«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

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« Gênant » d’être sénateur

La crise du Sénat a été difficile à vivre pour le Québécois Claude Carignan qui revient sur les événements

samedi 11 mars

OTTAWA | Claude Carignan admet que la réputation du Sénat « en a pris pour son rhume » à la suite du scandale des dépenses des dernières années. Il avoue avoir même trouvé « gênant », par moments, de dire qu’il était sénateur. En 2013, Stephen Harper l’a nommé leader du gouvernement au Sénat pour gérer la « crise ». Il estime avoir accompli sa mission et, à la fin du mois, passera le flambeau à titre de leader de l’opposition. Le conservateur québécois de la Chambre haute revient sur cette période trouble qui a ébranlé les colonnes de l’institution.

Vous trouviez que vous aviez fait le tour du jardin dans les fonctions de « leader » au Sénat ?

« J’ai été nommé leader du gouvernement en plein milieu de la plus grosse crise existentielle au Sénat, avec les scandales des dépenses. Ç’a été une gestion extrêmement stimulante et un défi énorme. [...] On est tombé dans une période où c’est maintenant un peu plus tranquille, alors je sentais que c’était un bon moment pour quitter un poste de leadership. »

La gestion de cette crise a été un gros défi dans votre carrière ?

« Je vous dirais qu’au niveau de la gestion de crise, ç’a sûrement été le plus gros. [...] Le Sénat d’aujourd’hui, ce n’est pas le même Sénat que quand je suis arrivé comme leader. Tout est en place pour faire le travail de fond sur l’étude des projets de loi. Je pense que c’est un véhicule renouvelé. Il reste à mettre le cruise control. »

Quels changements avez-vous contribué à apporter au Sénat ?

« On a refait les règles au niveau des divulgations des dépenses, on a adopté un code d’éthique, l’un des plus sévères pour un Parlement. On a vraiment mis la barre haut. Tu peux maintenant être sanctionné. Tu ne dois pas agir de manière à porter atteinte à la dignité ou à l’honneur du travail de sénateur ou du Sénat. C’est le genre d’infractions ou d’obligations qui existent dans les codes professionnels, par exemple, des médecins ou des avocats. [...] On a donc maintenant un comité de discipline, un conseiller en éthique qui est indépendant... »

Ce scandale n’aura-t-il été, tout compte fait, qu’une tempête dans un verre d’eau ? Le sénateur Mike Duffy a obtenu gain de cause lors de son procès et les soupçons ou accusations à l’endroit de Pamela Wallin et de Patrick Brazeau sont ensuite tombés.

« Je pense qu’il y avait des règles administratives qui n’étaient pas claires. Est-ce que c’était pire avant ? [...] C’est certain que ç’a été grossi, au niveau politique, par le fait que c’étaient des sénateurs nommés par le premier ministre. C’était une façon d’atteindre le premier ministre [Stephen Harper]. Il faut ajouter, aussi, que ç’a été grossi également par ce qui s’est passé de l’autre côté, au bureau du premier ministre, par certains membres du personnel qui ont fait des erreurs pour essayer de camoufler l’histoire. Ça a grossi l’histoire et ça l’a nourrie. »

A-t-il été dur pour vous d’être sénateur durant cette crise ?

« Comme sénateur, c’était très dur, parce que notre réputation en a pris pour son rhume. Quand les gens nous parlaient, ils nous disaient : “Toi, je sais que tu es bon et que tu n’es pas comme les autres.” On se faisait tous dire ça individuellement. [...] Quand on fait du service public, on veut faire une différence dans la vie des gens, et quand, en retour, tu passes pour un malhonnête, un fraudeur, un paresseux, quelqu’un qui est complètement inutile, alors il faut que tu te refermes sur toi-même et que tu te concentres sur ton rôle, puis que tu passes par-dessus là tempête. »

Étiez-vous même gêné d’être sénateur ?

« Clairement ! Les sénateurs étaient gênés, ils l’ont souvent dit, que ce n’était pas la première chose que tu disais, que tu étais sénateur. »

Pensez-vous que la réputation du Sénat s’est améliorée aux yeux du public ?

« Je pense que ça s’est amélioré, mais c’est encore loin de ce que j’aimerais que ce soit. Les gens ne connaissent pas le rôle des sénateurs et ne connaissent pas notre importance. [...] Avant, les sénateurs ne sentaient pas le besoin de communiquer, parce qu’ils se disaient : “Moi, de toute façon, je ne suis pas élu.” [...] On est une institution publique qui dépense de l’argent public et qui adopte des lois. On doit faire connaître notre travail aux gens et rendre compte de ce qu’on fait avec leur argent. »


♦ Veuillez noter que le rapport sénatorial concluant que le sénateur Don Meredith a manqué à son code d’éthique en entretenant une relation intime avec une mineure n’avait pas été divulgué au moment de l’entrevue.

 

Le scandale du Sénat en bref

  • En 2013, les sénateurs Mike Duffy, Patrick Brazeau et Pamela Wallin se retrouvent sur la sellette au sujet de leurs dépenses jugées douteuses.
  • Le scandale se resserre autour du bureau du premier ministre lorsqu’éclate l’histoire d’un chèque personnel de plus de 90 000 $ remis par le chef de cabinet de Stephen Harper au sénateur Duffy pour qu’il rembourse ses dépenses au Sénat.
  • En avril 2016, le sénateur Duffy est blanchi des 31 chefs d’accusation de fraude, de corruption et d’abus de confiance pesant contre lui. En mai, la GRC annonce qu’elle ne portera aucune accusation contre la sénatrice Wallin. En juillet, la Couronne laisse tomber les accusations contre le sénateur Brazeau.

 


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