«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le récit national, épine dorsale de toute Histoire

NOUVEAU PROGRAMME D’HISTOIRE NATIONALE

Dérapages et redressements

samedi 1er mars 2014

Une caricature commode veut que la révision du programme d’histoire de troisième et quatrième secondaire annoncée jeudi réponde à des visées sombres, propagandistes, de la part d’un gouvernement péquiste malintentionné. Espérons qu’avec le sagace rapport « Le sens de l’histoire », dévoilé jeudi, cette caricature disparaîtra.

Les auteurs de ce rapport, le sous-ministre Jacques Beauchemin et l’historienne Nadia Fahmy-Eid y proposent une critique du programme d’histoire de 2006 qui dépasse de beaucoup les oppositions binaires (et acrimonieuses) courantes dans ce domaine : souverainiste contre fédéraliste ; école de Montréal contre celle de Québec ; histoire sociale contre politique.

Il faut dire qu’à son arrivée à la tête du ministère de l’Éducation, Marie Malavoy avait contribué à embrouiller la discussion avec sa célèbre bourde au sujet du programme de 2006 : « On a un peu noyé le poisson de la souveraineté. »

Le nouveau programme que Beauchemin et Fahmy-Eid appellent de leurs voeux remplacerait celui de 2006, lequel avait été conçu dans la foulée du « renouveau pédagogique », qui avait pour origine une perspective ni fédéraliste ni souverainiste. Bien qu’adopté sous les libéraux, ce programme a été rendu nécessaire par quoi ? Une réforme lancée par nulle autre que Pauline Marois lorsqu’elle était ministre de l’Éducation à la fin des années 1990. Corriger le programme de 2006, ce ne revient donc pas à en finir avec une histoire qui aurait été « fédéralisante » (lui substituant une version « nationaleuse »). Il s’agit plutôt de s’affranchir de l’application à l’histoire d’« une version radicale de l’approche par compétences », version adoptée à l’époque où Mme Marois était ministre de l’Éducation. Version qui tendait à évacuer les connaissances au profit des seules « compétences » ; dont celle de la citoyenneté, qui dévoyait le but de l’enseignement de l’histoire et en faisait une « prédication civique ». En 2008 déjà, Mme Marois avait soutenu publiquement que « sa » réforme de l’éducation avait « bifurqué en cours de route » ; qu’il y avait eu « dérapages » et que des « redressements étaient nécessaires ».

Le débat intense qui se déroule au sujet du programme de 2006 a eu le mérite de mettre en relief l’ampleur de certains dérapages. Et dans le rapport « Le sens de l’histoire », on cible des voies de « redressement » ; dont plusieurs vaudront non seulement pour cette matière cruciale qu’est l’histoire, mais aussi pour les autres.

Quant à l’histoire, il faut applaudir les recommandations du rapport Beauchemin–Fahmy-Eid : adoption d’un enseignement chronologique sur deux ans avec point de bascule en 1840 ; conciliation de l’histoire politique et de l’histoire sociale ; définition d’un socle de connaissance commune, etc.

Plusieurs seront rebutés par la volonté exprimée dans le rapport de revenir à un récit national. C’est inutile. Nul retour ici au « roman patriotique » de jadis. Le « fait national » est ici envisagé comme une « question ouverte ». Mais au moins, il agira à titre de fil conducteur d’un récit, épine dorsale de toute histoire.

Ce rapport clairement écrit (dans le monde de l’éducation et de la pédagogie, ce n’est pas fréquent) ose pointer un autre problème grave de l’enseignement de l’histoire : la faiblesse de la formation disciplinaire en histoire de nombre de professeurs du secondaire, formés dans un BES « surpédagogisé ». Espérons que le gouvernement, qui a annoncé jeudi vouloir lancer des projets-pilotes dès l’automne prochain, aura le courage d’ouvrir bientôt cet autre chantier.


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