«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Affaire Paquet-Sklavounos

David contre Goliath

Le consentement

Tribune libre de Vigile
dimanche 23 octobre 2016
362 visites 2 messages

En écoutant l’entrevue accordée à Anne-Marie Dussault par la jeune Alice Paquet qui soutient avoir été agressée sexuellement par le député libéral Gerry Sklavounos, j’ai été étonnée à la fois par son courage d’une part, et par la fragilité qui se dégageait de son attitude d’autre part.

Toutefois, je n’ai pu rester insensible, malgré quelques hésitations de sa part, à la sincérité de ses propos au moment où elle tentait de raconter les événements qui auraient entouré ces tragiques péripéties autour des agressions sexuelles dont elle aurait été victime. Aux yeux d’Alice Paquet, le message est clair : « Quand je suis montée au micro pour le dire, c’était vraiment comme un élan du cœur pour être solidaire envers les survivantes de ce qui s’est passé aux résidences de l’Université Laval, mais c’était surtout pour lancer un message de dénoncer l’agresseur ».

Quant au présumé agresseur, le député de Laurier-Dorion persiste à clamer son innocence dans toute cette affaire tout en ajoutant du même souffle qu’il allait se battre pour « blanchir sa réputation ».

Alice Paquet s’est lancée dans une odyssée où les écueils risquent d’être fort périlleux sur sa route. Quoi qu’il en soit, dans l’hypothèse où cette saga s’avérait véridique, j’ose espérer que David aura le courage et l’adresse d’abattre Goliath de sa « fronde ».

Le consentement


« Qui ne dit mot consent » nous dit l’adage bien connu. Eh bien, ce n’est manifestement pas le cas en droit qui statue que « le silence n’est pas un consentement », lequel est « un accord libre et éclairé à une activité sexuelle » et qu’il « doit être donné au début de l’activité sexuelle et à tout moment ».

Interrogée sur la question du consentement à l’émission 24/60, Alice Paquet confie ceci à Anne-Marie Dussault : « [La police] a posé la question à savoir si le "non" avait été dit clairement. Non, je ne sais pas si je l’ai dit clairement. Je ne sais pas. Je sais qu’à ce moment-là, je n’étais pas bien dans la relation sexuelle et que je voulais partir. »

Sans être un expert en droit, il m’apparaît que la notion de consentement sera au centre de la preuve et constituera la pierre angulaire autour de laquelle sera jugée la crédibilité d’Alice Paquet dans l’affaire qui l’oppose au député Gerry Sklavounos.

Bien des questions demeurent sans réponse concernant le récit des événements auquel s’est livrée la victime présumée, notamment sur les motifs pour lesquels elle s’est rendue une deuxième fois dans la chambre du député après qu’elle aurait été victime d’agressions sexuelles lors d’une première visite.

À mon sens, les arguments d’Alice Paquet devront « être coulés dans le béton » si elle ne veut pas revivre à la barre des témoins les « contradictions » qui ont permis d’innocenter Jian Ghomeshi dans l’affaire qui l’opposait à des présumées victimes d’agressions sexuelles…

Commentaires

  • Henri Marineau, 27 octobre 2016 10h06

    La culture du viol


    Dans l’expression « culture du viol », le terme « culture » n’est pas banal puisque toute forme de culture est enracinée dans les us et coutumes d’une société. Globalement, la culture du viol décrit un phénomène voulant que la société blâme les victimes d’agressions sexuelles et normalise la violence sexuelle. Divers phénomènes sont montrés du doigt lorsqu’on évoque la culture du viol. On parle, entre autres, de banalisation des violences sexuelles, de comportements inadéquats tolérés par la société, de conséquences insuffisantes imposées aux agresseurs, de la culpabilisation des victimes ou encore de leurs témoignages qui sont discrédités.

    Un ensemble de facteurs qui démontrent à quel point le phénomène ratisse large et nous confrontent à la dure réalité sociale d’un malaise dont on ne peut ignorer, voir bafouer, l’existence. Les dernières dénonciations d’agressions sexuelles survenues à la suite des événements survenus à l’Université Laval, liées à celles d’Alice Paquet contre Gerry Sklavounos, ont suscité, à n’en pas douter, un mouvement d’appui qui ne doit pas demeurer sans suite.

    Conséquemment, les citoyens sont appelés, non seulement à prendre acte de cette culture du viol, mais surtout à appuyer le mouvement des femmes qui a pris une ampleur considérable depuis quelques jours…C’est une question qui doit nous interpeller et nous mobiliser au plus haut point en tant que citoyens responsables d’une saine démocratie.

  • Ouhgo St-Pierre, 25 octobre 2016 22h21

    Dans tout le bavardage qui entoure cette affaire, un son de cloche est passé presque inaperçu.
    Depuis la déconfiture en cour de justice des victimes de Ghomeshi, un mouvement féministe s’exprime maintenant dans le sens de dire : Les règles pointilleuses et en circuit fermé des grands procès pour viol discriminent dès le départ contre les plaignantes. Alors que ces procédures n’éclairent pas au grand jour les agressions par des puissants, il serait devenu plus gratifiant pour les femmes d’exposer elles-mêmes les circonstances qu’elles veulent faire savoir au monde, à travers toute forme de média, traditionnel ou social internet. Si maladroite que fût leur élocution, elles jugent qu’elles ont ainsi plus de chance de dénoncer dans toute la verdeur, rapidement et au grand jour, l’affront qu’elles ont subi.
    Never mind la compensation financière, qui de toute façon ne viendra pas de la justice en qui elles n’ont plus confiance, parce qu’elles ne seront pas crues.

    Dans le cas présent plusieurs ne voient pas beaucoup de chance d’un procès (déjà contaminé) alors que l’agresseur, il semble déjà que son compte est bon.

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