«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le cœur du scandale : le financement du PLQ sous Jean Charest

COMMISSION CHARBONNEAU

Et les contacts, eux ?

samedi 6 septembre 2014

On a maintenant bien compris que les amitiés de M. Accurso dans le monde syndical, qui lui mangeait dans la main, et au municipal lui ont été fort profitables. La cour est pleine à ce sujet. Pourquoi la commission Charbonneau ne s’intéresse-t-elle pas davantage à ses « petits contacts » : ceux de Québec et de la mafia ?

On a beau ne pas avoir de sympathie particulière pour Tony Accurso, son exaspération de fin de journée vendredi sonnait juste : oui, bon, il a un bateau, il y invite ses chums, toujours les mêmes, tous ceux auxquels la commission Charbonneau a encore une fois consacré une bonne partie de l’après-midi à décliner la liste de leurs séjours sur le Touch.

Mais il n’est pas le seul au Québec à recevoir à grands frais dans ses lieux privés : le Sagard des Desmarais sert exactement aux mêmes fins (et encore, on n’est même pas sûrs que ce soit juste des amis qui y sont reçus !), tout comme le condo en Floride de Marc Bibeau, argentier du Parti libéral du Québec… Les fait-on venir en commission d’enquête pour autant ? a fait valoir M. Accurso devant la commissaire France Charbonneau, qui pinaillait sur ses propos en les interprétant tout de travers.

Cette obsession, de fait, surprend, car pendant ce temps, on a à peine effleuré les très troublants « petits contacts » de M. Accurso avec la mafia : comment et à quel prix ces liens étaient-ils gérés ? Quel impact cela a-t-il eu sur ses affaires ?

Quant au financement des partis politiques, la commission s’en tient à la surface. M. Accurso n’est pas heureux de se retrouver devant la commission Charbonneau, qui fut nourrie par les révélations d’un Jacques Duchesneau. Il ne faut donc pas s’étonner qu’il y lâche une bombe, comme celle concernant le montant de 250 000 $ qu’il affirme avoir versé à M. Duchesneau pour éponger ses dettes après son humiliante défaite lors des élections municipales montréalaises de 1998. M. Accurso ne pouvait rien prouver, M. Duchesneau a nié avec véhémence. Il y a bien des vérifications à faire dans ce jeu du « qui dit vrai » avant de trancher.

Ce qui devient ainsi occulté, c’est le véritable point fort de la journée : celui du financement du PLQ sous Jean Charest. Marc Bibeau, argentier du parti, sollicitait ; Tony Arcuso, grand entrepreneur, donnait. Des centaines de milliers de dollars qui transitaient par des prête-noms (qu’on n’appelait pas ainsi dans ces années fastes, a précisé plaisamment le témoin). Ce fut exposé sans fioritures. Là où, en juin, on a vu l’ancienne députée libérale Violaine Trépanier, qui fut directrice du financement du PLQ, tourner autour du pot lorsqu’interrogée par la commission, soutenant contre toute vraisemblance que les dons au parti étaient faits par des individus, non par des firmes de constructeurs ou d’ingénierie, Tony Accurso, lui, a dit les choses brutalement : « Personne ne va donner 3000 $ par conviction, surtout si le gars gagne 35 000, 40 000 ou 50 000 $. » De fait.

Alors on se questionne : comment expliquer l’explosion des dons des entreprises de M. Accurso au PLQ à partir de l’élection de M. Charest comme premier ministre en 2003 ? Il achetait la paix ou des contrats ? Et quels étaient au juste ses rapports avec M. Bibeau, si souvent décrit dans les reportages comme l’homme de l’ombre qui a fait la pluie et le beau temps, nominations partisanes incluses, au sein du PLQ de M. Charest ? Ce n’est pas parce qu’il n’est pas allé sur le Touch que la commission Charbonneau doit se sentir dédouanée de creuser cette piste !

La commission achève son interrogatoire de M. Accurso en lui laissant toujours une bonne part d’ombre. C’est une curiosité de journaliste qu’il faudrait maintenant voir à l’oeuvre plutôt que ce feu d’artifice qui explose vite, mais ne laisse rien derrière.


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