«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

L’interminable crise qui commence.

Finies les pensions ; on devra travailler aussi longtemps que possible !

Fini le rêve d’exploiter les immigrants et les plus jeunes !

Tribune libre de Vigile
samedi 6 septembre 2014
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Tous les calculs de nos politiciens, de nos commentateurs et, en fait, de la population en général sont basés – et c’est normal – sur les petites évolutions pépères auxquelles nous avons été habitués depuis la deuxième Guerre mondiale. Or, tout cela va changer brutalement quand l’immense crise économique qui s’en vient aura produit tous ses effets.

La crise en question est absolument inévitable et restera insoluble pour la simple et bonne raison qu’elle a une origine environnementale. Nous sommes tout simplement devenus trop nombreux sur la planète pour les ressources disponibles. Nos environnements planétaires étaient déjà gravement malades dans les années soixante quand moins d’un milliard de riches polluaient ; on imagine ce que ce sera quand, très bientôt, dix milliards de consommateurs pressés déverseront chaque année des milliards de tonnes de déchets toxiques dans des environnements en déclin ultrarapide.

La crise dont on parle va balayer toutes nos habitudes, car elle verra s’additionner plusieurs vagues distinctes dont les origines sont très lointaines et dont la puissance combinée sera presque inimaginable. La première de ces vagues est née il y a dix mille ans avec l’invention de l’agriculture ; une révolution qui a permis à l’humanité de se multiplier à l’infini en s’appropriant 40% de la surface terrestre pour produire sa nourriture. (Rappelons qu’il y aurait de 40 à 100 millions d’autres espèces sur la planète !!!)

La deuxième vague provient des appétits de consommation de près de sept milliards de pauvres qui, par le biais du cinéma et de la télévision, assistent depuis un siècle au spectacle de l’effarante surconsommation du monde occidental. Dans notre ancien tiers-monde, personne, absolument personne ne veut entendre parler d’arrêter la croissance des économies. Tout le monde y est farouchement déterminé à vivre l’American way of life et à le recréer chez eux.

Depuis maintenant des décennies, toutes les économies du monde sont en croissance continue – exponentielle – ce qui fait que, désormais, la moindre ressource disponible sur Terre est exploitée, consommée et souillée. De nos jours, il n’y a plus de continent neuf à consommer comme c’était le cas avec l’Amérique du 16ème siècle.

La troisième vague, qui concerne essentiellement l’Occident, provient de la profonde décadence que vit notre civilisation depuis 70 ans dans à peu près tous les domaines : démographique, économique, militaire, moral, etc. Dans un univers où l’énergie est rare et difficile à accumuler, on ne peut pas tout détruire comme le font les Occidentaux depuis deux générations sans finir par en supporter les conséquences. En particulier, on ne peut pas faire constamment une promotion agressive de tout ce qui nuit à la reproduction de l’espèce (insultes aux mères de familles nombreuses, promotion du divorce pour un oui ou pour un non, encouragement systématique à l’avortement, publicité faite aux perversions en tous genres, etc.) sans que cela ne fasse tout s’écrouler, faute de travailleurs, quand les vivants arrivent massivement à l’âge de la retraite.

Nous savons tous que ces problèmes sont bien réels et pourtant nous n’avons presque rien fait pour les résoudre alors que, depuis longtemps, l’accélération de l’histoire les a rendus parfaitement évidents. Une des raisons de notre inaction, c’est que la plupart des gens se disent que, puisque tout cela se prépare depuis des décennies, voire des siècles, ils ont le temps de vivre de longues retraites dorées et de mourir avant que tout ne s’effondre. Malheureusement, cet espoir est vain à cause, justement, de la fabuleuse accélération de l’histoire produite par la croissance exponentielle de nos économies et de notre pollution.

L’actuelle remise en question de nos systèmes de pension – qui était inévitable puisque ce sont TOUJOURS les jeunes qui font vivre les plus vieux – n’est que le premier symptôme de la crise qui commence.

La vérité, c’est que l’argent que nos travailleurs sans enfant (ou presque) ont supposément investi pendant des décennies dans LEURS fonds de pensions n’était en fait qu’un impôt déguisé. C’était un mensonge de politiciens qui cherchaient à faire payer les pensions des peu nombreux vieillards d’autrefois. (Les travailleurs étaient même contents de payer ce genre d’impôts ! Leurs représentants syndicaux exigeaient même de les augmenter !). L’exemple de mon grand-père, un comptable qui a vécu presque cent ans, est révélateur puisqu’il se vantait d’avoir investi moins de dix dollars dans le système de pensions et d’en avoir retiré des centaines de milliers de dollars !!!

Maintenant que la fête des années 1960-2014 est terminée et que nous avons négligé de mettre au monde des payeurs de pensions, le système s’écroule, entre autres parce que nos quelques jeunes, que nous avons souvent laissé traîner plutôt que de les élever, refusent de subventionner un système de pensions dont ils ne pourront jamais profiter parce que les caisses seront vides. Ils refusent qu’on les vole !

¨Ha, mais il y a les immigrants !¨, nous répète-t-on souvent ! Allons donc ! Les immigrants déchantent de plus en plus quand ils constatent la décadence, la décrépitude avancée des économies occidentales où nous avons négligé pendant des décennies de réparer ce qui devait l’être. Tout comme nous, les immigrants les voient les rues défoncées de Montréal et les interminables files d’attente de nos hôpitaux. Ils savent que tout est en train de se déglinguer et que nous avons l’intention arrêtée de leur faire payer nos coûteuses pensions de vieillesse.

Or, comme ils viennent ici pour s’enrichir, les immigrants prennent ce qu’ils peuvent tirer du système et s’arrangent pour donner le minimum. Qui pourrait les en blâmer puisque nous-mêmes, nous cherchons à les exploiter ? Le pire, c’est que, quand ils sont rendus sur le continent nord-américain – ce qui est leur but véritable - les plus productifs d’entre eux se hâtent de repartir vers des provinces plus riches que le Québec. (On perd ceux qui rapportent et on garde ceux qui coûtent cher !)

Ce dernier phénomène va beaucoup s’amplifier avec la crise, entre autres parce qu’elle aura pour effet de faire s’effondrer les fragiles industries de luxe et de haute technologie qui forment désormais une part importante de notre économie et de nos exportations (artistes, tourisme, avionnerie, exportation d’électricité et de minerais, porcs, volailles, production d’hydromel, de vins de glace, de dérivés de l’érable, de semence de taureaux, etc.).

Un des effets de l’effondrement des économies du monde actuel sera de créer de l’hyper-inflation (moins de bien produits pour une quantité fixe de dollars en circulation). Cela pénalisera lourdement les retraités et les rentiers dont les revenus sont fixes. Pour se faire élire, nos politiciens vont certes réagir en doublant, voire en triplant le montant des pensions, mais celles-ci ne vaudront quand même que 50, 30 ou même peut-être 20% de la valeur des pensions actuelles.

L’effondrement de notre base industrielle va donc être accompagné d’une totale saturation d’un marché de l’emploi en déclin. D’abord, les travailleurs plus âgés vont refuser de prendre leur retraite et beaucoup de jeunes retraités ruinés par l’hyper-inflation vont chercher à revenir sur le marché du travail alors même que les charges sociales et de reconstruction ne cesseront de croître.

Dans un tel contexte, il faut donc s’attendre, non seulement à un arrêt presque total de l’immigration, mais à une émigration massive de beaucoup de nos plus récents immigrants. Montréal va se vider et une nouvelle période historique va commencer ; celle de la reconstruction autonome d’un pays fortement appauvri et où la décroissance sera devenue la norme compte tenu de l’effondrement de nos écosystèmes naturels.

Voilà ce qui arrive quand on refuse pendant des décennies de régler des problèmes pourtant urgents comme la souveraineté ; une formule politique qui, partout, a toujours eu pour effet d’enrichir les populations concernées.

Comme tout cela est devenu à peu près inévitable, la solution trouvée par nos contemporains est ordinairement de fermer les yeux en se disant, malgré l’évidence et l’information disponible, que tout cela n’arrivera pas… On va bien voir et très bientôt !

Jean-Jacques Nantel, ing.

Commentaires

  • Michel Bélisle alias Didier, 7 septembre 2014 00h49

    Et votre article de me rappeler le référendum de 1995.

    Je me souviens que la semaine précédent le référendum, il y avait des reportages à la télévision et certaines personnes sur la rue et un peu partout étaient interviewées par rapport à leur opinion, comment elles allaient voter.

    Et à un moment donné, le reporter avait interviewé une religieuse. Faut croire qu’une vie de prière a la don d’éclairer une personne parce que cette religieuse avait dit qu’elle allait voter oui parce qu’elle croyait que c’était l’ultime chance du Québec d’échapper à l’austérité et aux coupures promises à l’époque par le gouvernement libéral fédéral, en particulier de la bouche de monsieur Paul Martin, alors ministre des finances, qui, exactement comme c’est le cas présentement avec l’actuel gouvernement du Québec, cherchait où ils pouvaient épargner de l’argent. On sait que dans le temps, l’assurance-emploi avait écopé et qu’elle ne s’en est jamais remise d’ailleurs.

    Bref, cette religieuse a probablement eu raison, c’est à dire que le Québec a peut-être manqué en 1995 une chance d’échapper à la logique de l’austérité qui, elle, s’est implantée pour de bon.

    Et ça fait déjà 19 ans de cela. Dix-neuf autres années d’austérité comme ça et que va-t-il rester d’après vous ?

    Ceux qui imposent l’austérité sont pleins aux as. Eux personnellement ne seront pas affectés. C’est certain que ça va bien dans ce temps-là prendre des décisions "courageuses".

    C’est vraiment l’époque de Noé. Il ne manque plus que le déluge ou une quelconque catastrophe naturelle pour emporter le peu de civilisation qui nous reste. Ça ne peut presque pas finir autrement, malheureusement.

  • Normand Bélair, 6 septembre 2014 17h29

    Non seulement votre texte met en lumière le peu d’intérêt que porte les gens à la question ; pire ces même gens votent pour ceux qui en promettent le moins pour corriger le tir !

    Non seulement nous sommes trop sur la planète, pire nous n’avons pas ENCORE un système économique...basé sur l’être humain.
    Nous avons ENCORE un système archaïque basé strictement sur l’égoïsme.
    Moi, moi, moi, moi, moi.

    Comment pensez-vous que l’aventure humaine va se terminer, sinon dans le cahot et l’anarchie complète ?
    Et pourtant, demain matin, nous allons avoir plein de citoyens qui vont nous dire comment ils adorent nos trois clowns qui nous gouvernent ; les Harper, les Couillard, les Coderre de ce monde...

    Comment l’être humain qui peut à certains égards être si merveilleux et à d’autres, si stupide ?

  • Pierre Cloutier, 6 septembre 2014 16h06

    C’est pourquoi nous, les indépendantistes, avons le devoir de préparer le plus vite possible et de présenter à la population lors de la prochaine élection, une proposition d’indépendance et un projet de constitution provisoire en démontrant que le Québec aurait tout ce qu’il faut pour cesser d’être une province pauvre et devenir un pays riche.

    Nous avons prouvé dans le passé que le peuple québécois s’en est sorti par la solidarité et je ne vois pourquoi il serait incapable de s’en sortir, à la condition toutefois de sortir du Canada apc.

    Pierre Cloutier

  • Michel (Mike), 6 septembre 2014 14h11

    Se que vous avancez M. Nantel est "malheureusement" vrai mais je suis de moins en moins certain que de faire l’indépendance du Québec va régler tout les problèmes. Je verrai plus une association entre le Québec et l’Ontario. Pourquoi se mettre nos voisins à dos. Se que nous allons vivre va aussi être vécu par le reste du Canada.

    Gardons un lien avec notre plus proche voisin. Quand à l’Ouest
    si ne nous faisons rien s’est eux qui vont prendre le contrôle. Le
    pétrole est leur ressource. Chez-nous nous avons une richesse naturelle qui est précieuse " l’électricité " Si nous avons un meilleur produit à vendre et à MOINDRE coût il y’a sûrement possibilité de s’entendre sans toujours se quereller.

  • Jean-Louis Pérez-Martel, 6 septembre 2014 13h18

    Monsieur Nantel,

    Seulement au Québec il y a plus de 45 000 rejets d’égouts ne respectant pas les normes, directives et lois sur l’environnement.

    http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/environnement/201409/02/01-4796623-45-500-rejets-degouts-au-quebec.php

    Ce sont les mafias politico-financières les vraies responsables de cet état de destruction du milieu naturel afin de justifier plus tard l’urgence de le dépolluer en construisant les infrastructures nécessaires coûtant 30 ou 40 % plus cher, recourant ainsi au saccage de fonds publics qui seront destinés à financer ce conglomérat mafieux. Une spirale de corruption en circuit fermé telle que nous le constatons à la CEIC (Commission Charbonneau).

    JLPM

  • Yvon Lagacé, 6 septembre 2014 12h23

    Effectivement, nos politiciens réfléchissent trop souvent comme cette dame un jour interrogée par un journaliste aux nouvelles télévisées au sujet de la hausse du prix de l’essence.

    Sa réponse : "Ah ! moi je m’en fou, je ne met toujours que 20$". (Salutation à cette dame si jamais elle me lit)

    À force de pelleter sans cesse par en avant, il est inévitable d’être confronter un jour à une montagne infranchissable.

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