«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Emprise ou méprise

Fondements au report du référendum ?

Tribune libre de Vigile
vendredi 9 septembre 2016
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Une question me turlute depuis quelque temps. Elle est bien centrale et fondatrice de la stratégique de trois des quatre candidats pour la succession à PKP, soit : Lisée, Cloutier et Plamondon. Madame Ouellet étant claire sur la question.

La question est si importante que le choix du capitaine en dépend. S’il va à hue et à dia alors que j’estime qu’il faut mettre le cap sur l’indépendance influencera mon choix du capitaine. Le choix se précise entre une gouverne du demi-État et l’accession à l’indépendance du Québec. La feuille de route de l’un est totalement différente de la feuille de route de l’autre.

Quant aux styles, Lisée s’impose par sa culture et son charisme communicatif alors que Cloutier s’impose par sa convivialité de gouverne plus revendicatrice. Plamondon se fait valoir par son intégrité politique et finalement Madame Ouellet montre une fidélité et une compétence unique dans l’article-ciment du parti.
Je risque d’un côté comme de l’autre puisque le havre de départ montre deux destinations distinctes dont l’un par escale et l’autre est directe et clair.
- Lisée propose une petite gouverne de 4 ans en bateau et revenir au port. Il faut donc un autre ticket pour une destination, semble-t-il, qui serait claire.
- Cloutier veut qu’on paie le ticket maintenant pour nous dire sur son pif. Où on va seulement 6 mois avant le départ
- Plamondon fait payer le ticket et demande une pétition après le départ pour savoir où aller.
- Ouellet fait payer le ticket pour la destination claire et nette : l’indépendance.

1- LA QUESTION

La question peut se poser ainsi :
Quels sont les fondements scientifiques et historiques qui fondent la décision de reporter le référendum sur la souveraineté ?

La réponse est unanime : personne ne veut de référendum !
Les trois candidats, plusieurs des députés de l’Assemblée nationale, membres et sympathisants répondent en cœur de cette façon à la question.
La question entraîne des sous questions importantes que ce texte répond indirectement : celle du fondement de reporter un référendum d’au moins 6 ans ; celle de reporter au pif la décision vers mars 2018 ; celle de reporter après le déclenchement d’une autre élection.

Réglons cette satanée pensée que personne ne veut de référendum.
Toutes ces personnes se basent sur le seul sondage à la question du 9 octobre 2015.
64 % de citoyens ne semblent pas souhaiter un nouveau référendum (Sondage Léger-Marketing, Le Devoir, 9 octobre 2015), disent en cœur ces partisans du report.
Examinons ladite question sur le sondage :
Souhaitez-vous que le Parti Québécois tienne un référendum sur la souveraineté s’il est élu aux prochaines élections ?
Les réponses ont été :
Oui : 54% des électeurs PQ ; 26% de la population totale du Québec
Non : 38% des électeurs PQ ; 64% de la population du Québec
Ne savent pas/indécis : 8% PQ : 10% de la population totale
Ce tableau est issu d’un sondage au moment de la campagne électorale fédérale dont les libéraux étaient en progression et le niqab questionnait tout le Québec. Le centre d’attraction, cette flèche montante, Trudeau et la débandade de Mulcair occupaient nos esprits à 15 jours de l’élection générale.
Que peut-on conclure du tableau paru dans le devoir sans texte ou explication ?
Rien de certain qui s’impose. Je dirais même que l’ambiguïté de la question prime sur toutes conclusions politiques à tirer.
En premier, la question est double. Souhaitez-vous … un référendum ? et Souhaitez-vous….sur la souveraineté ?
Elle intervient au niveau de la forme et du fond. Cette question ainsi posée fait l’intermédiaire entre « Voulez-vous que le Québec soit souverain » et « Voulez-vous que le Québec fasse un référendum ».
La question pose aussi la difficulté de la réponse qui sur le référendum devient en comparaison des questions telles :

Qui veut des examens ? Et qui veut le diplôme ?
Qui veut une élection ? Et, qui veut une bonne gouverne ?
Qui veut travailler dur et en arracher 4 ans ? Et, qui veut la médaille d’or ?
Qui veut mourir ? Et, qui veut aller au ciel ?
Qui veut un référendum ? Et, qui veut être maître de son destin ?
Qui veut un référendum sur la souveraineté ? Et, qui veut faire du Québec un pays.
À chacune des premières questions tout le monde répond « non » naturellement. Et à la deuxième question, on répond « oui ». Sauf à la dernière qui marque un effort pour faire la sécession.
Je conclus cette partie d’analyse que la question comporte un vice de forme. Ceux qui répondent non à la question de fond et ceux qui répondent non à la tenue d’un référendum sont mêlés inextricablement par la question posée. Elle met aussi en lumière la difficulté et les situations paradoxales. Or, nous savons qu’un sondage n’est qu’une approximation, une photo d’un moment choisi et donne qu’une indication. A fortiori la décision nuancée quant à elle doit être de sagesse.

2 QUI A INTÉRÊT À POSER CETTE AFFIRMATION ?

2.1 Argument clairement fédéraliste
Alors, qui a intérêt à promouvoir que « ’il ne faut pas de référendum » et que c’est de l’obsession à tout crin ? Les fédéralistes, pardieu ! Ils n’en veulent aucunement puisque cela les embête. Ils ne veulent rien en savoir. Ils contrôlent subtilement la plupart des médias qui touchent les intellectuels, décideurs et analystes. Radio-Canada a ses obligations multiculturelles et de fédéralismes accomplis avec ses antennes partout et nombreuses. L’obsession référendaire ou le refus du référendum souvent cités par ces bonnes gens qui se fient au seul sondage et souvent à leur pif.
Si vous êtes un fédéraliste, vous ne voulez même pas en entendre parler comme dit dans les coulisses du pouvoir (1) lors du « Renvoi sur la sécession du Québec » en 1998 devant la Cour suprême. Le Canada n’aime pas soulever de ces questions difficiles comme le font le peuple américain.
Si vous êtes fédéralistes, vous ne répondrez jamais oui à la question de vouloir un référendum et encore moins sur la souveraineté.
En fait, le camp du non, non seulement questionne la question, mais n’en veut pas et répondra toujours non. Alors ledit sondage sur ladite question augmente son négativisme d’au moins à 50%. Les sondages sur les intentions de vote sur la souveraineté sont bon an, mal an à 40% pour le oui. Alors vous avez ici votre réponse, sur 64% de non à ladite question. Pour clore ici, il y a 10 % d’indécis pour boucler ce qu’il fallait démontrer.

2.2 Conséquences des arguments de défaitisme post 1995
Depuis le référendum volé par l’argent et les Anglos/fédéralistes, le camp du non est passé du « love in » à « tough love ». Toutes les portes sont fermées et le Québec est ignoré sinon en pénitence. La loi 101 n’opère plus à force d’être butée. Le multiculturalisme impose sa loi au point que les cris s’essoufflent. Le PQ se la ferme. Depuis vingt ans, les indépendantistes ont connu l’hiver de ne rien faire pour bâtir un pays. Si personne en tête n’a le courage de ses convictions, qui les aura ? Le courage de ses convictions, c’est assumer la poursuite de l’indépendance comme une préoccupation dans le moyen et l’action. Nommez-moi quelques actions faites depuis 20 ans qui soient dans cette finalité de couper le cordon ombilical des plus néfastes avec le pseudo-fédéralisme ? Que de soumissions !
2.3 Course à chefferie horrrribilis
Certains candidats n’en veulent même plus de l’indépendance dans le seul mandat électoral à venir. Sur des bases fragiles, ils se pavanent devant les membres qui, du même sondage incertain voulaient ce foutu référendum à 54%. Le dernier sondage Léger-JDM Marketing indique une dégringolade parmi les plus fulgurantes dans l’histoire du PQ, et rejoint ceux des années 1980. La population du Québec voterait à 36% oui. Et, 45% de ces sympathisants souhaiteraient un référendum rapidement.
L’impact des candidats qui vont à hue et à dia, supposé être des leaders et capitaines font que la souveraineté y va aussi.

3 LADITE QUESTION DU REPORT

De cette analyse, que peut-on conclure !
Je serais porté à croire que
• même s’il y a fluctuation il n’en reste pas moins que 2 millions de personnes sont encore prêtes à voter oui.
• Il est faux de prétendre, par référence à ce sondage, que personne ne veut de référendum.
• Que ce sondage comporte des ambiguïtés non seulement dans la question, mais aussi dans les réponses.

La science demeurera toujours un atout pour prendre les décisions importantes. Sans réinventer le bouton à quatre trous, Il n’en reste pas moins que cette démonstration de la faiblesse de la position énoncée, donne ouverture et met en lumière tout le courage et la détermination de la position politique prônée par Martine Ouellet. Une bonne idée, c’est toujours une bonne idée.

En conclusion, il est donc aventureux de reporter le référendum sur la foi de ce sondage. Il serait souhaitable que les candidats révisent leurs fondements à reporter le référendum. Sans motifs valables ils pourraient faire éclater le parti.
De plus, si tel est le cas, l’argument de reporter le référendum, un argument du camp du non serait dans les rangs du camp du oui. Ce qui représenterait un envahissement, une usurpation, une emprise, sinon une méprise sans précédent dans et sur le parti.

Commentaires

  • Blondin Michel, 9 septembre 2016 15h56

    Ajout de précisions sur les résultats de sondages.

    Les sondages, année après année, montrent des résultats qui expriment bien le vide de réalisations et d’actions pour bâtir le pays.

    Le Parti Québécois n’a pas fait acte de bâtir le pays depuis belle lurette. Il s’est plutôt contenté de la gouverne avec ses effets pervers sur le chantier de l’indépendance. Ces sondages mesurent donc l’inaction du parti à ce sujet et décalent les intentions sur la souveraineté et sa crédibilité entière.

    Le Parti Québécois est perçu comme unipolaire dans ses intentions, son programme, mais, bipolaire par nécessité du moyen. L’un doit céder à l’autre. La gouverne et l’indépendance quand elles ne sont pas la gouverne pour l’indépendance se pervertissent mutuellement et ne peuvent que péricliter mutuellement. Ils créent ainsi des effets de divergences et de dichotomies néfastes aux yeux de la population.

    Intention de vote sur la souveraineté (colligée de Léger Marketing) :

    INTENTION DE VOTE
    SOUVERAINETÉ
    AN OUI
    1989 47,0%
    1990 60,0%
    1991 64,0%
    1992 62,0%
    1993 54,0%
    1994 53,0%
    1995 51,0%
    1996 49,7%
    1997 54,1%
    1998 55,6%
    1999 53,9%
    2000 56,9%
    2001 56,6%
    2002 58,0%
    2003 40,0%
    2004 49,0%
    2005 54,0%
    2006 43,0%
    2007 39,0%
    2008 42,0%
    2009 41,0%
    2010 42,0%
    2011 41,0%
    2012 43,0%
    2013 37,0%
    2014 38,0%
    2015 38,0%

  • François Ricard, 9 septembre 2016 15h41

    Pour la deuxième fois, cette semaine, nous sommes à même de lire que le report du référendum signifierait l’éclatement du parti. Pourquoi ? Est-ce que la tenue d’un référendum, dont les résultats sont plus qu’aléatoires, est plus importante que l’indépendance ?
    Et puis cette question ne relève-t-elle pas des membres plutôt que des élus, de l’establishment du parti, du chef même ? Les membres sont-ils des moutons qui doivent suivre le chef à la baguette ?
    Lors de la défaite du PQ en 2014, bien des membres exigeaient un congrès pour refonder le PQ. Les autorités en place ont préféré passer au couronnement d’un nouveau chef.
    Nous aurons un congrès en 2017. C’est inscrit. Décidé. Et croyez bien que si ce congrès est reporté, les membres n’accepteront pas.
    Les membres vont décider des orientations du PQ et le chef devra en respecter la nature ou démissionner. Tous les candidats devraient immédiatement s,engager à respecter cette volonté des membres, volonté qui sera connue l’an prochain.
    Il n’appartient pas aux candidats à la chefferie de décider pour les membres. Nous ne sommes ni au PLQ ni à la CAQ pour accepter pareille tutelle.

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