«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Sommes-nous en face d’un ambitieux qui a les yeux plus gros que la panse ou d’un prétentieux qui pète plus haut que son trou ?

GND, premier ministre

Gabriel Nadeau-Dubois ne « se prend pas pour une queue de cerise », entendra-t-on.

Le nouveau député de Québec solidaire a en effet soutenu dans une interview que son parti est aux portes du pouvoir et que lui-même, à 27 ans, pourrait bien être premier ministre bientôt.

Tout cela fait sourire. On peut y voir le reflet de cette assurance excessive, hors norme, qui habite les personnes faisant de la politique. Le problème avec l’élection ? Ça prend des « candidats », a déjà fait remarquer, en substance, Simone Weil. Et pour être candidat, il faut avoir le front de dire « votez pour moi ! » Ce qui est le cas d’une infime portion de la population.

Deux procédés

Cela nous permet-il d’obtenir les meilleurs gouvernants ? À cet égard, une phrase d’Alexandre Soljenitsyne m’a toujours troublé : « Tous les procédés de la bataille électorale exigent d’un homme certaines qualités, et la conduite de l’État en exige d’autres complètement différentes et qui n’ont rien de commun avec les premières. »

On peut exceller dans un débat des chefs, mais être pourri une fois qu’on accède à la tête du gouvernement. L’élection mesure davantage les qualités du premier type que du second. On pourrait évidemment rétorquer à Soljenitsyne que, pour gouverner, vaut mieux être empreint d’assurance ; et avoir de soi une idée assez favorable pour s’imaginer incarner toute une nation, ce dont les nations ont besoin.

Pari risqué...

Revenons à GND. Que peut-il dire d’autre, au fond ? Militer dans un parti, c’est faire savoir, ouvertement, qu’on veut prendre le pouvoir. Devenir chef – ou, dans son cas, co-porte-parole – c’est faire savoir qu’on postule pour l’emploi de premier ministre. Dans son interview, GND a donc simplement réitéré ce que son parcours récent indiquait. (Au fait, Manon Massé est-elle d’accord ? D’accord, c’est une autre histoire.)

S’il veut que des militants embarquent dans son navire et rament, le capitaine ne peut quand même pas dire que la destination est inatteignable.

Permettez une autre citation ? « Le chef de guerre, l’homme politique, le spéculateur, l’entrepreneur ont rarement de la conjoncture un savoir qui autorise la combinaison rigoureuse de moyens en vue de fins. Ils parient et ne peuvent pas ne pas parier », a très justement écrit Raymond Aron.

À cet égard, lorsque GND évoque le nouveau président français Emmanuel Macron, dont le parti-mouvement En marche n’existait pas il y a un an, il n’a pas tort. Macron a parié, profité de circonstances favorables... et remporté le gros lot. Tout pari comporte toutefois un risque. Les Français se sont entichés d’un extrême centriste. Non pour le type de gauche que propose Québec solidaire.

Le discours du « changement » est incontournable dans nos démocraties. Les électeurs québécois veulent-ils, en majorité, des « changements » que M. Nadeau-Dubois propose ? Assez pour faire de lui un premier ministre en 2018 ?

Je sais, la question fait sourire.


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