«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Un texte primordial pour comprendre la situation

Énergie Est : faire tomber des masques

Tribune libre de Vigile
vendredi 9 septembre 2016
669 visites 3 messages

Dernièrement, Michel Trépanier président du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction et Stéphane Forget président-directeur général intérimaire de la Fédération des chambres de commerce du Québec affirmaient qu’« il serait maladroit de ne pas prendre en considération l’impact économique d’un tel projet »1.

Alors, allons-y.

Subventions qui faussent la donne

En 2015 le FMI évaluait à 5,3 milliards de dollars les subventions que touche l’industrie pétrolière dans le monde2 . Au Canada en 2010, c’est 2,8 milliards $ que leur donnent les gouvernements3 . En 2015, on4 estimait à 1,3 milliard de dollars ce que leur accorde à lui seul le palier fédéral. Ce Canada qui participe à la COP21 et qui prétend vouloir réduire ses émissions de GES…

« Le versement de ces subventions faramineuses aux combustibles fossiles faussent les marchés et affaiblissent les économies… » nous rappelle Nicholas Stern5 , économiste à la London School of Economics. On en arrive ainsi à croire que le coût des énergies vertes est beaucoup trop élevé par rapport au prix du pétrole, repoussant ainsi l’inévitable transition.

Création d’emplois ?

Bien que sur son site web6 TransCanada parle pour le Québec de la création de 33 emplois directs par année, les porte-parole de la coalition patronale et syndicale Trépanier-Forget nous font miroiter « plus de 14 000 emplois directs et indirects créés sur une période de neuf ans, dont le quart serait au Québec »7 .

Détourner les montants accordés en subventions, des énergies fossiles vers les secteurs des énergies renouvelables, des transports en commun et de l’efficacité énergétique entraînerait la création de 17 000 à 20 000 emplois soutient Naomi Klein8 .

Ce qu’affirme aussi la FTQ9 .

Mieux encore, dans Le Québec économique V, sous la direction de Luc Godbout, l’économiste Serge Coulombe évalue que « dans les deux économies (Québec, Ontario), l’importance des exportations manufacturières dans le PIB a chuté de près de 30 % au cours de la période (2001 à 2008)10 » conséquence directe de l’appréciation du dollar canadien due principalement à l’exportation pétrolière, ce qu’on appelle communément le mal hollandais. Le prix du pétrole étant maintenant à la baisse, non seulement l’Alberta est en déficit, mais le Québec et l’Ontario n’ont toujours pas réussi à reprendre le terrain perdu.

Retombées fiscales ?

Ces subventions versées aux énergies fossiles sont supérieures aux impôts que verse cette industrie estime l’Institut Pembina11 . Des sommes quasi équivalentes au budget total d’Environnement Canada, ajoute le même institut.

Quant à lui, le FMI estime que ces « taxes appliquées à l’énergie ne sont pas suffisantes pour compenser tous les effets négatifs de la surconsommation d’énergie, notamment sur l’environnement ; autrement dit, les externalités sont laissées à l’État »12 … et les profits aux pétrolières.

Aucune surprise : en 2014, le magazine Canadian Business nous apprenait que TransCanada Corp, Canadian Natural Resources Ltd, Enbridge Inc et Suncor Energy In se retrouvent parmi les 10 entreprises qui paient le moins d’impôts au Canada13 .

D’ailleurs, dans Paying taxes 201614 , sur 189 pays, la Banque mondiale et PricewaterhouseCoopers, classent le Canada au 9e rang des pays qui taxent le moins la grande entreprise alors que les États-Unis se situent au 53e rang de ce même palmarès.

Un investissement à long terme

L’an dernier, Marc Carney, gouverneur de la Banque d’Angleterre, autrefois gouverneur de la banque du Canada, servait aux Canadiens une sévère mise en garde15 : « Si les entreprises tenaient honnêtement compte du coût réel lié à un arrêt du réchauffement climatique, la vaste majorité des réserves mondiales de pétrole, de gaz et de charbon ne seraient jamais extraites du sol. Il faudrait renoncer à les extraire… Plusieurs des oléoducs que l’on prévoit construire pour transporter ce pétrole ne seraient plus nécessaires. Enfin, la valeur marchande des entreprises prêtes à exploiter ces réserves s’effondrerait. »

« Le nombre d’événements climatiques extrêmes a triplé ces quelques dernières décennies… et le coût des réclamations attribuables à ceux-ci a été multiplié par cinq pendant cette période16 » nous rappelle M. Carney.

On estime la durée de vie d’Énergie Est à au moins 40 ans17 .

Un rien peut tout faire basculer quand on met tous ses œufs dans le même panier. En avril 2016, suite à la baisse des prix du pétrole, le déficit de l’Alberta se chiffrait à 2500 $ par habitant, celui de Terre-Neuve à 3400 $ alors que celui du Québec se situait à… 306 $ par habitant18.

Une certaine « gouvernance »

S’il est « normal » que les chambres de commerce et certains syndicats fassent passer le bien de leurs membres avant le bien commun, qu’en est-il d’un État qui semble plus près des intérêts de la grande entreprise que de ceux de ses citoyens ?

Jean-Yves Proulx
Trois-Rivières


Commentaires

  • Blondin Michel, 14 septembre 2016 10h58

    Le Canada nous fait la morale. Nous boudons l’achat "Canadians", aider les producteurs de l’ouest grâce à leur pipeline pour véhiculer leurs pétroles alors que le Sud de l’Ontario achète la majorité de son gaz naturel des Américains au lieu de celui de l’ouest "canadians".

    http://business.financialpost.com/news/energy/a-battle-brewing-in-toronto-could-decide-the-future-of-canadas-natural-gas-industry?__lsa=9d4c-a7cf

    Si je comprends bien le Business Financial Post, les Ontariens ne sont pas très canadiens quand il s’agit de choisir l’achat du gaz. Ils choisissent celui des Américains plutôt que de l’ouest canadien.

    - Les Américains ont refusé le pipeline de Key stone qui aurait été le plus économique ( autour de 3$ le baril) ;

    - la Colombie-Britannique a refusé le projet qui aurait coûté un peu plus cher le baril
    - Et celui du Québec, le plus cher le baril ( autour de 10$ le baril) a aussi les coûts reliés aux risques environnementaux les plus élevés.

    L’Ontario choisi ses intérêts avant le Canada et nous il faudrait choisir le Canada avant nos intérêts

    Pourtant l’Ontario reçoit aussi de la péréquation !
    Alors pourquoi on nous fait la leçon sur la péréquation

    Maudit préjugés !

  • Normand Bélair, 10 septembre 2016 16h39

    Voilà un dossier, à ne pas lâcher par les indépendantistes !
    Imaginez, on attend, et encore on attend !
    Toujours en attente dans ce pays canadien !
    Alors, chers candidats péquistes, quand allez-vous prendre le bâton de pèlerin pour vous mettre de travers de cette mascarade des fédéralistes ?
    Non seulement sur le fond du sujet, le pétrole ; mais bien sur la mesquinerie, le mensonge de cette commission !
    Quoi ? Il n’a pas là, assez de viande ?

    Hmmm ?

  • François A. Lachapelle, 9 septembre 2016 20h56

    Quelles hypocrisies (au pluriel) l’industrie et ses valets nous servent-ils au sujet du projet d’oléoduc Énergie Est ? Leurs "tuyaux" coulent de partout. Jean-Yves Proulx a raison de faire valoir que nous sommes perdant AUSSI sur le plan économique avec le pétrole lourd des sables bitumineux.

    De manière sans gêne, c’est l’Office national de l’énergie dont le siège est à Calgary qui tripote les messages en mensonges sans penser que la population ne sera pas dupe. Même son président Peter WATSON se compromet avec deux commissaires auprès de Jean Charest, lobbyiste de TransCanada, pour apprendre quoi sur le Québec ? Il est vrai que Calgary est loin du Québec, très loin, très distinct . . .

    Comme l’auteur Proulx le mentionne dans son paragraphe des "Retombées fiscales ?", les pétrolières dans les sables bitumineux profitent de subventions gouvernementales et passent jamais à la caisse ou très peu. Proulx écrit, je cite : « le FMI estime que ces « taxes appliquées à l’énergie ne sont pas suffisantes pour compenser tous les effets négatifs de la surconsommation d’énergie, notamment sur l’environnement ; autrement dit, les externalités sont laissées à l’État »xii… et les profits aux pétrolières. »

    La catastrophe de juillet 2013 en plein centre-ville de Lac-Mégantic a engendré des factures totalisant plus de 409 M$ (partiel) en date de mai 2014 ( LaPresse.ca , " Lac-Mégantic : un demi-milliard de fonds publics pour régler la facture " Denis Lessard et Maxime Bergeron ) De ce montant, combien sera assumé par les compagnies pétrolières propriétaires du pétrole transporté par le train de 69 wagons ? ZÉRO. La facture sera assumée par les deux paliers de gouvernement.

    Combien d’années en taxation des pétrolières concernées le 409 M$ représente-t-il ? Comme dit l’auteur Proulx, "les externalités sont laissées à l’État", équivalent de dire laissées aux payeurs de taxes. Sous un autre angle, ce 409 M$ aurait été nécessaire pour rénover nos écoles et agrandir nos salles d’urgence d’hôpitaux.

    Pendant que nos services publics de base, écoles et hôpitaux, étouffent dans des établissements désuets, malpropres et laids, des pétrolières gaspillent notre environnement sur une échelle continentale. Ces sociétés pétrolières font la démonstration en continu de leur incurie et de leur incompétence à réparer leurs pots cassés. Cela s’appelle Exxon Valdez et des centaines d’autres naufrages, cela s’appelle Lac-Mégantic où des trains-bombes circulent encore en 2016, cela s’appelle en juillet 2016 un déversement de 250 000 litres dans la rivière Saskatchewan privant la ville de Prince Albert de sa prise d’eau potable, et l’industrie continue sa pavanne avec l’oléoduc Énergie Est.

    Quand nos gouvernements s’éveilleront-ils avant la prochaine catastrophe qui coûtera des centaines de millions et des milliards de soucis à des millions de citoyens ? Et on n’a pas parlé des conséquences planétaires du réchauffement climatique en marche. Chères pétrolières, qui mourra le premier, vous ou nous ou les deux ?

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