«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Une honte nationale pour le Canada

ISRAËL

Harper chahuté à la Knesset

mardi 21 janvier 2014

Ottawa — Au deuxième jour de sa visite officielle en Israël, le premier ministre du Canada, Stephen Harper, s’est fait offrir symboliquement les clés de la Knesset, devenant le premier dirigeant étranger à recevoir un tel honneur, mais son discours de vingt minutes ne s’est pas déroulé comme prévu. Deux députés arabes l’ont bruyamment invectivé et ont quitté le Parlement israélien pour protester contre l’adéquation qu’il venait d’établir entre critique d’Israël et antisémitisme.

Selon M. Harper, un « relativisme moral » permet ces jours-ci « la mutation de la vieille maladie qu’est l’antisémitisme et l’émergence d’une nouvelle souche », celle-ci enrobée « d’un langage plus sophistiqué ». « Les gens qui n’oseraient jamais dire qu’ils haïssent les Juifs et les blâment pour leurs propres échecs et les problèmes du monde déclarent plutôt leur haine d’Israël et blâment le seul État juif comme responsable des problèmes du Moyen-Orient. » Ce mal, selon Stephen Harper, culmine lorsque des gens « traitent ouvertement Israël d’État apartheid ».

Ce passage du discours de M. Harper était de trop pour les députés Ahmad Tibi et Talab Abu Arar, deux des quatre élus du parti Ra’am-Ta’al-Mada que compte la Knesset. Les deux hommes ont crié en arabe tandis que M. Harper, déstabilisé, a poursuivi son discours. Ils ont fini par quitter la pièce. Notons qu’Ahmad Tibi avait aussi crié pendant le discours du premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, qui a précédé celui de M. Harper. M. Nétanyahou s’était d’ailleurs retourné vers son hôte canadien pour lui dire que c’était là une preuve que la démocratie israélienne se portait bien.

« Ils peuvent se lever, parler, crier, irriter, a-t-il lancé en boutade. Mais ils ne peuvent pas faire cela à Damas. C’est seulement en Israël qu’ils ont cette liberté. D’ailleurs, nos amis, des Israéliens arabes, ne veulent pas quitter Israël. »

Selon le professeur Rachad Antonius, il faut bien se garder de voir en ces deux personnes des têtes brûlées qui cherchent le scandale. « M. Tibi est en politique depuis longtemps », rappelle le sociologue de l’UQAM spécialisé dans la question du Moyen-Orient. « Il faut faire beaucoup de compromis pour faire partie du système politique israélien. Ce sont des gens qui traitent quotidiennement avec le Likoud. Ils peuvent en prendre, quoi ! Mais Harper est allé à un extrême intolérable. » La population israélienne (en territoire non contesté) est composée d’environ 20 % d’Arabes, et certains « acceptent de jouer le jeu », explique M. Antonius, en prenant part aux institutions de l’État juif.

Dans son discours, M. Harper a indiqué que « le Canada appuie sans équivoque le droit d’Israël à se défendre, tout comme il appuie depuis longtemps un avenir juste et sûr pour le peuple palestinien. » Puis, M. Harper a laissé entendre que la responsabilité de la création d’un État palestinien reposait uniquement sur les épaules de cette communauté. « Je partage l’espoir sincère d’Israël que le peuple palestinien et ses dirigeants choisissent un État palestinien viable, démocratique, engagé à vivre en paix aux côtés de l’État juif d’Israël. »

À plusieurs moments de son discours, M. Harper a indiqué qu’il était possible de critiquer Israël : « Aucun État n’est à l’abri de questions légitimes ou de critiques », ou encore « Aucune nation n’est parfaite ». Mais jamais n’a-t-il exprimé une de ces critiques. Lors de sa visite plus tôt dans la journée à Ramallah, il avait déclaré aux journalistes qu’il n’avait « aucune intention pendant ce voyage de critiquer de façon isolée l’État d’Israël ». Il n’a pas voulu utiliser les mots « colonies » ou « colonisation ». M. Harper a profité de son passage pour annoncer une aide de 66 millions de dollars à la Palestine. L’aide canadienne précédente s’élevait à 300 millions sur cinq ans.

Juifs et opposés

Ici au pays, le groupe Independent Jewish Voices a aussi émis de sérieuses réserves à propos du discours de M. Harper. « C’est extrêmement dérangeant de dire que la critique de l’État équivaut à la haine d’un peuple, car il dit que le peuple juif est la même chose que l’État juif. Or, il se trouve de plus en plus de Juifs à travers le monde qui s’opposent aux politiques d’Israël », lance le porte-parole du groupe, Tyler Levitan.

Selon M. Levitan, tout ce voyage vise à plaire à la communauté juive du Canada et à la base électorale évangélique de Stephen Harper. Les évangéliques purs et durs souhaitent que le territoire d’Israël, où doit revenir le Christ sur terre, reste sous contrôle juif d’ici là. « L’hypocrisie, c’est qu’il y a un relent antisémite à cette théorie qui dit que quand le Christ reviendra, les Juifs devront se convertir ou partir… »

La délégation de 237 personnes accompagnant M. Harper au Moyen-Orient comprend d’ailleurs 21 rabbins et des représentants de six groupes chrétiens évangéliques, dont le Trinity Bible Church, le groupe médiatique Crossroads Christian Communications et l’Assemblée de la pentecôte du Canada. Leurs frais d’hébergement à tous sont assumés par le gouvernement canadien.


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