«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Faire et défaire les rois

Choisir un chef

Tribune libre de Vigile
vendredi 29 août 2014
319 visites 5 messages

Commenter une course à la chefferie au PQ est un exercice obligé. Peu importe nos appartenances et nos inclinations partisanes, cet exercice est toujours un événement en soi. Depuis les beaux jours de René Lévesque, Jacques Parizeau et Lucien Bouchard, un ressort a fini par se casser en cours de route. Dans le cas de la présente course, nous nous devons de réfléchir et méditer sur l’identité de celui-celle qui succédera à Pauline Marois.

D’aucuns jurent par la présence de PKP au cours des intrigues. Pour ma part, je ne saurais cautionner dans l’immédiat une élection faisant figure de couronnement. Par la même occasion, j’invite Jean-Martin Aussant et toutes les candidatures de valeur à soupeser soigneusement ses options. Il nous faut extraire ce qui définit la réalité et la perception d’une ancienne garde. La dernière élection a constitué un énième post-mortem de la cause souverainiste.

Pendant longtemps, nous avons défini l’apanage des chefs du PQ comme autant de seconds violons. Hormis René Lévesque et Lucien Bouchard, les Jacques Parizeau, Bernard Landry, Pauline Marois et compagnie ont dû composer avec les réalités d’être perçus comme des seconds violons. Tel est actuellement le dilemme magnifiquement illustré par le cas Jean-François Lisée. Stéphane Bédard pourrait être un autre cas de figure. Telle est la prime dont jouit actuellement PKP au sein de la population.

Rétrospectivement, le cas Lucien Bouchard devrait faire école. René Lévesque parlait lui-même du processus d’oligarchisation et de vieillissement des partis politiques. Il parlait sans doute en connaissance de cause – Union Nationale et Parti libéral du Québec – et nous devrions garder à l’esprit que Lucien Bouchard a traduit chez bien des gens la modification irrémédiable du destin du PQ. Pour ma part, je crois qu’il n’en est rien. Mais il faut croire que les choses ne sont pas si simples quand nous les envisageons à partir du prisme institutionnel.

Quelque part entre Jacques Parizeau et Lucien Bouchard, l’abîme des aspirations indépendantistes a trouvé son nœud. Il faut tout de même considérer que Jacques Parizeau a été le porte-étendard de l’orthodoxie indépendantiste au sein du PQ. Je vous exprime ce faisant un ancrage institutionnel qui se trouve dans le discours médiatique. En passant de René Lévesque à Jacques Parizeau et de Jacques Parizeau à Bernard Landry en passant par Lucien Bouchard, il nous faut nous défaire de cette perception d’un panier de crabes. Pauline Marois a poursuivi l’œuvre du PQ. Tant bien que mal, le PQ a prolongé sa trajectoire fragmentaire comme « natural-governing-party ». Voulons-nous lui donner un avenir, telle est la question que nous devrions nous poser actuellement.

Au risque de paraître présomptueux, je crois qu’il est prématuré pour PKP de se présenter comme chef du PQ. Il se peut que ce soit le jeu des médias, mais il ne m’a pas livré d’aptitudes charismatiques. Peut-être que c’est une ruse, qui sait ? Pour ma part, après avoir connu Pauline Marois, il me semble qu’il serait prématuré de voir PKP à l’avant-scène comme porte-parole principal du PQ. D’aucuns diront encore que Jacques Parizeau n’avait pas de charisme comparativement à Bouchard, disons-le.

Pourquoi choisir Bernard Drainville et non pas Jean-François Lisée ? Telle est la question que la plupart des observateurs devraient se poser, y compris Jean-Martin Aussant et Véronique Hivon. Mais je n’ai jamais occupé un rôle prépondérant au sein des institutions politiques partisanes. Pendant longtemps, j’aurai été au mieux quelqu’un qui cogitait perpétuellement ses appartenances partisanes à partir du moment où le PQ s’est transformé pour prendre un virage à droite, que Québec Solidaire s’est implanté comme alternative face au surplace des institutions confédéralistes, puis qu’Option Nationale a posé en dénonciateur de la déperdition indépendantiste.

Tout ce que j’ai à dire là-dessus c’est qu’il faut sonner la fin de la récréation. La convergence et la concorde des intérêts indépendantistes se fait aujourd’hui selon une optique plurielle et non plus monolithique. La première mouture mal desservie de la charte des valeurs du Québec mérite un meilleur sort comme cogitation d’un espace constitutionnel qui nous définit en tant que nation et peuple distinct. Prenons en acte. Nous devons faire appel à un « NOUS » qui soit authentique et qui ne sonne pas creux comme un vœu pieux. Oui, je le sais bien, je renvoie ce faisant un acteur des médias à la planche de dessin. Faisons-le.

Commentaires

  • Elie Presseault, 13 octobre 2014 18h05

    @ Gaston Carmichael,

    Il nous faut savoir gré d’accepter qu’en des temps hypothétiques, il faut continuer à jauger les éléments en présence. Pour le moment, PKP et JFL ont traversé des épreuves. J’exprimais ma réticence à ce que prématurément PKP soit élu ou acclamé comme chef. Dans l’absolu, ce dernier n’a rien exprimé de concret quant aux engagements sur la question de l’indépendance nationale pendant que les Drainville et Lisée ont repoussé la tenue d’un référendum.

    @ Pierre Cloutier,

    Je comprends tout à fait la vigueur de vos convictions et le fait que vous défendez la candidature de PKP. Il exprime avec les jours une force. Il reste toutefois à mettre de la substance au niveau des positions sur la question nationale.

    @ Ouhgo,

    Là-dessus, vous exprimez un peu des paradoxes qui définissent le sens de l’engagement indépendantiste. Faire du Québec un pays... riche ou pauvre, je crois que la question n’est pas là. Nous avons à cheminer et accompagner le peuple et non pas nécessairement l’influencer dans le sens de ses complexes, entre autres celui qui lui fait craindre la pauvreté comme la peste tout comme ça peut s’appliquer au cas inverse. Il nous faut tout être simplement solidaires de l’ensemble de la communauté.

    Quant à la question de la constitution et du parti, je crois qu’il est de la première importance à moderniser les façons de voir et de concevoir l’élaboration de cette même constitution. Dans cette optique, l’Assemblée constituante peut gagner en pertinence. La classe politique peut démontrer son utilité mais avant tout, elle peut être à l’avenant et au diapason des mouvements et de la société civile qui la constituent en représentante de nos intérêts collectifs.

  • Ouhgo, 30 août 2014 15h25

    p.s. Et Monsieur Péladeau deviendrait d’autant plus crédible s’il démarquait son parti de celui des losers en le dénommant "Québec Indépendant". On s’éloignerait en même temps de la notion antidémocratique de Parti, Ligne de Parti, membres suiveux. Fins prêts pour franchir le pas vers la rédaction d’une Constitution à soumettre au peuple. Le Québec aux Québécois !

  • Ouhgo, 30 août 2014 14h56

    "Il faut démontrer que l’indépendance permettra au Québec de cesser de devenir une province pauvre et devenir un pays riche." (P.C.)

    C’est la mission de PKP, en effet, de marteler cet engagement personnel s’il veut se mériter la confiance de la population du Québec dans sa lutte pour l’indépendance politique, culturelle et économique. Plus personne pour le contredire, le poing levé, nous vaincrons.

  • Pierre Cloutier, 29 août 2014 23h55

    Je ne crois pas pour ma part qu’on puisse faire l’indépendance sans la participation active des entrepreneurs, créateurs et gens d’affaire. À ce moment-là. la question devient : qui est susceptible de rallier tous ces gens ? Poser la question, c’est y répondre. Certainement pas Bernard Drainville, Jean-François Lisée, Alexandre Cloutier, Martine Ouellet ou Véronique Hivon. Je n’ai qu’un nom en tête : Pierre-Karl Péladeau,
    C’est simple, il faut mettre fin au monopole du PLQ sur le mot "économie" et se l’accaparer. Il faut démontrer que l’indépendance permettra au Québec de cesser de devenir une province pauvre et devenir un pays riche. C’est la mission de PKP.

    Pierre Cloutier

  • Gaston Carmichael, 29 août 2014 20h55

    Pas facile à lire votre texte. J’ai dû me reprendre deux fois avant de comprendre que son but est d’exprimer votre opposition à ce que PKP devienne chef du PQ.

    C’est une opinion tout à fait défendable.

    Pour ma part, je crois qu’il vaudrait mieux que le PQ décide quelle direction il veut prendre, puis de se choisir un chef qui adhère à ce choix.

    Un peu comme le dilemme de l’oeuf ou la poule, on se demande toujours quel choix faire en premier : le chef ou le programme.

    Dans ce texte de Marc Laviolette et de Pierre Dubuc du SPQ libre, on amène une suggestion fort intéressante. Je cite : "La course à la chefferie devrait coïncider avec le congrès prévu pour l’adoption du nouveau programme. Ainsi, on éviterait deux situations néfastes. Un chef élu en porte-à-faux avec le programme adopté par les membres ou un congrès anti-climax après l’élection d’un nouveau chef."

    Pierre Cloutier a maintes fois dénoncé ici même le détournement du programme du PQ de 2005 par les chefs qui ont été mandaté pour son application.

    Alors, que ce soit PKP, Lisée, ou qui que ce soit d’autres, il faut surtout s’assurer que le nouveau chef soit d’accord à nous amener où on veut aller.

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