«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

« Faisons de notre pays un État indépendant. »

Le Québec doit entrer aux Nations Unies

Faisons de notre pays un État indépendant

L’importance du message

Tribune libre de Vigile
jeudi 14 mai 2015
1 218 visites 3 messages

En ces temps de marasme politique au Québec, nous sommes en droit de continuer à nous pencher sur une question fondamentale. Qu’on le veuille ou non, la question de l’indépendance du Québec n’est pas réglée. Selon différents sondages, son appui oscille toujours entre 35 % et 40 %, et ce, même si son principal véhicule – qu’on le veuille ou non également, le Parti Québécois (PQ) – l’a mise au rancart depuis les vingt dernières années. La course à la chefferie du PQ nous aura permis d’assister à des bagarres de toutes sortes. Certaines plaies se refermeront, d’autres non. Mais une chose perdurera tant et aussi longtemps que le mouvement indépendantiste ne changera pas son message : la confusion.

« Faire du Québec un pays »

Cette phrase, cette expression, cette affirmation résonne dans le « milieu » indépendantiste. Mais elle résonne dans la population tel un 23e « best of » de Beau Dommage. Il fait toujours bon de l’entendre, mais nous connaissons la chanson, peu importe la couleur de la pochette. Le pays versus la province. Le projet de pays. Le « on veut un pays », scandé par les militant.e.s péquistes – surtout — afin d’affirmer la volonté de propulser le Québec à l’extérieur du carcan « canadian ». Toutes ces formulations, si on les extirpe du « milieu », si on les adresse à la population québécoise, semblent usées.

En observant froidement la réalité, nous pouvons constater que le pays, en quelque sorte, est bien présent. Les Québécois.e.s forment une nation non souveraine, faisant partie d’un état québécois. Nous avons, entre autres, notre impôt, notre système de santé, notre système d’éducation, notre culture distincte (langue, chanson, théâtre, danse, télé, cinéma, etc.). Le tout ne frise pas la perfection, mais pourquoi vouloir d’un pays qui existe déjà ?

Le message du « milieu » indépendantiste n’est plus clair. Il ne fait plus rêver. Il ne capte plus l’imaginaire. L’objectif est, somme toute, le même : faire nos propres lois, signer nos propres traités et prélever nos propres impôts. Ces trois piliers forment la définition même d’un état indépendant. Indépendant de tout système empiétant dans ces trois sphères. En ce moment, dans notre pays non indépendant, il est possible de faire une partie de tout cela. L’indépendance nous permettrait beaucoup plus. Nous pouvons, à travers notre « état » provincial, réaliser moult choses, mais si nous réussissions a rendre cet « état » indépendant de tout ce qui l’empêche de se réaliser pleinement, les possibilités seraient infinies.

Voilà le message que les indépendantistes devraient avoir : « Faisons de notre pays, un état indépendant ». Vous me direz que ce ne sont que des mots et que tout cela veut dire la même chose. Eh bien non ! Faire miroiter aux Québécois.e.s le début de la construction d’un tout nouveau pays au jour 1 de notre indépendance, est tout simplement faux. Sans être une fin en soi, l’indépendance nous permettra de continuer, librement et sans « fleurs du tapis », la construction de notre pays. Construction déjà entamée depuis maintenant plusieurs décennies. L’indépendance ne signifie donc pas que, soudainement, le pays du Québec apparaitrait comme par enchantement. Sur papier, oui. Techniquement, oui. Administrativement, oui. Comme le dit si bien Mme Martine Ouellet, le Québec serait le 194e état à l’ONU. Mais cet État existe déjà depuis longtemps. De Duplessis à Lévesque, en passant par Lesage et Bourassa, le Québec moderne s’est construit. Parizeau nous aura presque permis de l’inscrire officiellement sur les innombrables listes des états internationaux.

Il est temps pour le mouvement indépendantiste de se recentrer sur son message. « Faire du Québec un pays » n’est plus, à mon avis, le message pour convaincre. « Faire de notre pays, un état indépendant » est plus moderne, plus à propos, plus en phase avec notre histoire. Sans oublier, le mouvement indépendantiste doit fuir le « nostalgisme » et sauter à pieds joints dans la cohérence.

Les indépendantistes devront faire comprendre à la population québécoise que le Québec est son pays et que l’indépendance le propulsera vers un avenir meilleur et à la hauteur de ses aspirations.

Commentaires

  • Fernand Lachaine, 15 mai 2015 07h21

    Vous pensez que changer la phrase "Faire du Québec un pays" par "Faire de notre pays un État indépendant" va résonner plus aux oreilles de la population du Québec.

    Permettez d’avoir de sérieux doutes.

    La sémantique et le tordage des mots dans un projet tel que l’Indépendance du Québec n’ont pas tellement d’attrait pour ceux et celles qui veulent avoir leur PAYS.

    Vouloir son PAYS c’est une affaire de passion, c’est une affaire de cœur.

    Vouloir son pays c’est vouloir avoir un chef qui a de bonnes chances de devenir PM du Québec pour ensuite évaluer les options vers le PAYS.

    Voter pour un candidat ou une candidate qui n’a aucune chance de gagner une élection provinciale contre une machine telle que le PLQ, est un manque de jugeote dangereux pour l’indépendance du Québec.

    Je persiste : Votons PKP pour que ce soir nous ayons un chef fort pour affronter l’ennemi.

  • Yves Capuano, 15 mai 2015 00h40

    J’aime votre article. Il s’agit en effet d’un bon slogan car faire de notre pays un état indépendant pré-suppose déjà le pays en nous. Le commentaire de Monsieur Saint-Cyr est très pertinent en ce sens que l’on doit ajouter plusieurs choses au traditionnel triumvirat - Impôt - lois- Traités dans la définition de souveraineté et avoir notre propre politique étrangère serait une magnifique opportunité pour tous les québécois de s’affirmer internationalement. Nous sommes d’esprit français et on sait que la langue française est la langue de la diplomatie.

    Je crois fermement en l’importance de proposer une monnaie québécoise. J’ai expliqué mon point de vue dans un article publié ici http://service.vigile.quebec/Un-dollar-quebecois-pour-un-Quebec. L’abandon de la monnaie québécoise par Jacques Parizeau en 1973 a été la première étape de l’étapisme à la Claude Morin, si néfaste à l’indépendance. Cet abandon de souveraineté majeur implique obligatoirement la mise en place d’institutions communes avec le Canada et cela signifie au départ une forme de confédération.

    Je pense que la proposition d’un dollar québécois nous permettra de cesser finalement de parler d’association avec le reste du Canada et de parler exclusivement, enfin, des avantages de l’indépendance du Québec et des désavantages de la dépendance au Canada.

  • Jean-Paul St-Cyr, 13 mai 2015 00h19

    Monsieur Éric D’Alo,

    Je vous remercie pour votre article. « Faire de notre pays, un État indépendant » est certainement un slogan moderne et réaliste. Mais au-delà du slogan, tel qu’inlassablement martelé par Me Pierre Cloutier, il s’agit de mettre un projet concret sur la table, matin, midi, et soir, avant, pendant, et après les élections.

    Permettez-moi de mentionner un aspect fondamentalement distinctif d’un État souverain, certainement l’un des plus importants. En effet, un Québec indépendant nous permettrait une politique étrangère indépendante de celle imposée par Ottawa à tous les canadiens. Entretemps, nous devons subir l’indignité de voir Stephen Harper se prosterner une fois de plus devant l’ignoble « boucher de Gaza », un criminel de guerre aussi répugnant que fut le sanguinaire « boucher de Sabra et Chatila », Ariel Sharon. Espérons que l’État indépendant du Québec se dissociera de ce pitoyable agenouillement.

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