«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Femmes et Société - Loin est le temps de la dame patronnesse

Marie Lacoste-Gérin-Lajoie est considérée comme l’une des pionnières du mouvement féministe au Québec

dimanche 14 juin 2009

Claire Harvey - Quel a été l’engagement des femmes dans la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) de Montréal ? Comment ont-elles amélioré la condition féminine ? En voici un aperçu.

Nicole Boudreau, ex-présidente de la SSJB, rappelle que la contribution des femmes à l’organisme remonte au début du XXe siècle. « En 1902, la Section des dames patronnesses de la SSJB organise diverses activités (bazars, tombolas, etc.) qui permettent d’amasser les fonds nécessaires au parachèvement du Monument-National. Cette section regroupe des femmes de la petite bourgeoisie francophone, dont Caroline Béïque, l’épouse du président de la Société Saint-Jean-Baptiste. Leurs actions ont sauvé le bâtiment du boulevard Saint-Laurent. »

En 1907, Marie Lacoste-Gérin-Lajoie fonde, avec Caroline Béïque et les femmes de la Section des dames patronnesses, la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste (FNSJB). Mme Lacoste-Gérin-Lajoie en sera la présidente de 1913 à 1933. « L’organisation a la même structure que le Montreal Local Council Woman, qui rassemble des femmes de la bourgeoisie anglophone, explique Nicole Boudreau, qui s’est beaucoup intéressée à la question. Il devient le premier mouvement féministe francophone à voir le jour au Québec. À une époque où le clergé catholique était omnipotent, les femmes réclament un rôle social au nom de la complémentarité et non de l’égalité. »

Des oeuvres sociales

Thérèse-Èva Boyer, historienne, précise que la FNSJB constitue le volet féminin de la SSJB. « Les femmes de la Fédération se consacrent aux oeuvres de bienfaisance. Elles luttent contre l’alcoolisme, mettent en place des cours d’économie domestique et font du bénévolat dans les paroisses pour aider les familles et réduire la mortalité infantile par l’hygiène et la puériculture. Préoccupées par les conditions de vie des travailleuses, elles créent notamment l’Association des employées de bureau et l’Association des employées de manufacture, ancêtres des syndicats féminins, ajoute l’historienne. Elles cherchent à réduire les injustices. » À partir de 1913, La Bonne Parole, une revue mensuelle, devient l’organe de presse officiel de la FNSJB. Marie Gérin-Lajoie fille en est la rédactrice en chef. Empruntant la voie de sa mère, cette dernière fonde en 1923 l’Institut Notre-Dame-du-Bon-Conseil.

Jusqu’au milieu des années 1920, la FNSJB va, entre autres, lutter pour obtenir le droit de vote pour les femmes au Québec. « En 1922, Marie Lacoste-Gérin-Lajoie met sur pied le Comité provincial pour le suffrage féminin, auquel se joignent notamment Thérèse Casgrain et Idola Saint-Jean, précise Mme Boyer. Les suffragettes font face à un très fort mouvement d’opposition provenant du clergé catholique québécois, des politiciens, des journalistes (Henri Bourassa, entre autres) et de femmes. Le droit de vote leur sera finalement accordé, au provincial, en 1940. »

Parallèlement, Mme Lacoste-Gérin-Lajoie réclame la réforme du Code civil pour améliorer le statut juridique de la femme mariée, afin qu’elle puisse disposer de son salaire, être admise à la tutelle et au conseil de famille et empêcher son mari de disposer à son gré des biens de la famille. En 1929, la Commission d’enquête sur les droits civiques des femmes au Québec est créée. La militante y témoignera au nom de la FNSJB. Considérée comme l’une des pionnières du mouvement féministe au Québec, Marie Lacoste-Gérin-Lajoie reçoit en 1924 la Médaille de vermeil Bene Merenti de Patria de la SSJB.

Campagnes référendaires et loi 101

En 1965, la FNSJB souligne le 25e anniversaire du droit de vote des femmes avec d’autres associations féministes. Un an plus tard, la présidente joint les rangs de la Fédération des femmes du Québec, mise sur pied entre autres par la Ligue des droits de femmes de Thérèse Casgrain. Par la suite, les multiples comités de la Société Saint-Jean-Baptiste deviennent mixtes. Au début des années 1980 (année du premier référendum), les femmes redeviennent très actives au sein de l’organisation. Elles fondent le Comité Caroline-Béïque, où militent notamment les comédiennes Luce Guilbeault et Michèle Rossignol. Ce comité a pour but d’interpeller les femmes lors de la campagne référendaire.

La présidence de Nicole Boudreau (de 1986 à 1989) représente une autre période effervescente pour les femmes. « J’ai annoncé que j’allais exercer mes fonctions et mon leadership comme une femme. Je l’ai payé cher », dit-elle en soulignant la dissension qui existait à l’époque entre progressistes et conservateurs au sein de la SSJB. Ce qui n’a pas empêché la féministe de mener d’importantes campagnes en faveur du Québec français, dont trois grandes manifestations pour défendre la loi 101. En 1990, la militante revient à la SSJB, à la direction du comité des fêtes nationales. « C’est le retour du défilé dans un contexte très particulier, soit le lendemain de l’échec de l’Accord du lac Meech », dit-elle. En 1995, la militante a interpellé une fois de plus la SSJB à titre de porte-parole de la Coalition des partenaires pour la souveraineté, qui rassemble un million de personnes.

Une seule présidente... en 175 ans

Reste qu’il y a eu peu de femmes à la tête de l’organisme. En fait, Mme Boudreau a été la seule présidente... en 175 ans. « Les femmes sont présentes dans les instances, mais il faut qu’elles prennent davantage de place dans le mouvement, dit-elle. Quand une femme accède à la présidence, cela signifie qu’il y en a suffisamment pour qu’on puisse choisir l’une d’elles et que l’organisme est assez avant-gardiste pour l’élire. Investir la SSJB et porter son histoire dans les bons comme les mauvais moments demeure une aventure fabuleuse. »

Aujourd’hui, qu’est-ce qui caractérise les femmes présentes dans l’organisation ? Joannie Bolduc, étudiante à la maîtrise en sciences des religions et études féministes à l’UQAM, s’est penchée sur cette question dans le cadre de son mémoire. « Engagées au plan politique, ces femmes ont une parole libre de toute attache partisane et accordent une importance particulière à la langue française ainsi qu’à la culture québécoise. Pour plusieurs, préserver la culture québécoise ou canadienne-française constitue le combat de toute une vie. Elles s’inquiètent de l’avenir du Québec ! », conclut-elle.

Depuis le début du XXe siècle, des femmes ont lutté pour améliorer la condition féminine et préserver notre identité nationale et linguistique. Si tous aujourd’hui en bénéficient, les gains demeurent fragiles.

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Collaboratrice du Devoir


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175e de la SSJBM

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