«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le changement de classe comme augmentation de salaire

Des cadres ratoureux à Revenu Québec

Tribune libre de Vigile
mardi 4 octobre 2016
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Entre 2010 et 2015, les chefs de service aux Pensions alimentaires de Revenu Québec avaient trouvé un bon truc pour bonifier les faibles augmentations de salaire consenties alors par le gouvernement : le changement de classe.

Il faut savoir que le salaire d’un cadre classe 6 se montait au 1er avril 2010 à 57 309 $ au bas de l’échelle et à 76 412 $ au sommet, alors que celui d’un cadre classe 5 se montait à 69 176 $ et à 85 623 $ pour les mêmes échelles. Ainsi, le petit nouveau fraîchement promu se retrouvait du jour au lendemain avec une augmentation de 11 867 $, soit environ 20 %. Une saprée belle augmentation !

Mais quel prétexte avaient-ils trouvé les ratoureux pour soutirer ces promotions inespérées ? Au lieu de laisser ensemble tous les professionnels, la direction en a disposé au moins un par service. Or, pour avoir un professionnel sous sa supervision, il faut obligatoirement détenir la classe 5. Il fallait y penser. Voilà comment s’y sont pris ces cadres pour passer au travers de cinq années « difficiles ».

Mais le plus comique est survenu récemment : tous les professionnels sont revenus sous la direction d’un seul cadre. Les cadres promus jadis classe 5 ont-ils été rétrogradés classe 6 ? Bien sûr que non. Et si vous voulez rire encore un peu, sachez que pour soulager la charge du pauvre cadre responsable des professionnels, la direction a nommé parmi ces derniers un chef d’équipe. Celui-ci touchera une augmentation équivalant à 5 % de son salaire.

Les simples fonctionnaires n’ont pas encore trouvé de truc comparable pour obtenir une augmentation.

Commentaires

  • Sylvio Le Blanc, 8 octobre 2016 14h05

    Lettre parue dans « Le Journal de Montréal », Opinions, le mercredi 24 juin 2015, p. 24.

    Couillard, porte-étendard de la fête nationale

    En prévision de la fête nationale du Québec, le premier ministre libéral Philippe Couillard a adressé aux Québécois un message commençant par la phrase suivante : « Depuis plus de 400 ans, nous formons un peuple accueillant et ouvert. » Comme cette entrée en matière est curieuse, comme si l’accueil et l’ouverture aux autres étaient les plus importants pour un peuple menacé comme l’est le peuple québécois.

    Nous pouvons lire un peu plus loin : « Et c’est au contact de la diversité québécoise de tous les horizons et de toutes les régions que notre nation s’affirme et s’enrichit. Nous sommes unis dans l’adversité. Unis dans le respect de nos différences. Unis parce que notre drapeau et notre fierté du Québec appartiennent à toutes les Québécoises et à tous les Québécois. »

    Il est édifiant que le grand patriote Couillard se serve de notre fête nationale pour nous rentrer dans la gorge son projet de hausser le nombre d’immigrants, alors que tout porte à croire que nous en ressortirons affaiblis.

    Sylvio Le Blanc, le 22 juin 2015

  • Sylvio Le Blanc, 8 octobre 2016 14h04

    Lettre parue dans « Le Soleil », Carrefour des lecteurs, le dimanche 7 juin 2015, p. 26.

    Le valeureux Coiteux

    Le gouvernement libéral, par la voix de son ministre responsable de l’Administration gouvernementale et président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, se félicite d’avoir respecté son objectif de « croissance zéro » du nombre d’employés de l’État pour l’année financière 2014-2015. Il rappelle avec contentement que dans le passé il y avait en moyenne une augmentation annuelle de 6250 personnes. Le hic, c’est que l’année financière 2014-2015 n’a pas été une année comme les autres. En effet, à la suite des menaces du gouvernement touchant les régimes de retraite de ses employés, plusieurs ont décidé de prendre leur retraite de peur de perdre les avantages de la convention collective se terminant le 31 mars 2015. M. Coiteux devrait attendre la fin du mandat de son gouvernement avant de se féliciter. Parce que, pour compenser les départs à la retraite (souvent précipités) de ses employés, il se pourrait que le gouvernement soit contraint d’embaucher plus que de coutume d’ici 2018. De sorte qu’à ce chapitre, le mandat actuel pourrait bien ressembler aux mandats précédents.

    Sylvio Le Blanc, Montréal, le 5 juin 2015

    Lettre aussi parue dans « Le Journal de Montréal » (Opinions, le dimanche 7 juin 2015, p. 40) et « Le Journal de Québec » (Opinions, le dimanche 7 juin 2015, p. 14).

  • Sylvio Le Blanc, 8 octobre 2016 14h02

    Lettre parue dans « lapresse.ca » (« Le Soleil »), Opinions, Carrefour, le dimanche 20 avril 2014.

    Privilégier l’immigration francophone chrétienne

    Une collègue de travail d’origine marocaine et de confession musulmane m’a dit que, selon elle, toutes proportions gardées, il y a plus de femmes voilées à Montréal qu’il y en a au Maroc. Si cela est avéré, c’est le monde à l’envers. Les musulmans étaient 12 000 au Québec, en 1980. Ils sont maintenant 300 000. Tout cela parce que nous faisons des enfants au compte-gouttes. Quand allons-nous privilégier les émigrés francophones de confession chrétienne (ils sont nombreux, pourtant) ? Dans la semaine des quatre jeudis ?

    Sylvio Le Blanc, Montréal, le 16 avril 2014

  • Sylvio Le Blanc, 8 octobre 2016 14h02

    Lettre parue dans « Le Journal de Montréal » (Votre opinion, le jeudi 31 octobre 2013, p. 26) et « Le Journal de Québec » (Votre opinion, le jeudi 31 octobre 2013, p. 18).

    Comme si Windows n’existait pas

    L’année dernière, la Direction du centre des relations avec la clientèle des pensions alimentaires du Canada a fait remplacer à coup de dizaines de milliers de dollars les ordinateurs et les écrans de ses quelque 500 agents. De vrais bijoux, ces écrans, larges à souhait et minces.

    Mais voilà que, sitôt installés, on les remplace. Eh oui ! Les agents travailleront désormais avec deux petits écrans Dell placés côte à côte. Quelle dépense inutile ! Il aurait été beaucoup moins onéreux de montrer aux agents comment bien se servir de Windows.

    Quelques-uns ont fait savoir leur mécontentement et ont demandé à ravoir leur unique gros écran. Requête refusée ! Les agents ont l’obligation de travailler avec les écrans « bessons ». Certains ont bien été tentés de les placer l’un derrière l’autre, mais n’en ont rien fait. La mesure disciplinaire aurait été immédiate.

    Ont suivi les maux de tête, les torticolis et les yeux rougis. Il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark.

    Élisa Milan

  • Sylvio Le Blanc, 8 octobre 2016 14h01

    Lettre parue dans « lapresse.ca » (« Le Soleil »), Opinions, Carrefour, le lundi 16 septembre 2013. Avec illustration (une photo de deux femmes – dont l’une est voilée – prises de dos dans une rue).

    Vos réactions au projet de charte des valeurs québécoises (4)

    Il en faut plus

    J’ai travaillé aux Pensions alimentaires avec une musulmane voilée. Elle dépérissait toute seule dans son coin et a dû partir au bout d’environ un an. Pour bien des gens, le voile est une entrave à la communication. Si elle avait été obligée de le laisser à la maison, il en aurait peut-être été autrement, car des musulmanes travaillent chez nous et il n’y a pas de problèmes.

    J’ai aussi travaillé avec un fonctionnaire d’origine nord-africaine, de confession chrétienne. L’homme détestait son travail aux Pensions alimentaires. Pourquoi ? Cela lui levait le cœur de verser la pension alimentaire aux créancières (95 % des créanciers alimentaires). Pour lui, il était inadmissible qu’une femme quitte le foyer conjugal. Verser de l’argent aux créancières, c’était encourager les femmes à quitter leur mari. Il en faisait le moins possible pour elles. À l’inverse, il avait tout son temps pour entendre les récriminations des débiteurs.

    Cela pour dire qu’une Charte des valeurs québécoises est grandement la bienvenue dans la fonction publique, mais il faut plus. Lors des embauches, il faut s’assurer que les candidats respectent nos valeurs d’égalité homme femme. Regarder, oui, au-dessus de la tête, mais aussi à l’intérieur.

    Élisa Milan, Montréal

    Lettre aussi parue dans « Le Journal de Montréal » (Votre opinion, le lundi 16 septembre 2013, p. 27) et « Le Journal de Québec » (Votre opinion, le lundi 16 septembre 2013, p. 19), avec des variantes.

  • Sylvio Le Blanc, 8 octobre 2016 14h00

    Lettre parue dans « Le Soleil », Opinion, Carrefour des lecteurs, le dimanche 30 juin 2013, p. 25.

    Drôle de justice !

    Si Antonio Accurso et Paolo Catania participaient à une manifestation tout en étant masqués, ils encourraient jusqu’à 10 ans d’emprisonnement. Mais combien de temps passeront-ils en prison s’ils sont reconnus coupables des multiples accusations déposées à leur encontre par Revenu Québec ? Six mois ? Un an ? Deux ans moins un jour ?

    Sylvio Le Blanc, Montréal, le 28 juin 2013

  • Sylvio Le Blanc, 8 octobre 2016 14h00

    Lettre parue dans « Le Journal de Montréal » (Votre opinion, le mardi 26 mars 2013, p. 24) et « Le Journal de Québec » (Votre opinion, le mardi 26 mars 2013, p. 14).

    Deux écrans, un torticolis

    La directrice des Pensions alimentaires (ou, plus précisément, la Direction du centre des relations avec la clientèle des pensions alimentaires) de Montréal a rencontré récemment ses employés. Elle leur a entre autres annoncé que tous les agents disposeraient sous peu de deux écrans d’ordinateur pour travailler. Vous avez bien lu, deux écrans au lieu d’un seul. Pauvre Windows !

    Une agente a suggéré qu’au lieu de faire cette dépense inutile, la direction serait mieux avisée d’engager un ou deux agents supplémentaires, qui ne seraient pas de trop. Une autre a soumis que la direction devrait laisser le libre choix aux agents. « Non », a répondu la directrice, « tous les agents devront travailler avec deux écrans. Cela a été expérimenté à Revenu Québec et les résultats ont été concluants. »

    À la fin de la rencontre, il y a eu une période de questions. J’ai eu envie de poser la suivante : « Madame la directrice, lorsque les agents auront chacun leurs écrans bessons, sera-t-il permis de les placer l’un derrière l’autre ? » Bien entendu, il était plus sage de se taire.

    Élisa Milan

    Lettre aussi parue dans « lapresse.ca » – « Le Soleil », Opinions, Carrefour, le jeudi 28 mars 2013.

  • Sylvio Le Blanc, 8 octobre 2016 13h59

    Lettre parue dans « Le Journal de Montréal » (Votre opinion, le mercredi 13 mars 2013, p. 22) et « Le Journal de Québec » (Votre opinion, le mercredi 13 mars 2013, p. 18).

    Un projet de loi indigne du PQ

    Alors que le projet de loi 14 devrait renforcer la Charte de la langue française, il favorise au contraire l’essor du bilinguisme dans la fonction publique. Ainsi, les entreprises qui doivent communiquer en français avec l’administration publique ne seront plus tenues de le faire. Et cela est le fait d’un gouvernement qui dit haut et fort le Québec français et qui veut en faire un pays en propre. Pitoyable !

    Aux Pensions alimentaires (Revenu Québec), si on mettait ensemble les dossiers dans lesquels au moins un interlocuteur est anglophone (qui peut être un créancier, un débiteur ou l’intervenant d’un tiers), ils représenteraient environ 20 % de l’ensemble des dossiers. Ce qui signifie que la direction aurait besoin d’un nombre restreint d’employés bilingues pour les traiter. Mais la situation qui prévaut actuellement veut que les dossiers « anglais », comme on les appelle, soient donnés à l’aveuglette aux quelque 200 agents actuellement en fonction, ce qui oblige tout un chacun à savoir l’anglais pour travailler. Voilà où mène l’aveuglement du gouvernement. D’après ce que je sais, la situation est la même dans les autres ministères.

    Si on cessait de jouer à l’autruche à Québec et qu’on nommait le bilinguisme là où il se trouve, il s’en trouverait dès lors délimité, circonscrit, montrant en cela que le bilinguisme n’est pas généralisé, qu’il est une exception. En outre, si on versait une prime aux fonctionnaires tenus de parler l’anglais, ce serait clairement dire à l’ensemble de la population que la connaissance de cette langue n’en est pas une de base au Québec. Dire les vraies choses aurait aussi comme avantage qu’on se ferait moins haïr dans le ROC (rest of Canada), où l’on croit largement que nous mangeons de l’Anglais, alors que nulle minorité au Canada n’est mieux traitée que la nôtre. (Cela pourrait être utile au lendemain d’un référendum victorieux.)

    Remarquez que, pour espérer obtenir une prime, il faut la demander. Au Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ), il n’est plus question de prime linguistique de 1000 $. Les fonctionnaires parlant l’anglais et d’autres langues que le français avec les citoyens québécois se sentent bien seuls par les temps qui courent.

    Sylvio Le Blanc, le 12 mars 2013

  • Sylvio Le Blanc, 8 octobre 2016 13h58

    Lettre parue dans « Le Journal de Montréal » (Votre opinion, le lundi 28 janvier 2013, pp. 22-23) et « Le Journal de Québec » (Votre opinion, le lundi 28 janvier 2013, pp. 16-17).

    Un cordonnier mal chaussé

    Les Pensions alimentaires (PA) à Revenu Québec (RQ) exigent des débiteurs payant par eux-mêmes leur pension alimentaire qu’ils acquittent en sus une sûreté équivalant à un mois de pension (un coussin qui est utilisé lorsqu’il y a défaut de paiement). En compensation, RQ leur verse 5 % d’intérêt par année (ce qui est excellent par les temps qui courent). Dans certains dossiers, ces intérêts de sûreté peuvent constituer à la longue de jolis magots.

    Normalement, lesdits intérêts devraient être imposables dans l’année de leur versement, une fois la pension alimentaire annulée, et les relevés appropriés devraient être émis afin que les débiteurs puissent se conformer à la loi. Mais, depuis 1995, année de la création des PA, jamais cela n’a été fait. Venant de RQ, qui perçoit les impôts et les taxes, c’est pour le moins étonnant. Le cordonnier serait-il mal chaussé ?

    En septembre, les autorités de RQ évoquaient enfin la possibilité de se plier à leurs propres lois et règlements. Mais en décembre, coup de théâtre : les agents ne devaient plus aborder cette question avec les débiteurs.

    Ainsi donc, pour la 18e année d’affilée, les débiteurs ayant encaissé leurs intérêts de sûreté en 2012 n’auront pas à en tenir compte dans le calcul de leurs revenus. Sans relevé, il est aisé de se défiler. Seuls les plus catholiques que le pape feront un « cadeau » à RQ.

    Le Vérificateur général devrait faire enquête. RQ devrait être tenu d’émettre des relevés pour les montants d’intérêts significatifs qu’il a déjà versés, et ce, dans tous les dossiers (ouverts ou fermés) et pour toutes les années qu’il lui est légalement possible de considérer rétroactivement.

    Sinon, j’espère que ce problème sera réglé pour le 20e anniversaire des PA, en 2015. Je m’adresse directement à la première ministre Pauline Marois, qui était dans le gouvernement péquiste en 1995, à titre de présidente du Conseil du trésor et de ministre déléguée à l’Administration et à la Fonction publique.

    Élisa Milan

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    Lettre parue dans « Le Devoir », Éditorial, Lettres, le vendredi 1er février 2013, p. A 8.

    Pourquoi faire simple…

    Nous avons reçu le message suivant de la direction de Revenu Québec : « Afin d’harmoniser les titres des liens vers les portails opérationnels figurant sur la page d’accueil de l’intranet de Revenu Québec, à compter du mercredi 30 janvier 2013, le titre Pensions alimentaires sera modifié pour Direction du centre des relations avec la clientèle des pensions alimentaires. »

    Voilà qui devrait être facile à retenir pour la clientèle.

    Élisa Milan, Montréal

    Lettre aussi parue dans « Le Journal de Montréal » (Votre opinion, le mercredi 30 janvier 2013, p. 23) et « Le Journal de Québec » (Votre opinion, le mercredi 30 janvier 2013, p. 19).

  • Sylvio Le Blanc, 8 octobre 2016 13h57

    Lettre parue dans « Le Journal de Montréal » (Votre opinion, le lundi 9 juillet 2012, p. 23) et « Le Journal de Québec » (Votre opinion, Vos commentaires, le lundi 9 juillet 2012, p. 17).

    Compenser les créancières lésées

    Le 5 juillet, entre 60 000 et 90 000 contribuables québécois ont reçu de Revenu Québec leur Crédit d’impôt pour solidarité (CIS), alors qu’il aurait dû être affecté en tout ou en partie à une dette. De ce nombre, environ 2 900 débiteurs alimentaires sont concernés.

    L’an dernier, les Pensions alimentaires prévoyaient percevoir 500 $ annuellement en CIS pour chacun des débiteurs en défaut, soit 41,67 $ par mois (avec ce modeste pécule, une créancière débrouillarde peut faire beaucoup pour ses enfants). Les quelque 2 900 créancières alimentaires pourraient donc avoir perdu ensemble en juillet 120 000 $.

    Quelle réponse sommes-nous censés donner aux créancières en colère ? Que nous n’y pouvons rien, que l’erreur est technique ? Réponse facile, comme s’il n’y avait pas d’humains derrière la technique. Comme c’est son erreur, Revenu Québec devrait compenser de sa poche les créancières lésées, et cela le plus diligemment possible. Nous n’avons pas affaire ici à de riches créancières, mais à des créancières qui en arrachent, pour qui chaque dollar compte.

    Élisa Milan

  • Sylvio Le Blanc, 8 octobre 2016 13h56

    Lettre parue dans « Métro (Montréal) », Opinions, Courrier des lecteurs, le vendredi 2 décembre 2011, p. 22.

    Ce serait si simple…

    POLITIQUE. Dimanche dernier, Québec a annoncé de nouvelles mesures facilitant l’accès à la justice en matière familiale, dont la mise à jour du montant de la pension quand la situation d’un parent change pour une raison hors de son contrôle. Cette responsabilité a malheureusement été confiée à Justice Québec.

    Dès l’entrée en vigueur de la loi 60, en 1995, la gestion des pensions alimentaires est passée de Justice Québec à Revenu Québec afin de faciliter la récupération des sommes dues auprès des mauvais payeurs. Puisque les juges n’auront pas à intervenir, pourquoi ne pas permettre aux agents de Revenu Québec d’effectuer eux-mêmes les mises à jour ?

    Le gouvernement jongle aussi avec l’idée d’obliger les parties à échanger chaque année les renseignements sur leurs finances personnelles, une divulgation automatique qui existe dans d’autres provinces canadiennes. Voilà, en perspective, des tensions inutiles entre les parties. Comme les pensions alimentaires relèvent de Revenu Québec, pourquoi ne pas plutôt permettre à ses agents de fournir sur demande les états de finances personnelles à l’autre partie ? Ce serait si simple.

    Je suggère au gouvernement d’aller plus loin en facilitant l’obtention de l’exemption – quand les parties s’entendent sans l’intermédiaire des pensions alimentaires –, qui est indiquée pour des ex qui s’entendent bien. Actuellement, il faut que les parties se présentent en cour pour faire homologuer leur entente en exemption, en déboursant un montant d’argent. Je pense que les agents des pensions alimentaires pourraient s’acquitter gratuitement de cette tâche, si on apporte les changements législatifs nécessaires.

    Élisa Milan, Montréal

    Lettre aussi parue dans « Le Devoir », Éditorial, Lettres, le lundi 5 décembre 2011, p. A 6, avec des variantes.

  • Sylvio Le Blanc, 8 octobre 2016 13h54

    Lettre parue dans « Le Journal de Québec », Votre opinion, Vos commentaires, le mercredi 12 janvier 2011, p. 17.

    L’anglais, langue officielle

    De nouveau cette année, les Pensions alimentaires de Montréal, qui relèvent de Revenu Québec, offriront des cours d’anglais à leurs employés. En plus de la formation sur le lieu du travail, les fonctionnaires sélectionnés devront consacrer une demi-heure d’étude par semaine à la maison.

    Aux Pensions alimentaires, l’ensemble des agents sont tenus de parler l’anglais même si seulement 7,5 % de la clientèle requiert de le parler (225 550 relevés de compte seront envoyés prochainement à la clientèle, dont 16 950 seulement en anglais). Est-ce normal dans une province où la seule langue officielle est le français ?

    Comme l’anglais est entré à demeure au Québec, il faut peut-être demander à un certain nombre de fonctionnaires de le parler, mais certainement pas à tous. Et comme cette langue n’est pas une connaissance de base au Québec, il faut verser une prime aux fonctionnaires bilingues.

    Ne trouvez-vous pas curieux que les libéraux et les péquistes s’entendent comme larrons en foire sur cette question ? Pour satisfaire leurs électeurs anglophones et allophones, les libéraux ne pouvaient espérer meilleure politique linguistique que celle actuelle dans la fonction publique. Mais comment expliquer que les péquistes, de leur côté, l’aient toujours tolérée… hypocritement ?

    Élisa Milan

  • Sylvio Le Blanc, 8 octobre 2016 13h54

    Lettre parue dans « Le Soleil », Opinion, Commentaire, le samedi 23 octobre 2010, p. 50.

    Ça promet !

    J’ai lu hier ce qui suit : « Les trois quarts des membres des conseils d’administration d’Hydro-Québec, de Loto-Québec, de la Société des alcools du Québec et de la Régie des installations olympiques, nommés depuis l’arrivée au pouvoir des libéraux en 2003, sont des contributeurs à la caisse du Parti libéral du Québec ». Et le gouvernement libéral qui nous dit que nous n’avons pas à nous inquiéter de la transformation prochaine du ministère du Revenu en agence, qui sera justement pourvue d’un… conseil d’administration. Moi, je m’inquiète doublement, maintenant. Car les gros contributeurs sont généralement riches et influents, et, c’est bien connu, les riches n’aiment pas s’appauvrir. Un mot les fait particulièrement suer : « redistribution ».

    Élisa Milan, Montréal

  • Sylvio Le Blanc, 8 octobre 2016 13h53

    Lettre parue dans « Le Devoir », Éditorial, Lettres, les samedi 21 et dimanche 22 août 2010, p. C 4.

    Le fiscal et le social

    Le projet de loi qui fera de Revenu Québec (RQ) l’Agence du revenu du Québec (ARQ) a été déposé le 8 juin par les libéraux. Cette nouvelle entité ne sera plus régie par la Loi sur la fonction publique ; elle ressemblera à la Société générale de financement, à Investissement Québec (anciens PPP) et à l’Autorité des marchés financiers. Elle sera chapeautée par un conseil d’administration qui n’aura pas de comptes à rendre. Bref, le fisc sera transféré au privé.

    Que feront dans cette galère les Pensions alimentaires (PA), qui relèvent de RQ ? La mission des PA consiste à assurer la régularité du paiement des pensions alimentaires auxquelles ont droit les enfants et le parent gardien. Cette mission sociale est-elle compatible avec celle qui prévaudra à l’ARQ ?

    La majorité des employeurs répugnent à prélever gratuitement la pension alimentaire sur le salaire des débiteurs, pour ensuite la remettre à RQ. Certains imposent déjà illégalement des frais à leurs employés pour ce faire. Leur lobby sera-t-il assez habile pour en arriver un jour à les légaliser ? Le p.-d.g. et le conseil d’administration de l’ARQ seront soumis à des pressions de puissants groupes organisés. Les PA pourront-elles résister ?

    On ne peut pas compter sur les libéraux de Jean Charest, mais j’espère que les péquistes, ceux-là mêmes qui ont créé les PA en décembre 1995, interviendront en commission parlementaire cet automne pour exiger que leur création demeure dans la fonction publique, sous l’aile, idéalement, du ministère de la Justice (où l’ancêtre des PA se trouvait). Les Pensions alimentaires n’ont rien à voir avec ce que veut devenir Revenu Québec.

    Élisa Milan, Montréal

    Lettre aussi parue dans « Cyberpresse », avec des variantes.

  • Sylvio Le Blanc, 8 octobre 2016 13h51

    Lettre parue dans « Le Devoir », Éditorial, Lettres, le lundi 24 octobre 2005, p. A 6.

    Les Pensions alimentaires ont dix ans

    En décembre, les Pensions alimentaires de Revenu Québec fêteront le dixième anniversaire de leur création. Après tout ce temps, comment se fait-il qu’il leur soit encore impossible de saisir le remboursement de crédit pour la TVQ dans tous les dossiers où la pension alimentaire se perçoit mal ? En effet, ce type de saisie ne s’effectuant actuellement que dans les dossiers en voie de fermeture. La raison ? L’opération, faite manuellement, serait trop fastidieuse sur une grande échelle.

    C’est dire qu’un débiteur pourrait très bien refuser depuis des mois de verser à Revenu Québec sa pension alimentaire mensuelle de 100 $, mais recevoir malgré tout du même organisme sa TVQ de 99,81 $. Aberrant, non ? Comment expliquer cette incongruité au créancier qui attend impatiemment un chèque ? Revenu Canada, lui, ne fait pas de difficultés pour remettre systématiquement à Revenu Québec le remboursement de la TPS, lorsque cela lui est demandé. L’affaire est encore plus choquante quand on sait que des jugements ordonnent que toutes les sommes remises par l’État aux débiteurs soient saisies pour diminuer les arriérés. En clair, Revenu Québec ne respecte pas ces jugements qu’il devrait pourtant appliquer à la lettre. Souhaitons un utile cadeau d’anniversaire aux Pensions alimentaires : qu’il leur soit possible de saisir la TVQ dès la mi-décembre (date du prochain remboursement) dans tous les dossiers qui le requièrent. Avec de la volonté et des ressources, pour le bien des créanciers alimentaires, c’est faisable.

    Élisa Milan, Montréal

  • Sylvio Le Blanc, 8 octobre 2016 13h48

    Lettre parue dans « Le Devoir », Libre opinion, le jeudi 15 août 2002, p. A 6.

    L’abolition de la prime au bilinguisme : Québec inspire Ottawa

    J’ai lu que Dyane Adam, Commissaire aux langues officielles, recommande à la présidente du Conseil du trésor, Lucienne Robillard, de faire désormais du bilinguisme une exigence de base dans la fonction publique fédérale et d’abolir en conséquence la prime de 800 $ instaurée en 1966. Je pense que Mme Adam s’est inspirée du modèle québécois pour faire cette recommandation, ayant vu qu’ici le bilinguisme est déjà une exigence de base pour les postes « désignés bilingues », que notre bilinguisme institutionnel – bien que tabou – est un modèle du genre et qu’en prime il ne coûte rien.

    Mme Adam suggère concrètement que quiconque convoitant un poste bilingue ait une connaissance des deux langues officielles dès l’embauche. Une connaissance à moi, bien que ne sachant pas l’anglais, s’est fait embaucher il y a quelque temps par Revenu Canada, à Montréal. Pour pallier sa « déficience » – pour reprendre le mot de Lysiane Gagnon, de La Presse –, le ministère compte lui offrir des cours d’anglais. Mais pour le même type d’emploi (qui nécessite des contacts téléphoniques avec le public) et dans la même ville, cette personne n’aurait pu être embauchée par Revenu Québec car il lui aurait fallu pour cela savoir l’anglais avant même d’être embauchée. C’est le monde à l’envers.

    Pour un poste « désigné bilingue » (une traduction de l’euphémique « connaissance de l’anglais : un atout » lu dans l’offre de service) dans la fonction publique québécoise, on pose la question suivante à l’embauche : « Savez-vous l’anglais ? » Si vous dites non, vous êtes cuit (on ne vous dira jamais le fin mot de l’histoire, bien entendu). Si vous dites oui et que votre anglais est acceptable, tout va bien. Si vous dites oui mais que votre anglais est pitoyable, vous allez tout faire pour cacher votre méconnaissance de la langue, vous allez vous sentir gêné et coupable d’être « déficient » et allez tout mettre en oeuvre pour vous faire ami avec un collègue bilingue qui sera assez bon pour répondre à votre place aux interlocuteurs anglophones. Je connais des gens placés dans cette situation pénible. Comment revenir en arrière après avoir déclaré à l’employeur savoir l’anglais pour dégoter un emploi que l’on cherche depuis un bout ? La culpabilisation résultant de la non-connaissance d’une langue qui n’est même pas officielle au Québec, voilà ce que donne le bilinguisme institutionnel qui se fait sous la couverture. Et cela est le fait d’un gouvernement qui dit haut et fort le Québec français et qui veut en faire un pays en propre.

    Aux Pensions alimentaires (Revenu Québec) où je travaille, si on mettait ensemble les dossiers dans lesquels au moins un interlocuteur est anglophone (qui peut être un créancier, un débiteur ou l’intervenant d’un tiers), ils représenteraient environ 20 % de l’ensemble des dossiers. Ce qui signifie que la direction aurait besoin d’un nombre restreint d’employés bilingues pour les traiter. Mais la situation qui prévaut actuellement veut que les dossiers « anglais », comme on les appelle, soient donnés à l’aveuglette aux quelque 275 agents actuellement en fonction, ce qui oblige tout un chacun à savoir l’anglais pour travailler. Voilà où mène l’aveuglement du gouvernement. D’après ce que je sais, la situation est la même à la CSST, à la SAAQ, au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, au ministère de la Famille et de l’Enfance et au ministère des Relations avec les citoyens et de l’Immigration.

    À Montréal, selon le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ), environ un tiers des fonctionnaires du gouvernement du Québec occupe des postes « désignés bilingues ». En Outaouais, en Gaspésie, en Estrie et même dans la ville de Québec (à Revenu Québec, Pensions alimentaires, Réciprocité), des fonctionnaires occupent aussi des postes « désignés bilingues ». Ne tentez pas d’obtenir du gouvernement les chiffres exacts ; il vous répondrait qu’il « ne compile aucune statistique sur le nombre de postes bilingues dans la fonction publique québécoise ». Le bilinguisme est ici une maladie honteuse.

    Je ne serais pas surpris de voir la ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane Lemieux, soutenir elle aussi, à l’instar de sa prédécesseure Louise Beaudoin, que « le bilinguisme est une notion inconnue au sein de l’administration publique », et encourager du bout des lèvres les fonctionnaires qui, à la demande de leur supérieur, fournissent des services en anglais à des citoyens qui devraient pourtant être servis en français, à faire valoir leurs droits garantis par les articles 45, 46 et 47 de la Charte (qui interdisent à tout employeur de congédier ou de rétrograder un employé qui ne connaît pas une autre langue que le français ou qui ne maîtrise pas suffisamment cette autre langue). La main comminatoire du Dr Folamour n’est pas loin.

    Si on cessait de jouer à l’autruche à Québec et qu’on nommait le bilinguisme là où il se trouve, il s’en trouverait dès lors délimité, circonscrit, montrant en cela que le bilinguisme n’est pas généralisé, qu’il est une exception. En outre, si on versait une prime aux seuls fonctionnaires tenus de parler l’anglais, ce serait clairement dire à l’ensemble de la population que la connaissance de cette langue n’en est pas une de base au Québec. Dire les vraies choses aurait aussi comme avantage qu’on se ferait moins haïr dans le ROC (rest of Canada), où l’on croit largement que nous mangeons de l’Anglais, alors que nulle minorité au Canada n’est mieux traitée que la nôtre. (Cela pourrait être utile au lendemain d’un référendum victorieux.)

    Remarquez que pour espérer obtenir une prime, il faut la demander. Dans l’ébauche du Cahier des revendications préparée par le Comité des négociations du SFPQ et soumise ce printemps aux délégués et dirigeants syndicaux en vue des négociations de 2003, il n’est plus question de prime linguistique de 1000 $. Aux grandes négociations de 1999, on l’avait incluse dans le Cahier des revendications pour satisfaire les chialeurs de Montréal et de l’Outaouais, mais le Conseil du Trésor s’est montré intraitable, tassant le SFPQ dans le coin – malgré ses 45 000 membres – pour ne traiter qu’avec les trois grosses centrales, et traitant les dirigeants du SFPQ pour ce qu’ils sont en réalité : une bande de pâtes molles.

    Pour finir, je donne les conseils suivants aux personnes intéressées à devenir fonctionnaire au provincial : si on vous demande si vous savez l’anglais, répondez oui même si vous ne le savez pas, et si on vous oblige à le parler une fois embauché, refusez et faites valoir vos droits garantis par la Charte. Si vous voulez apprendre l’anglais une fois embauché, demandez des cours. Si vous parlez l’anglais au travail, demandez une prime. On nous en passe une p’tite vite et il faudrait en retour se montrer aussi catholique que le pape. No, sir ! Québec n’est ni Ottawa ni Fredericton. Le Québec est français.

    Sylvio Le Blanc, fonctionnaire et membre du SFPQ, le 9 août 2002

  • Sylvio Le Blanc, 8 octobre 2016 13h46

    Lettre parue dans « Le Devoir », Éditorial, Lettres, le lundi 17 mai 1999, p. A 6.

    La prime au bilinguisme

    Le 7 mai dernier, j’ai lu avec intérêt l’éditorial de Michel Venne intitulé « Le déclin du bilinguisme officiel ». J’y ai appris que Victor Goldbloom recommande aux autorités fédérales d’abolir la prime au bilinguisme, considérant normal que dans une fédération officiellement bilingue, la connaissance des deux langues officielles fasse partie des compétences de base pour tout fonctionnaire fédéral.

    Mais si on prime le bilinguisme dans une fédération officiellement bilingue, à plus forte raison devrait-on primer le bilinguisme dans l’une de ses entités où la seule langue officielle est le français.

    Vous aurez compris que Québec est beaucoup moins généreux qu’Ottawa à l’égard de ses fonctionnaires, bien qu’il exige d’eux la connaissance de l’anglais dans bon nombre de ses ministères et organismes, à Montréal et ailleurs (je n’aurais pu obtenir mon emploi actuel si je n’avais su l’anglais).

    En s’obstinant à ne pas primer ses fonctionnaires occupant des postes désignés bilingues, Québec envoie les messages subliminaux suivants : on ne prime pas une compétence de base, à savoir la connaissance de l’anglais ; il est naturel de connaître l’anglais au Québec ; les Anglo-Québécois peuvent aisément être servis dans leur langue ; pire, ils n’ont pas à apprendre le français (ils peuvent étudier, travailler, s’amuser, être soignés et jugés dans leur langue).

    Quand on y regarde de près, Québec ne devrait pas exiger de ses fonctionnaires qu’ils connaissent l’anglais, et ce, pour la simple raison que le Québec est français. Si, malgré tout, il tient à ce qu’en certains endroits ses fonctionnaires servent en anglais, qu’il les rétribue alors en conséquence.

    Le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) est bien avisé, dans les présentes négociations avec l’État, de revendiquer ce qui suit : « Un employé qui est tenu d’utiliser pour les fins de son travail une langue autre que le français reçoit une prime de 1000 $ par année. » Si jamais Québec devait se défiler cette fois encore, le SFPQ devrait faire mouvement et suggérer à ses membres de ne parler dorénavant qu’une seule langue au travail, à savoir celle de Molière.

    Nous verrions alors ce qui se passerait. En cette Année de la francophonie canadienne, peut-être les Anglo-Québécois se mettront-ils tous au français (ça compenserait les reculs relatifs aux services en langue française dans le ROC ces cinq dernières années). Qui sait ? Il n’y aurait peut-être plus lieu alors d’exiger des fonctionnaires la connaissance de l’anglais, il ne serait plus question de prime au bilinguisme et Québec aurait sauvé de l’argent.

    Sylvio Le Blanc, membre du SFPQ, Montréal, le 9 mai 1999

    Lettre aussi parue dans « Journal SFPQ » (revue du Syndicat de la fonction publique du Québec).

  • Sylvio Le Blanc, 4 octobre 2016 19h48

    Lettre parue dans « Le Journal de Montréal » (Opinions, Lettre ouverte, le jeudi 23 avril 2015, p. 28) et « Le Journal de Québec » (Opinions, Lettre ouverte, le jeudi 23 avril 2015, p. 16).

    De l’importance des lanceurs d’alerte ou signé Élisa Milan

    Après 38 années passées dans la fonction publique – dont les 16 dernières aux Pensions alimentaires (PA), responsable de 500 dossiers –, j’ai décidé de prendre ma retraite. En juin 2003, trois mois après l’élection des libéraux, j’ai été suspendu deux jours sans solde à la suite de la parution d’une lettre sur les PA. Si je voulais continuer à écrire tout en gardant mon emploi, il fallait que je trouve une solution.

    J’ai alors eu l’idée de créer un pseudonyme. L’adresse et le no de téléphone fournis aux journaux, parce qu’exigés, seraient ceux où je travaillais, en espérant que les responsables du « Courrier des lecteurs » comprennent la situation si une vérification était faite. Dix années durant, le pseudo m’a permis de faire publier en toute sécurité quelque 25 lettres sensibles dans des journaux.

    Rétrospectivement, j’estime que plusieurs de ces lettres ont été profitables aux services publics, notamment celle intitulée « Cordonnier mal chaussé ». Depuis que les PA existent, celles-ci n’émettent pas de relevé d’impôt relatif aux revenus d’intérêts versés aux débiteurs, ce qui est ahurissant, considérant que cette direction relève de Revenu Québec, qui perçoit taxes et impôts.

    Ma lettre intitulée « Des cadres ratoureux » démonte un ingénieux stratagème des PA pour faire obtenir à certains cadres une augmentation de salaire supérieure à celle consentie aux autres commis de l’État.

    Le syndicat n’a même pas été capable d’afficher la page du journal sur son babillard ; les patrons visés l’enlevaient à chaque fois qu’elle réapparaissait.

    Mais la lettre qui a eu le plus d’impact est celle touchant au remboursement de la TVQ aux débiteurs. Avant, les agents des PA ne pouvaient l’accaparer que lorsque le dossier était en voie de fermeture ; les créancières perdaient ainsi de l’argent. Quand ma lettre est sortie, cela s’est mis à bouger. Pourquoi ? Parce que l’enjeu devenait politique (nous savons que les ministres n’aiment pas mal paraître dans les médias).

    Je l’avoue volontiers, j’ai des réserves avec le devoir de réserve des fonctionnaires. Les journaux doivent continuer de publier les lettres de ceux qui la jouent profil bas, parce qu’ils vivent des choses de l’intérieur auxquelles les journalistes n’ont pas vraiment accès via la Loi d’accès à l’information. C’est sain pour la démocratie !

    Je vous garantis que s’il y avait des Élisa Milan dans chacun des organismes gouvernementaux, les ministres, les sous-ministres, les hauts fonctionnaires et les directeurs marcheraient les fesses serrées.

    Sylvio Le Blanc, alias Élisa Milan, le 21 avril 2015

    *******************************************************************

    Article de Judith Lussier paru sur le site web « Urbania », Judith et Daphné rencontrent, Entrevue, Version intégrale, le lundi 11 mai 2015.

    Sylvio Le Blanc, roi du courrier des lecteurs

    Maintenant retraité de la fonction publique, ce champion des lettres ouvertes peut nous faire part de ses réserves quant au devoir de réserve.

    - Pourquoi votre employeur vous a-t-il suspendu à la suite d’un courrier des lecteurs ?

    Au printemps 2003, le projet de réingénierie du gouvernement libéral de Jean Charest m’inquiétait. Avant de le voir sabrer à l’aveuglette dans les ministères, notamment aux Pensions alimentaires (PA), je me suis dit qu’il serait préférable de faire des suggestions. En juin 2003, j’ai donc exposé de façon détaillée dans une lettre que le gouvernement pourrait faire des économies aux PA sans que les familles n’en souffrent vraiment. Elle m’a valu deux journées de suspension sans solde. On a prétendu que j’avais manqué à mon devoir de réserve de fonctionnaire. Or, 12 ans plus tard, rien ne m’empêche de faire des suggestions semblables comme fonctionnaire sur le site web de la Commission de révision permanente des programmes. Comprenne qui pourra !

    - Y a-t-il une raison pour laquelle vous avez choisi un pseudonyme féminin ?

    Oui. Durant la même période, une collègue de couleur est venue me voir pour que je l’aide à écrire une lettre sur les politiques d’embauche aux PA. Je l’ai assistée et nous avons fait parvenir la lettre aux journaux, mais pas question de la signer de son nom, vue ma déconvenue toute récente. Un pseudonyme fut trouvé : Élisa Milan, et une adresse courriel créée. Ce pseudo m’a donné l’idée de l’utiliser après coup pour mon usage personnel. L’adresse et le no de téléphone fournis, parce qu’exigés, étaient ceux où je travaillais, en espérant que les responsables du courrier des lecteurs comprennent la situation si une vérification était faite.

    - Combien de lettres avez-vous signées de chacun des noms ?

    Environ 1600 de mes lettres ont été publiées sous mon nom et environ 25 sous celui d’Élisa Milan (dont neuf dans « Métro »). Lorsque la lettre que je me propose d’expédier aux journaux n’a aucun rapport avec mon emploi, je la signe bien entendu de mon nom, mais lorsque la lettre est liée à mon travail ou à mon employeur (la direction des PA, qui relèvent de Revenu Québec), je la signe de mon pseudonyme. Chat échaudé craint l’eau froide.

    - Quels ont été les impacts de vos lettres signées Élisa Milan ? Quel a été votre meilleur coup ?

    La lettre qui a créé la plus grosse commotion est la première, qui n’était pas de moi, mais de ma collègue de couleur. À titre indicatif, nous donnions des noms d’employés dans des notes de bas de page, étant certains que les journaux ne publieraient pas ces renseignements délicats. Erreur ! La Cyberpresse les publia. Ayoye ! Pour la direction, il fallait coûte que coûte trouver cette soi-disant Élisa Milan, inconnue au bataillon. Des collègues inquiets furent en conséquence interrogés par un enquêteur : « À qui avez-vous confié les détails de votre vie personnelle ? Avez-vous des soupçons ? Etc. » Bien entendu, les projecteurs étaient braqués sur moi, le mouton noir.

    La lettre qui a eu le plus d’impact pour la clientèle des PA est celle touchant au remboursement de la TVQ (ou CIS) aux débiteurs. Avant, les agents ne pouvaient l’accaparer que lorsque le dossier était en voie de fermeture ; les créancières perdaient ainsi de l’argent. Quand ma lettre est sortie, cela s’est mis à bouger. Pourquoi ? Parce que l’enjeu devenait politique (les ministres n’aiment pas mal paraître dans les médias).

    Une autre a fait son effet : « Cordonnier mal chaussé ». Depuis que les PA existent, celles-ci n’émettent pas de relevé d’impôt relatif aux revenus d’intérêts versés aux débiteurs (ces intérêts proviennent de la sûreté que doivent constituer ceux-ci en cas de défaut de paiement de la pension alimentaire), ce qui est ahurissant, considérant que cette direction relève de RQ, qui perçoit taxes et impôts. Ce sont parfois de belles sommes ! Pensez au fameux milliardaire dont il faut garder l’anonymat, mais que tout le monde a identifié.

    Ma lettre intitulée « Des cadres ratoureux » démonte un ingénieux stratagème des PA pour faire obtenir à certains cadres une augmentation de salaire supérieure à celle consentie aux autres commis de l’État. Le syndicat n’a même pas été capable d’afficher la page du journal sur son babillard ; les patrons visés l’enlevaient à chaque fois qu’elle réapparaissait.

    - Influence Communication a mesuré que vous aviez en moyenne trois lettres par semaine publiées dans les journaux.

    Il fut une période, en effet, où j’ai eu en moyenne trois lettres publiées par semaine (155 dans une année) dans les 12 quotidiens du Québec. Cela dit, IC a aussi répandu des faussetés. Je n’en ferais pas tout un plat si elles n’avaient pas été reprises dans un numéro de « Trente », la bible des journalistes du Québec : « Statistique amusante : Sylvio Le Blanc a représenté à lui seul plus du quart de tout le courrier publié dans Métro pendant la dernière année. Un éditorialiste bénévole, quoi ! » Or, il appert que le nombre total de lettres publiées dans le courrier des lecteurs de « Métro » durant la période couverte par IC, soit du 1er mai 2008 au 30 avril 2009, s’élève en réalité à 486 et non 136, tel que recensé par Jean-François Dumas, le patron d’IC. Comme 36 de mes lettres y ont été publiées durant cette période, cela représente 7 % du total et non 27 %, comme l’a affirmé M. Dumas à l’émission radiophonique de Benoît Dutrizac, sur l’air de celui qui n’en revient pas. Quand les radios-poubelles ont reçu le communiqué de presse de M. Dumas intitulé : « Existe-t-il un ‘‘Star System’’ au sein du courrier du lecteur québécois ? », elles en ont conclu avec jubilation que le courrier des lecteurs des quotidiens était noyauté par les souverainistes, les socialistes et les syndicalistes. Il valait mieux en rire qu’en pleurer. Les radios-poubelles s’abreuvent aux quotidiens pour informer leurs auditeurs, mais ne se gênent pas pour vomir dessus ensuite. M. Dumas a aussi écrit que j’avais eu ma première lettre publiée en 2006. En réalité, 171 de mes lettres avaient déjà été publiées avant cette année-là. Conclusion, méfiez-vous des statistiques d’IC.

    J’ai tapé mon nom aujourd’hui dans « Eureka.cc » et il a obtenu 97 résultats pour les 12 derniers mois, alors que celui d’Henri Marineau, un résidant de Québec, prolifique « courriériste », en a obtenu… 421. Alors, qu’on me lâche un peu les baskets. En 2004, l’Indienne Madhu Agrawal a fait publier 447 lettres dans 30 journaux indiens ; elle détient le record Guinness en cette matière.

    - Qu’est-ce qui vous motive à écrire et où trouvez-vous le temps ?

    Quand les gens ont une bonne idée, ils ont le goût de la partager avec autrui. C’est pareil pour les « courriéristes ». J’aime écrire des textes et cela me fait un petit velours que des milliers de lecteurs les lisent. Je suis trop paresseux pour écrire des livres, mais des lettres, ça va. Je les ponds généralement en marchant et quand j’arrive devant mon ordi, il ne me reste plus qu’à les « coucher sur mon écran » et à les peaufiner. La majorité de mes lettres ne me prennent pas beaucoup de temps, généralement 30 minutes, mais certaines, oui. Ainsi, ma lettre de 1600 mots sur Chaplin m’a pris un mois.

    - Qu’est-ce qui fait qu’on vous publie, selon vous ?

    Je vous donne d’abord la politique de « La Presse » à ce sujet : « Nous donnons priorité aux textes reliés à l’actualité et aux témoignages, aux textes courts, bien écrits, pertinents et originaux. » Je pense qu’en général mes lettres sont reliées à l’actualité, courtes, bien écrites, pertinentes et originales. Voilà pourquoi on les publie. Bien entendu, la politique éditoriale a son importance. Mes lettres nationalistes ont plus de chances d’être publiées dans « Le Devoir » que dans « La Presse », par exemple.

    - Y a-t-il des journaux qui vous ont barré ? Avez-vous des préférés ?

    « Métro » m’a peut-être barré, car cela fait six mois qu’il ne m’a pas publié. Pouvez-vous aller aux nouvelles ? Il m’arrive d’être publié par « The Gazette », moi le nationaliste à tous crins. Le plus souvent, on y publie mes lettres en français, mais parfois, on les traduit en anglais. Quelques-unes de mes lettres ont aussi été traduites en espagnol, à Cuba. En 2005, j’ai obtenu un prix pour une lettre publiée en France dans le journal « L’Est Républicain ». Aussi étonnant que cela paraisse, la seule publication qui m’ait offert de l’argent pour l’une de mes lettres est une revue polonaise de langue française. J’ai décliné l’offre et ai plutôt demandé à me faire parvenir la revue en question. Mes préférés ? Être publié par « Le Monde », en France, c’est quelque chose. C’est le plus prestigieux journal francophone qui soit. Une dizaine de mes lettres y ont paru.

    - Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui aimerait que sa lettre soit publiée ?

    Il faut avoir une idée originale et la creuser. Je conseille aux jeunes de ne pas se presser à expédier leur lettre, de dormir dessus et de la retravailler. Cent fois sur le métier… Mais pour écrire, j’estime qu’il faut d’abord lire. Le « courriérisme » est un excellent exercice pour qui veut devenir journaliste. Prenez Alexandre Shields, journaliste en environnement au « Devoir », c’est d’abord avec ses lettres qu’il a pris du métier. Mon « courriériste » favori est Pascal Barrette, un résidant d’Ottawa. Ses lettres sont toutes de petits chefs-d’œuvre de concision et de pertinence.

    - Maintenant que vous prenez votre retraite comme fonctionnaire, prendrez-vous aussi votre retraite comme commentateur ?

    Non, je compte au contraire écrire un peu plus de lettres maintenant. Et que le gouvernement libéral de Philippe Couillard se le tienne pour dit ! RIP pour Élisa Milan, à moins qu’un autre fonctionnaire la ressuscite. S’il y avait une Élisa Milan dans chacun des organismes gouvernementaux, je vous garantis que les ministres, les sous-ministres, les hauts fonctionnaires et les directeurs marcheraient les fesses serrées.

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