«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

La nécessaire convergence des luttes

Féminisme et indépendance

Pour 2018, un projet féministe d’indépendance

Chronique de Gilbert Paquette
dimanche 6 mars 2016
1 124 visites 3 messages

Féministe depuis que je m’implique en politique, marié à une féministe engagée, je me sens interpelé régulièrement par les multiples liens entre le combat des femmes et celui pour notre indépendance nationale. Cette deuxième chronique est consacrée à la nécessaire convergence de ces luttes, aussi essentielles l’une que l’autre.

J’ai suivi de près, bien que par personne interposée, les récents États généraux féministes tenus principalement en 2013. Vendredi dernier, j’ai participé au sommet des femmes, présidé par Lise Payette. Que de chemin parcouru depuis l’élection de 1970, où jeune militant je frappais à des portes où beaucoup de femmes nous répondaient : « mon mari n’est pas là, revenez plus tard ». Que de chemin parcouru aussi depuis ce congrès du Parti québécois, au début des années 70, où des militantes et militants de Montréal-centre, dont j’étais avec Louis Harel, remportaient un vote pour l’avortement libre, contre René Lévesque qui craignait que cette position nuise aux appuis à l’option souverainiste. Que de chemin parcouru par les femmes du Québec, mais que de chemin à faire encore vers la parité politique et l’égalité économique.

Que de questions aussi à résoudre, en particulier quant aux multiples rapports entre féminisme et indépendantisme. « Pas de libération nationale sans libération des femmes, pas de libération des femmes sans libération nationale » lançait le Manifeste des femmes québécoises dès 1970, position reprise dans le manifeste de la Fédération des femmes à la Commission Bélanger-Campeau en 1990 : « Nous avons refusé de fondre notre identité́ comme femmes dans celle de nos pères ou de nos maris ; nous refusons aujourd’hui de fondre notre identité́ québécoise dans l’identité́ canadienne » 1 [1] .

Pas de libération du Québec sans libération des femmes. En effet, l’indépendance ne se fera pas sans le soutient des femmes, sans le soutient de la moitié de la population. Celles-ci sont d’ailleurs maintenant aussi nombreuses que les hommes à l’appuyer, ce qui n’était pas le cas aux débuts du mouvement indépendantiste. Mais il y a des raisons plus profond, psycho-politiques. Les femmes peuvent souvent mieux comprendre les impacts négatifs de la dépendance, en particulier de la dépendance financière qui a fait trop longtemps des femmes des otages de situations intolérables. La dépendance du Québec à l’égard du Canada n’est pas moins intolérable, notamment ce viol bitumineux de notre territoire qui se prépare. La conquête de l’indépendance personnelle et collective des femmes ne peut que contribuer à contrer cette peur du changement commune à toutes les situations de dépendance. La libération des femmes est indissociable de celle de hommes et de celle de la nation.

Pas de libération des femmes sans libération du Québec. « Un Québec souverain aura tous les pouvoirs requis pour mettre en œuvre un projet de société́ où seront pris en compte les objectifs d’égalité́ poursuivis par le mouvement des femmes. (…) Les femmes auront plus de chance d’influencer ces pouvoirs et d’y participer lorsque ces pouvoirs seront rapprochés d’elles », affirmait la FFQ en 1990. Cette réalité est plus que jamais actuelle. Le récent sommet des femmes a dénoncé les politiques d’austérité qui touchent plus durement les femmes quant à leurs emplois et quant à leurs services (garderies, écoles, hôpitaux, etc.). Les femmes descendent ces jours-ci dans la rue pour protester contre ces mesures (provinciales) qui pourraient être annulées en récupérant notre pouvoir collectif de dépenser et en réorientant les dépenses militaires fédérales pour étendre les services publics. Sur un autre plan, le sommet des femmes a adopté l’idée d’un revenu minimum garanti, impossible à réaliser sans l’indépendance à cause de la dispersion des mesures sociales et fiscales entre les deux paliers de gouvernement. Le projet de pays du Québec est une boîte à outils indispensable pour réaliser un projet féministe de société.

Cette nécessaire solidarité des hommes et femmes à l’égard des deux plus importantes questions qui confrontent le Québec est devenue plus diffuse qu’il y a 20 ans. Ainsi, dans le document soumis récemment aux États généraux féministes, on peut lire une analyse qui souligne les dangers du nationalisme et privilégie « la lutte aux inégalités entre les femmes elles-mêmes, dues aux discriminations croisées, et notamment celles qui sont liées à l’oppression patriarcale, au néo-colonialisme et au racisme » 2 [2]. Bien que ces questions soient importantes, aucune des propositions qui suivent dans le document n’évoque la nécessité d’une quelconque lutte nationale au Québec.

On peut attribuer cette situation au quasi-silence des partis indépendantistes sur notre option depuis 20 ans. On ne peut blâmer les mouvements sociaux de s’intéresser à d’autres questions, si rien ne se profile à l’horizon qui stimulerait le débat sur notre émancipation nationale. Même si l’indépendance n’est « ni de gauche ni de droite », pour paraphraser Bernard Landry, il n’en demeure pas moins qu’il presse de concrétiser le projet de pays par des projets progressistes que l’indépendance seule nous permettra de réaliser.

Pour 2018, une plateforme féministe doit permettre d’illustrer l’urgence de nous donner un pays !


[11 FFQ, Mémoire présenté à la Commission sur l’avenir politique et constitutionnel du Québec, 2 novembre 1990, Archives de la FFQ.

[22 FFQ, États généraux du féminisme, cahier du Forum, novembre 2013, section 7, Féminisme, nationalisme et colonialisme.

Commentaires

  • Serge Jean, 17 mars 2016 20h08

    Excellent !

  • Ouhgo (Hugues) St-Pierre, 11 mars 2016 04h19

    Comment faire lire ce texte à tous les Québécois, une bonne fois ?

  • Robert J. Lachance, 8 mars 2016 13h14

    Par souci de symétrie, j’espère qu’un futur prochain titre à votre chronique sera Masculisme et indépendance ; pour mieux apprécier l’asymétrie.

    On lit d’habitude masculinisme. Je tiens masculisme de Francis Dupuis-Déri, Le mouvement masculisme au Québec, 2e 2015, 2008. Sous la direction de Mélissa Blais et lui. Résumé de « Darwin »

    Comme sur titre, luttes ou amours ?

    Comme sous-titre, ce serait pour 2018, un projet masculisme d’indépendance.

    Je laisse aux femmes ce qui est aux femmes et à PKP ce qui est à Dieu. Je prends une grosse chance sur le ruissellement, contrairement à Françoise David.

    Monique Giroux et Michel-Marc Bouchard m’ont fait réentendre le féminin dimanche dernier : Si tu veux me garder de Monique Leyrac. Ça date d’environ 1970.

    A+ pour les paragraphes suivants.

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