«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

L’ouverture aux réfugiés est difficilement compatible avec le respect de l’État de droit et l’intégrité des frontières canadiennes

Demandeurs d’asile : Trudeau prône l’ouverture et le respect de l’État de droit

De passage à Montréal, où il participait à la première rencontre du groupe de travail intergouvernemental, fédéral, québécois et ontarien, sur la migration irrégulière, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a indiqué qu’Ottawa et Québec étudient la possibilité de délivrer des permis de travail temporaires aux demandeurs d’asile.

Critiqué pour avoir encouragé, selon ses détracteurs, l’afflux des demandeurs d’asile en projetant l’image d’un Canada aux frontières ouvertes à tout le monde, le premier ministre a dû préciser ses propos au sujet de l’accueil de réfugiés.

Il a notamment insisté sur le fait que le Canada est un État de droit et que les lois doivent donc être respectées.

« Vous ne serez pas avantagé si vous choisissez d’entrer au Canada de façon irrégulière. Vous devez suivre les règles, et il y en a beaucoup », a souligné le premier ministre, répétant un message qu’il a lancé récemment.

Le Canada est une société ouverte et accueillante, mais notre tâche première est de protéger nos citoyens.
- Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Se défendant d’être « en mode rattrapage », M. Trudeau a insisté sur le fait que la situation est maîtrisée.

Sur les ondes d’ICI RDI, la correspondante parlementaire du quotidien Le Devoir, Hélène Buzzetti, a estimé que le premier ministre Trudeau fait des « cachotteries quand il déclare que les demandeurs ne seront pas avantagés s’ils passent la frontière illégalement ». « Son message de dire "il n’y a aucun avantage de passer de manière illégale" est un peu trompeur. Parce que tout le monde sait que oui, il y a un avantage. C’est de pouvoir considérer notre demande, alors que si vous passiez par le poste officiel et que vous étiez déjà allé aux États-Unis, vous auriez été refoulé immédiatement », a-t-elle expliqué.

Permis de travail temporaires, une solution ?

En attendant que leur statut soit déterminé, Ottawa et Québec étudient la possibilité de délivrer des permis de travail temporaires aux demandeurs d’asile.

Ce pourrait être une solution à court terme pour alléger la situation de dépendance, selon le premier ministre.

De plus, M. Trudeau a indiqué que le député Emmanuel Dubourg se rendra jeudi à Miami pour rencontrer des représentants de la communauté haïtienne et accorder des entrevues auprès de médias créoles.

Le gouvernement fédéral espère ainsi dissiper des mythes concernant l’entrée au Canada, et s’assurer que les individus susceptibles de vouloir entrer au pays soient bien informés des procédures à suivre.

Pendant ce temps, l’opposition reproche au gouvernement libéral sa gestion de la crise des demandeurs d’asile à la frontière américaine.

Les conservateurs accusent Justin Trudeau d’avoir donné de « faux espoirs » aux migrants avec son message « irresponsable » publié en janvier sur Twitter.

Peu de temps après la tentative du président américain Donald Trump d’interdire l’entrée aux États-Unis de ressortissants de pays à majorité musulmane, Justin Trudeau avait écrit que le Canada accueillerait ceux qui « fuient les persécutions, la terreur et la guerre », quelle que soit leur religion.

De leur côté, les néo-démocrates ont envoyé une lettre au ministre de l’Immigration, Ahmed Hussen, lui réclamant plus de ressources pour traiter les demandes d’asile.

La députée Jenny Kwan est également revenue à la charge en réclamant qu’on retire le statut de pays sûr aux États-Unis.

La ministre québécoise de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Kathleen Weil, a déclaré en entrevue à ICI RDI qu’Ottawa avait répondu à toutes les demandes de Québec, notamment en ouvrant un poste à Cornwall pour soulager la pression à la frontière québécoise. « Ils ont remarqué [le fédéral], ces derniers quatre jours, que de volumes d’au-delà de 250 personnes, on est passé sous la barre de 100 personnes par jour. Ils sont prudents, ce n’est pas nécessairement une tendance lourde, mais quand même, peut-être que les messages commencent à passer. Ça, c’est déjà bon », a dit la ministre.

Voici cinq mesures adoptées par le gouvernement fédéral en réaction à l’afflux de demandeurs d’asile :

1) Réaménager les effectifs de douaniers, d’agents de l’immigration et d’agents de la Gendarmerie royale du Canada
Chaque personne qui entre au Canada de façon irrégulière est interceptée. Si cette personne manifeste sa volonté de revendiquer le statut de réfugié, elle est soumise à des contrôles de sécurité et à un examen sommaire de sa demande pour déterminer si elle est admissible. Le flux inhabituel de personnes arrivées de cette façon au pays, principalement au Québec, a requis une présence accrue des autorités. À Montréal, par exemple, une équipe qui comptait huit agents d’immigration a été portée à 45 agents. La Commission de l’immigration et du statut de réfugié dédie 20 de ses membres exclusivement à l’étude de demandes d’asile.

2) Fournir un hébergement temporaire
Du stade olympique de Montréal au campement de Cornwall, les autorités se démènent pour fournir des refuges temporaires aux demandeurs d’asile, car leur admissibilité doit être déterminée avant qu’ils ne puissent circuler librement au pays.

3) Coordonner les efforts
Un groupe de travail de politiciens fédéraux, québécois et ontariens a été mis sur pied pour superviser la réponse gouvernementale à cette arrivée massive de demandeurs d’asile. Sa tâche consiste à partager des informations sur les besoins des nouveaux arrivants et à déterminer les endroits où déployer plus de ressources puis, éventuellement, à combien s’élèvera la facture - et qui la règlera.

4) Changer le message au pays
En janvier, le premier ministre Justin Trudeau avait réagi sur Twitter au décret migratoire du président américain Donald Trump, affirmant que le Canada continuera à accueillir ceux qui fuient la persécution. Certains évoquent cette publication pour expliquer le flot actuel de demandeurs d’asile. Dans les derniers jours, M. Trudeau et d’autres membres de son Cabinet ont durci le ton pour cesser de donner l’impression qu’ils ont « perdu le contrôle » de la frontière.

5) Changer le message à l’étranger
Depuis la semaine dernière, les consulats canadiens aux États-Unis tentent de contrer la propagation d’informations erronées sur l’accueil réservé aux demandeurs d’asile au nord de la frontière. Ottawa a envoyé à Miami le député libéral Emmanuel Dubourg, d’origine haïtienne, pour s’adresser en créole à la diaspora haïtienne.

(La Presse canadienne)


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