«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Sabotage à grande échelle en cours !

Le mouvement parisien « Nuit debout » n’est qu’un écran de fumée

Dormir debout

Quand la jeunesse désillusionnée est prise en charge par les magiciens de l’agit-prop

Chronique de Patrice-Hans Perrier
jeudi 5 mai 2016
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L’auteur de ce billet est un journaliste indépendant qui surveille la scène politique des deux côtés de l’Atlantique. Et, de fil en aiguille, l’analyse cèdera bientôt la place à la littérature dans son plus simple appareil.

Un nouvel événement, baptisé « Nuit debout », explosait sur la Place de la République, à Paris, le 31 mars dernier. Mis en scène par des gauchistes issus de l’élite intellocrate française, le mouvement prend de l’expansion et fait parler de lui dans tous les grands médias de l’occident. Disant s’inspirer de mouvements tels qu’Occupy Wall Street, ou Los Indignados, les promoteurs de ce « printemps français » ont profité de la contestation spontanée de la nouvelle loi française de réforme du Code du travail, imposée par la ministre El Khomri, pour mettre en scène un grand « happening » destiné à canaliser le désarroi d’une jeunesse paumée et laissée pour compte par l’appareil politique en place.

À une époque où le Front national de Marine Le Pen parvient à drainer une part croissante de l’électorat des moins de 35 ans, voilà que les intellocrates qui gravitent autour du Parti socialiste ont décidé de créer un nouveau dispositif d’ingénierie sociale afin de changer la donne. Déjà, avec le mouvement des Charlots, et toutes ses déclinaisons médiatiques, le pouvoir en place avait réussi à créer un effet d’entraînement au sein d’une jeunesse qui, hélas, est trop souvent victime de la psychologie de la foule. La jeunesse, c’est bien connu, éprouve un irrésistible attrait face aux mouvements collectifs et souhaite pouvoir s’agréger à des expériences qui lui permettront d’affirmer sa différence, tout en contribuant à « changer le monde ».

La résurgence d’un gauchisme au service de l’oligarchie

La gauche caviar et la droite « cul-cul praline » ayant perdu toute crédibilité auprès de la jeunesse, il devient donc urgent de tabler sur la psychologie des masses afin de générer de faux événements qui permettront de canaliser les énergies en présence et de faire en sorte que le mécontentement populaire soit réorienté.

On assiste à une répétition du tristement célèbre Mai 68, dans un contexte où les tenants du mondialisme savent qu’ils ne disposent plus d’une grande marge de manœuvre pour contraindre la population à adopter leur plan de match. À l’époque, le général de Gaulle voulait restituer à la France toute sa souveraineté en faisant en sorte de désengager les Forces armées françaises du Commandement intégré de l’OTAN, en rapatriant une part considérable des réserves d’OR de la nation et en adoptant une position neutre au Moyen-Orient. Mal lui en prit. Toute la contestation estudiantine, démarrant autour de la Sorbonne, sera utilisée comme un écran de fumée, avec des Daniel Cohn-Bendit désignés comme « leaders naturels » qui auront pour principale tâche de paralyser la France au grand complet. Les forces ouvrières et prolétaires, la paysannerie et les travailleurs autonomes seront temporairement séduits par un « appel aux armes » qui s’avèrera être une mascarade mise-en-scène avec l’aide des services secrets américains.

On connait la suite … l’équipe Pompidou-Giscard-Rothschild prendra la relève afin de mettre un terme au pouvoir régalien de battre monnaie en adoptant la loi de janvier 1973 sur la Banque de France. À partir de ce moment fatidique, la Banque de France ne pourra plus prêter à l’État sans intérêt ou à des taux très faibles. Ce qui conduira le gouvernement français à contracter des emprunts auprès des marchés financiers privés lors de la mise en œuvre de grands projets d’infrastructure par exemple. Toutefois, ce n’est qu’en 1993, sous la houlette du Traité de Maastricht, que l’interdiction d’emprunter à la Banque de France sera gravé dans le marbre des dispositions qui règlent le Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE). L’Union européenne devenant une matrice destinée à neutraliser les capacités régaliennes des états de l’Europe de l’ouest, la France sera de plus en plus dépendante des décisions financières prises au sein de la City de Londres et de Wall Street. Les effets délétères de cette confiscation sauvage ont atteint des proportions sidérantes alors que la dette publique française s’élevait à plus de 2 000 milliards d’euros en 2014. Rappelons que nos cousins de l’Hexagone ont déjà été saignés pour plus de 1 400 milliards d’euros d’intérêts depuis la mise en orbite d’une loi qui aura permis aux puissants conglomérats financiers et bancaires de spolier les finances publiques françaises.

Créer une crise sociale afin d’accélérer une prise de contrôle politique

Or donc, tout ce mouvement dit de Mai 68 aura pour effet de créer une crise sociale qui débouchera sur un cul-de-sac politique et constitutionnel qui aura pour effet de forcer le Général de Gaulle à quitter ses fonctions de président de la République. Les alliés objectifs de Jean Monnet, et de tous les architectes de la construction européiste, s’appuieront sur toute cette agitation sociale pour frapper la France au cœur même de sa souveraineté. Il s’agissait de briser en morceaux les acquis du Conseil national de la Résistance (CNR) – une alliance mettant en scène toutes les forces politiques françaises engagées dans le processus de résistance à l’occupation nazie et qui allait se transformer en puissant pacte socioéconomique aux lendemains de la libération – afin de mettre un terme à la cohésion d’une France qui avait su renouer avec son legs patriotique.

La « gauche-caviar » reprendra la main avec l’élection du traître Mitterrand en 1981, réutilisant les concepts libertaires de Mai 68 afin de mieux berner le peuple de France. L’opération SOS Racisme sera mise de l’avant, quelques années après l’accession des socialistes au pouvoir, afin de cristalliser l’énergie de la génération X plongée en plein désarroi face à une crise économique sévère et à la montée en flèche d’une nouvelle droite conservatrice (néoconservateurs) belliqueuse. Il s’agira pour Mitterrand, et son fidèle conseiller Jacques Attali, de façonner de nouvelles « politiques sociétales » prenant appui sur un communautarisme florissant afin de faire avaler la pilule du chômage de masse.

L’Opération « Je suis Charlie » est une réédition par le pouvoir socialiste français de ce système de captation des frustrations populaires par le truchement d’une formidable campagne d’ingénierie sociale. « Nuit Debout » c’est l’aboutissement de toute une suite d’opérations du même acabit afin de mettre en scène un climat de crise sociale propice à des changements politiques menés derrière les coulisses. Il va de soi que la colère estudiantine et la montée des mouvements de protestation correspondent à un légitime désir de changement dans un contexte où l’oligarchie financière et les bourgeoisies compradores luttent pour maintenir leur domination. Comme en Mai 68, les acteurs en présence se révoltent contre des lois abusives (destruction de la protection sociale et mise sous le boisseau des libertés constitutionnelles) et prennent d’assaut le domaine public à défaut de pouvoir compter sur une classe politique qui a été complètement anesthésiée par le grand capital. Toutefois, il s’agit d’un mouvement de contestation « sauvage », « spontanée », qui ne s’appuie sur aucune lutte ouvrière ou populaire, mettant en scène des idéologues (Frédéric Lordon et consorts) qui ont déjà leurs entrées dans le système de la représentation médiatique et intellocrate.

Un cul-de-sac idéologique

Le journaliste indépendant et analyste Thierry Meyssan se questionnait, le 20 avril dernier, sur l’énorme dispositif logistique et médiatique mis au service d’un mouvement soi-disant « spontané » qui n’a pas mis beaucoup de temps pour devenir l’événement de l’heure. Meyssan cite un extrait de l’appel concocté par « Convergence des luttes » – un comité faux-nez aux ordres des instigateurs de l’événement – afin de nous faire prendre conscience de la supercherie en cours :

« Ce mouvement n’est pas né et ne mourra pas à Paris. Du printemps arabe au mouvement du 15M, de la place Tahrir au parc de Gezi, la place de la République et les nombreux autres lieux occupés ce soir en France sont l’illustration des mêmes colères, des mêmes espoirs et de la même conviction : la nécessité d’une société nouvelle, où démocratie dignité et liberté ne sont pas des déclarations vides »

- Extrait de l’« Appel de la Nuit Debout », place de la République le 8 avril 2016, Paris

Nul besoin de chercher bien loin pour comprendre que nous sommes bel et bien en présence d’une forme de « printemps français » qui, après avoir été exporté en Belgique et au Québec, muera en « printemps de la francophonie ». Thierry Meyssan souligne que tous les événements cités par cet appel ont été « soutenus, sinon initiés par la CIA ». Et, le principal intéressé met en exergue quelques exemples : « le « printemps arabe », c’est le projet du département d’État de renverser les régimes laïques arabes et de les remplacer par les Frères musulmans. Le « mouvement du 15M », en Espagne, c’est la contestation de la politique économique des grands partis tout en affirmant l’attachement aux institutions européennes ». Tout le reste est à l’avenant… Meyssan va jusqu’à émettre l’hypothèse que Gene Sharp, un « ingénieur social » à la tête du Centre for Applied Nonviolent Action and Strategies (Canvas), pourrait être impliqué au premier chef derrière tout ce mouvement de troupe qui s’apparente aux préliminaires d’un coup d’état en bonne et due forme ! Et, de nous rappeler que l’action de Gene Sharp, appuyée par le département d’État des USA, vise, invariablement, à façonner des manifestations artificielles qui serviront de catalyseurs pour des changements de régime ou la stérilisation d’une opposition devenue encombrante (les patriotes, toutes obédiences politiques confondues en ce qui concerne la France et le Québec).

Les jeunes activistes qui s’activent, c’est le cas de le dire, dans le cadre de « Nuit debout » prennent la parole lors de commissions thématiques où sont débattus des thèmes farfelus qui ne remettent aucunement en cause les poncifs d’un néolibéralisme qui ne fait plus de quartier. Il est manifeste que nos oligarques aux commandes sont pressés d’en finir avec des notions telles que la « lutte des classes » ou la « souveraineté des nations ». Voilà pourquoi les activistes en lice prennent, invariablement la parole, à propos de la défense des minorités, de l’abolition des frontières, de la redéfinition des structures familiales et sociales, de la renaissance anticipée d’une « gauche » autant fantasmée que complice et de l’éviction du mouvement tout citoyen qui serait suspecté d’accointances avec un quelconque patriotisme. Car, c’est précisément de cela qu’il s’agit en bout de ligne.

L’ouverture des frontières est la panacée promise

L’état ne parvenant plus à contenir la masse des migrants qui déferle aux quatre coins de l’Hexagone, l’économie se dirigeant vers un crash anticipé depuis 2008 et la jeunesse ne voyant plus la lumière au bout du tunnel, vivement une « révolution colorée » pour distraire les masses et procéder, manu militari, au « changement de régime » qui s’impose. Ce n’est pas un hasard si Jean-Luc Mélanchon, sénateur fourbe qui a phagocyté la quasi-intégralité du programme du FN, annonce la mise en place d’une sixième République représentant l’avènement des « temps nouveaux ». Sous prétexte de rénover le « pacte républicain », en adoptant des mesures cosmétiques, et de libérer la France de la tutelle d’une Union européenne caduque, le leader du Front de Gauche propose un programme faussement patriote qui a le mérite de mêler les esprits tout en captant l’attention des médias dominants. Ce dernier pourrait, avec Emmanuel Macron, faire partie des « candidats providentiels » appelés à affronter Marine Le Pen au deuxième tour des présidentielles de 2017. Les candidats vedettes, presqu’exclusivement discrédités en raison de leurs participations à des opérations de financement politique douteuses, risqueraient de perdre des plumes face à une candidate frontiste qui n’a toujours pas eu l’opportunité de goûter aux « avantages marginaux » du pouvoir. Ainsi donc, il n’est pas impossible qu’un Scapin de la trempe de Mélanchon se retrouve au deuxième tour des présidentielles à rouler pour le compte de l’indélogeable oligarchie politique.

D’ici là, il faudra peser sur l’accélérateur pour que la jeunesse aux aboies réclame encore plus d’ouverture des frontières et focalise toute sa hargne en direction des patriotes de tous poils qui sont assimilés à de viles fascistes sans autre forme de procès. Puisque, ne l’oublions pas, la mise-à-mort de la souveraineté des nations est au cœur de tout ce processus d’ingénierie sociale et de prise de contrôle de la sphère politique. Il n’y a qu’à consulter les soi-disant sites « alternatifs » ou « citoyens » pour réaliser à quel point l’« accueil des migrants » et l’« abolition des frontières » représentent des invariants qui font office de profession de foi au cœur même d’un véritable dispositif de consentement collectif. Comme si les états nationaux – et le peu de prérogatives régaliennes qui leur reste – étaient les responsables de la délocalisation des centres de production, de la spéculation sur les marchés financiers ou de l’éclatement de conflits militaires qui sont destinés à redessiner la géographie du monde tout en faisant les choux gras du complexe militaro-industriel.

L’« ouverture » sur le monde, sur les autres et sur de nouveaux modes de vie apparaissant sous son vrai jour, c’est-à-dire comme une panacée destinée à préparer les esprits faibles à accepter l’inévitable, nous ne sommes pas surpris d’assister à un tel déferlement de colère haineuse à l’encontre de tout ce qui concerne le patriotisme sous toutes ses déclinaisons. Puisqu’il s’agit de préparer le terrain pour que soit, enfin, adoptés une poignée de traités transatlantiques qui permettront aux multinationales de l’Empire de faire main-basse sur les sédiments de ce qui constituait la charpente des nations occidentales. Pendant que les idiots utiles du grand capital, guidés par les faux-prophètes de l’alter-mondialisme (mouvements citoyens factices au service d’un mondialisme réel et effectif), s’en prennent aux places symboliques de la cité, d’autres activistes, moins scrupuleux et plus aguerris, procèdent aux dernières modifications à apporter afin que tout ce bouquet de traités mortifères se transforme en tombeau de nos souverainetés nationales.

Il est révélateur de consulter les articles de la presse anglo-saxonne dite « alternative » pour réaliser à quel point les médias de l’Empire sont bien mieux renseignés que les officines de la rectitude francophone. Alors que le très britannique « The Guardian » s’extasie face à cette « nouvelle révolution générationnelle », un obscure organe de presse dénommé « open Democracy – free thinking for the world » souligne que « ce qui distingue un mouvement social de toutes autres formes de mobilisations c’est le fait qu’il ne se focalise pas autour d’une revendication en particulier (telle qu’une réforme du monde du travail), mais remette, plutôt, en question certaines des valeurs qui constituent les fondements d’une société ». Tout est dit, la coupe est pleine !

Les observateurs aguerris qui ne dorment pas au gaz auront compris que cette nouvelle « révolution colorée » n’a pas été mise en œuvre pour contrecarrer les nouveaux projets du grand capital apatride, mais, bien plutôt, afin de façonner une puissante mobilisation autour de l’urgence de démolir tous les repères sociaux et moraux qui fondaient nos civilisations millénaires. Il y a péril en la demeure, puisqu’une partie de cette jeunesse manipulée risque de se transformer en cohortes de zombies appelés à provoquer d’innombrables zones de turbulence destinées à tromper les citoyens à propos des tenants et des aboutissants de tout ce jeu de coulisses.

Patrice-Hans Perrier, Montréal, le 3 mai 2016

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