«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Pourquoi être Québécois ? Pour être comme nous tous

Être Québécois, une question d’appartenance à l’identité culturelle

Celui qui la refuse et s’abstient l’amenuise

Tribune libre de Vigile
mercredi 26 décembre 2012
1 636 visites 9 messages


Appartenir à l’identité culturelle québécoise, c’est participer au quotidien aux mille aspects de notre univers. Des exemples ?

Découvrir Claude Gauthier à 20, 30 ou 40 ans et avoir envie d’aller le voir en spectacle. Regretter le départ prématuré de Sylvain Lelièvre qui a su si bien chanter sa ville natale. Avoir lu plus d’un bref roman intimiste de Gilles Archambault. Faire de la raquette en sentiers. Avoir lu la vie ou des poèmes de Saint-Denys Garneau . Savoir qu’Anne Hébert était sa cousine.

Lire les plaques commémoratives dans les rues de Québec. Réveillonner en famille avant la Messe de minuit. Regarder le Bye-bye et trouver que c’était bien meilleur avant. Emmener les enfants au Roi de la Patate le dimanche après-midi. Différencier le style d’Angèle Arsenault et d’Angèle Dubeault et les apprécier toutes deux. Voyager en France plutôt qu’en Angleterre.

Aller à Las Vegas pour voir Céline Dion ou le Cirque du Soleil, mais pas pour jouer. Avoir vu la série D’Iberville enfant. Regarder la version québécoise de « The price is right » plutôt que l’américaine. Donner le surplus à la Saint-Vincent-de-Paul. Attendre qu’un film soit offert en version française pour le voir. Être figurant au Carnaval de Québec. Fredonner « Le petit renne au nez rouge » plutôt que « Rudolph the red-nosed reindeer ».

Reconnaître Yann Perrault au passage sur un trottoir du Plateau. Apprécier Coeur de Pirate et Brigitte Boisjoli même si on n’aime pas les tatouages. Lire Voir ou regarder l’émission. Suivre les chroniqueurs nationalistes dans les journaux. Copier un disque américain mais acheter le québécois. Trouver que les comédiens Michel Côté et Luc Picard se ressemblent et les confondre à l’occasion. Trouver que Serge Postigo chante pas mal bien pour un comédien.

Trouver aussi jolie que talentueuse la percussionniste Mélissa Lavergne à Belle et Bum. Regarder la météo pour la charmante Colette de TVA plutôt que la fille de CTV. Rêver d’aller passer tout un été aux Îles-de-la-Madeleine et en rapporter le Pied-de-Vent. Apprendre que la moitié des Québécois ont du sang acadien et en être fier. Visiter les régions du Québec en vacances estivales. Avoir roulé sur une partie du Chemin du Roy de nos ancêtres.

Acheter un des vêtements de plein air Avalanche ou Kanuk parce qu’excellents et fabriqués au Québec. Aller faire une retraite de quelques jours dans une de nos abbayes pour se ressourcer. Considérer que le Labrador nous appartient et qu’il nous a été volé par manigances. Sortir nos vieux disques de chansons à répondre durant le temps des Fêtes. Avoir le sens de la famille. Adorer les Faces à claques.

Épingler au mur une affiche de Marie-Mai si on est ado. Regarder Cornemuse si on est enfant. Aller pique-niquer sur les Plaines ou sur le Mont-Royal. Aller voir Fabrice Luchini en prestation solo. Savoir que la version du Boléro de Ravel de l’OSM demeure la référence dans les guides. Tiquer lorsqu’on entend parler anglais ailleurs qu’à Montréal (tiquer même à Montréal). Savoir que Gilles Valiquette est un collectionneur invétéré des Beatles. Rêver d’un chalet au bord d’un lac.

Savoir que Sophie Lorain est la fille de (Moi et) l’autre. Rire des coups montés d’Infoman. Lire les articles de Normand Lester. Se reconnaître dans les personnages bien de chez nous dans Babine de Fred Pellerin. Être fier que le fantaisiste Stéphane Rousseau joue dans les films d’Astérix. Suivre nos téléromans (Les Parents, Yamaska, etc).

Assister aux concerts commentés par l’inénarrable Edgar Fruitier. Avoir vu le Déclin de l’empire américain de Denys Arcand et sa suite. Connaître les participants de Star Académie. Avoir voté Oui 1 ou 2 fois. Ne pas considérer la reine d’Angleterre comme la nôtre. Aller fureter dans les centres d’art actuel pour voir ce qui s’y fait. Vivre comme une aventure les pièces marathon de Robert Lepage.

C’est à travers la fenêtre panoramique que nous ouvrent tous ces gens que nous voyons et comprenons mieux le monde, avec cette touche québécoise qui nous rend si uniques et si beaux. C’est en restant entre nous qu’on est bien ensemble, une société complète en soi, riche, nourrissante et satisfaisante sous tous les rapports et qui n’a besoin d’aucun apport extérieur pour évoluer comme si elle souffrait d’une carence vitaminique quelconque.

Chaque nation est un microcosme d’une manière de vivre affinée comme un bon fromage d’Oka au fil du temps qui nous transmet l’essentiel dans une continuité qui nous fait durer envers et contre tout.

Comme on vient de le voir, l’appartenance à l’identité culturelle québécoise se décline de mille et une façons. On y participe sans se faire prier, tout naturellement, c’est la nôtre et on l’aime ainsi. Elle nous reflète fidèlement et nous la renforçons chaque fois que nous y prenons part. Nous la nourrissons et la faisons grandir en contribuant à son essor. Elle est une source de fierté inaltérable, une affirmation au reste du monde de qui nous sommes en tant que peuple tricoté serré et qui tient à le demeurer pour l’amour de son épanouissement collectif.

Vive le Québec des Québécois.

Réjean Labrie, Québec

Référence : Achetons Québécois : http://www.achetonsquebecois.com/

Les 115 épigraphes de la ville de Québec : http://www.ville.quebec.qc.ca/patrimoine/epigraphes/index.aspx

Commentaires

  • S Sauvé, 2 juillet 2013 16h11

    Merci pour cette contribution.

    Être Québécois, c’est un projet de tous les instants.

    Je me rappelle en voyage, combien les gens me disaient aimer les Québécois qu’ils avaient rencontrés. L’enthousiasme, l’ouverture, la chaleur, le goût de l’autre...

    ...bien d’accord avec St-Augustin, Aime et fais ce que tu veux.

    Je nous souhaite d’aimer et créer de cet amour...

  • Louis Méthé, 31 décembre 2012 15h16

    Je n’aime pas beaucoup ce genre de liste de critères qui permettent soi-disant d’évaluer si quelqu’un est québécois ou non.

    Personnellement je me moque complètement que Stéphane Rousseau ait joué dans le film Astérix. Honnêtement je pense qu’au test je n’obtiendrais pas la note de passage.

    Pour moi être Québécois c’est s’identifier à ce coin de pays et avoir à cœur son développement autant culturel qu’économique.

    C’est tout.

    Comme disait Saint-Augustin (paraît-il) : aime et fais ce que tu veux.

  • jacksonpollock, 29 décembre 2012 14h07

    Relu par curiosité le texte cité par Noel.

    2 ans plus tard, toujours les mêmes histoires et patentes.

    Consternant de passer ses journées à écrire des considérations sur X est plus Québécois que Y parce que Z est comme ci ou pas comme ca, faut vraiment être étroit.

    Denise Bombardier a de l’accent, etc, pas lui mais l’autre.

    Celui la il est noir il a pas le droit a un coeur mécanique et l’autre il est jaune pas le droit a un dentier et celui la il est rose etc,

    Ca fait pitié

  • jacques noel, 28 décembre 2012 15h57

    J’ai déjà fait un texte du genre :

    http://www.vigile.net/Qui-est-Quebecois

  • François-Xavier Archambault, 28 décembre 2012 14h34

    Bravo M. Labrie pour cette idée innovatrice, celle de l’importance de la participation à l’identité culturelle de son peuple.

    Votre méthode énumérative a ceci de beau qu’elle nous fait comprendre ce que c’est que d’être Québécois en même temps qu’elle fait de la notion de l’apppartenance à l’identité culturelle une source de fierté.

    Je savais que j’étais Québécois, je peux maintenant dire pourquoi. Car oui, j’y participe !

    François-Xavier Archambault

  • Marcel Haché, 28 décembre 2012 00h51

    M. Labrie.

    Bien des peuples ont pris leur destinée en main sans posséder le dixième de notre richesse culturelle, ni le centième de notre richesse matérielle…
    Et c’est bien pour gosser un ti-peu, que faites-vous du Canadien, M.Labrie, qui fait vibrer tout un peuple, oui, oui, le CH, le même CH qui fait facilement frémir le peuple de Québec, lui toujours en attente de ses Nordiques ?

    Est-ce que la « rivalité » qui Nous manque tellement n’est pas précisément cette communion à lui-même de tout un peuple, mais par le « sport », communion à laquelle bien des nouveaux arrivants pourraient commencer facilement leur communion avec Nous ? Si cela était, Nous aurions grand tort de sous-estimer le hockey comme lieu de rassemblement culturel. Surtout, si cela était… Nous pourrions peut-être comprendre toute l’histoire du départ des Nordiques. Qui sait si les motivations de ce départ ne ressembleraient pas un ti-peu aux mêmes motivations POLITIQUES des mêmes « zautorités », qui empêchent la constitution d’une équipe nationale de hockey Québec sur la scène internationale ? Tout se tient. Le « sport », c’est aussi de la culture.

    Si Céline Dion a assez de cran pour s’identifier au Québec jusqu’à Las Vegas, pourquoi serait-il interdit à nos joueurs de hockey de porter nos couleurs ? Mais s’ils doivent porter les couleurs du Canada, qu’est-ce qui pourrait empêcher alors ceux qui le voudraient parmi les joueurs, de porter discrètement une petite fleur de lys sur le chandail de l’équipe Canada ? Qu’y aurait-il d’offensant à porter discrètement la couleur Québec ?

  • Michel Bélisle alias Didier, 27 décembre 2012 16h28

    Monsieur Labrie,

    Ce que vous ne comprenez pas, c’est que le Marché n’en a rien à cirer de l’identité québécoise. Le Marché a besoin de ressources humaines point. Et le Marché se fout de l’identité ethnique, linguistique et culturelle de la ressource humaine en question.

    Et c’est le Marché qui domine la société québécoise.

  • Élie Presseault, 27 décembre 2012 16h04

    « Avoir lu plus d’un bref roman intimiste de Gilles Archambault. Faire de la raquette en sentiers. Avoir lu la vie ou des poèmes de Saint-Denys Garneau . Savoir qu’Anne Hébert était sa cousine. »

    Je n’ai pas tellement lu Gilles Archambault. Mais je sais qu’il est bon dans ce qu’il fait, oui. Faire de la raquette, pas tellement non, mais ça doit être de quoi à vivre, oui ! Pour ma part, une bonne partie de la session fut consacrée à souligner l’apport de Hector de Saint-Denys Garneau et d’Anne Hébert au sein de la littérature québécoise. J’ai déjà fait deux travaux sur chacun d’entre eux et j’ai mentionné Hector dans chaque travail que j’ai fait sur la poésie québécoise moderne.

    « Rêver d’aller passer tout un été aux Îles-de-la-Madeleine et en rapporter le Pied-de-Vent. Apprendre que la moitié des Québécois ont du sang acadien et en être fier. Visiter les régions du Québec en vacances estivales. Avoir roulé sur une partie du Chemin du Roy de nos ancêtres. »

    Je ne me suis pas contenté d’en rêver des Îles-de-la-Madeleine, pour ma part. Il faut parfois un peu de chance pour les avoir vues au moins une fois dans sa vie. Quant au Chemin du Roy, je l’ai parcouru sur sa presque totalité en bicyclette. C’est une expérience à faire et qui nous recueille à la terre de nos ancêtres.

    « Comme on vient de le voir, l’appartenance à l’identité culturelle québécoise se décline de mille et une façons. On y participe sans se faire prier, tout naturellement, c’est la nôtre et on l’aime ainsi. Elle nous reflète fidèlement et nous la renforçons chaque fois que nous y prenons part. Nous la nourrissons et la faisons grandir en contribuant à son essor. Elle est une source de fierté inaltérable, une affirmation au reste du monde de qui nous sommes en tant que peuple tricoté serré et qui tient à le demeurer pour l’amour de son épanouissement collectif. »

    Sans se faire prier... ça dépend de l’expérience de chaque personne que nous sommes. Tout ce que je sais, c’est que je suis Sourd Québécois. Ces deux facettes de mon identité font en sorte que je médite sur nos horizons. Il nous faut prolonger à notre manière l’importance de participer à la vitalité de notre culture. Merci de nous en témoigner, M. Réjean Labrie.

  • RenéP., 27 décembre 2012 16h03

    On peut faire tout cela mais ça ne veut pas dire pour autant qu’on est Québécois. Etre vraiment Québécois c’est plutôt accepter de mettre sa sécurité et son confort en jeu pour libérer le peuple québécois de la domination canadienne.

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