamais le gouvernement péquiste va de l’avant avec sa volonté de voir la Caisse se concentrer davantage sur le développement du Québec.

C’est ce qu’a soutenu lundi l’ex-ministre des Finances Raymond Bachand, qui s’est présenté en défenseur de l’« indépendance » de l’institution. Le Parti québécois s’est défendu de vouloir s’ingérer dans la gestion quotidienne de la Caisse.

En fin de journée vendredi, DBRS et Standard & Poor’s (S&P) ont confirmé la cote de crédit AAA de la Caisse — la plus élevée qui soit — en soulignant sa bonne santé financière, son fort niveau de liquidités, son faible taux d’endettement et ses actifs nets de plus de 160 milliards de dollars. À titre de comparaison, la cote de crédit du Québec varie de A + à A chez les deux agences, soit plusieurs crans sous le AAA.

Mais les agences de notation ont surtout insisté sur leur inquiétude à l’égard de l’intention du Parti québécois, stipulée dans sa dernière plateforme électorale, d’élargir le mandat de la Caisse « afin que celle-ci contribue davantage au développement économique du Québec ». Il est notamment question de créer un fonds de 10 milliards de dollars « pour l’investissement dans le développement de secteurs stratégiques et [pour] contrer la délocalisation des emplois ».

On s’attend à ce que le gouvernement de Pauline Marois précise ce qu’il entend faire dans le budget qui sera déposé mardi prochain. Lundi, le ministère des Finances a d’ailleurs voulu envoyer un message rassurant. « Il n’a jamais été question d’ingérence politique dans la gestion des opérations quotidiennes de la Caisse de dépôt et placement du Québec », a répondu au Devoir l’attachée de presse de Nicolas Marceau, Mélanie Malenfant, dans un bref courriel.

Les agences de notation n’ont pas la même lecture de la situation. Dans son communiqué, S&P a souligné vendredi qu’elle « pourrait abaisser les perspectives ou les cotes de crédit [de la Caisse] » si elle jugeait que la révision du mandat de l’institution « réduit l’indépendance » de la Caisse ou « restreint sa stratégie d’investissement ».

L’agence a toutefois pris soin d’ajouter que, pour l’instant, elle considère cette possibilité comme « peu probable ». De son côté, DBRS a tenu à souligner que « l’indépendance est un pilier important du fort profil de crédit de la Caisse et [que] toute tentative de réduire significativement cette indépendance pourrait avoir un impact négatif sur le profil de crédit ».

Éviter une crise

En agissant de la sorte, les deux agences ont peut-être tiré la sonnette d’alarme avant qu’il ne soit trop tard, a fait valoir Raymond Bachand au Devoir. « C’est le genre d’avertissement que je considère comme bienvenu. C’est mieux qu’elles le fassent avant le budget. Après le budget, si le gouvernement a posé des gestes et qu’il s’est peinturé dans le coin, c’est très difficile de reculer. Là, ça viendrait créer une crise majeure. »

Le candidat à la chefferie du Parti libéral en a profité pour railler de nouveau les péquistes. « Peut-être que c’est un autre engagement électoral sur lequel le Parti québécois va reculer. Et ce serait une bonne idée qu’il recule. »

M. Bachand estime que toute volonté d’intervention dans la gestion de la Caisse « mènerait à une déstabilisation du rôle de la Caisse », qui gère des actifs totaux de 159 milliards de dollars, surtout des fonds de retraite. Si le Parti québécois tient à investir davantage pour stimuler le développement économique de la province, il croit qu’il doit recourir à Investissement Québec.

Le député libéral est d’avis que le gouvernement ne pourra ignorer le signal envoyé par DBRS et S&P. « S’ils ne reviennent pas sur leurs engagements, ils mettent à risque l’une des plus belles institutions du Québec », a-t-il affirmé.

Michel Nadeau, ancien premier vice-président de la Caisse, estime au contraire que la démarche des agences est nettement exagérée. « Ces grandes agences glissent souvent dans un “agenda” politique », a-t-il souligné. En ce sens, le message envoyé vendredi aurait plutôt pour objectif d’inciter les élus à ne pas « changer les règles du jeu » et à ne pas intervenir dans une logique dictée uniquement par les forces du marché. « Elles ont choisi une bien mauvaise cible, puisque la Caisse offre des garanties avec ses 159 milliards d’actifs et elle a peu d’emprunts sur les marchés financiers. La Caisse ne peut avoir qu’une cote AAA. »

« Le gouvernement n’a jamais dit qu’il souhaitait un rendement moindre, a-t-il insisté. Il a dit qu’il souhaitait davantage d’investissements au Québec. Et les investissements au Québec ont très souvent été les meilleurs placements de la Caisse. Donc ce n’est pas une menace sur le rendement. On s’entend tous pour dire que la Caisse doit aller chercher du rendement et de l’essor économique. Il ne s’agit pas de subventionner des emplois. »

Depuis quatre ans, la Caisse a haussé ses investissements au Québec de 18 % à 22 % de son portefeuille. Cette part équivaut à un peu plus de 40 milliards de dollars. Le Parti québécois voudrait maintenir un minimum de 25 % des investissements au Québec.

La Caisse n’a pas voulu commenter l’avertissement lancé par les agences de notation.

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Avec La Presse canadienne


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