«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Huit partis, cinq pièges

Tribune libre de Vigile
jeudi 24 avril 2014
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Huit partis, sept au provincial et un au fédéral, appuient l’idée d’un Québec souverain. L’ampleur du défi exige pourtant un front uni, une concentration des ressources ou du moins, une coalition non partisane qui fait fi des positions socio-économiques. C’est à la lumière de cinq principes clés qu’on voit apparaître des indices de cause à cette division.

Le mouvement gagne à éviter cinq erreurs stratégiques majeures :
- Se camper ailleurs qu’au centre, tant économiquement que socialement.
- Élire ou bénir l’élection de députés de partis pancanadien au fédéral
- Miser exclusivement sur un vote référendaire
- Ignorer l’électeur non francophone ou nouvellement citoyen
- Permettre qu’une teinte ethnique soit apposée au mouvement

Ces pièges ont l’effet d’affaiblir le mouvement, le retarder, voir rendre impossible l’atteinte son objectif. Plus une organisation accumule ces erreurs, plus elle devient une entrave même à la cause. Le tord fait par l’une s’ajoute au poids porté par l’autre.

D’abord, s’égarer du centre, tant en matière de politique économique que socioculturelle, est une erreur tactique sérieuse. Le maximum d’appui exige le minimum d’irritants. Quelconque politique sans lien avec l’indépendance qui donne à l’électeur une excuse pour rejeter le parti est contre-productive. Toute politique entraîne avec elle, par association, un jugement sur le mouvement en soi, qu’elle aille ou non de lien avec ce dernier.

Un parti qui pose ses intérêts de gauche ou de droite avant ceux du mouvement affaiblit la cause. Diviser le vote entre gauche et droite annule leur poids commun et ne peut que servir l’adversaire. Tirer le mouvement à gauche révulse l’électeur de droite, et le tirer à droite repousse celui de gauche. À quoi bon, sachant que l’État-nation en vue ne sera ni un paradis syndicaliste, ni un far West ultralibéraliste. Seul un parti centriste qui regroupe un éventail modéré de points de vue socio-économiques tient sérieusement à cœur le mouvement.

Dans le même ordre d’idée, créer des remous ou des irritants par des politiques sociales ou culturelles affaiblit la cause par simple association. Un parti efficace saura reporter quelconque politique susceptible de créer des adversaires à un moment ultérieur à l’indépendance. Une stratégie gagnante saura être généreuse et rassembleuse, neutre et centriste sur le plus de sujets de discorde possible. Elle gagne à laisser son adversaire s’affaiblir en devant toucher seul ces sujets qui divisent.

Ensuite, valoriser, bénir ou permettre l’appui à un parti pancanadien au fédéral ne peut être justifiable en aucun cas. L’article « Un échiquier de 200 cases » tente d’en expliquer les aboutissants (http://www.vigile.net/Un-echiquier-de-200-cases). L’abstention n’est malheureusement non plus une option, car elle ne fait que faciliter l’accès à un siège pour l’adversaire.

Troisième point, la stratégie concrète pour atteindre le but et le rôle d’une validation référendaire. Une organisation efficace prendra note des failles d’une approche et fera preuve d’ouverture et créativité pour explorer des modes démocratiques alternatifs. L’article « Antidote aux paralytiques » souligne ces failles et démontre l’importance d’une capacité d’adaptation (http://www.vigile.net/Antidote-aux-paralytiques). À quel point un parti est enfermé ou non dans l’étapisme joue aujourd’hui un rôle clef dans son efficacité. Un parti qui ignore l’expérience passée est voué à recréer ses échecs. L’adversaire a apparemment réussi à associer référendum et malaise chez l’électeur, et en prétendant que souveraineté est indissociable de référendum, il associe par ricochet souveraineté et malaise.

Ensuite vient l’erreur de miser presque exclusivement sur le vote francophone. Étant de nature civique, le mouvement doit faire l’effort de décliner son message avec la même vigueur et sincérité peu importe l’historique de vote passé d’un sous-groupe de citoyens. Si chaque vote compte, les bénéfices additionnels d’un vote anglophone ou néo québécois gagné au parti valent beaucoup plus stratégiquement que ceux d’un vote francophone. Plus un parti réussit à diversifier ses appuis et piger dans les appuis pris pour acquis par l’adversaire, plus son message prend de la force. Une organisation souverainiste efficace saura assigner une stratégie et des ressources spécifiquement à ce but.

Finalement vient le faux pas de présenter ouvertement le mouvement comme celui du cheminement d’une ethnie. Bien qu’il puise à son cœur sur le cheminement historique d’un peuple, le mouvement doit demeurer essentiellement civique et être dirigé pour l’intérêt collectif de tous ses citoyens. L’ère politiquement correcte du moment fait en sorte que souligner trop explicitement quelconque cheminement historique d’un peuple peut faire perdre autant de vote qu’en gagner et donc demeure un apport stratégique nul.

Le succès d’un parti tient à éviter la marginalisation qui vient avec l’accumulation de ces erreurs. C’est par un exercice de notation approximatif sur ces principes que les failles et divisions des différents partis émergent.

Centriste
ON : C ...... PQ : B ...... QS : D ...... BQ : B

Souverainiste au fédéral
ON : A ...... PQ : A ...... QS : D ...... BQ : A

Créatif sur la méthode
ON : A ...... PQ : C ...... QS : C ...... BQ : C

Décline son message
ON : B+ ...... PQ : C ...... QS : B+ ...... BQ : B

Emphase sur nature civique
ON : A ...... PQ : A- ...... QS : A ...... BQ : A

Aucun parti ne répond réellement pleinement aux cinq critères. QS et ON faiblissent sur le principe centriste par une diversion trop grande vers la gauche, et le PQ par ses récentes propositions socioculturelles prématures. Quant au principe d’une stratégie fédérale cohérente, QS échoue par son appui au NPD. Quant à la méthode, seul ON semble tenter se démarquer. La déclinaison du message demeure sous-performante pour tous. QS tend à s’éloigner le plus d’un chemin commun. Les forces de ON répondent en partie aux failles du PQ et vice-versa, ce qui suggère qu’un véhicule politique hybride alliant les meilleures idées de chacun se rapprocherait le plus d’un parti à succès.

Commentaires

  • Gaston Carmichael, 25 avril 2014 17h50

    @M.Charlebois :

    J’ai particulièrement apprécié ce texte auquel vous vous référez : Antidote aux paralytiques

    Écrit en mai 2011, votre texte est plus que jamais d’actualité. Un petit bijou.

    L’élection de mai 2014 est venu confirmé à quel point vous avez vu juste, il y a trois ans déja !

    Je me permet de citer cet extrait qui résume parfaitement votre texte :

    « Avant le prochain scrutin, il doit signaler aux médias du monde entier que s’il remporte une majorité de sièges et une majorité de vote populaire, il soumettra en vote libre à l’Assemblée Nationale un projet de loi déclarant la souveraineté politique du Québec, l’adoption d’une constitution et la création d’une citoyenneté.

    L’idée est présente depuis le début (Bourgault, Ferretti, D’Allemagne et cie) - elle a été mise de côté et sous-représentée trop longtemps.

    Les « référendiens » qui s’y opposent doivent être amenés à défendre leur approche, à cesser de prendre pour acquis qu’elle est la seule valable, à prouver aux partisans qu’ils ont appris quelque chose de la défaite et à expliquer comment ils comptent adapter la stratégie pour une victoire. Leurs arguments gagnent à être adressés un à un et testés contre l’option alternative. »

  • Gaston Carmichael, 25 avril 2014 16h11

    @Mme Leclerc :
    « Les francophones déterminent toujours le résultat des élections,... »

    C’est effectivement vrai... à condition qu’ils aillent voter.

    Ce que Mme Durand signale, c’est que les non-francophones ont votés massivement, et je cite : « L’élection de 2014 se caractérise par un retour à un vote presque homogène en faveur du PLQ chez les non-francophones.  »

    Si la vaste majorité des non-francophones se sont exprimés, on ne peut que conclure que la majorité de ceux qui se sont abstenus (28%) sont des francophones. C’est donc sur cette clientèle qu’il convient de travailler. Parce que pour les autres, leur opinion est coulé dans le béton.

  • Diane Leclerc, 25 avril 2014 11h46

    M. Carmichael, je viens de lire le texte de Mme Durand et je dois dire que sa conclusion n’est pas tout à fait celle que vous avez dite.

    En effet, je la cite : « Les francophones déterminent toujours le résultat des élections, mais le vote des non-francophones, qui constituent plus du tiers de la population de la grande région de Montréal, peut de moins en moins être négligé. »

    Je crois, comme elle et M. Charlebois, que cette part de l’électorat doit être prise en compte, malgré la lourdeur et la quasi-impossibilité de la tâche.

    L’avenir du Québec importe à une grande partie des immigrants comme à nous. Il nous faut donc trouver les moyens de leur faire partager notre rêve. Je ne peux pas croire que ce soit impossible.

  • Gaston Carmichael, 25 avril 2014 09h09

    Excellente analyse, M. Charlebois.

    Toutefois, j’ai un bémol lorsque que écrivez : « Ensuite vient l’erreur de miser presque exclusivement sur le vote francophone. Étant de nature civique, le mouvement doit faire l’effort de décliner son message avec la même vigueur et sincérité peu importe l’historique de vote passé d’un sous-groupe de citoyens. »

    Je vous cite ci-après trois analyses qui disent essentiellement que les non-francophones sont un bassin de voteurs irrémédiablement perdu pour la cause indépendantiste. Qu’est qui vous incite à avoir encore un peu d’optimisme envers cet électorat ?

    - Pierre Serré, L’Action Nationale

    - Claire Durand, La Presse

    - Pierre Allard, éditorialiste, Le Droit

    Selon ces analyses, il vaudrait mieux de mettre tous nos efforts vers l’électorat francophone. Le retour sur l’investissement envers l’électorat non-francophone serait minable.

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