«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Pee-Wee Trudeau s’est auto-pelure-de-banan-isé

Entre classe moyenne et banquiers

samedi 10 décembre 2016

Comment le premier ministre Justin Trudeau qui promettait de défendre la classe moyenne peut-il se retrouver accusé d’avoir obéi au doigt et à l’œil aux banquiers ? C’est la question que bien des gens se posent, même chez ses alliés libéraux du Québec.

Ce chapitre du projet de loi C-29 qui soustrait les banques de l’application des lois de protection des consommateurs des provinces n’aurait jamais dû exister. Pourtant, il vient d’être adopté par la Chambre des communes. Les banques ont demandé une protection moindre pour les consommateurs et le gouvernement libéral leur a livré la marchandise.

Cette demande des banques n’est pas nouvelle. Les conservateurs avaient plié au même lobby il y a quelques années. Puis voyant la réaction populaire, ils avaient immédiatement reculé. Les libéraux de Justin Trudeau ont maintenu le cap. Certains y voient l’influence du ministre des Finances Bill Morneau, très proche de Bay Street.

Banques punies

Les banques canadiennes réagissaient à l’arrêt Marcotte, cette décision de la Cour suprême qui confirmait que les provinces ont un pouvoir constitutionnel de protéger les consommateurs même si les banques sont de juridiction fédérale. L’arrêt Marcotte concernait des frais et comportait des millions de dollars en dédommagement aux clients.

J’imagine bien que les lobbyistes des banques ont dû frapper à la porte des élus fédéraux pour faire changer la loi après cette décision qui les effrayait. Cependant, notre gouvernement n’avait pas le droit de céder et de leur faire ce cadeau.

En le faisant, Justin Trudeau commet deux erreurs. D’abord, il joue la carte du fédéralisme centralisateur en tentant de contourner le pouvoir des provinces. Deuxièmement, il sacrifie la protection des consommateurs, une erreur particulièrement grave dans le domaine bancaire.

Que vous les aimiez ou non, tout le monde est forcé de faire affaire avec les banques en 2016. Cela accroît le devoir de protection des usagers. De surcroît, les banques canadiennes sont énormes. Devant ces géants, le consommateur de la classe moyenne, celui qui ne brasse pas de millions, se trouve bien vulnérable.

Chicane Québec/Ottawa

Le gouvernement du Québec ne veut rien savoir de la nouvelle loi. Il est même prêt à la contester jusqu’en Cour suprême. Monsieur Couillard refuse cependant de dire s’il a informé personnellement et directement Justin Trudeau de son mécontentement.

Mais le gouvernement québécois n’aura peut-être même pas à se battre. Fait inusité, il se pourrait bien que le projet de loi en question frappe un mur au Sénat. Plusieurs sénateurs ont déjà annoncé leur intention de proposer l’annulation des articles de loi qui priveraient les consommateurs d’une protection.

Le Sénat pourrait bloquer la loi. Vous imaginez le joli bourbier dans lequel s’est placé Justin Trudeau ? Lui qui se présentait en héros de la classe moyenne se retrouve dans le rôle du méchant qui défend les banques. Et il négocie maintenant des compromis avec le Sénat, jadis conspué, qui se retrouve maintenant dans le rôle du preux chevalier à la défense de la classe moyenne.

Quelqu’un crie : « Vive le Sénat » ?

 


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