«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

INDÉPENDANCE POLITIQUE DU QUÉBEC 448

Histoire « nationale » du Québec

Quel rôle l’État du Québec peut-il jouer ?

Chronique de Bruno Deshaies
mardi 10 mai 2016
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INDÉPENDANCE POLITIQUE DU QUÉBEC 448

HISTOIRE « nationale » DU QUÉBEC
Quel rôle l’État du Québec peut-il jouer ?

Chronique de Bruno Deshaies, 10 mai 2016

Au moment où nous avons appris le départ canon de Pierre Karl Péladeau de toutes ses fonctions politiques, cette chronique était en cours de rédaction depuis quelques semaines. Nous croyons malgré tout qu’elle demeure complètement d’actualité. Monsieur Péladeau avait conscience que son action devait se développer sur deux fronts : un premier front, celui de l’action politique incontournable et, un deuxième, celui d’une réflexion sur la réalisation de son désir d’indépendance politique. En s’inscrivant dans le milieu politique, il a créé des espoirs et une bouffée d’air frais qui ne devraient pas se tarir. En effet, il a décidé après ce départ inopiné de prêter à l’Institut de recherche sur l’autodétermination des peuples et les indépendances nationales (IRAI) des ressources financières pour qu’il puisse se mettre en marche. (C’est une idée que j’ai défendue depuis une quinzaine d’années (1). La présente chronique se situe dans le prolongement de la Chronique 447 du 18 avril. Sur cette tempête inédite, le moment est venu d’exercer son esprit critique sur le flot des discours qui traite de « la question nationale » – cette expression éculée qui ne dit pas exactement l’intention de l’indépendance politique du Québec. La documentation considérable que nous mettons en lumière dans cette chronique nous montre que nous ne pourrons pas en demeurer indéfiniment à nous ausculter dans le menu détail et se satisfaire de décrire dans toutes les directions l’état du Québec. Il faut faire le bilan critique de notre pensée politique dans l’optique indépendantiste et s’atteler à la tâche de conquérir le public sur le bien-fondé des avantages nationaux d’être indépendant collectivement. Pour l’être véritablement, il faut que l’agir (par soi) collectif exprimé par tous ses membres lui permette efficacement de faire face eux-mêmes aux problèmes de la vie nationale tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Cette condition est nécessaire pour s’assurer la maîtrise de sa vie politique, économique et culturelle selon ses propres finalités d’où le rôle considérable qui doit être attribué à l’État pour réglementer, soutenir, corriger, défendre la vie collective nationale des Québécois.

Winston Churchill
« Plus vous saurez regarder loin dans le passé,
plus vous verrez loin dans le futur. »

Tout l’agir humain est du domaine de l’histoire. Car il s’agit de l’histoire avec un grand H, c’est-à-dire de toutes les sortes d’activités humaines passées. Entreprendre de comprendre l’histoire du Québec, c’est accepter de remonter jusqu’à ses origines en Nouvelle-France et suivre son parcours historique en Amérique du Nord de 1534 à nos jours. « Regarder loin dans le passé » n’est pas une fantaisie de la recherche, car il existe des ancrages qui pèsent lourdement sur le présent. Le présent n’échappe pas au temps historique qui relève de l’avant et de l’après, c’est un continuum.

Malgré le Passé vécu, il existe quand même toute cette réalité mystérieuse de l’intervention de l’intelligence et de la volonté de l’être humain, c’est-à-dire de voir « plus … loin dans le futur ». Toutefois, il faut des forces latentes existantes pour justifier un redressement de situation. Est-ce possible que l’intelligence et la volonté, à un moment donné, puissent mettre les ardeurs en œuvre par la parole, au gré de la fantaisie, en un rien de temps, sans tenir compte de la nature et des forces présentes ? Comment peut-on être sûr d’être capable de modifier jusqu’à un certain point le cours des événements ? Dans ce cas de figure, les politiques surtout auront à apprendre à savoir « regarder loin dans le passé » pour s’assurer de voir « loin dans le futur » sachant que c’est dans le présent qu’ils agissent, donc qu’ils doivent reconnaître pour l’action les exigences de la tactique tout en sachant ce que sait que l’indépendance. En outre, ils auront à admettre que la vérité se révélera plus profitable pour faciliter l’action immédiate et lointaine. Cette vision créatrice les rendra plus lucides.

Notre histoire du Québec se divise en deux grandes périodes : un Premier Canada, avant 1760, et un Deuxième Canada, après 1763. Le premier pays a d’abord été celui des colons Français (canadiens) ou Canadiens (français) et Canadiens tout court (les « canayens »). Après 1763, ce sera le début du Canada britannique. « Désormais, écrit l’historien Maurice Séguin, le territoire canadien est ouvert à une nouvelle colonisation. […] Le Canada français ne sera plus seul. » Les « Canadiens » connaîtront une nouvelle aventure historique sous une autre forme de colonisation. Dans ce deuxième pays (britannique) où ils deviennent graduellement des canadiens-français (de souche ou d’adoption) avec toutes les caractéristiques d’une nation au sens général et sociologique du terme. Comme société, ils forment un tout complexe, un réseau d’habitudes (expérience, initiative), de traditions, de capitaux, de techniques politiques, sociaux, économiques et culturels, bref une entité socio-politique avec des valeurs communes. L’histoire a voulu que le Canada-Français persiste dans le temps mais en subordination sur place en tant que nation annexée. Leur autonomie partielle de 1867 ne leur redonne pas les pouvoirs et les droits qu’ils possédaient avant 1760. L’État local de la Province de Québec est un État fédéré avec des compétences politiques limitées. Ce constat est indéniable.

I.- L’ÉTAT DU QUÉBEC

Comment les Québécois et les Québécoises peuvent-ils entrevoir le Futur ? Ce serait donc la troisième période de notre histoire. Celle-là est cruciale, car elle vise la désannexion de la nation québécoise de la nation canadian afin d’accéder librement et collectivement au statut d’égalité de droits au plan international. Qu’est-ce à dire ?

Pour en arriver là, il faudrait que l’État du Québec, comme unité politique, ait le droit de

[a] posséder la maitrise des décisions à prendre et de leur exécution à son propre niveau national ;
[b] décider de se soumettre ou non aux décisions majoritaires absolument contraignantes aux instances internationales ;
[c] se réserver le droit d’exécuter ou de ne pas exécuter les « ordres » suggérés par la majorité internationale.

Tel est le seuil minimum du respect de l’indépendance des nations membres de l’organisation mondiale internationale. Dans ce cas de figure, le Québec deviendrait véritablement une nation indépendante. Ce n’est pas une monomanie ou une lubie que de le dire ouvertement et publiquement. Mais il faut le dire afin que le public partage majoritairement cette vision du futur et que l’action mette les ardeurs à l’œuvre. Cependant, l’action va exiger d’éviter de se mettre dans l’impossibilité de comprendre d’une manière réaliste la complexité de la situation actuelle. Agir autrement,

– c’est s’exposer à gaspiller en pures pertes ses meilleures énergies en combattant inutilement l’inévitable (pour le moment ou pour toujours (peut-être ?) ;

– c’est diminuer ses moyens de circonscrire le mal ;

– c’est même risquer d’aggraver la situation et d’accroître les dangers de démission chez la masse, en préparant un dur et tardif réveil.

Il est donc important que l’on surmonte les tentations de découragement.

Une politique publique « nationale » surpasse en complexité toutes les politiques publiques « sociales » auxquelles se cramponnent nos chercheurs et sur lesquelles s’abandonnent nos conseillers de l’État du Québec. Il faut bien comprendre que l’ordre de grandeur du problème que pose la recherche de l’indépendance nationale du Québec affecte inévitablement les autres nations compte tenu de la finalité et du résultat attendu, voulu et défendu avec détermination.

Afin d’observer toutes les facettes de ces exigences, il existe à notre disposition des outils de connaissance sur cette vie collective qui est enracinée dans l’histoire de ce Premier Canada depuis la fondation de Québec en 1608. Il faut prendre conscience que malgré les vicissitudes de notre parcours historique, les Québécois ne cessent de continuer à rechercher cette possibilité de s’émanciper. La première étape à franchir serait de faire accepter par une majorité démocratique au Québec que l’émancipation nous permettrait d’agir par nous-même collectivement et librement.

Avant de parler d’autodétermination et de referendum, il serait préférable de prendre conscience de ce que nous sommes, des moyens dont nous disposons et, surtout, d’apprendre à faire accepter par le public cette vision du futur. Les indépendantistes doivent sortir de l’esprit de « l’entre soi et les autres » (2). Ils ont l’obligation de se mettre à l’écoute de d’autres points de vue qui préoccupent les indépendantistes sincères et honnêtes. Les tours d’ivoire du mouvement indépendantiste nuisent au développement de l’idée indépendantiste par leur relégation. Le Parti québécois et les organismes qui orbitent autour de la souveraineté du Québec devraient concentrer leur énergie sur l’optique indépendantiste surtout quand il s’agit d’un cas de figure entre fédéralisme vs nationalités. http://www.rond-point.qc.ca/rond-point/histoire/seguin/sociologie-du-national-federalisme-et-nationalites-6/ Les indépendantistes ont le devoir de démasquer et de démystifier le fédéralisme en tant que solution-magique dans les rapports entre les nations. Car il n’y a pas d’objection dirimante quant aux relations entre l’indépendance et l’interdépendance.

Étant donné que les Québécois veulent échanger dans le monde, ils ne devraient pas craindre les répercussions de la vie internationale (extérieure) sur la vie nationale (intérieure). Il est même souhaitable de rechercher le plus possible les contacts extérieurs, afin d’enrichir sa vie intérieure. Une grande partie des relations extérieures seront surtout des défis stimulants qui provoqueront des progrès (politiques, économiques, culturels) intérieurs. La contrepartie exige pour une nation souveraine un rôle considérable de l’État pour réglementer, soutenir, corriger, défendre la vie collective nationale. L’État du Québec actuel possède certains atouts qu’une bonne étude de ce que nous sommes pourrait nous révéler.

Essayons de savoir ce que nous sommes.

II.- INSTITUT DE LA STATISTIQUE DU QUÉBEC (ISQ)

L’« Inventaire des annuaires 1914-2002 » de l’État du Québec nous offre un tableau impressionnant de l’évolution d’une société ou d’une nation en marche. Cette société canadienne-française a ses caractéristiques propres et uniques (comme n’importe quelle autre société dans le monde). La « Table des matières 1966-1967 » de l’Annuaire du Québec illustre l’amplitude des données concrètes de la dynamique (intégrale) interne des forces et des facteurs qui marquent les activités globales de la vie collective de la société québécoise.

PARTIE I Milieu physique (aspect spatial)
PARTIE II Milieu humain (gouvernement, population, citoyenneté, état civil, santé, instruction, etc.)
PARTIE III Les ressources de l’économie québécoise
A.- Ressources humaines
B.- Aménagement du territoire
C.- Ressources primaires (agriculture et colonisation, forêt, pêche et chasse, mines)
D.- Ressources du secteur secondaire (énergie et combustible, production industrielle, etc.)
PARTIE IV Les échanges (transport et communication, commerce)
PARTIE V Finances (commerciales, publiques, assurances, conjonctures et comptes nationaux)
Aperçu chronologique de l’histoire politique du Québec, 1867-1967 (p. 859-862)
Deux articles spéciaux :
Le Canada français : son évolution historique par M. Jean Hamelin, pages 1-49 (version anglaise disponible)
Le Québec à l’Expo 67, pages 81-94

Cet aperçu montre clairement ce que peut faire une société organisée quand elle se prend en main. L’État du Québec possède les caractéristiques de n’importe quelle autre société, sauf qu’il lui échappe la souveraineté complète et la jouissance de la reconnaissance juridique internationale. Le « status » de province prive l’État du Québec des grands pouvoirs d’un véritable État indépendant.

Il ne faut pas se faire d’illusions. L’État du Québec est un demi-État provincial. Toutefois, la nation québécoise française ne possède pas moins de moyens et de ressources pour vivre autrement si elle devenait indépendante. Dans cette veine, nous possédons déjà des inventaires qui nous permettraient de prendre confiance en nous-même sans chercher à dépendre d’un autre qui agit à notre place. C’est pourquoi nous avons cherché des sources d’information qui peuvent nous aider à comprendre que nous disposons d’un substratum d’organisation de notre vie collective nationale suffisamment développé pour croire que la vision indépendantiste est enviable et qu’elle devrait être convoitée.

Inventaire statistique

L’Annuaire du Québec publié par l’État du Québec a pris diverses formes de présentation au cours de son évolution comme outil statistique. En 2013, ce fut le 100e anniversaire de cette constitution du « patrimoine statistique du Québec ». (Gouvernement du Québec, « Déjà 100 ans à construire le patrimoine statistique du Québec. » Cf. http://www.stat.gouv.qc.ca/100ans.htm) Cette expérience mérite notre attention en vue d’une meilleure connaissance de l’évolution politique, économique, sociale et culturelle de la société québécoise en transformation. Ces données font partie de notre histoire collective comme nation québécoise.

À titre d’illustration, voici la liste des articles et des collaborateurs de l’Annuaire de 1915.

État du Québec Annuaire 1915 Secrétariat provincial, Bureau des Statistiques

Articles publiés :

• La colonisation dans la province de Québec sous la domination française (1608)-1760),
par l’abbé Ivanhoë Caron, pages 17-101
• Organisation politique, municipale, scolaire judiciaire et ecclésiastique de la province
de Québec, par C.-J. Magnan, pages 205-224
• Origine de la propriété privée, par J. Bouffard, pages 253-266
• Secrétariat provincial, Bureau des Statistiques 1915 La Société Saint-Vincent-de-Paul, par
C.-J. Magnan, pages 384-393
• Notes historiques concernant l’agriculture, par Henri Nagant, pages 413-419

Depuis cent ans du Bureau des Statistiques du Secrétariat provincial, l’organisme gouvernemental est devenu l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) au service de l’État du Québec et de la société québécoise ainsi que pour ses institutions publiques et privées et de sa population.

L’Institut de la statistique du Québec a été institué par une loi adoptée par l’Assemblée nationale du Québec le 19 juin 1998. http://www.stat.gouv.qc.ca/institut/

Note sur l’évolution des publications sur les statistiques de l’État du Québec

La première publication remonte à 1914. Après 1979-1980, la publication de l’annuaire ne se faisait plus annuellement. Toutefois, elle se poursuivit jusqu’en 2002. Ce fut la dernière année de publication de la version papier. Puis la mise en ligne des statistiques débute en 2008 ; mais, en 2014, ce fut la fin des parutions annuelles, puisque le site Internet de l’ISQ en ligne devient de plus en plus complet et que la publication sous la présentation antérieure n’avait plus vraiment sa raison d’être (cf. le Plan du site actuel). http://www.stat.gouv.qc.ca/plan-site.html

Inventaire de la documentation disponible
1. Inventaire des annuaires.1914-2002 Inventaire statistique du Québec
2. Nouveau Québec-biblio.1964-1965 Bibliographie sur le Nouveau Québec
3. Table des matières 1966-1967 Information sur le contenu de l’annuaire
4. Liste des collaborateurs Articles spéciaux (inclus supra dans no 1)
5. Liste des collaborateurs.1972 Autres articles spéciaux
6. Liste des collaborateurs.1973 Autres articles spéciaux
7. Liste des collaborateurs.1974-A et 1974-B Autres articles spéciaux
8. Liste des collaborateurs.1975-1976-A et 1975-1976-B Autres articles spéciaux
9. Liste des collaborateurs.1977-1978-A et 1977-1978-B Autres articles spéciaux
10.Institut de la statistique du Québec L.R.Q., c. I-13.011), adoptée en juin 1998 http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=//I_13_011/I13_011.htm
11. Plan stratégique 2009-2014 http://www.stat.gouv.qc.ca/institut/plan-strategique.html
12. « Population selon la langue maternelle 2011 ». Dans Le Québec chiffres en main. Institut de la statistique du Québec. Édition 2016, page 14. Voir « Éditions antérieures » et dans la fenêtre « Choisir » : sélectionner 2011.

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