«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le complexe du colonisé ?

D’une défaite à l’autre jusqu’à la modernité !

Le Québec a l’art de faire passer ses défaites pour des manifestations désirables la modernité. Le français recule et la métropole s’anglicise ? C’est que nous nous ouvrons au monde. Nous peinons à intégrer les immigrants ? C’est que nous sommes une société plurielle et diversifiée. Nous échouons notre indépendance ? C’est que nous sommes en avance sur les autres peuples qui sont encore enfermés dans le modèle ethnocentrique de l’État-nation. Nous dédaignons notre histoire ? C’est que nous ne sommes pas prisonniers du passé. Et ainsi de suite.

Il faudrait bien un jour comprendre cette tournure d’esprit qui, j’en ai l’impression, a trouvé sa première formulation dans la thèse de la Conquête providentielle : nous sommes conquis ? Heureusement ! Cela nous évite les affres et tourments de la Révolution française et inscrit notre développement dans les paramètres de la civilisation anglo-saxonne, qu’on admirera jusqu’à l’idolâtrie. Depuis, nous reproduisons souvent ce raisonnement.

Robert Laplante, le directeur de L’Action nationale, parlerait de la logique de la minimisation des pertes qui est le signe de la condition minoritaire. Le minoritaire préfère se dire que ce qui lui arrive n’est pas grave plutôt que d’oser rompre avec une situation à laquelle il s’est paradoxalement acclimaté. Il s’est habitué au regard dépréciatif de l’Autre et n’ose plus se définir à l’extérieur du périmètre autorisés par un ordre extérieur. C’est une hypothèse à considérer.

Peut-être aussi est-ce l’héritage de la Révolution tranquille ? Les Québécois ont tellement longtemps été porteurs d’eau dans leur propre pays qu’ils se sont jurés de ne plus jamais avoir un regard négatif ou critique envers eux-mêmes. Quitte à développer une perspective jovialiste, en se définissant comme une société festive, en situation d’apesanteur politique, et ressortant sans blessures de ses défaites politiques les plus graves. C’est peut-être ce qui explique notre étrange tendance à se prendre pour un modèle pour l’humanité entière et à transformer chaque succès individuel québécois à l’étranger en preuve de notre esprit conquérant collectif.

Mais cela me semble aller plus loin. C’est un peu comme si ayant échoué dans un grand projet national, nous entendions désormais dépolitiser notre existence collective. Et surtout, pour ne pas avoir à constater cet échec, non seulement nous le dédramatisons, mais par une simple « révolution du regard », nous pensons changer notre rapport au monde et voir le beau côté des choses. Et plus encore, plutôt que de tenir compte de la défaite, en activant une logique de survie, nous croyons la transcender par une forme de patriotisme démesuré qui prétend nous transformer en phare de l’humanité.

Et c’est le vieux messianisme canadien-français, qui s’est développé au lendemain de l’échec des Rébellions de 1837-1838, qui revient. À défaut de se gouverner eux-mêmes, chez eux, dans un prosaïque État indépendant, les Canadiens français se crurent appelés à convertir l’Amérique du nord au grand complet au catholicisme. On transcendait la défaite par la démesure. Nous étions le peuple élu de Dieu en Amérique. Aujourd’hui, nous agissons comme le peuple élu de la modernité, ou de la postmodernité. On en revient à mes premières considérations sur la langue, l’intégration des immigrants ou l’indépendance.

Mais cette hypermodernité falsifiée et fantasmée masque bien mal notre réalité, qui ne se laisse pas dissoudre dans nos fantasmes et qui n’est pas qu’une question de point de vue. Et la réalité d’un peuple disposant de moins en moins d’autonomie politique et ne parvenant pas à faire de son identité une culture de convergence est celle d’un peuple en déclin. Et on aura beau fuir la réalité, elle ne disparaît pas pour autant. Pour les souverainistes, il y a là une leçon : ils doivent se faire professeur de lucidité. Et ce sont tous les nationalistes qui devraient faire ce devoir de lucidité. S’ils veulent contribuer au redressement collectif, d’abord doivent-ils constater que le Québec est actuellement courbé.


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