«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

PLC et NPD, sale bonnet et bonnet sale !

Vous avez dit « changement » ?

Dan Gagnier, l’âme damnée du régime fédéral et de l’Empire Desmarais, pris en flagrant délit de trafic d’influence

Preuve de la gravité des faits, il est évincé de l’entourage de Justin Trudeau à la vitesse de l’éclair

Editorial de Vigile
jeudi 15 octobre 2015
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En politique, il est facile de juger de la gravité d’une situation par la vitesse à laquelle les parties impliquées interviennent pour en minimiser les retombées potentiellement dommageables. Selon cette mesure, la révélation d’une communication au transporteur gazier TransCanada d’informations stratégiques par un membre senior de l’équipe Trudeau à quelques jours d’élections générales à l’issue desquelles ce dernier possède désormais de bonnes chances d’être invité à former le prochain gouvernement, ne constitue rien moins qu’une catastrophe.

L’auteur de cette communication n’est pas le premier deux de pique venu. Il s’agit de Dan Gagnier, l’âme damnée du régime fédéral, toutes étiquettes confondues, depuis plus de trente ans. Le qualifier d’âme damnée n’est pas un simple effet de style. Pour bien comprendre le sens de cette locution, il est utile de se référer à sa définition :

Personne asservie à une autre, qui est l’outil de ses désirs, qui obéit servilement à ses ordres consistant généralement à commettre des actes moralement ou juridiquement répréhensibles.

Pour vérifier maintenant si elle est bien appropriée dans son cas, il suffit d’examiner le parcours de Dan Gagnier. Dans son bulletin de nouvelles aujourd’hui, Radio-Canada nous en livre une version édulcorée, question de ne pas compromettre les chances du favori-maison :

Qui est Dan Gagnier ?

Dan Gagnier était inscrit au registre des lobbyistes jusqu’en 2014. Il a déjà présidé l’Institut canadien de politique énergétique, un organisme de lobbyisme de l’industrie qui n’existe plus depuis quelques années. Il a été chef de cabinet de l’ex-premier ministre Jean Charest de 2007 à 2009, puis appelé à la rescousse pendant la grève étudiante de 2012. De 1995 à 2007, il a fait partie de la haute direction d’Alcan. En 2014, il était également impliqué auprès de Justin Trudeau durant la course à la direction.

Ça, c’est la version soft.

La version complète est beaucoup plus hard.

Dan Gagnier est un vieux routier de la politique canadienne. Au début des années 1980, il travaille au cabinet de Jean Chrétien, alors ministre fédéral de la Justice. Il y a pour collègue André Desmarais, le benjamin de Paul, qui finira par épouser la fille de son boss. Les deux sont toujours au cabinet Chrétien au moment des négociations fédérales-provinciales sur la réforme de la Constitution et le rapatriement qui vont aboutir à la « nuit des longs couteaux ».

Antoine Robitaille, aujourd’hui éditorialiste au Devoir, est l’auteur d’un article rédigé en 2007 au moment de la nomination de Dan Gagnier comme chef de cabinet de Jean Charest, alors premier ministre du Québec :

Daniel Gagnier, un stratège de Trudeau, nouveau chef de cabinet du premier ministre du Québec - Parisella défend le choix de Charest

Le PQ s’explique mal l’embauche de l’ancien fonctionnaire fédéral

Québec — Nouvellement sacré conseiller du PLQ de Jean Charest, John Parisella est intervenu hier pour offrir une « meilleure compréhension » du parcours professionnel du nouveau chef de cabinet du premier ministre, Daniel Gagnier.

Il réagissait à l’article du Devoir, qui rappelait samedi que M. Gagnier avait participé au coup de force du gouvernement de 1982 comme fonctionnaire lorsqu’il fut dépêché à Londres pour négocier la neutralité du gouvernement britannique et donc faire fi de l’opposition de Québec. Par la suite, M. Gagnier a été nommé « directeur exécutif » du Centre d’information sur l’unité nationale, qui relevait directement du ministre de la Justice d’alors, Jean Chrétien. Le CIUC a développé à l’époque un programme de commandites et de publicité pour promouvoir la loi constitutionnelle de 1982, adoptée sans l’accord du Québec.

Selon M. Parisella, ce n’était là que « la première phase de la carrière » du nouveau chef de cabinet de Jean Charest. Il fait remarquer que monsieur Gagnier a aussi été travaillé au gouvernement fédéral sous Brian Mulroney « dans un dossier fort névralgique pour le Québec, celui du libre-échange », écrit-il dans une lettre reproduite dans ces pages. Plus tard, fait remarquer M. Parisella, M. Gagnier a été chef de cabinet du premier ministre ontarien, David Peterson, « un proche et fidèle allié de Robert Bourassa lors de la négociation de l’Accord du lac Meech ». [...]

Du côté du Parti québécois, hier, on s’est dit « surpris par le choix de Jean Charest », qui dit vouloir se « reconnecter avec l’électorat francophone » mais qui embauche quelqu’un qui a été « au cœur de l’opération du rapatriement de la Constitution, contre les vœux du Québec, une grande trahison », a commenté le critique en matière de relations intergouvernementales, Alexandre Cloutier. En plus, M. Gagnier a été directeur d’un organisme, le CIUC, qui « faisait la propagande de Trudeau et de son coup de force ». [...]

Dan Gagnier a donc trempé dans les plus sales coups jamais perpétrés contre le Québec, dont certains ne nous ont été révélés qu’au cours de ces dernières années. Ainsi, il a fallu attendre La bataille de Londres, le fascinant ouvrage de Frédéric Bastien publié en 2013 pour découvrir jusqu’où le gouvernement Trudeau s’était abaissé pour obtenir l’assentiment britannique au rapatriement. Dan Gagnier était au cœur de ces manœuvres.

On ne se surprendra pas du passage de Dan Gagnier chez les Conservateurs au temps de Brian Mulroney. Il est d’abord affecté au dossier du libre-échange, auquel l’Empire Desmarais est très intéressé, puis passe ensuite au dossier de l’Environnement en 1990 sous Lucien Bouchard, alors titulaire de ce portefeuille dans le gouvernement Mulroney, comme je le découvrirai dans mes recherches pour la rédaction d’un article paru sur Vigile en janvier 2011 sous le titre L’étrange destinée de Lucien Bouchard au moment où le Québec apprend avec stupeur sa nomination à la tête de l’Association pétrolière et gazière du Québec pour y faire la promotion du gaz de schiste, si cher à l’Empire Desmarais : .

[...] Or qu’il le veuille ou non, que cela fasse son affaire ou non, un ancien premier ministre conserve des responsabilités après son départ. En contrepartie du privilège qui lui a été donné d’exercer les plus hautes fonctions, il aliène une partie de sa liberté pour l’avenir et ne doit rien faire qui vienne jeter une ombre sur la noblesse de celles-ci.

Ce n’est pas tant de représenter l’industrie qui pose problème, comme le « deal » en vertu duquel il devient l’homme de paille de l’entreprise qui le paie, Talisman Energy, qui entretient des liens étroits de copinage avec le gouvernement Charest par le truchement de Dan Gagnier, encore tout récemment chef de cabinet du premier ministre. En principe, une personne qui a occupé ce genre de fonction doit s’abstenir de faire du lobbying auprès du gouvernement pendant un certain temps. Nous avons ici la preuve que cette règle n’a pas été respectée.

Mais ce n’est pas tout. Dan Gagnier est aussi le président du conseil d’administration de l’Institut international du développement durable (IIDD) dont on apprend ceci sur son site :

« En 1990, le Premier ministre du Manitoba, Gary Filmon, et le ministre de l’Environnement du Canada, Lucien Bouchard, signent l’accord qui crée officiellement l’IIDD pendant la conférence Globe à Vancouver (Colombie-Britannique). L’Institut est établi en vertu de la partie II de la Loi sur les corporations canadiennes en tant que corporation sans but lucratif dirigée par un conseil d’administration international indépendant. »

Et je vous conseille fortement la consultation de la liste des membres de son conseil d’administration, vous allez y faire des découvertes intéressantes, dont la présence d’un certain Hugo Delorme, au palmarès aussi court qu’instructif. Enfin, ceux qui ont la mémoire longue se souviennent que le successeur de Lucien Bouchard au ministère fédéral de l’Environnement avait été… Jean Charest. [...]

On découvre donc que les rapports de Dan Gagnier avec les règles d’éthique sont plutôt lointains et qu’il n’a jamais été homme à se priver des contacts que ses fonctions publiques lui ont permis d’établir pour servir les intérêts de ses maîtres et faire mousser les siens.

En 2012, Dan Gagnier reprend du service comme chef de cabinet auprès de Jean Charest, officiellement pour l’aider à maîtriser la crise étudiante, mais en réalité pour renflouer le le leadership de Jean Charest et les chances de réélection du PLQ, les deux durement mis à mal par le dérapage de la Commission Bastarache et le départ tout aussi cahoteux que chaotique de la Commission Charbonneau. Sa mission échoue, et le PQ est élu. .

Aujourd’hui, le journaliste Daniel Leblanc du Globe and Mail nous apprend que Dan Gagnier, co-président de la campagne nationale de Justin Trudeau a commencé à travailler pour TransCanada le printemps dernier :

The co-chair of the Liberal election campaign started working for TransCanada Corp. last spring, providing advice to the firm on its controversial Energy East pipeline project at the same time as he was trying to help Justin Trudeau win the next election.

Dan Gagnier was forced to resign following revelations he had recently advised TransCanada on the best way to lobby the next government, which could well be Liberal. Mr. Trudeau slammed his former top adviser’s role with TransCanada on Thursday, acknowledging it created the perception he was selling knowledge acquired on the Liberal campaign trail.

“[Mr. Gagnier] acted in an inappropriate way a few days ago, and when we found out about it, we sat down with him. He chose to do the responsible thing and step down from our campaign,” Mr. Trudeau said at a news conference. “It’s a way of demonstrating the fact that we take ethical standards and responsibilities extremely seriously.”

Up until last week, Mr. Gagnier was one of the top five advisers to Mr. Trudeau, spending time on the Liberal Leader’s tour bus and helping with debate preparation.

A veteran of politics with high-level experience in the private sector, he stood out among the senior Liberals who advise Mr. Trudeau on a daily basis. Mr. Gagnier is in his late 60s and his time in Ottawa goes back to the 1970s, while Mr. Trudeau other close advisers are in their 30s and 40s, many with young children at home and few ties to past Liberal governments in Ottawa. As the Liberal Leader since 2013, Mr. Trudeau has benefited from the fact a majority of his team had no ties to the Liberal scandals of the past, or the Martin/Chrétien internal wars. [...]

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Dans le courriel qu’il adresse à TransCanada et qui a été rendu public, Dan Gagnier évoque le cas où le NPD pourrait être appelé à former le prochain gouvernement et suggère que la stratégie à suivre serait alors la même à peu de chose près. Comment peut-il en être si certain s’il n’a pas eu de contacts avec Tom Mulcair ? Poser la question c’est y répondre.

Mulcair et Gagnier se connaissent très bien, au moins du temps où le premier était ministre de l’Environnement dans le gouvernement Charest et le second chef de cabinet du premier ministre. Et dans le dossier du pétrole, le PLC et le NPD ont exactement la même position, quoiqu’en dise Tom Mulcair, comme le met si précisément en relief aujourd’hui mon collègue au comité éditorial de Vigile, Jean-Claude Pomerleau, dans sa chronique intitulée on ne peut plus pertinemment Bloc canadien : englué dans le pétrole sale.

PLC et NPD, sale bonnet et bonnet sale !

Commentaires

  • Gérald Bouchard, 21 octobre 2015 20h53

    Pour quand une loi sur la clarté fédéraliste !

  • Jean-S. Gosselin, 17 octobre 2015 11h17

    Port de Québec : Déjà tout semble avoir été décidé sans que l’on ait demandé l’avis des citoyens. Avec le tit ami de Bush qui contrôle le traffic maritime à Détroit, eh bien Québec sera, comme dit le site du port de Québec, une belle PLAQUE TOURNANTE. Armes envoyées au Moyen-Orient comme d’habitude financées à même nos fonds de pensions, uranium, drogues de l’Amérique Latine et du Kosovo (les plus gros cartels au monde), pétrole, minerais, métaux, et produits haute technologie obtenus au moyen du cheap labour Québécois envoyés à l’étranger, and so on.

    Je vis dans le plusse beau pays du monde et je suis condamné à crever dans un hôpital sous-financé.

    www.portquebec.ca

  • Fernand Lachaine, 17 octobre 2015 08h25

    Les élections fédérales auront permis de débusquer les faits et gestes de ce Gagnier.
    Pour l’instant il ne sera pas dans le sillage des libéraux fédéraux mais il est toujours à l’emploi du gouvernement du Québec. Couillard l’a nommé "négociateur" avec les Autochtones et, de plus, le défend comme faisant partie du cercle des corrompus canadians et québécois.

    Nous devrons, aux partielles du 9 nov. prochain, prendre bonnes notes du soutien de Couillard pour Gagnier car ne l’oublions pas : si Trudeau est élu pm du Canada, nous aurons 3 libéraux comme gouvernants au niveau fédéral, québécois et municipal, Trudeau, Couillard et Coderre.
    La corruption reviendra au plus fort comme aux temps des commandites, abris fiscaux, eaux usées, surfacturation etc etc.
    Soyons vigilants car des Gagnier sont en attente dans les coulisses fédéralistes.

  • Chrystian Lauzon, 16 octobre 2015 16h55

    Euh !? Le cas Dan Gagnier : c’est pas ça des conflits d’intérêts ?!?? Allez le PQ : une motion là-dessus pour une commission d’enquête rétroactivée ! Histoire de bien marquer le cas à l’Assemblée nationale et dans le Journal des débats (je doute que le vote soit unanime cependant !). Merci M. Le Hir, sans vous, nous n’aurions pas l’impression certaine que nous puissions sortir du bocal des poissons rouges libéraux soporifiant et de la médiacrassie. À quand une presse libre officielle au Québec, non marginalisée voire clandestinisée, du niveau de Vigile ?

  • Lise Séguin, 16 octobre 2015 15h24

    J’ai presque ignoré ce lien, me disant que tout ce qu’il y avait d’utile avait été dit a/s Dan Gagnier. Quelle erreur !

    Depuis l’appui du PQ à la motion "Framboise" (David) j’ai sombré dans la déprime invoquant l’aphorisme : Toute vérité n’est pas bonne à "savoir".

    Mais Vigile a le don d’exciter ma curiosité. En plus d’apprendre la définition de "Âme damnée", ayant toujours pris le terme à son sens superficiel, j’ai décodé pourquoi Lucien Bouchard me mettait mal à l’aise sans que je ne sache trop pourquoi.

    Vivement la souveraineté pour qu’on puisse savoir à quoi s’en tenir. Il n’y aura alors que des adversaires et non des ennemis.

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