«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Chronique de la croqueuse de mots

Extrêmes-X, Y, Z

Chronique de Thérèse-Isabelle Saulnier
mercredi 10 mai
366 visites 1 message

Aujourd’hui, parlons politique ou, plus précisément, d’idéologies politiques.

La manie de vouloir absolument classer les gens dans une catégorie, dans une case bien définie, enferme les partis politiques dans les catégories suivantes : gauche, droite, centre, extrême-gauche et extrême-droite. Lorsque leurs programmes ou les mesures mises en oeuvre, lorsqu’ils sont au pouvoir, causent problème, c’est-à-dire ne correspondent pas, ou pas tout à fait, à ces catégories tranchées, on en crée de nouvelles, par exemple centre-gauche, centre-droite et, nouveauté d’il y a quelques jours, que j’ai entendue de Marie Grégoire aux Ex, définir Macron comme étant de… l’extrême-centre ! Ohhh ! Ça doit être situé haut, ça !

Pfff ! Entre vous et moi ! Et puis, qu’est-ce que chacune de ces catégories peut bien vouloir dire, précisément ? Et, surtout, qui est capable d’en définir le contenu ? Autrement dit, qu’est-ce que ça veut dire être d’extrême-gauche ou d’extrême-droite, de gauche ou de droite, ou centriste, ou extrême-centriste ? Là, mes chers amis, à vous de chercher les définitions en ouvrant vos moteurs de recherche Internet ! Et encore, expérience amorcée, c’est tellement différent et souvent teinté idéologiquement d’un site à l’autre qu’il est très difficile de se faire une tête juste. Encore faut-il, aussi, définir des termes connexes comme socialisme, libéralisme, social-démocratie, néo-libéralisme, et j’en passe. Il y en aurait au moins pour une semaine complète, 10 heures par jour, ce que je n’ai pas encore eu le temps de faire, j’y reviendrai peut-être dans une future chronique.

En attendant, examinons des partis et des personnalités politiques et le classement qu’on en fait.

Emmanuel Macron, le nouveau président de la France, se dit « ni de gauche, ni de droite », mais alors, qu’est-il ? Centriste ? Un peu de gauche et un peu de droite ? Ou rien de tout cela mais autre chose ? Et cet autre chose, ce serait quoi ?
Comme il a été nommé ministre de l’économie par le parti socialiste de François Hollande et qu’il a démissionné pour fonder son mouvement « En marche », Josée Legault le définit comme « le socialiste défroqué »… - Mais ce banquier a-t-il déjà été socialiste ? – Bonne question…

Mathieu Bock-Côté, pour sa part, le dit « économiquement plus à droite, socialement plus à gauche », et qu’il « se veut progressiste ». Ah… « Progressiste »… Une autre catégorie fourre-tout, s’appliquant tout autant à gauche comme à droite !

Loïc Tassé va plus loin et qualifie la vision économique de Macron de « très à droite »… Guillaume Hébert, de l’IRIS, dit de Macron qu’il « apparaît comme un authentique social-libéral, ou ce que d’autres nommeraient un ‘’néolibéral de gauche’’, pour qui des mesures pseudo-sociales (pseudo-sociales…) sont mises de l’avant à condition qu’elles n’interfèrent pas avec les marchés. » Brice Couturier, en entrevue avec Bock-Côté : « Le programme de Macron est social-libéral. Précisément libéral de gauche. » (Wouaow !! !)

À propos de François Hollande, Réjean Parent en parle comme d’un « président élu à gauche et gouvernant à droite »… - En effet, et cela fait d’ailleurs douter de la validité de telles étiquettes. Gouverner est devenu, dans notre monde actuel, une affaire de pragmatisme, d’adaptation aux circonstances, particulièrement économiques mondialistes, de ce qu’on appelle aujourd’hui la gouvernance supranationale, ou qu’on pourrait aussi sans doute appeler de la gestion à la petite semaine, au gré du vent…

Quant à Marine Le Pen et le FN, on apprend, de la plume de Mathieu Bock-Côté, que « plusieurs, depuis un bon moment, accusent le FN d’être un parti économiquement et socialement très à gauche » (ça alors, n’est-ce pas ?), alors que d’autres continuent de présenter Marine Le Pen « comme fondamentalement hostile à la démocratie et aux libertés ». (Ici, il ne faut pas avoir lu ses 144 propositions pour la définir ainsi !) Guillaume Hébert, de l’IRIS, dit de Marine Le Pen qu’elle est « l’héritière de la tradition fasciste ». – Ah ! Le fascisme… Autre sujet de recherche, et examen de sa présence ou absence dans les 144 propositions de Madame…

Au Québec, la CAQ, comme précédemment l’ADQ, est classée à droite de l’échiquier (ce dont ne se cache pas notre Mario Dumont national), et Québec Solidaire à… l’extrême-gauche. – Ah ! Oui ? Gauche suffirait sans doute, mais passons pour le moment. Et qu’en est-il des Libéraux de Philippe Couillard ? De « centre-droite » ?? Et du PQ de Lisée ? « Social-démocrate » ? Nationaliste, donc xénophobe, voire même raciste et ce, par définition de ce qu’on juge aujourd’hui être tout nationalisme, donc évidemment « de droite » ?

Jean-Claude Paye, dans un article intitulé « La fin du système des partis » dans Voltaire.org, dit que si Macron se sépare du régime des partis politiques, ça ne fait pas de lui un candidat anti-système, car « le "système" qui se met en place n’est plus celui des partis, mais bien celui d’une gouvernance politique directe des États nationaux par les acteurs économiques dominants et les structures politiques internationales. » Alors, si c’est bien vrai - et ça semble l’être -, toutes ces catégories traditionnelles perdent leur sens, comme si les mots ne voulaient plus rien dire, ou qu’à les utiliser à toutes les sauces (comme le mot « racisme », entre autres), ils finissent par signifier tout et n’importe quoi, et devenir carrément in-signifiants.

Commentaires

  • pierre-yves dubreuil, 10 mai 18h06

    Très bienvenu comme article !

    En effet chacun a sa propre définition de gauche et de droite, ce qui crée un fouilli intellectuel et idéologique sans mesure. D’ailleurs, quand j,entends ces termes, mon cerveau se met automatiquement à ’’off’’ (si je continue de lire) de lui-même sans que je ne lui autorise !

    De plus, on sait pas si quelqu,un est polarisé en fonction du moyen ou de la finalité. Par exemple, un parti politique propose le service militaire obligatoire pour obtenir la liberté. Est-ce de droite ou de gauche ? est-ce contraignant ou libérateur ? la moitié va dire que c’est contraignant et l’autre libérateur.

    Aussi, certains n,ont pas de parti pris, mais choisissent un camp pour empêcher l’autre camp d’avoir trop de pouvoir. Alors on est de gauche pour contrer la droite ou vice versa, parce que dasn le fond, on est au centre...

    Au moins, si il y avait une charte de définitions avec exemples (sans que ça devienne une bible bien sûr) au moins, même si tout le monde n’était pas d’accord, car la plupart ne serait pas d’accord évidemment, ça serait clair pour tous et on pourrait donner un sens à des textes d’opinion. Même s’il existait plusieurs chartes, on saurait à quoi on se réfère en nommant celle que l’on veut.

    Mia soyons honnête, les ’’gens qui ont trop de pouvoir et d’argent pour leurs capacités’’ n’ont pas intérêt à voir une limpidité dans le débat public, qui ne doit servir qu’à antagoniser les gens à la folie et à la confusion (donc la peur).

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