«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Géopolitique du golfe du Saint-Laurent

Tribune libre de Vigile
mercredi 10 août 2016
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En raison de ses caractéristiques intrinsèques, l’espace maritime constitue une zone d’enjeu majeur pour les États. En effet, de tous temps, les voies navigables se sont avérées les moins onéreuses pour transporter des hommes et des marchandises sur de longues distances. De plus, la mer offre de nombreuses ressources naturelles facilement exploitables qui permettent de réaliser d’importants profits à moindre coût. L’espace maritime a donc un intérêt commercial et militaire. Situé dans la partie orientale de l’Amérique du Nord, le golfe du Saint-Laurent représente une surface maritime de 226 000 km². Il forme un point de jonction entre l’océan Atlantique et le fleuve Saint-Laurent avec lequel il communique au travers de trois détroits : Belle-Isle, Cabot et Canso. Les navires qui empruntent le Saint-Laurent peuvent ensuite accéder aux Grands Lacs qui permettent de circuler loin au sein de l’espace nord-américain via des opérations de transbordement sur le Mississipi et le Missouri. Par sa position de carrefour naturel entre plusieurs voies navigables, le golfe est donc un espace stratégique pour celui qui le contrôle. Toute la question est de savoir en quoi il influence la relation entre la France, le Canada et le Québec.

Lors de la période de colonisation française de l’Amérique du nord (1534-1763), le golfe du Saint-Laurent a trois fonctions pour la France : permettre l’accès à la Nouvelle-France, défendre l’empire face aux Anglais et fournir des ressources maritimes avec les pêcheries. Les pêcheurs français et britanniques se disputent la zone car elle offre d’importantes ressources en poissons. Les corsaires anglais et espagnols utilisent le golfe à la fois pour attaquer les navires marchands et se réfugier dans les nombreuses îles qu’il comporte comme Anticosti, Mingan et Saint-Paul. En réaction, l’administration coloniale de Nouvelle-France encourage la montée en puissance de corsaires français pour pallier le sous-investissement chronique de la monarchie française dans la sécurité et la défense de son empire nord-américain. Cependant, le traité d’Utrecht affaiblit les positions françaises en Acadie, ce qui réduit la zone maritime exploitable par les pêcheurs français. En 1763, la France finit par céder la Nouvelle-France à l’Angleterre avec le traité de Paris. Toutefois, consciente de l’intérêt majeur du golfe du Saint-Laurent, elle conserve une présence en Amérique du Nord avec Saint-Pierre-et-Miquelon, un petit archipel de 242 km². Elle permet de ce fait aux pêcheurs français de continuer à exploiter une partie des très profitables ressources maritimes de la zone.

À partir de 1763, le territoire qui va devenir le Québec (en 1867) se caractérise par la présence du fleuve Saint-Laurent qui est le seul axe maritime de l’espace nord-américain à permettre de naviguer jusqu’aux Grands Lacs. Le port de Montréal acquiert une importance stratégique dès la période coloniale britannique (1763-1867. Il permet aux Anglais de mener des échanges par voie navigable, et donc à moindre coût, avec les régions des Grands Lacs mais également avec l’Europe. Le plus important port d’Europe est celui d’Amsterdam. La distance entre le port de Montréal et celui d’Amsterdam est de 3 426 miles nautiques. Celle entre New-York et Amsterdam est de 4 238 miles nautiques. Il est donc plus court et plus rentable pour un navire transocéanique de circuler entre l’Europe et l’Amérique du Nord en empruntant la route maritime du Saint-Laurent que celle de New-York. Dans cette perspective, pour les Britanniques, le golfe du Saint-Laurent devient une zone de transit incontournable pour la logistique commerciale et militaire entre l’Europe et l’Amérique du Nord. Les Anglais exploitent les ports de Québec et de Montréal pour construire un vaste empire laurentien qui leur permet de lancer une conquête de l’ouest en direction de l’Ontario. L’importance du Saint-Laurent pour la logistique britannique est telle que les États-Unis cherchent à tout prix à s’emparer du golfe pendant la guerre de 1812 pour défaire l’Angleterre en Amérique du Nord.

Avec la création du Canada en 1867, le golfe continue de susciter les convoitises. En effet, il constitue le débouché naturel pour les navires qui circulent sur le Saint-Laurent en direction des États américains et des provinces canadiennes situés dans la région des Grands Lacs. Grâce à Saint-Pierre-et-Miquelon et au droit d’exclusivité hérité du traité de 1763, la France exploite les ressources de la portion occidentale du littoral de terre-neuvien. Le gouvernement fédéral n’a alors aucun droit de regard sur les activités françaises dans le golfe du Saint-Laurent. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne cherche à perturber l’effort de guerre des Alliés en s’attaquant à la sécurité de la route maritime du Saint-Laurent au travers d’opérations sous-marines. Il s’agit d’empêcher le Canada et les États-Unis de transporter des soldats et du matériel militaire vers l’Europe. En raison de sa position de carrefour entre l’Europe et l’Amérique du Nord via le Saint-Laurent, la Belle Province est, avec l’Ontario, le principal soutien de l’effort de guerre canadien aux Alliés. Le complexe militaro-industriel de la Belle Province produit d’importantes quantités de matériel, comme des munitions, des fusils, des canons ou des chars, qui sont ensuite expédiés par navires jusqu’en Europe. Des U-Boats sillonnent donc le Saint-Laurent pour empêcher ces livraisons entre mai et octobre 1942 et entre novembre 1944 à avril 1945.

Au moment de l’entrée de Terre-Neuve dans la confédération canadienne, en 1949, le Canada devient le pays qui possède le plus long littoral du monde et le deuxième plateau continental. Il entend progressivement évincer les navires de pêche étrangers pour favoriser l’exploitation des ressources de la zone par des pêcheurs canadiens. En 1971, il établit des lignes de fermeture de pêche dans les détroits de Belle Isle et de Cabot. Les pêcheurs français ne sont néanmoins pas concernés par cette mesure. En 1986, le gouvernement canadien établit un quota de pêche de 3 000 tonnes par an jugé très insuffisant par les pêcheurs français. Les relations entre la France et le Canada se tendent entre 1986 et 1988. Les pêcheurs français mènent des actions de provocation comme des pêches illégales. Cette affaire se conclue par la fermeture des ports canadiens aux aux chalutiers français. En 1992, une nouvelle crise éclate. Au vu d’enquêtes scientifiques révélant une raréfaction de la morue, le gouvernement canadien décrète un moratoire sur la pêche de ce poisson. Cette mesure unilatérale vient une nouvelle fois perturber les pêcheurs français. Ces derniers obtiennent des autorités françaises qu’un nouvel accord soit négocié. En 1994, la France et le Canada s’entendent pour permettre la reprise partielle de la pêche française dans la zone économique exclusive canadienne et dans le golfe du Saint-Laurent. Cependant, en raison de la faiblesse de la structure de la flottille de Saint-Pierre-et-Miquelon, les Français dans l’impossibilité de pêcher leur quota. Les autorités canadiennes estiment que la question de la concurrence des pêcheurs étrangers s’en trouve réglée.

Cependant, dans le même temps, le Canada doit faire face à un problème de reconnaissance externe et interne de la souveraineté sur ses eaux territoriales. Sur le plan international, les États-Unis ne reconnaissent pas la souveraineté canadienne dans le golfe du Saint-Laurent ni dans celle des détroits du nord-ouest. Ils estiment que ces zones constituent des espaces maritimes stratégiques pour leurs intérêts commerciaux et militaires. Sur le plan interne, le Québec réclame le contrôle de la partie du golfe qui borde ses frontières. Il s’agit d’un espace fermant l’estuaire du fleuve Saint-Laurent allant de la rivière Saint-Jean au cap des Rosier en passant par l’île d’Anticosti. En 1964, le premier ministre québécois, Jean Lesage, adopte une position commune avec les provinces atlantiques réclamant la propriété des ressources du sous-sol de cette zone. Toutefois, redoutant de perdre du pouvoir face aux provinces canadiennes, l’échelon fédéral refuse de leur reconnaître une compétence exclusive dans le golfe du Saint-Laurent. En 1984, la Cour suprême du Canada déboute Terre-Neuve-et-Labrador quant à d’éventuels droits d’exploration et d’exploitation des ressources du plateau continental. La problématique du contrôle des ressources maritimes du golfe prend un nouveau tournant avec l’organisation de deux référendums successifs, en 1980 et 1995, sur l’indépendance du Québec. Bien qu’ayant échoué par deux fois, le référendum organisé par les souverainistes de la province pose la question de la délimitation du territoire national québécois incluant une mer territoriale, une zone contiguë, une zone économique exclusive et un plateau continental. L’hypothèse d’une accession à la souveraineté du Québec fait peser sur le Canada le spectre de l’établissement d’une nouvelle frontière internationale dans le golfe du Saint-Laurent aux côtés de la présence française.
De plus, même si le Québec ne réalise pas son indépendance, la question demeure de délimiter la frontière maritime entre deux provinces qui bordent le golfe. En effet, au regard de la hausse des prix du pétrole et du gaz au début du XXIe siècle, les gouvernements provinciaux sont tentés d’explorer les fonds marins pour trouver de nouveaux approvisionnements en offshore. C’est tout particulièrement le cas pour la Belle Province car celle-ci doit importer la totalité de son pétrole de l’étranger. Le 26 mars 2002, la justice canadienne confirme que les provinces n’ont pas de compétences dans les eaux territoriales du pays mais qu’elles peuvent toucher une partie des bénéfices tirés de l’exploitation des eaux relevant de la compétence de l’échelon fédéral. Le Québec se saisit alors de cet argumentaire pour faire valoir des droits historiques sur le sous-sol marin du golfe du Saint-Laurent. C’est dans ce contexte que le gouvernement provincial propose de relancer les études entamées au cours des années 1960 sur les ressources énergétiques présentes dans le golfe du Saint-Laurent. En 2002, la société d’État Hydro-Québec propose de s’associer avec l’entreprise néo-écossaise Corridor Resources Inc. pour explorer Old Harry. Ce gisement, situé à 80 km au nord-est des îles de la Madeleine, chevauche une frontière interprovinciale entre le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador. Le potentiel de réserves d’hydrocarbures dans cette région est estimé à trois milliards de barils pétrole. Cependant, le gouvernement canadien ne donne pas son accord sur le projet car il suscite de nombreuses oppositions dans la Belle Province. De nombreux groupes de pression, comme les pêcheurs, les écologistes ou encore les riverains, militent contre les dommages, de type marée noire, que pourraient causer à l’environnement. Les militants les plus actifs au Québec sont ceux des Îles-de-la-Madeleine car, en raison de la position centrale de l’île dans le golfe, ils seraient les plus à proximité des sites d’exploitation des hydrocarbures. La question reste non résolue en cette année 2016.

Pour achever cette étude, il convient d’insister sur l’idée que le golfe du Saint-Laurent constitue par essence une zone d’enjeux et d’affrontements. En effet, le transport maritime étant le moyen de déplacement des hommes et des marchandises le moins coûteux du monde, les États n’ont eu de cesse de chercher à s’approprier le golfe car celui-ci favorise leur logistique commerciale et militaire. Du XVIe siècle au XXe siècle, ils se disputent les ressources maritimes du golfe. Les enjeux entre la France et le Canada dans cette zone concernent les pêcheries qui assurent de confortables profits. Pendant les conflits internationaux, comme la guerre de 1812 ou la Seconde Guerre mondiale, les belligérants cherchent à couper la route maritime du Saint-Laurent pour mettre à mal la logistique de guerre de leur adversaire. À compter du XXIe siècle, le golfe devient une source d’intérêts et de tensions entre le Québec et le Canada pour les ressources en hydrocarbures en sous-sol du golfe. Dans cette perspective, les enjeux autour du golfe du Saint-Laurent évoluent au fil du temps mais à aucun moment cette zone n’est délaissée par l’homme car elle constitue un point de passage obligé pour les navires.


Bibliographie :

(Augéron) Mickaël, (Péret) Jacques, (Sauzeau) Thierry, Le golfe du Saint-Laurent et l’ouest français : histoire d’une relation singulière, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010, 363 pages.
(Balthazar) Louis, Le Québec dans l’espace américain, Montréal, Québec Amérique, 1999, 374 pages.
(Bélorgey) Gérard, Saint-Pierre-et-Miquelon et le droit de pêche dans l’Atlantique, Paris, La documentation française, 1993, 165 pages.
(Chabaud-Arnault) Charles, Études sur la guerre navale de 1812, Paris, Berger-Levrault, 1883, 74 pages.
(Charney) Jonathan, « Maritime jurisdiction and the Secession of States : The Case of Quebec », Vanderbilt Journal of Transnational Law, volume 25, n°3, 1992, 84 pages.
(Dorion) Henri, (Lacasse) Jean-Paul, Le Québec : un territoire incertain, Paris, Septentrion, 2011, 328 pages.
(Fleury) Christian, « Mutation des conflits d’appropriation dans le golfe du Saint-Laurent : la construction d’un espace marin canadien », Cahiers de géographie du Québec, volume 54, n°10, 2010, 14 pages.
Gouvernement du Canada, La bataille du golfe du Saint-Laurent (1942-1944), Anciens combattants, 1999, 48 pages.
(Labrecque) George, « La frontière maritime du Québec dans le golfe du Saint-Lauren », Cahier de géographie du Québec, volume 33, n°101, 35 pages.
(Lasserre) Jean-Claude, Le Saint-Laurent : grande porte de l’Amérique, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1980, 753 pages.
(Mathieu) Jacques, La Nouvelle-France : les Français en Amérique du Nord, XVIe siècle-XVIIIe siècle, Québec, Presses de l’université Laval, 1991, 254 pages.
(Nelles) H.V., Une brève histoire du Canada, Paris, Fides, 2005, 329 pages.
(Normand) France, Naviguer le Saint-Laurent à la fin du XIXe siècle, Québec, Université Laval, 1997, 283 pages.
(Parson) L. S., La gestion des pêches maritimes au Canada, NRC Research Press, 1995, 910 pages.
(Prieur) Benoît, Portrait des provinces maritimes du Canada, Paris, Ulysse, 2013, 18 pages.
(Robert) Jean-Claude, Portrait des îles de la Madeleine, Paris, Ulysse, 2012, 16 pages.
Radio-Canada, Old Harry : Québec doit tout recommencer, 11 mai 2016, 2 pages.
(Therriault) Jean-Claude, Le golfe du Saint-Laurent : petit océan ou grand estuaire ?, Ottawa, Canadian Government Publishing, 1991, 359 pages.
(White) Louise, Evaluation du milieu marin de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent, Pêche et Océan Canada, Programme d’étude des produits chimiques toxiques, 1997, 128 pages.

Commentaires

  • Ludovic MARIN, 14 août 2016 05h00

    Bonjour,

    Je publie sur Vigile des articles découlant de mes travaux de recherche dans le cadre du doctorat que je prépare sur le sujet suivant :

    "Le Québec en armes : une histoire des relations du Québec avec les États d’Amérique du Nord en matière de sécurité et de défense de 1763 à nos jours".

    Je vous remercie pour vos commentaires qui permettent d’alimenter la réflexion.

    Cordialement.

    M. MARIN Ludovic.

  • Jean Claude Pomerleau, 13 août 2016 13h43

    M. Marin,

    Merci pour votre contribution à Vigile sur le thème de la géopolitique.

    Cette discipline qui fait de l’État l’objet premier de son étude. Et comme la souveraineté est d’abord le changement de statut d’un État, cette discipline est donc incontournable.

    JCPomerleau

  • Ouhgo (Hugues) St-Pierre, 13 août 2016 09h11

    Monsieur Marin, vous avez le nom de l’emploi... Or, petite remarque :
    Dans des documents aussi chauds et controversés impliquant les positions presque irréconciliables entre le pays canadien et les visées autonomistes du Québec, il est coutume, de la part des stratèges québécois, d’éviter le vocabulaire "unitariste" de la fédération canadienne centralisatrice, tels que "province" et d’autant plus "la Belle Province", expression malheureuse que René Lévesque fit retirer des plaques automobiles. La remplaçante "Je me souviens" fut-elle plus heureuse ?...

  • François A. Lachapelle, 10 août 2016 22h32

    En parlant avec d’autres Québécois(ES) sur les espoirs de parvenir au Pays du Québec aussi appelé "République du Québec et Labrador", les possibilités actuelles pour le Québec apparaissent à certains comme impossibles.

    Je ne partage pas ce certain défaitisme justement à cause de la géographie physique de l’ensemble du Québec ce qui inclut le golfe du Saint-Laurent et tout ce que vous venez de nous expliquer dans votre excellent article.

    Le Canada sait très bien la signification d’une sécession du Québec. Dommage que la majorité des Québécois(ES) ne réalisent pas la position stratégique du Québec, le tout amplifié par le génie des habitants de ce territoire qui se sont ajustés à un rude climat.

    J’aime bien cette phrase de votre article, je cite : « L’hypothèse d’une accession à la souveraineté du Québec fait peser sur le Canada le spectre de l’établissement d’une nouvelle frontière internationale dans le golfe du Saint-Laurent aux côtés de la présence française. »

    La défense des frontières du Québec, les conventions obscures et d’autres à venir sur le tracé des frontières du Québec sont des sujets délicats dans le sens de l’empiétement mutuel sur des ressources et des voies de navigation.

    Qu’en pense chacun des 5 candidats dans la course à la direction du PQ ?

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