«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

La saga de l’Îlot Voyageur mériterait à elle seule une enquête publique !

Îlot Voyageur : le sort du projet d’édifice public décidé cette semaine

mardi 13 juin

(Québec) Le projet de construction d’un complexe gouvernemental à l’îlot Voyageur est remis en question. La Société québécoise des infrastructures (SQI), propriétaire du site, est divisée sur l’opportunité de lancer ce chantier estimé à 257 millions, a appris La Presse.

Selon une source bien au fait du dossier, le conseil d’administration de la SQI se réunit jeudi pour déterminer le sort de ce projet.

Deux camps s’opposent. Certains sont favorables à la construction d’un immeuble regroupant les 3000 employés de Revenu Québec actuellement dispersés dans sept édifices à Montréal, dont le Complexe Desjardins. D’autres croient plutôt qu’il est préférable de renouveler le bail au Complexe Desjardins, d’y installer tous les employés de Revenu Québec travaillant à Montréal et de vendre le terrain sud de l’îlot Voyageur, à l’abandon depuis des années en raison de la désastreuse aventure immobilière de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Selon la conclusion du dossier d’affaires terminé récemment par la SQI, les deux options sont sur la table. Et au sein de l’organisme, « il y a des gens qui poussent dans une direction, d’autres qui poussent dans l’autre », a résumé une source qui a requis l’anonymat.

« Un geste fort »

L’élaboration du dossier d’affaires découle d’une décision du gouvernement Marois, en 2013. Dans « un geste fort pour le développement de Montréal », Pauline Marois avait annoncé son intention de regrouper les 3000 employés de Revenu Québec dans un nouvel immeuble gouvernemental à l’îlot Voyageur. Depuis, la SQI a procédé à l’analyse de différentes options en vue de réunir les effectifs de l’agence.

Le projet de construction à l’îlot Voyageur s’élève à 257 millions, selon un document de la SQI que La Presse a obtenu. C’est 11 millions de plus que ce qu’estimait le gouvernement Marois.

Il y aurait 15 étages sur le côté du boulevard De Maisonneuve et sept sur le côté de la rue Berri. Des espaces pour une garderie et des commerces sont également prévus.

La SQI a calculé que « l’option construction » coûterait au total tout près de 498 millions sur une période d’amortissement de 30 ans. Il s’agit du « coût actuel net des flux monétaires », ce qui tient compte de l’ensemble des dépenses, dont les frais d’intérêt et d’entretien. Au bout de 30 ans, l’emprunt serait entièrement remboursé.

Il s’agit d’une économie d’environ 40 millions de dollars si l’on compare avec l’option de renouvellement du bail au Complexe Desjardins. Le coût actuel net des flux monétaires atteint 538 millions dans ce cas. Cela tient compte d’un profit découlant de la vente éventuelle du terrain sud de l’îlot Voyageur. Elle « pourrait se faire au prix approximatif de 19 millions », selon la SQI. « Le gain sur disposition pourrait ainsi s’établir à 8 millions. »

« Une rentabilité à long terme »

La SQI conclut que la construction d’un nouvel édifice représente une « rentabilité à long terme », bien que l’économie de 40 millions au bout de 30 ans ne soit pas jugée très importante. Il y a des « coûts supplémentaires la première année », en raison du déménagement, et « une économie par la suite au cours des 30 prochaines années ».

D’autres facteurs sont pris en considération. La construction à l’îlot Voyageur « améliore l’offre d’espace pour les clients de la SQI ». Le projet « dégage une marge de manoeuvre pour le gouvernement afin de loger d’autres clients dans une propriété au centre-ville ». Il stimule le « développement économique » et contribue à « la revitalisation du secteur Est du centre-ville de Montréal ».

Le conflit à la SQI porte surtout sur sa stratégie de développement. Est-ce opportun que le bras immobilier du gouvernement construise un complexe de cette taille à Montréal et augmente les superficies qu’il détient comme propriétaire ? Ou est-il préférable de miser sur la location ? « Il y a une décision à prendre sur l’orientation de la SQI à Montréal : être plus propriétaire ou plus locataire. Donc, ce n’est pas juste une décision sur l’îlot Voyageur, c’est aussi une décision de stratégie », a exposé une source.

Deux options écartées

La SQI a écarté deux autres options, jugées trop coûteuses, dans le cadre du dossier d’affaires : le statu quo (547 millions sur 30 ans) et la location d’espaces par appel d’offres (638 millions). Dans le dernier cas, comme il n’y a pas d’espace autre que le Complexe Desjardins pouvant regrouper tous les employés de Revenu Québec, un promoteur privé devrait construire un nouvel édifice que l’État louerait pendant 30 ans. C’est la raison pour laquelle la facture de cette option est si élevée, a-t-on expliqué à La Presse.

Revenu Québec doit lui aussi se prononcer sur le regroupement de ses effectifs lors d’une réunion de son conseil d’administration jeudi. Son bail au Complexe Desjardins vient à échéance le 30 avril 2020.

Selon un document interne obtenu par La Presse, l’agence estime que le scénario du projet de construction est « optimal ». Les dépenses en loyer et en aménagement sont « inférieures sur la durée du bail ». La propriété est « entièrement amortie après 30 ans ». Le projet permet « l’atteinte des objectifs d’efficience organisationnelle pour Revenu Québec ».

C’est toutefois la SQI qui a le droit de vie ou de mort sur le projet. Elle est le propriétaire du terrain sud de l’îlot Voyageur. « Si ça ne l’intéresse pas de construire, il n’y a tout simplement plus de projet », a résumé notre source.

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