«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

D’une fake news à l’autre

Donald Trump ou l’imprécision des chiffres

Tribune libre de Vigile
mercredi 25 janvier
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Je laisse à d’autres les longues analyses de géopolitique sur le clivage entre mondialisation et souverainisme. Elles ne sont pas sans intérêt. Mais je ne vois pas pour quelle raison, elles aboutissent à critiquer Jean-François Lisée. En effet, nous lisons :

« Déjà sur la défensive pour sa gestion, il (Philippe Couillard) va maintenant se retrouver sur la défensive pour ses principes, à condition bien sûr qu’on lui en souligne les failles, ce qui n’est pas assuré compte tenu des positions exprimées par Jean-François Lisée, le nouveau chef du Parti Québécois, sur les bienfaits de la mondialisation et les mérites d’Hillary Clinton dans la course présidentielle que Trump a remportée. »

J’essaie de comprendre comment on peut ranger dans le camp de la mondialisation, un homme politique qui prône ce qu’il appelle le nationalisme économique québécois dans un texte accessible sur pq.org et qui s’appelle « La proposition principale » qui sera soumise au prochain congrès du Parti québécois.

Voyez la table des matières du chapitre 2 :

Chapitre 2. Construire un pays prospère 13
2.1. PREMIER CHANTIER : Soutenir le Québec entrepreneurial de toutes nos forces 14
2.2. DEUXIÈME CHANTIER : Mobiliser tous nos leviers pour soutenir le développement du Québec 16
2.3. TROISIÈME CHANTIER : Assurer la justice fiscale 17
2.4. QUATRIÈME CHANTIER : Consolider les coopératives et l’économie sociale en tant que moteurs de la qualité de vie des collectivités 18
2.5. CINQUIÈME CHANTIER : Réussir la transition numérique 19
2.6. SIXIÈME CHANTIER : Engager la transition écologique par l’économie circulaire 21
2.7. Un Québec indépendant – Faire du Québec un pays prospère par la souveraineté économique 23

En lisant ces propositions, j’arrive à la conclusion suivante : Jean-François Lisée est à situer dans le courant souverainiste. Dire le contraire, sauf explication justificative, c’est presque de la désinformation.

Mais tel ne sera pas mon sujet principal. Dans un tweet, ce matin Donald Trump fait l’éloge de Fox News et écrit : FAKE NEWS@CNN. Sa querelle avec CNN porte sur la dimension de la foule qui a assisté à son inauguration et sur l’affirmation de Trump selon laquelle il y aurait eu de 3 à 5 millions de votes illégaux lors de l’élection présidentielle.

Ces positions de Trump découlent de ce qu’il se croit le meilleur, le plus fort, le plus habile négociateur, le plus gros et que tout ce qui a été fait avant lui ne vaut pas grand chose comme il l’a dit dans son discours inaugural. Elles ont un rapport lointain avec la réalité. Trump n’accepte pas le fait qu’Hillary Clinton a gagné le vote populaire par 2.9 millions de votes. Il faut contredire ce fait par ce que Kellyane Conway a appelé des « alternate facts » (comme on parle de l’alt-right pour ne pas parler de l’extrême droite).

Or, on a vu les images : il y avait plus de monde le jour de l’inauguration de Barak Obama que le jour de l’inauguration de Donald Trump. C’est un fait qui ne peut être contredit par rien « d’alternatif ». C’est dur à accepter pour un homme qui a exigé pendant des années de voir le certificat de baptême de Barak Obama qui prouve qu’il est un citoyen américain. Ce birth certificate movement était carrément du racisme comme d’ailleurs l’opposition systématique des Républicains contre tout ce que proposait Obama qui a conduit à d’innombrables blocages (gridlock). Mais de dire qu’il y avait plus de monde à Washington en 2017 qu’en 2009, ça conduisait à une FAKE News.

Hillary Clinton a obtenu 2.9 millions de votes de plus que Donald Trump. C’est un fait mathématique. Alors comme Donald Trump se croit le meilleur, il faut dire que de 3 à 5 millions de votes pour Clinton proviennent d’immigrants illégaux qui n’avaient pas droit de vote et qui ont voté pour elle à cause de la menace que fait peser sur eux Donald Trump. Cette prétention a déjà été dénoncée par un spécialiste des élections et n’a aucun fondement. John McCain a aussi dit qu’il n’y avait aucune évidence de cette fraude (vote fraud). C’est une autre FAKE NEWS qui ne doit pas empêcher Steve Bannon de dormir sur ses deux oreilles. Ces gens-là n’ont pas d’éthique. Ils disent ce qui leur paraît utile à un certain moment peu importe que cela soit vrai ou pas.

Je pourrais aussi donner l’exemple de Carrier, une entreprise qui fabrique des climatiseurs. Donald Trump a gonflé les chiffres des emplois sauvés ce qui a donné un faux espoir à des employés qui ont perdu leur emploi. Cette forme de cruauté a été dénoncée par le président du syndicat qui a donné les vrais chiffres. Je pourrais en faire la démonstration en détail mais j’en ai conclu que chaque fois que Trump donne un chiffre d’emplois préservés ou de création d’emplois, on n’a aucune assurance que le chiffre est exact. Or, il s’agit du Président des Etats-Unis.

Mais quittons le monde des chiffres pour prendre un exemple qui explique ce jugement de Bernie Sanders : « Trump is a pathological liar ». (Trump est un menteur pathologique.)

Lors de la cérémonie des Oscars, Meryl Streep a fait une déclaration remarquée. Elle s’est dite scandalisée et profondément bouleversée que le candidat Trump se soit moqué d’un journaliste handicapé en imitant ses gestes disloqués. Trump a nié avoir jamais fait cela. Or, j’ai vu les images de ces gestes disgracieux de Trump au moins dix fois. Ce qui justifie ce qu’a dit Bernie Sanders.

Ce gars-là est Président des Etats-Unis. Son immense égo passe avant tout et certainement avant les faits. A propos de Trump, Jean-François Lisée a dit qu’il n’y a pas de démocratie et de liberté de l’information possible si les faits ne sont pas respectés. Cela est beaucoup plus pertinent que de laisser entendre que le chef du Parti québécois est un mondialiste alors qu’il est un souverainiste économique qui place avant tout les intérêts du Québec et qui le prouve dans son programme.

Incidemment, chez nous, on a un premier ministre qui ment en essayant de faire croire pour justifier son austérité qu’il y aurait eu un déficit de 7.2 milliards si le Parti québécois avait été reporté au pouvoir en 2014.  

Commentaires

  • Pierre Grandchamp, 8 février 15h22

    Parlant de "fake news" :

    "Le Pentagone veut louer dans la Trump Tower à New York

    Le Pentagone veut louer un espace dans la Trump Tower de New York pour accueillir les équipements et le personnel militaire qui accompagneront Donald Trump pendant ses séjours sur place, a-t-il confirmé mercredi.

    Selon la chaîne CNN, louer tout un étage de la tour Trump reviendrait à environ 1,5 million de dollars par an."

    http://www.lapresse.ca/international/etats-unis/201702/08/01-5067502-le-pentagone-veut-louer-dans-la-trump-tower-a-new-york.php

  • Pierre Grandchamp, 28 janvier 10h07

    Durant toute la« campagne électorale, les mensonges grossiers de Trump, ainsi que ses généralisations simplistes, sont nombreux.J’ai lu, sur ce forum, quelqu’un répéter que “les médias sont menteurs”. Comment discuter avec ce genre d’arguments ?

    Le style Trump est un phénomène très courant en Amérique latine où il y a beaucoup d’inégalités sociales. Un spécialiste des régimes politiques en Amérique latine fait le parallèle entre Trump et certains leaders Latinos.”Les populismes, la presse et Trump” http://www.ledevoir.com/international/etats-unis/490313/les-populismes-la-presse-et-trump

    Il écrit :

    “Pour le leader populiste, l’objectivité n’est pas de mise. Le but fixé est plus important que les moyens de l’atteindre. Nos sociétés entretiennent un dialogue constant sur les moyens de l’action politique. Mais dans le cadre mental du chef populiste, le mensonge devient un moyen comme un autre. Il conserve, de toute façon, sa crédibilité auprès de ses suiveurs. Sa version vaudra celle des médias critiques, voire la supplantera. L’important est ce qui « devrait être », et non « ce qui est ».

    (...)En Amérique latine, cela arrive plus fréquemment parce que, justement, il y a une forte inégalité sociale. Mais il y a également une condition particulière : des laissés-pour-compte qui ont conscience de leurs droits. En cela, le contexte états-unien est semblable. Les électeurs et les suiveurs de Trump sont des mécontents du système qui veulent régler leurs comptes par l’intermédiaire d’un sauveur.

    Est-ce un phénomène passager ? Qui sait, compte tenu des cycles rapprochés de changement des conditions de vie et de travail dus à l’évolution des technologies, peut-être que le phénomène sera moins passager qu’on ne le pense ? D’ici peu, ce sera au tour de l’intelligence artificielle de mettre au chômage d’autres travailleurs, des cols blancs cette fois-ci : ils iront grossir les rangs des mécontents. Alors que les gouvernements renforcent ce système d’enrichissement par cycles technologiques, peut-être adhèreront-ils à de nouveaux sauveurs ?”

  • Pierre Grandchamp, 28 janvier 08h16

    Il faut faire une différence entre:mondialisation, traité de libre-échange et l’Union européenne.

    La position de Lisée s’inscrit dans le contexte normal de négociation entre états.

    On se doit de civiliser la mondialisation, oui ! Mais, on ne reviendra pas au transport avec cheval et charrette.....

  • Pierre Grandchamp, 28 janvier 07h30

    Un intervenant, ici, m’a dit que je n’étais pas souverainiste pcq je n’aurais pas appuyé Trump.

    “Il faut civiliser la mondialisation, pas lui tourner le dos.”

    On est en 2017, négocier des ententes de libre échange entre une nation et une autre nation. il n’y a rien de plus normal. D’ailleurs, dans les années 80, les Parizeau, Landry se sont fait les promoteurs du libre échange.

    Puis, quand cette entente ne fonctionne plus, on en sort. Hier, la première ministre du Royaume Uni est venue voir Trump pour négocier une entente de libre échange avec les USA.

    Je cite Joseph Facal, prof aux HEC et souverainiste :
    http://www.journaldemontreal.com/2017/01/28/vrais-problemes-fausses-solutions

    “Une partie des emplois disparus le sont parce que la technologie les rend superflus. Le rejet de la mondialisation ne les ramènera pas.

    Mais il ne faut surtout pas lui opposer des pseudo-solutions qui seraient pires que les maux à guérir.Prenez cette menace de Trump d’imposer une taxe de 20 % sur tous les produits entrant aux États-Unis en provenance du Mexique.

    Ce ne sont pas que des bouteilles de Tequila que le Mexique exporte. Ce sont des automobiles, des réfrigérateurs, des électroménagers de toutes sortes.
    Imaginez que ces produits indispensables coûtent soudainement 20 % de plus. Qui serait le plus touché ? Le riche ou le pauvre ?

    Les fabricants d’électroménagers installés au Mexique iront-ils aux États-Unis pour échapper à cette taxe et y créer des emplois ?Non, ils chercheront un autre endroit moins coûteux. Imposera-t-on des tarifs punitifs à tous les pays ?

    Bénéfique

    Sur le long terme, l’expansion du commerce mondial a profité à l’immense majorité, inégalement bien sûr, au point que nous tenons ses bienfaits pour acquis et ne voyons plus que ses problèmes.

    La compétition commerciale force à s’améliorer, fait baisser les prix et favorise la paix, puisqu’on attaque rarement un partenaire commercial.

    Il faut civiliser la mondialisation, pas lui tourner le dos."

  • Pierre Grandchamp, 28 janvier 07h10

    Est-ce de gauche de constater que “ La science est bafouée par la plupart des membres du gouvernement Trump. Encore hier, une dépêche d’Associated Press citait Myron Ebell, chef de l’équipe de transition de Trump à l’agence de protection environnementale (EPA), qui promettait des coupes d’au moins 50 % dans le personnel de l’agence, surtout dans les postes de scientifiques.

    « La chaleur, c’est bon, tant qu’on a l’air climatisé », a aussi déclaré M. Ebell, niant la menace des changements "climatiques.http://www.lapresse.ca/actualites/environnement/201701/27/01-5063980-une-revolte-americaine-des-scientifiques-inspiree-par-le-canada.php

  • Drapeau Luc, 26 janvier 12h16

    Complément :

    1- corriger : il s’agit d’alternative facts ( pas alternate facts)

    « Alternative facts » is a phrase used by Counselor to the President Kellyanne Conway during a Meet the Press interview in which she defended White House Press Secretary Sean Spicer’s incorrect statements about the attendance at Donald Trump’s inauguration as President of the United States. When pressed during the interview with Chuck Todd to explain why Spicer « utter[ed] a provable falsehood », Conway said « Don’t be so overly dramatic about it, Chuck. You’re saying it’s a falsehood, and […] our press secretary, Sean Spicer, gave alternative facts to that. » Todd responded by saying « Alternative facts are not facts. They are falsehoods ».

    « Alternative facts » est une expression utilisée par Conway à propos de la quantité de personnes qui ont participé à Washington à l’inauguration de Donald Trump. Le journaliste a répliqué que les faits alternatifs ne sont pas des faits : ce sont des faussetés, des mensonges.

    2- Mercredi soir, sur CNN, l’auteur de « All the President’s men » sur l’affaire du Watergate Carl Bernstein a dit :« Donald Trump is the President of the United States of America. He must stop lying. » Trump est le Président des Etats-Unis : il doit arrêter de mentir.

    3-« Jones, president of the United Steelworkers 1999, which represents Carrier employees, felt optimistic when Trump announced last week that he’d reached a deal with the factory’s parent company, United Technologies, to preserve 1,100 of the Indianapolis jobs — until the union leader heard from Carrier that only 730 of the production jobs would stay and 550 of his members would lose their livelihoods, after all. » 

    Jones le président du syndicat qui représente les employés de Carrier était optimiste quand Trump a annoncé qu’il était arrivé à une entente pour préserver 1,100 jobs à Indianapolis. De fait seulement 730 jobs ont été sauvées et 550 de ses membres ont perdu leur gagne-pain.

    Or ces 550 personnes ont cru Donald Trump quand il a avancé le chiffre de 1100, un beau chiffre rond. S’ils avaient été Québécois, il auraient conclu : Trump comme dans tromper.

    4- Pour être classé dans le camp des souverainistes par certains, il faut être en faveur de Poutine, Marine Le Pen, Trump et le Brexit. Je trouve cela farfelu car cette façon de voir les choses et de l’appliquer au Québec conduit à l’impuissance. Ce n’est pas opérationnel. Or, ici on est devant une province du Canada que le chef de l’opposition veut développer entre autres par l’achat chez nous, par un plus grand rôle de la Caisse de dépôt etc. (voir la proposition principale)

    Certes, si on avait tous nos outils, ça serait mieux mais il faut obtenir l’appui de la majorité de la population du Québec. Je ne vois pas en quoi le fait d’excommunier ceux qui désapprouvent Marine Le Pen ou Trump ou Poutine nous rapproche de cet objectif.

    p.s. Par hasard en allant dans les Archives à la lettre L, j’ai vu que mes cinq textes étaient sous Drapeau LUC comme si mon nom de famille était LUC. Mon prénom est Luc et mon nom de famille est Drapeau. Prière de corriger quand vous aurez le temps.

    Luc Drapeau, 26 janvier 2107

  • yves corbeil, 26 janvier 01h19

    http://vigile.quebec/Lisee-decu-de-la-defaite-d-Hillary

    Pour moi ça s’arrête là avec Lisée, un petit prétentieux qui cherche le pouvoir et qui n’en a rien à foutre du pays. Ça fera juste un AUTRE premier ministre provincial à prendre le pouvoir avec le PQ comme tous les autres SAUF Jacques Parizeau.

    Présentement il n’y a aucun parti pour faire le pays dans le paysage et le PQ est brulé après quarante ans de stagnation.

  • Gaston Carmichael, 25 janvier 19h44

    "J’essaie de comprendre comment on peut ranger dans le camp de la mondialisation, un homme politique qui prône ce qu’il appelle le nationalisme économique québécois..."

    Lisée, tout comme le PQ d’ailleurs, a toujours été un ardent défenseur du libre-échangiste. Des accords de libre-échange, toujours plus audacieux, conduisent directement à la mondialisation : ALE ===> ALENA ===> AÉCG ===> PTP...

    Donc, ranger Lisée dans le camp de la mondialisation n’est pas si farfelu. Toutefois, il faut admettre que dans son discours de clôture à la chefferie, il semble avoir entrepris un certain virage.

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