«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le PQ vasouille en matière d’immigration et d’intégration

Des seuils d’immigration au service du PLQ

Ces derniers jours, suite à la proposition de la CAQ de réduire les seuils d’immigration de 20%, pour les ramener à 40 000, le PLQ et les commentateurs qui adhèrent aveuglément à l’idéologie immigrationniste ont accusé François Legault d’avoir proposé un chiffre arbitraire, qui ne serait pas fondé scientifiquement. Autrement dit, la contribution de la CAQ ne serait pas la bienvenue dans le débat public : les accusations de démagogie et de populisme étaient au rendez-vous. C’est en diabolisant un adversaire qu’on essaie de faire en sorte que le peuple n’écoute pas ce qu’il a à dire.

La proposition de la CAQ s’appuyait pourtant sur quelques observations indéniables qui laissent croire que l’intégration des immigrés se passe bien plus mal qu’on ne le croit, à la fois sur le plan linguistique et économique. Le parti immigrationniste, évidemment, propose quant à lui une définition minimaliste de l’intégration pour nier le problème. D’ailleurs, la CAQ aurait pu aller plus loin et proposer un retour aux seuils d’immigration raisonnables du début des années 1980, autour de 15 à 20 000. Comme le disait Jacques Parizeau en 2008, à propos des seuils d’immigration, « ça existe la notion de trop ».

Mais renversons la perspective : 50 000, n’est-ce pas un seuil arbitraire ? Comment nos élites politiques et médiatiques en sont-elles venues à sacraliser ce nombre qu’elles refusent de discuter sérieusement ? On le sait, elles adhèrent à la logique du toujours plus : pour elles, on ne saurait que hausser les seuils d’immigration, et ceux qui s’inquiètent des seuils actuels joueraient la carte de la peur. On les accuse de calquer leur comportement politique sur celui de Donald Trump, ce qui relève pourtant, ici, de la démagogie la plus grossière. Donaldtrumpiser un adversaire, c’est vouloir « faire peur au monde ».

Mais le parti immigrationniste croit parler au nom de la raison, en plus de croire que cette raison est strictement économique – sans même se rendre compte qu’il s’appuie davantage sur des mythes que sur des études sérieuses, comme l’ont démontré il y a quelques années déjà les auteurs du Remède imaginaire. Le parti immigrationniste veut nous faire croire que 50 000 est un seuil commandé par la raison et par la science, auquel il faudrait se fixer sans en dévier. On nous laisse croire que c’est au terme d’une savante analyse des besoins de l’économie québécoise que le gouvernement libéral aurait fixé les seuils à 50 000.

Le gouvernement libéral prétend s’appuyer sur la science et nous demande de nous coucher devant lui. Mais le langage scientifique, ici, témoigne en fait d’une terrible condescendance : il vise à distinguer les sachants des ignorants et refouler les seconds à l’extérieur du débat public. On maquille en choix scientifique un choix idéologique. Évidemment, il faut appuyer nos analyses sur l’économie, la démographie, la sociologie, l’histoire et ainsi de suite. Il faut multiplier les études les plus fines pour faire une bonne politique. Mais au terme de ces études, on tranchera politiquement à partir de certains objectifs, à partir de certaines valeurs.

Quoi qu’en pensent les technocrates et ceux qui les croient, la politique n’est pas une science exacte. C’est le domaine des opinions raisonnables : chacun, à sa façon, et de la manière la plus informée possible, cherche à définir le bien commun en fonction de l’idée qu’il s’en fait. Autrement dit, les seuils d’immigration ne sont pas déterminés dans le vide mais s’inscrivent dans un contexte plus large. Et on devrait avoir le droit de remettre en question l’immigration massive imposée par nos élites depuis un bon moment. Est-il permis de remettre en question ce choix politique qu’on fait passer pour un choix de société ?

On en arrive à l’essentiel : il n’existe pas un seuil scientifiquement établi d’immigrants à recevoir au Québec. Ce chiffre idéal imaginaire n’existe pas. On reçoit des immigrants en fonction des objectifs qu’on fixe à nos politiques d’immigration. Si par exemple, on souhaite comme le PLQ transformer le Québec en province canadienne dénationalisée et mondialisée tout en élargissant sa base électorale pour s’assurer une domination politique éternelle sur le Québec et cadenasser démographiquement son avenir constitutionnel, alors on augmente massivement l’immigration et on fait du multiculturalisme un dogme. Et c’est ce que le PLQ fait.

Si, inversement, comme le PQ, on souhaite assurer l’avenir du français à Montréal, intégrer les immigrants déjà présents et ceux qui viendront à la majorité francophone, éviter la formation de communautarismes ethnoreligieux, empêcher la complète rupture identitaire entre Montréal et le reste du Québec et ne pas compromettre complètement la possibilité qu’un jour, le Québec devienne indépendant, alors on renonce à l’immigration massive et on propose une diminution substantielle des seuils en plus de mettre de l’avant une vraie politique d’intégration. Mais malheureusement, c’est exactement ce que le PQ ne fait pas.


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