«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

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LIBRE OPINION

Déclin du français : l’inaction à la canadienne va perdurer

mercredi 9 août

Dans son éditorial du 3 août dernier, Manon Cornellier évoque le déclin du français au Canada et au Québec. « L’inaction ne peut plus durer », titre-t-elle. Elle va pourtant se poursuivre.

 

Je relis cet éditorial et il me semble que c’est encore le mauvais film de l’assimilation qui est présenté, exactement le même qu’il y a 50 ans. Depuis cette époque, y a-t-il quelque chose qui a changé fondamentalement ? Non. La situation est exactement celle qu’avaient prévue les indépendantistes québécois du début des années 1960.

 

Le constat navrant de l’évolution du fait français au Canada, sa disparition en Nouvelle-Angleterre et au Canada anglais et les dangers qui menaçaient le Québec imposaient alors un constat lucide : le Canada n’a pas fait la place souhaitée au français, la revanche des berceaux n’a pas permis d’améliorer la situation et le Canada s’est même transformé en machine à assimiler. La seule solution à long terme était donc de faire du Québec un pays ayant pleine autorité sur son avenir.

 

C’était le constat lucide que faisaient les gens du RIN et du RN, les États généraux du Canada français et une grande partie de la société et des intellectuels québécois. Ainsi, on retrouvait ceci dans le programme du RIN de 1962 : « L’option qui se présente au peuple canadien-français […], ou bien abolir le divorce entre une culture et une réalité quotidienne qui ne correspondent pas et alors s’assimiler le plus promptement possible au monde anglo-saxon d’Amérique, ou bien conserver sa culture et sa langue, mais à condition d’en faire des réalités vivantes et des instruments d’épanouissement de la personne, c’est-à-dire en faisant du Québec un État authentiquement français. Ce sont là en effet les deux seules voies possibles. »

 

Comme l’écrivait aussi René Lévesque dans Option Québec : « il faut que nous osions saisir pour nous l’entière liberté du Québec, son droit à tout le contenu essentiel de l’indépendance. Cela signifie que le Québec doit devenir au plus tôt un État souverain. Il n’en tiendra plus qu’à nous d’y établir sereinement cette priorité qu’en ce moment nous cherchons avec fièvre mais à tâtons pour notre langue et notre culture ».

 

« Égalité ou indépendance », écrivait même Daniel Johnson, premier ministre du Québec (1966-1968). Daniel Johnson réclamait une égalité pour le français au Canada. Le chef de l’Union nationale écrivait : « la Confédération n’est pas une fin en soi ; et […] si, après avoir tout tenté pour la rendre également habitable à nos deux communautés culturelles, nous constatons un jour la vanité de nos efforts, elle ne nous paraîtra plus digne d’être sauvée ».

 

Le déclin au Canada

 

Les chiffres et les tendances sont sous nos yeux. Ils l’étaient il y a 50 ans, ils le sont encore aujourd’hui. Ils ne pourront être changés parce que le Canada est, depuis 1867, engagé à réduire la collectivité française, quelquefois par des mesures conscientes et d’autres fois par la seule force du nombre. Louis Riel et les Métis francophones en ont fait les frais dès 1870. Et cela ne changera pas.

 

Une mesure visant à appliquer la loi 101 au cégep est vaine. Une mesure pour soumettre les entreprises de 49 employés ou moins à la loi 101 est vaine. Une mesure pour forcer Ottawa à faire appliquer la loi 101 aux entreprises de compétence fédérale est vaine. Une mesure visant à modifier la Constitution afin que les lois du Québec soient adoptées en français seulement à l’Assemblée nationale est vaine. Et une mesure qui tenterait de ressusciter les générations de Canadiens français qui se sont battus pour leur langue et leur culture et qui ont vu leurs enfants et petits-enfants s’assimiler à l’anglais est tout aussi vaine.

 

> Lire la suite de l’article sur Le Devoir


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