«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Il faut avoir le courage de prendre le risque

Tribune libre de Vigile
vendredi 11 avril 2008
1 120 visites 6 messages

Dans un texte récent, Claude Morin reprend ses thèses habituelles sur le
référendum en le présentant comme seul moyen démocratique d’accession à
l’indépendance. Claude Bariteau lui répond en mettant en évidence le
caractère tout aussi démocratique de la voie électorale, en autant qu’on
s’assure de l’appui d’une majorité d’électeurs par alliance, coalition ou
question spécifique intégrée au bulletin de vote. C’est aussi ce que je
défends dans mon livre "La nécessaire alliance". En effet, l’appui
majoritaire est indipensable pour créer le rapport de force qui nous
permettra de sortir du carcan constitutionnel canadien.

Toutefois, il faut rappeler avec force l’effet pervers de
"provincialisation" des campagnes électorales introduit depuis l’élection
de 1976 par l’approche "votez pour un bon gouvernement provincial
maintenant, on vous fera un référendum plus tard". Depuis, la majeure
partie des énergies du Parti Québécois ont servi à arriver ou à demeurer au
gouvernement du Québec, cette démarche étant présentée aux militants comme
moyen incontournable pour se placer en position de déclencher un
référendum... un jour.

Ce n’est pas au congrès de 1974 que le PQ a décidé de cette approche
puisque le programme de 1975 qui y fut adopté (j’étais conseiller au
programme de l’exécutif à ce moment-là) disait ceci :


"« Un gouvernement du Parti Québécois s’engage à :

1. Mettre immédiatement en branle le processus d’accession à la
souveraineté en proposant à l’Assemblée nationale, peu après son élection,
une loi autorisant :

a) à exiger d’Ottawa le rapatriement au Québec de tous les pouvoirs, à
l’exception de ceux que les deux gouvernements voudront, pour des fins
d’association économique, confier à des organismes communs ;

b) à entreprendre, en vue d’atteindre cet objectif, des discussions
techniques avec Ottawa sur le transfert ordonné des compétences ;

c) à élaborer, avec le Canada, des ententes portant notamment sur la
répartition des avoirs et des dettes, ainsi que sur la propriété des biens
publics, conformément aux règles habituelles du droit international.

2. Dans le cas où il lui faudrait procéder unilatéralement, assumer
méthodiquement l’exercice de tous les pouvoirs d’un État souverain, en
s’assurant au préalable de l’appui des Québécois par voie de référendum. »

C’est au moment de l’élection de 1976 que René Lévesque mit de côté le
programme de son parti, créant ainsi le dogme du référendum obligatoire
pour initier la démarche vers la souveraineté. Ce passage obligé doit être
éliminé pour que cesse la dissociation de l’élection d’un Gouvernement
souverainiste d’un appui à son option fondamentale. Un gouvernement élu de
la sorte n’a pas de rapport de force pour enclencher une démarche vers la
souveraineté, pour poser des gestes de souveraineté véritables (parfois
contraires à la constitution canadienne imposée unilatéralement en 1982),
pour utiliser les fonds publics pour faire progresser son option. Pendant
ce temps, le gouvernement central, lui, se sent légitimé d’utiliser ses
immenses surplus budgétaires, les pouvoirs prépondérants que lui confère la
Constitution de 1982 et le contrôle des relations internationales pour
défendre l’intégrité du Canada.

Éliminer l’obligation référendaire, c’est faire en sorte que chaque
élection se gagne ou se perd suite à un débat sur le contenu de la
souveraineté et l’indépendance du Québec, jusqu’à ce qu’un vote pour un
parti indépendantiste, seul ou dans le cadre d’une alliance avec d’autres
partis, permette d’entreprendre la démarche d’accession.

Il faut avoir le courage de prendre le risque, de perdre une élection tout
en mettant tout en oeuvre pour la gagner. Perdre une élection, cela veut
tout simplement dire que le peuple Québécois n’est pas prêt à entreprendre
le début du voyage. Dans ce cas, pour paraphraser Jacques Parizeau, « on se
crache dans les mains et on recommence ! »

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

Commentaires

  • Marc Authier, 21 avril 2008 09h30

    Oui de beaux mots Monsieur Paquette. Mais voilà le problème. Ça fait maintenant deux fois que les Québécois francophones se disent non à eux-mêmes. Deux fois.Deux fois que les gens au Québec ne veulent pas même être considérés comme d’autres chose qu’une province ! Au revoir le "d’égal à égal".

    Maintenant la démographie joue contre nous et le gouvernement fédéral prépare contre le loi 101 et le Québec français un affront massif. Ça ne prendra pas grand chose pour tuer le Québec français et l’affaiblir pour de bon. On nous prépare le retour au "libre choix" en catimini.

    On se serait dit qu’àprès 13 ans de désert et de recul justement, les gens auraient compris. Non seuleument ils n’ont rien compris, mais ceux qui comprenaient, ne se souviennent plus. Pire ils sont indifférents et même totalement fatalistes face au destin de leur culture, de leur langue et de leur histoire. Ils s’en foutent totalement et ne sont jamais insultés par quoi que ce soit.

    Les Conservateurs ne seraient pas à 34% dans les intentions de vote si les gens se souvenaient, Monsieur Paquette. Le PQ n’a pas fait son travail. Mais encore, c’est trop facile. Ou est la mobilisation Monsieur Paquette ? Et les intellectuels ? Et les artistes ? Et les écrivains ? Et les travailleurs ? Et les gens ordinaires ? Et les syndicalistes ? Et les journalistes ?

    On s’est bien arrangé pour détourner l’attention. Il n’y aura pas de mobilisation ou de politisation, surtout pas avec l’ADQ. Foncièrement je pense que les Québécois ont fait le choix de disparaître, de mourir, de s’effacer, de se faire diluer et de crever. Ils sont contents d’être un gros groupe ethnique minoritaire avec ses petits avantages et encore avec quelques annés de sursis. Ils sont heureux d’être des locataires. On s’arrête là, comme Mario Dumont d’ailleurs.

    Il n’y aura pas de renaissance nationale. Mario Dumont est le parfait exemple, l’incarnation la plus parfaite de l’état d’esprit, mais surtout de ce qui nous attend, c’est à dire rien du tout. Monsieur Dumont ne représente pas l’espoir. Il réprésente la dépression nerveuse politique et psychique des Québécois et la mienne d’ailleurs.

    Je regarde Dumont et je comprends soudain (cela n’a rien à avoir avec les idées de droite au fait) que nous risquons de finir en tant que peuple, comme une petite note dans un bas de pages d’un livre d’histoire de nécrologie des peuples éteints. Je ne me fais plus d’illusions. Bravo pour vos idées Monsieur Paquette.

    On me dit qu’il faut prier et croire au miracle. Ben je pense que c’est d’un miracle dont nous allons avoir besoin au cours des prochaines années pour garder la tête au dessus de l’eau et ne pas être noyé ou enterré vivant.

    Ecrire dit-on est une façon très efficace de traiter sa dépression. Ce l’est pour un peuple comme ce l’est pour un individu. Il faudra trouver une meilleure idée que celle de s’associer à Mario Dumont, cette dépression unipolaire politique, cette horrible grisaille nébuleuse, terne, remplie de brouillard. C’est ça Dumont. Dumont a tout renié. Alors ? Faites-nous d’autres suggestions Monsieur Paquette.

  • Gilbert Paquette, 14 avril 2008 18h24

    Madame Lachance, tant mieux si le PI peut recueillir un appui substantiel des indépendantistes. Si jamais ces votes additionnés à ceux du PQ et de Québec solidaire totalisait tout près de 50%, on serait prêt pour une alliance multipartisane uniquement entre indépendantistes, quitte à défendre les autres positions qui nous opposent. Mais cela est tellement improbable qu’il faut aussi rejoindre les autonomistes conséquents pour créer une rapport de force qui seul permettrait à notre assemblé nationale de procéder unilatératlement.

    On peut certainement douter des convictions de Mario Dumont, mais ce n’est pas sur lui que je compte. Tant mieux s’il a toujours les même convictions qui l’ont fait quitter le Parti libéral au moment de Meech et adhérer au comité du OUI au référendum. Sinon, on saura qu’il ne s’agit que d’une autre stratégie électoraliste.

    Monsieur Authier, plusieurs réduisent ma proposition à une alliance avec Mario Dumont. Mais mon but est cette idée choc pourtant bien simple. Le Québec ne sera jamais indépendant si nous n’arrivons pas à dépasser les luttes partisanes au sein de l’État provincial. Il ne s’agit pas pour les indépendantistes de se mettre en situation de dépendances. Quel que soit la réponse de l’ADQ, il faut promouvoir, actualiser, défendre l’indépendance, avant, pendant et après la prochaine élection et les suivantes jusqu’à obtenir cet indipensable rapport de force qui nous permettra d’y arriver.

  • Marc Authier, 11 avril 2008 23h46

    Il faut surtout que la question de l’indépendance du Québec ne soit pas uniquement la question d’un parti politique ou d’un régime. Remet-on en question la soif de liberté ou son pays parce que l’on est pas d’accord avec un programme de parti politique ?

    C’est ce qui est terrible au Québec.Oui c’est le cas au Québec. La soif de liberté et d’être maître chez nous devra dépasser les partis politiques, quels qu’ils soient. C’est le cas dans un pays normal.

    Je ne crois pas à une alliance avec l’ADQ. Mario Dumont au contraire, nuit à l’idée de pays. C’est justement le genre de position ambigue et encore plus frileuse que celle du PQ, qui nous a fait reculer. Gilbert Paquette se leurre si il pense que Dumont est nationaliste aujourd’hui. Il ne l’est qu’en apparence, et que si c’est payant électoralement. Dumont est un cynique et un démagogue. On ne fait pas d’alliance avec une telle personne. On la démasque. Quant au goût du risque, moins d’état providence, plus d’entrepreneurs et plus de politisation intelligente aideraient énormément. N’oubliez pas. Les Québécois ne souviennent jamais de leur histoire, même récente.

  • Suzanne Lachance, 11 avril 2008 17h56

    Une alliance, c’est bien, mais un vote clair pour un parti indépendantiste, c’est encore mieux. C’est pourquoi il faut voter massivement pour le Parti indépendantiste, le seul parti à proposer une élection sur cet enjeu, et qui s’engage à la réaliser dès la prise du pouvoir. Voter massivement pour le PI permettra d’atteindre la majorité de sièges et de suffrages, qui semble être la clé à l’adhésion de plusieurs à ce parti, et ce même s’il ne fait pas de la majorité des suffrages la condition déterminante de son action.

    Une alliance mise sur la bonne volonté des adversaires, un élément qu’on peut espérer sans avoir de garantie. Il est préférable de miser d’abord sur ce que l’on peut contrôler plutôt que sur ce qui peut nous échapper. C’est ainsi que l’on se construit un véritable rapport de force.

    Plus le vote pour le PI sera important, plus le message qu’il véhicule traversera les barrières. Les yeux se dessilleront, les oreilles seront à l’écoute.

  • Jean-Louis Pérez, 11 avril 2008 12h48

    Gagner la pleine liberté des Québécois ne doit pas dépendre du risque d’un “hasard” quelconque, sinon de la volonté inébranlable d’une majorité résolue à ne pas continuer à trahir la mémoire de sa propre conscience nationale en échange d’un peu de sécurité matérielle éphémère. Car à long terme, la nation québécoise ne peut gagner si les Québécois continuent de perdre.

  • Lionel Lemay, 11 avril 2008 11h55

    100% d’accord. Après tant d’années, le PQ a abandonné la lutte pour l’indépendance et c’est pour cette raison qu’il a perdu le pouvoir au Québec. 60% des Québécois veulent l’indépendance et seul le nouveau Parti Indépendantiste nous permet d’y arriver si on l’appuie. J’ai fait de ce parti mon choix pour les prochaines élections et j’encourage les 60% de Québécois souverainistes à voter d’une seule voix, comme le font les 20% d’anglos et autres résidents du Québec situés à l’ouest du Blvd Saint-Laurent jusqu’à la frontière de l’Ontario. C’est le temps de prouver que l’union fait la force.

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