«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Il y a 175 ans, on prétendait vouloir « rendre le peuple meilleur »

La Société Saint-Jean-Baptiste est-elle encore utile ?

dimanche 14 juin 2009

Le nom qu’elle porte appartient à un autre siècle et apparaît terriblement démodé. Certains l’associent à une pensée frileuse, à la méfiance pour l’étranger, à un attachement obstiné aux valeurs du bon vieux temps et à cette époque révolue où le confessionnal était le puissant moteur de notre prodigieuse natalité. Et il y a ce saint Jean-Baptiste et son fameux mouton aux pitoyables bêlements. Tout un symbole national ! Qu’il paraît loin de nous, cet inflexible chauffé à blanc, qui a préféré se faire couper la tête plutôt que de répondre aux avances de la belle Hérodiade !

Malgré tous les commentaires, la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) n’a pas voulu changer de nom, car elle a mis 175 ans à l’établir. C’est bien du travail. Au cours de son histoire, elle a pu compter sur des esprits aussi dynamiques qu’Olivar Asselin, le célèbre journaliste de combat, Emmanuel-Persillier Lachapelle, le fondateur de l’hôpital Notre-Dame, Joseph-Xavier Perreault, à qui on doit la Chambre de commerce de Montréal, le peintre et architecte Napoléon Bourassa, l’économiste François-Albert Angers, homme influent s’il en fut, sans oublier Nicole Boudreau, la première femme (et la seule jusqu’ici) à être portée à la présidence et celle qui a ouvert la société sur le Québec moderne, et enfin Jean Dorion, qui a démocratisé ses règlements et ses statuts électoraux et a rétabli le défilé du 24 juin après un hiatus de 20 ans. C’est ainsi que la SSJB a grandi avec le Québec et qu’elle a changé avec lui. La voici donc plus neuve que jamais, laïque, indépendantiste, profondément attachée aux valeurs de justice sociale et de démocratie (la vraie, pas sa contrefaçon du scandale des commandites).

Cela dit, est-elle encore utile ? Ne fait-elle pas double emploi avec des partis politiques qui poursuivent des buts similaires ? Je répondrai qu’elle est leur contrepartie nécessaire. Et pour une raison bien simple.

Hors de la servitude politique

L’obligation de se faire élire avant d’exercer le pouvoir est le fondement de la démocratie et sa principale sécurité. Mais cette obligation apporte une servitude. Pour être élu, il faut plaire. Cela transforme bien des hommes politiques en pantins, prêts à toutes les contorsions pour gagner le vote des électeurs, à tous les compromis pour ne pas les effaroucher. Voilà pourquoi, plutôt que d’essayer de convaincre le peuple d’emprunter telle ou telle voie, jugée par eux la meilleure, mais qui ne s’est pas gagné l’assentiment populaire, ils se contentent prudemment de suivre la foule, avec des conséquences parfois désastreuses. Les vrais hommes d’État sont rares. Soignons-les quand ils passent !

La SSJB n’est pas un parti politique et n’aspire pas au pouvoir. Aussi n’a-t-elle pas à suivre les modes, à flirter avec la démagogie, à prêter l’oreille aux puissances financières. Elle essaie, selon ses moyens, de faire entendre la voix de la raison dans la conduite de nos affaires. Non pas qu’elle croit avoir le monopole de cette raison (ce serait là une pensée bien prétentieuse), mais elle possède un avantage colossal sur les partis politiques : aucun intérêt électoral ne vient brouiller sa vision des choses et infléchir son action. Elle dit ce qu’elle pense et fait ce qu’elle croit devoir faire.

Interventions

Par exemple, la SSJB réclame un renforcement de la loi 101, car le français s’est mis à reculer au Québec, particulièrement dans la région de Montréal. Le gouvernement libéral, qui doit ménager ses électeurs anglophones, refuse de bouger, se contentant de mesurettes à la sauce bonne volonté qui ont autant d’effets que le souffle de la brise sur un mur de pierre.

La SSJB voit le Canada, selon l’expression de Pierre Perrault, comme un pays sans bon sens, où les champs de compétence s’enchevêtrent, se dédoublent, se concurrencent et souvent même se combattent, tandis que le poids démographique des Québécois ne cesse de fondre dans cette fausse fédération qui se veut unitaire. Au fouillis de la servitude, la SSJB préfère la liberté d’action de l’indépendance. Le Parti libéral combat farouchement cette idée.

La SSJB réclame que la fréquentation des cégeps anglais ne soit réservée qu’aux seuls élèves du réseau scolaire anglophone, car elle estime que la meilleure façon d’intégrer au Québec les nouveaux arrivants n’est pas de les angliciser. Le Parti libéral et le Parti québécois rejettent cette mesure.

La SSJB s’oppose à la création de deux CHU à budgets égaux, l’un francophone, l’autre anglophone, car elle juge ce projet inéquitable, le budget du CHU McGill étant disproportionné par rapport au poids démographique des anglophones à Montréal. De plus, une fois créé, cet établissement géant va fragiliser le français comme langue de travail dans la métropole. Le Parti libéral et le Parti québécois défendent ce projet.

Il y a 175 ans, la SSJB a choisi pour devise : Rendre le peuple meilleur. Il y a dans cette formule, j’en conviens, un soupçon de condescendance. N’oublions pas qu’elle a été pensée à une époque où les différences de hiérarchie sociale étaient bien plus marquées qu’aujourd’hui. Mais comme tout le monde, dans une vraie démocratie, appartient au peuple, j’ai fini par l’aimer, cette devise.

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Yves Beauchemin est écrivain


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175e de la SSJBM

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